‹ Grammaire des arts du dessin: architecture, sculpture, peintureChapitre 128 sur 175 · GRAVURE EN MÉDAILLES · texte numérisé non relu

GRAVURE EN MÉDAILLES

LA GRAVURE EN MÉDAILLES VEUT AUSSI UN STYLE LACONIQUE ET CONCENTRÉ, QUI ABRÈGE LE MODÈLE DES FORMES ET N'EN DONNE QUE L'ESSENCE.

Les principes que nous venons de formuler s'appliquent aux deux branches de la glyptique, et, sauf quelques nuances, sont les mêmes pour la gravure en médailles que pour la gravure en pierres fines.

Lemot médaille vient de l'italien medaglia, qui vient du grec métal/on

((jtiTaXXov). La médaille est en effet une pièce de métal marquée de certains signes qu'on y grave pour célébrer un événement mémorable ou conserver le souvenir d'un personnage illustre. Si la pièce de métal porte l'empreinte d'un Etat souverain ou d'un prince, pour servir comme moyen d'échange, c'est une monnaie, et ce mot qui dérive du latin monere, avertir, exprime le soin qu'a pris l'autorité publique d'indiquer sur les pièces destinées à la circulation leurs poids et leur valeur. La monnaie s'appelait en grec nomisma (vé|/.tqj.a), en latin nummus, deux mots dont l'étymologie atteste l'intervention de la loi dans la fabrication des monnaies. De nomisma vient numismatique, ou science des médailles, et comme les médailles antiques, surtout les médailles grecques, sont pour la plupart des monnaies, le terme numismatique n'en est que plus propre à désigner la connaissance de ces monuments.

La gravure en médailles, comme tous les arts, et la numismatique, comme toutes les sciences, ont leur langage particulier dont les principaux termes veulent être expliqués au lecteur.

On distingue dans une médaille la face et le revers : la face, qui est ainsi nommée, parce que c'est le côté où se voit d'ordinaire une tête humaine; le revers, qui est le côté opposé à la tête, et sur lequel on grave un relief quelconque ou simplement une inscription. La face est appelée quelquefois Yavers ou bien le droit. Toute image gravée sur la face ou le revers est un type. Cette distinction entre le revers et la face n'a pas toujours existé. Dans l'origine, le monnayeur, pour fixer la pièce qu'il allait frapper du marteau, la posait sur une enclume dont l'extrémité avait des formes saillantes purement géométriques. Ces formes saillantes ont produit au revers des compartiments en creux que l'on nomme aires. Le génie esthétique des Grecs, leur goût, le besoin qui les possédait d'orner toute chose, leur fit bientôt remplacer l'aire en creux par une gravure qui présentait un relief sur le revers aussi bien que sur la face, et pour éviter ce qu'auraient offert d'uniforme et d'insipide deux types semblables, deux têtes, par exemple, ils opposèrent à la face une image différente ; ils firent contraster les petites proportions d'une figure en pied avec l'importance d'une tête, qui devenait ainsi le type principal et qui, par ce rapprochement, grandissait encore.

Comme la gravure en pierres fines, la gravure en médailles a ses creux et ses reliefs. Ce qui est une intaille dans la première est dans la seconde un coin, et ce que l'une appelle camée, l'autre le nomme poinçon. Le graveur en médailles a le choix entre deux manières d'opérer. Il peut graver sa figure en relief sur une masse d'acier, et se servir de ce relief pour obtenir un creux sur lequel seront prises les empreintes de la médaille ou de la monnaie, ou bien il peut creuser immédiatement sa figure dans l'acier, et se servir de ce creux comme d'une matrice pour obtenir les empreintes, et c'est ainsi que le plus souvent il procède,

La monnaie ou la médaille, devant présenter deux types, exige la gravure de deux coins. Entre ces deux coins sera pris, maintenu et frappé un disque de métal, régulièrement arrondi, le flan, qui recevra du même coup les deux empreintes.

