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ensuite les chiffonnières et les encoignures qui en sont les variantes. . . Voilà comment la forme rudimentaire d'un simple coffre a été modifiée par le sentiment du confort, jusqu'à produire successivement tant de meubles qui nous paraissent d'une variété inépuisable et qui ne sont pourtant que les dérivés d'un même type.
Considérée comme un meuble décoratif, l'armoire a été conçue de diverses manières. Avant le seizième siècle, les meubles étaient fabriqués par les huchiers, qui étaient des charpentiers en petit, et qui sachant non seulement travailler
le bois, mais le sculpter, étaient plus que les menuisiers de nos jours. Les huches, les bahuts, les armoires, quelle que fût leur richesse ou leur simplicité, qu'ils fussent ornés de peintures, de sculptures ou de ferrures, recevaient une forme toujours indiquée par la convenance, toujours en rapport avec la destination. Le meuble n'a souvent pour toute décoration que les marques de son utilité, par exemple, les paumelles qui doivent tourner sur les gonds, les pentures en fer forgé, les verlevelles, c'est-à-dire les anneaux dans lesquels doit couler le verrou, et la platine dans laquelle le verrou est assujetti, et le crochet par lequel on le saisira. Cela suffit pour rendre intéressante l'armoire d'un petit bourgeois ou celle d'un campagnard aisé.
Mais, au seizième siècle, lorsque la France, longtemps après l'Italie, vit renaître un enthousiasme universel pour l'antique, chacun porta ses regards sur l'architecture, qui était la partie la plus sensible, la plus imposante des arts de l'antiquité ; ce fut elle qui donna le ton aux arts décoratifs, à tous les arts solidaires de l'industrie. Alors on mit partout des colonnes, des pilastres, des frises, des corniches, des arcatures ; et comment n'aurait-on pas employé les membres de l'architecture dans la fabrication des meubles, quand on les faisait entrer jusque dans la composition des bijoux! Les armoires rappelèrent en petit les édifices qu'on renouvelait de l'antique ; on les couronnait d'un fronton brisé, sans être averti que cette image d'un toit qui s'est ouvert pour laisser passer un buste ou un vase n'est pas moins ridicule dans l'ébénisterie que dans l'architecture. On répéta en bois de noyer les ordres superposés du théâtre de Marcellus ; les vantaux furent cintrés et flanqués de piédroits dans lesquels on engageait des colonnes. Sans s'inquiéter du commode et de l'incommode, on imita dans tous ses détails l'entablement des Romains, que, par parenthèse, l'on prenait pour celui des Grecs. Ainsi
l'ébéniste dissimula, sous des ornements d'emprunt, les formes inévitables de ses meubles et les signes les plus frappants de leur usage, au lieu de chercher les motifs de sa décoration dans les accents mêmes de la structure et dans les aveux de l'assemblage.
11 ne faut que jeter un coup d'œil sur une de ces vieilles armoires que l'on trouve encore dans les campagnes éloignées des villes, et qui ne furent à l'origine que le développement delà huche au pain, pour voir que la beauté de ces ouvrages tient à leur caractère robuste, franchement accusé. Le huchier et le serrurier en ont fait à eux seuls tous les frais. Le? formes sont venues d'elles-mêmes, pour ainsi dire, obéir au sentiment de la nécessité. Il a suffi d'y champlever quelques moulures, d'y faire jouer des saillies et des ombres en y creusant des canaux serpentants, en y taillant des facettes", en y menagéant des biseaux ou des quarts de rond entre deux filets, pour donner du prix à ces gros meubles, solides et presque imposants, que les familles de fermiers se transmettaient par héritage et qui étaient encore plus durables que leurs emphytéoses. 11 n'en est plus de même si nous prenons pour objet de nos observations les armoires, d'ailleurs fort élégantes, qui se firent au seizième siècle, et même au dix-septième, jusqu'à Louis XIII. Ces armoires sont des diminutifs de monuments, des églises en miniature ; elles se terminent par un pignon à deux égouts, comme si la pluie avait dû jamais y tomber. Elles présentent, au-dessous du larmier, des denticules ou des mutules, comme s'il pouvait y avoir des chevrons dans un meuble ; elles ont une entrée centrale, majestueusement couronnée d'un frontispice, comme s'il était nécessaire de figurer le portail d'une basilique devant des tiroirs où l'on ne doit introduire que les doigts de la main.
DANS UN MEUBLE FERMÉ L'EBENISTE EST PLUS LIBRE DE CUERCnER