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FIGURE DE LION, MESURÉE SELON LE CANON EGYPTIEN

long, celui qui répond exactement au médius de l'homme. Ainsi s'explique ce que l'on raconte de Phidias, que d'après l'ongle d'un lion il détermina la taille et les proportions de l'animal. De là sans doute est venu le proverbe latin ab ungue leonem (à l'ongle on connaît le lion), proverbe qui aura transporté dans l'ordre moral une loi qui avait d'abord été observéedans l'ordre physique. Mais, si Phidias connaissait les proportions égyptiennes du lion, il connaissait donc aussi les proportions égyptiennes de l'homme, puisque les deux canons ont la môme unité de mesure, le môme étalon. Nous tenons donc, ce nous semble, une nouvelle preuve que le canon égyptien était connu et pratiqué en Grèce, du temps de Polyclète, et que les proportions dont ce grand statuaire avait écrit la règle et sculpté le modèle étaient conformes à celles que les prêtres égyptiens enseignèrent aux fils de Rhsecus, au vu8 siècle avant notre ère.

Il est malaisé, sans doute, de vérifier ces mesures sur les statues antiques, puisque la plupart sont mutilées et que leurs doigts sont presque toujours des restaurations modernes ; mais, comme la règle égyptienne nous le montre, le médius est égal à la hauteur de la cheville interne, à la longueur du genou, à la distance de la base du nez au pli des frontaux, et l'une ou l'autre de ces mesures étant faciles à prendre, nous avons pu les comparer à celles du canon égyptien, et voici le résultat de nos opérations :

En mesurant les figures archaïques du temple d'Egine et les plus anciennes statues grecques du Louvre, telles que Y Athlète et Y Achille, nous avons trouvé justes nos mesures, mais seulement quand nous avons mesuré des longueurs déterminées par des os. La distance du nombril aux pectoraux est la seule qui ne soit point exacte. Dans le modèle égyptien, cette distance est de trois médius ; dans toutes les figures dont nous parlons, elle est moindre ; mais il faut observer que, lorsque l'homme s'affaisse sur lui-même ou s'allonge en se raidissant, ce sont les parties molles qui seules se prêtent, par leur élasticité, au raccourcissement ou à l'extension du corps. La différence que nous avons constatée dans la distance du nombril au creux de l'estomac s'explique donc naturellement par la position droite et raide du modèle égyptien, comparée à celle des autres figures, qui portent toutes, plus ou moins, sur une hanche, et ne sont jamais dans la pose d'un homme que l'on mesure. Quant aux membres d'une dimension invariable, ils sont tous conformes au canon égyptien, et nous en pouvons donner un exemple frappant. Y? Achille, statue admirable que Visconti regarde comme un ouvrage d'Alca mène, élève de Phidias, ou du moins comme une imitation antique de Y Achille en bronze d'Alcamène, est une statue dont l'original est tout à fait contemporain de Polyclète, puisque ce maître, un peu plus jeune que Phidias, devait avoir le même âge, à peu près, que les élèves de son rival. Or, en mesurant Y Achille, nous avons trouvé la hauteur totale égale à. 2 mètres 35 millimètres. Si nous retranchons de cette hauteur l'épaisseur et les reliefs du casque, nous n'aurons plus que 2 mètres ; mais si l'on suppose la tête relevée et la figure droite (d'après les expériences faites sur nature), on regagnera précisément les 35 millimètres que nous avons retranchés. La hauteur restera donc de 2, 035 millimètres. D'un autre côté, la longueur du médius, redressée d'après les calculs les plus rigoureux, et vérifiée d'ailleurs par la distance de la base du nez au frontaux, est de 107 millimètres, qui, multipliés par 19, donnent 2,033 millimètres, c'est-à-dire la hauteur totale de la statue, à 2 millimètres près1. Pour ce

1 Toutes ces mesures ont été prises par nous avec le plus grand soin et avec l'aide obligeante de M. de Longpérier, alors conservateur des sculptures au Musée du Louvre. Si les mesures de Y Achille ne s'accordent point avec celles consignées dans le catalogue de M. de Clarac, cela tient à ce qu'il y avait autrefois sur le casque de la statue un cimier qui, n'étant pas antique, en a été détaché.

DES PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

qui est de la distance du nombril aux pectoraux, si elle est moindre dans les marbres athéniens que dans la sculpture égyptienne, c'est que les Grecs, habiles à perfectionner les inventions du dehors, en modifiant avec un goût exquis la rigidité du canon qui leur venait d'une race svelte et mince, ont voulu agrandir la poitrine aux dépens des viscères de l'abdomen, et ménager ainsi sur les parties nobles un plus large plan de lumière.

Tel est le fruit denosrecherches. D'autres avaient dessiné des figures dans lesquelles était marqué le canon égyptien, mais nous avons donné l'explication et la preuve de ce qu'ils avaient rencontré. D'autres avaient lu le texte de Galien, relatif à Polyclète, mais sans y voir l'enseignement précieux qui en ressortait. Or une vérité appartient à celui qui la prouve au moins autant qu'à celui qui la trouve.