Les numismatistes appellent module la dimension de la médaille, ou, ce qui revient au môme, son diamètre ; champ, le fond sur lequel se détachent les types ; exergue, c'est-à-dire hors-d'œuvre, un petit espace qu'on ménage fréquemment au-dessous du type pour y graver une inscription, un millésime, une devise, qui coupe en ligne droite la rondeur de la pièce ; légende, l'inscription qui suit la forme circulaire de la médaille; épigraphe, l'inscription gravée sur le type même; — l'inscription est dite rétrograde si elle est écrite à rebours, de droite à gauche; — grènetis, la série de petits points concentriques dont l'image est quelquefois embordurée comme d'un cercle de perles; contre-marques, les signes qui ont été frappés sur les pièces antiques, après leur fabrication, soit pour en changer la valeur, soit pour les approprier à un autre usage, par exemple, pour en faire des jetons d'entrée dans un théâtre.

D'autres expressions sont encore consacrées dans la langue de l'art.

Les médailles sont dites incuses lorsqu'elles présentent, mal imprimé en creux d'un côté, le même type qui est imprimé en relief de l'autre, ce qui provient, comme on le pense, de la négligence ou de la précipitation du monnayeur qui, avant de retirer le flan déjàfrappé, a mis sous le marteau un nouveau flan; autonomes, les monnaies des peuples libres qui se gouvernaient eux-mêmes, notamment celles des villes grecques avant la conquête des Romains ; coloniales, celles qui étaient émises par les colonies ; impériales grecques, celles qui furent fabriquées en Grèce après la conquête. Parfois les monnaies antiques tirent leur nom de l'image qu'on y a gravée. Les monnaies d'Athènes, par exemple, sont appelées des bœufs, des chouettes', celles du Péloponèse étaient des tortues', de là vient l'adage grec : « que les tortues peuvent triompher du courage et de la sagesse. » Les monnaies de Perse s'appelaient sagittaires, parce qu'elles représentaient un archer, d'où cet autre jeu de mots : qu'Agésilas avait été vaincu par trente mille archers, parce que le roi de Perse avait gagné à prix d'argent les alliés naturels de Lacédémone [Manuel de Numismatique ancienne, par A. -A. Barthélémy).

Mais souvent aussi les médailles portent le nom du roi qui les fit frapper. C'est pour cela que les sagittaires se nomment également doriques, monnaies de Darius, comme les ptolémaïques sont les monnaies émises par lesPtolémées. Le mot Philippe, qui désignait d'abord les pièces frappées au nom de ce prince, s'étendit par la suite à toutes les pièces d'or, jusque dans les premiers siècles de l'empire romain.

La notion des pierres gravées et celle des médailles, autrement dit la

glyptique et la numismatique, sont regardées par les savants comme les deux yeux de l'histoire, etde fait, la somme des lumières qu'elles fournissent à l'archéologie est immense. « Nous découvrons dans les médailles les fonctions mystérieuses de la religion, dit Charles Patin {Histoire des médailles), les divinités que l'on adoroit, aussi bien que les noms et les marques des magistratures. Nous y voyons des temples de toutes les manières, des ports, des marchés, des bibliothèques, des voies publiques, des sépulcres et des ponts, qui sont les bâtiments nécessaires. On y voit des arcs de triomphe, des portiques, des théâtres, des cirques, des pyramides, des palais, des colisées et des obélisques qui, pour être la plupart ruinez par les injures du temps, ne subsistent guère que dans la représentation que les médailles nous en conservent. La magnificence des triomphes et des jeux, les privilèges des citez, les symboles de quantité de villes et de provinces... y font des ornements considérables. La représentation de tant de grands hommes seroit perdue pour nous si les médailles ne nous la fournissoyent. La belle manière d'écrire qui doit nous servir de règle, l'excellence des caractères et la perfection du dessin y conservent à la postérité ce qu'on vouloit rendre immortel. Les habits mesme, tant de paix que de guerre, leschariots, les sièges curules, lescongiaires et autres marques de libéralitez y peuvent satisfaire un curieux. On y reconnoît la couronne civique, la murale, la navale, l'obsidionale, la rostrée et la radiée dont ils récompensoyent en différentes occasions le mérite des héros. Rien n'y manque de ce qui peut augmenter l'amour qu'on doit avoir pour les belles actions... et les grands événements y sont marquez bien plus seurement que dans les livres. »

