‹ Grammaire des arts décoratifs, décoration intérieure de la maisonChapitre 39 sur 74 · PANNEAU D'UN PARAVENT CHINOIS · texte numérisé non relu

PANNEAU D'UN PARAVENT CHINOIS

vestibule. Le sentiment qui permet dans les unes la liberté et même le caprice, veut dans les autres de la dignité, de la tenue. Partant de là, examinons comment les lois générales de la couleur vont s'appliquer aux différentes pièces de la maison.

Quelle que soit l'inégalité des conditions et des fortunes, chacun éprouve le besoin d'orner le gîte où il vit, le gîte oii il songe. Je ne parle pas du pauvre en sa cabane, encore moins des bohémiens et des vagabonds. Ceux-là n'ont pas de meubles; mais le soleil est à eux. Dieu leur fait la charité de ses paysages. Plus clémente que l'humanité, la nature leur prépare des spectacles que le citadin ne songe pas à regarder; elle leur décore l'horizon de tentures sublimes, elle ménage sous leurs pieds des tapis de mousse et de gazon ; elle étale devant leurs yeux toutes les variantes de l'émeraude et sur leurs têtes toutes les nuances du saphir... Pendant ce temps, enfermé dans les villes où il est sans cesse occupé de s'enrichir, l'homme déjà riche ou aisé cherche à imiter de loin et en petit les prodiges de couleur que contient la lumière et dont la science humaine a pénétré les secrets. Mais ce qu'il accomplit par des moyens puissants, avec des tissus précieux et des substances magnifiquement ouvrées, peut s'obtenir aussi avec les matières les plus communes, et par les moyens les moins dispendieux, les plus simples.

Il est assez naturel que le vestibule fasse pressentir le caractère d'un appartement et celui des personnes qui l'habitent; qu'en entrant chez une femme élégante, on soit tout de suite averti de son élégance ; que la demeure d'un artiste ne s'annonce pas comme celle d'un magistrat ou d'un banquier. Mais, d'une manière générale, le vestibule doit avoir dans sa couleur une certaine simplicité, peu d'éclat, peu de luxe, afin que l'attention du visiteur ne soit pas épuisée dès l'abord, ou distraite assez fortement pour lui faire perdre le

souvenir de ce qui l'amène. De vives oppositions, comme celles que produiraient des bahuts et des sièges verts sur un fond rouge, ou des chaises de crin noir sur un fond gris clair, ne sont pas de mise dans un vestibule. La magnificence des couleurs y serait déplacée comme l'emphase dans la préface d'un livre. « Que le début soit simple et n'ait rien d'afFecté : » cela est vrai du mobilier comme de la littérature.

Un jour, en allant voir la galerie de tableaux d'un financier célèbre, qui voulut bien m'en faire les honneurs, je fus frappé du goût parfait qui avait présidé à tous les arrangements de son hôtel et de la tenue sévère qui distinguait la première pièce de ses appartements. Après avoir monté un escalier de marbre et de stuc dont les paliers étaient colorés de rhododendrons et d'hortensias, on trouvait au premier étage une petite chambre d'attente à demi sombre, oh étaient rangées des chaises hautes, aux formes raides, garnies d'un cuir brun, frappé, qui me rappelait les riches demeures des protestants de Hollande et qui était plus sévère d'aspect que ne l'eiit été un velours d'Utrecht du même ton. Il y avait dans cette antichambre une certaine couleur d'austérité qui préparait les yeux aux splendeurs toujours croissantes des salons que j'étais venu voir. Là où je m'attendais à une ostentation d'opulence, je fus surpris de recevoir une leçon de bon goût.

Cela me fît penser que l'ensemble d'un appartement pouvait être considéré et traité comme un tableau dans lequel la lumière est sacrifiée sur certains points pour mieux briller en d'autres endroits, et qu'il y fallait ménager une sensible dégradation de l'ombre au clair et du clair à l'ombre. Cependant, cette différence intentionnelle dans la coloration des chambres d'un logis, elle peut se produire en divers sens ; je veux dire qu'il est des circonstances où l'œil du visiteur, au lieu d'être conduit par degrés, d'une entrée demi-obscure à une pièce vivement éclairée, doit passer, au contraire, d'une

antichambre gaie à un salon oi^i la lumière est tamisée, affaiblie et tranquille. Telle femme dont la beauté, sans même être fanée, a besoin de mystère, aimera mieux réserver pour la pièce oii elle reçoit ses amis, les couleurs qui absorbent la lumière et qui la dispenseront d'affecter la crainte du jour en l'interceptant par des rideaux sombres.

Mais le clair-obscur n'est qu'un des aspects de la couleur : il faut maintenant la considérer en elle-même, dans ses teintes locales, et c'est ici que la loi des couleurs va nous être d'un grand secours.

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