DE LA MARQUETERIE
cajou flaiïibé et l'acajou ronceux, qui se prêtent à la variété qu'on veut obtenir dans le tableau d'une cliambre. Mais ce qui a ici plus d'importance encore dans le jeu des couleurs, c'est l'emploi de la marqueterie, c'est-à-dire la mise en œuvre des matières précieuses qui peuvent entrer dans la composition d'un meuble et en colorer la surface.
Les matières propres à la marqueterie sont, les unes animales, comme l'écaillé de tortue, la corne, l'ivoire, la nacre de perles, le burgau ; les autres métalliques, comme le cuivre, l'étain, l'argent et l'or. Chacune de ces matières exige des soins infinis, des manipulations subtiles et délicates, qui par leur délicatesse même sont plus qu'une industrie et confinent à l'art.
\J écaille a le plus souvent plusieurs couleurs à la fois : elle est blonde, brune et d'un noir cap de more. Il y a dans la tortue appelée caret, des feuilles jaspées, tachées de brun et de blanc, dont quelques endroits ont de V orient (de l'irisation), comme la nacre de perles. Les feuilles de Técaille étant naturellement bombées, on les amollit en les trempant dans l'eau bouillante, pour les redresser ensuite en les soumettant à une pression qui les aplatit. Une fois qu'elles sont planes et de l'épaisseur voulue, on les double^ c'est-à-dire qu'on y étend, du côté de la chair, une couche de vermillon, ou de vert, ou de bleu, ou de noir de fumée, et on recouvre cette couche d'un papier qu'on appHque immédiatement sur la couleur, laquelle sert de mordant pour la retenir. La corne se traite et se double comme l'écaillé, mais il la faut choisir blanche, bien transparente et sans tache.
L'ivoire étant, par sa compacité, susceptible de recevoir un beau poli, est employé dans la marqueterie et il l'est avec avantage lorsqu'il est vert plutôt que blanc, parce que l'ivoire blanc a le double défaut de jaunir avec le temps, et de présenter souvent des grains désagréables qui en altèrent la pureté, tandis que l'ivoire vert, moins poreux que le blanc, ne tarde
pas à perdre sa teinte et passe à un beau blanc de lait qui ne jaunit point. L'ivoire se débite à la scie, et se dresse, non pas à la chaleur, comme l'écaillé, mais à la lime, comme un métal.
La nacre est la coquille de l'huître perlière, qui s'enveloppe, comme les autres huîtres, d'un revêtement grisâtre et rugueux ; mais ces feuilles extérieures une fois enlevées par le simple frottement d'une meule à eau, elle prend, au dehors comme au dedans, un beau blanc argentin où brillent les couleurs de l'iris, couleurs qui changent au moindre mouvement du spectateur. Une propriété singulière de la nacre est de paraître bombée lorsqu'elle est parfaitement unie et de produire aussi une illusion qui ne se dissipe qu'au toucher. Les propriétés de la nacre sont communes au burgau, qui est la coquille d'un mollusque, dit turbo marbré, coquille aussi belle que la nacre, quelquefois même plus vivement colorée, mais de laquelle on ne peut tirer que de très petits morceaux, parce qu'elle est à peine aussi grosse que le poing, tandis que la nacre de perles est une coquille quatre fois plus grande que celle des huîtres ordinaires.
Le cuivre mis en œuvre dans l'ébénisterie prend différents tons et différents noms. Naturel, il est rouge et se nomme rosette; factice, il devient jaune et s'appelle laiton lorsqu'on mêle à la rosette un tiers de calamine (oxyde de zinc natif). L'argent et l'or, pour se prêter au travail de l'ébéniste, ont besoin d'acquérir une certaine élasticité par leur alliage avec la rosette. L'or, dans la marqueterie, s'emploie fort bien avec la nacre et l'écaillé, et pour donner à l'ouvrage plus de beauté, plus de nuances, on varie le ton du métal avec de l'or blanc, de l'or jaune, de l'or rouge, de l'or vert.
Quant à l'étain, c'est le plus léger des métaux, mais il manque de dureté. Aussi faut-il, pour lui ôter sa mollesse, pour lui donner de Valoi, comme disent les potiers d'étain, l'allier avec un peu de rosette. Par ses tons froids, comme ceux de l'ar-