Pour nous, les médailles et monnaies sont avant tous des objets d'art, et nous avons à considérer ici, non pas leur utilité historique, mais leur beauté.

Le statuaire Pradierdisaitun jour à un pensionnaire de notre Académie, à Rome, en lui montrant quelques médailles antiques : « Remarquez comme les extrémités de la figure sont relativement fortes ; comme l'œil voit tout de suite la tête et son caractère, la main et son expression ; comme le personnage pose bien sur ses pieds et conserve ainsi, dans sa petitesse, une assiette monumentale etun grand air ! Si vous rétablissiez la proportion exacte des membres, la figure ressemblerait à un danseur de corde. Apprenez à comprendre ces artifices qui font que l'art n'est pas une pure imitation de la nature ; qu'il n'est ni une simple copie ni une réduction mathématique des choses, mais cette fière interprétation qui arrache l'artiste à une servilité froide et puérile, et qui témoigne du génie de l'homme, car elle est la dignité de l'art, elle est le style... »

Ainsi parlait ce maître, en substance, et tout lui donne raison, tout, jusqu'aux termes dont se sert la numismatique pour exprimer lagravure d'une

médaille ou d'une monnaie. L'impression d'une image quelconque sur une médaille s'appelle type, et l'emploi de ce mot n'est ici ni indifférent ni de hasard. Il indique déjà la principale qualité que doit avoir une figure gravée sur l'or, l'argent ou le bronze, et qu'il y faut imprimer avant tout le caractère de la vérité typique, ce qui revient à dire qu'il faut l'idéaliser par les accents de la vie générique, comme toute sculpture.

Sur les médailles les plus anciennes, le type n'est pas encore la tête humaine: c'est un objet inanimé ou un animal symbolique. Puis, on grave sur la monnaie l'image d'une divinité ; plus tard, l'effigie d'un roi ou d'une reine. En un mot, le type représente une idée avant de présenter un dieu et il est un dieu avant de présenter un portrait. Ainsi, dans les plus anciennes monnaies grecques, celles des rois incertains delà Macédoine, qui remonte au sixième siècle avant notre ère, on voit un casque, une chèvre accroupie, un cheval libre. Vient ensuite un cavalier coiffé du pétase et armé de deux lances. Depuis le règne d'Alexandre Ier, jusqu'à celui d'Alexandre le Grand, les monnaies macédoniennes ne présentent aucune tête qui puisse être regardée comme une effigie positive. Sur la monnaie de Philippe II, père d'Alexandre, c'est encore un Apollon, un Jupiter barbu et lauré, un Hercule jeune, coiffé de la peau de lion, ou une tête de Proserpine avec des pendants d'oreilles, et quand nous arrivons aux monnaies d'Alexandre le Grand, nous les voyons qui commencent par être frappées au type de Pallas, bien qu'elles portent au revers le nom du héros avec une victoire, ou une lyre, ou un grillon. Le portrait d'Alexandre n'apparaît qu'après ses conquêtes en Asie et en Afrique ; encore n'offre-t-il qu'une ressemblance indirecte, sans aucune particularité individuelle. C'est Alexandre qui est divinisé en Hercule, ou Hercule qui est humanisé en Alexandre.

Lorsque les villes conquises, Alexandria, Troas, Ténédos, Dardanus, Lampsaque, Éphèse, Magnésie, Milet, Mitylène, Alabandade Carie, Tarsus

Page 1