La clef des proportions de l'homme une fois reconnue dans le médius,

l'analogie nous conduisait à chercher dans ses phalanges les petites mesures, celles de la face, par exemple, mais c'est l'index qui les contient. Le Vénitien Paolo Pino, en son Dialogo di Piltura, observe que du bout de l'index à la phalange moyenne, il y a la même distance que du menton à l'ouverture des lèvres, et que cette longueur mesure également la bouche et les oreilles. La phalange onguéale de l'index détermine la longueur des yeux, et par conséquent la distance qui les sépare, puisque celte distance doit être égale à un œil. Mais c'est le médius, et non plus l'index, qui précise l'intervalle entre le nez et l'oreille 1

Il faut croire que ces rapports étaient connus des Egyptiens, car on trouve dans toutes les collections d'antiquités égyptiennes, et notamment

1 Le présent livre étant destiné à l'enseignement et devant être, autant que possible, clair, simple et court, nous n'avons pas voulu l'embarrasser de citations, le compliquer de notes et de renvois. Toutefois nous donnerons à la fin de l'ouvrage la liste de tous tes auteurs que nous avons consultés, en signalant ceux qui nous ont servi ou qui pourraient servir aux autres. Cette liste, comprise dans la table des matières, sera une bibliographie des arts du dessin, incomplète sans doute, mais de choix, et elle ajoutera une utilité de plus à cette Grammaire.

au Louvre, des doigts en pierre de touche ou en basalte, sur lesquels sont marquées des divisions inégales. Tantôt le médius est seul, tantôt il est joint à l'index, comme on le voit dans le dessin qui est ici gravé d'après les doigts en basalte du cabinet de M. d'Aigremont, à Paris. Ces doigts portant, par exception, des hiéroglyphes, nous les avons soumis à l'examen de M. de Rougé, conservateur du Musée égyptien, et l'habile égyptologue a décidé que ces caractères étaient apocryphes et ne présentaient aucun sens, étant composés de signes tirés au hasard des inscriptions connues. Mais ce qui vient confirmer surabondamment l'authenticité, maintenant irrécusable, du canon égyptien, c'est que dans l'écriture hiéroglyphique (nous dit M. de Rougé) un doigt est toujours pris, soit comme le signe numéral, soit comme le symbole de l'unité. Deux doigts joints et non fléchis, le médius et l'index, signifient justice, droit, règle et, par analogie, mesure, puisque la mesure est une règle matérielle, comme le doigt est une règle morale. Il ne reste donc plus qu'à découvrir la signification des sections inégales, souvent marquées sur les doigts antiques des collections égyptiennes. D'autres trouveront sans doute à quoi se rapportent ces divisions, et si elles mesurent les menues parties du corps humain. Toujours est-il que la science, loin de contredire le résultat de nos études, le confirme au contraire et le vérifie.

Une autre vérification des proportions égyptiennes du corps humain s'est rencontrée dans la très belle et très importante découverte que vient de faire M. le docteur Henszlmann sur l'unité des mesures des édifices antiques [Méthode des Proportions dans l'architecture égyptienne, dorique et du moyen âge. Paris, 1859). Le savant auteur, après avoir mesuré le corps humain à sa manière, a constaté que dans les séries numériques correspondant aux divisions croissantes et décroissantes de l'échelle qu'il a inventée pour déterminer les proportions dans l'architecture antique, se trouvait la mesure exacte du médius, égale à la dix-neuvième partie de la hauteur *.

1 Nous aurions pu donner ici le canon que Diodore avait vu (et mal vu puisqu'il comptait 21 parties, là où il fallait lire 22), mais nous croyons devoir nous en abstenir pour ne pas jeter de la confusion dans l'esprit du lecteur. La figure que nous avons dessinée à Karnak, en 18G9, on la trouvera gravée dans l'ouvrage que nous avons publié sur l'art égyptien et l'architecture arape, sous le titre: Voyaijc de la Haute- Egypte, observations sur les arts égyptien et arabe. Paris, Renouard, 1876. On y verra que la division du corps humain en vingt-deux parties, compliquée d'une fraction, ne satisfait ni l'esprit ni les yeux. Non seulement ce nombre fractionnaire ne donne pas un commun diviseur, mais une telle manière de mesurer la ligure humaine aplatit les pieds, affaiblit les genoux, place trop bas l'ombilic et rend le col trop court. Du reste, ce canon (celui de Karnak et d'Ombos) n'a été suivi qu'à une époque de décadence relative, à partir de la xxvic dynaslie jusqu'au règne de Caracalla. On peut voir d'autres exemples de ce canon, admirablement dessinés par Prisse d'Avesnes, dans son Histoire de Vart égyptien d'après les monuments. Paris, Arthus Rertrand, MDCCGLXUI, in-folio.

DES PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN

Ici, toutefois, se présente une observation de la plus haute importance. Les figures d'une frise dessinée dans l'ouvrage de Lepsius d'après les

bas-relief d'un tombeau trouvé à Memphis, et que nous reproduisons, représentent un certain nombre de personnages sur lesquels est tracé ce

SO

réseau de lignes verticales et horizontales que l'on pouvait si bien prendre pour une mise au carreau. Or il est remarquable que pas un de ces

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