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QUE LUI OFFRE LA SPÉCIALITÉ DE SON ART

11 ne faut pas confondre le goût de varier les surfaces de la poterie avec celui de donner à la porcelaine l'apparence d'une autre matière, de façon à tromper l'œil du spectateur. Il n'y a rien que de très légitime à manier les couleurs vitrifiables et à conduire les cuissons de manière à produire sur la porcelaine des tressaillures, des jaspures, des marbrures comme celles que l'on admire sur les beaux bleus de Sèvres, afin d'éviter aux yeux l'insipidité des surfaces parfaitement uniformes.

Mais il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de prêter à la poterie l'aspect trompeur de l'agate, de la cornaline, de la malachite, du jade, de la pierre de lard marbrée, de l'écaillé. Toute tromperie dans les arts amène une déception. Or il est moins doux d'être séduit par une illusion, qu'il n'est désagréable d'en revenir. Voilà pourquoi la philosophie du sentiment nous déconseille l'imitation d'une substance par une autre, étant donné naturellement que la substance imitée est plus précieuse que la substance imitative, car il serait ridicule d'employer l'or, par exemple, à imiter le cuivre.

i!0 GRAMMAIRE DES ARTS DÉCORATIFS.

Le bronze ne vaut guère plus que la porcelaine et il y a bien peu d'intcrct à donner l'apparence de ce mêlai à un trépied comme celui que l'on voit au musée du Louvre et dans lequel on a contrefait avec un émail verdâtre l'oxydation du vieux cuivre et jusqu'à des vestiges de dorure. L'artiste n'est justifié ici que par l'habileté supérieure avec laquelle il a conduit son travail d'imitation.

En revanche il n'y a pas de raison pour condamner l'application des laques à la porcelaine, parce que la matière montrée est encore plus précieuse que la matière cachée, et que d'ailleurs il n'y a pas là une intention de tromper le spectateur.

La résine appelée laque est sécrétée par certains arbres de l'Asie. Celle que l'on récolte en Chine et au Japon y reçoit une préparation minutieuse et des mélanges qui la rendent propre à vernir des ouvrages d'ébénisterie et à revêtir, par exception, la porcelaine. Les Chinois fabriquent une laque artificielle, composée, dit M. Natalis Rondot (1), de filasse fine àhirtica nivea, de papier de bambou, de chaux de coquilles, et d'autres matières, le tout bien battu, bien lié avec de l'huile de camellia ou de dryandra. Cette composition acquiert une grande dureté; on la découpe et on la sculpte avec une délicatesse merveilleuse. Lavernissure des reliefs est l'objet d'un travail particulier, qui est resté secret. »

Si toute la surface du vase est laquée, il est clair que la finesse de la pâte ainsi recouverte devient une qualité inutile; mais d'ordinaire les revêtements de laque sur porcelaine sont extérieurs et il est alors très agréable aux yeux et à l'esprit de voir des pièces de service, des tasses à thé, par exemple, dont la pâte est si mince qu'on l'appelle coquille d'œuf^ protégées par cette cuirasse polie d'un rouge de porphyre qui accuse et corrige à la fois la fragilité du vaisseau.

[\) Bictionnaire du commerce et de la navigation, au mot Laque.

Ainsi adhérent à la porcelaine, soit qu'on l'ait applique sur le biscuit, soit qu'on l'ail surajouté à la couverte, le laque y produit un meilleur effet lorsqu'il est uni ou presque uni, que lorsqu'il est ciselé, parce que les ciselures y fouillent des ombres qui deviennent de plus en plus épaisses par la poussière qui s'y accumule et qu'il est impossible d'en expulser tout à fait. Bien préférable est une mosaïque très légèrement dessinée

Pi-tong en porcelaine, couvert de laque ciselé. Tasse-gobelet en porcelaine laquée burgautée.

en creux sur le nu du vernis, comme la pratiquent les Japonais. Les porcelaines laquées le sont souvent en noir, quelquefois en vert, ou bien le laque est aventuriné, c'est-à-dire qu'il a reçu une poudre d'or. Les Japonais, qui font les plus beaux laques du monde, quand ils ne laissent pas le vernis briller dans toute sa pureté, sans aucun dessin, pour en faire ce qu'on nomme un laque miroir^ se plaisent à le rehausser de paysages. fantastiques, d'oiseaux imaginaires ou naturels qui sont dessinés en or de relief, et, par places, incrustés de nacre, autrement dit hurgautés. Des mosaïques de burgau, qui ont été colorées en dessous avant d'être polies, représentent des

arbres conifères, des bambous, des plantes à feuilles palmées. Quelques filaments coupés dans la nacre avec une ténuité Qxquise expriment les nuages, indiquent les eaux et le tout forme comme l'apparition éclatante d'un coin de terre sur un ciel profondément noir. Çà et là, on aperçoit dans l'air une vapeur d'or provenant deceque le relief a insensiblement disparu.

Il va sans dire que les porcelaines ainsi revêtues de laques burgautés ont dii avoir une certaine épaisseur, et qu'il a fallu des parois un peu solides pour supporter l'application et le poids de ces matières opulentes.

Ainsi, la porcelaine laquée a sa raison d'être, quand l'artiste laqueur, laissant voir les deux matières, ne fait que doubler la richesse elle prix de son ouvrage. Un revêtement, d'ailleurs, n'est pas une imitation, et ici le laque reste ce qu'il est. Mais encore une fois, fabriquer de la porcelaine qui jouera les pierres précieuses, imitera le bronze ou toute autre matière minérale à s'.y méprendre, c'est un tour de force que le céramiste ne doit tenter que par exception. En se renfermant dans la sincérité de son art, il y trouvera des ressources innombrables, et s'il ne veut que bien faire, il réussira toujours à faire bien.

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