MONNAIE D'ALEXANDRE
et autres, frappent monnaie au nom d'Alexandre, lors même que des peuples libres imitent cet exemple pour s'assurer la protection du héros en flattant son orgueil, la physionomie du conquérant reste plutôt idéale que personnelle. Coiffée d'une peau d'éléphant ou d'une peau de lion, ou
bien munie d'une corne de bélier, la tête d'Alexandre est toujours celle d'un demi-dieu entrevu par l'imagination de l'artiste entre la terre et l'Olympe.
Au troisième siècle avantnotre ère, la face des médailles perd son caractère allégorique; la ressemblance est franchement accusée, le portrait
MÉDAILLE DE I i 1 1 O I J ! •: S .
commence : en Grèce, par l'effigie deDémétrius Poliorcète; en Sicile, par la tête diadémée d'Hiéron, tyran de Syracuse, et par la tête voilée de sa femme Philistis. Mais pendant que la face des monnaies se particularise et dcvientl'image fidèle d'un tyran ou d'une reine, le revers offre uncbamp plus libre à l'invention du graveur, et cependant c'est toujours un symbole, une allusion au génie du peuple qui a battu monnaie, à la nature du pays, à son histoire. Cela est si vrai que les médailles antiques forment une espèce de blason, bien antérieur à l'avènement de la noblesse. Les signes qu'ony voitgravés, quandils n'ont pas une significationreligieuse, sont en quelque sorte héraldiques. Plusieurs sont les armes parlantes des peuples ou des cités. C'est ainsi que la chèvre accroupie, selon Mionnet, forme les
MEDAILLON DE SYRACUSE.
armoiries de la ville d'^Egae, ancienne capitale de la Macédoine, dont le nom signifie chèvre (x^ xîyoq). La ville de Sidé, en Pamphilie, est indiquée sur des statères d'or par une grenade (cfôï)); l'île de Mélos ou Milo (d'où nous est venue la fameuse statue dite Vénus de Milo) par une pomme (ljl^Xov) ; l'île de Rhodes, par une rose (péSov); la ville de Sélinonte, par une
feuille de persil (aéXivov). Ces jeux de mots figuratifs dérivaient euxmêmes d'un nom propre qui était venu de plus loin et de plus haut. La tôte de Minerve Athénè ne constitue pas seulement les armes parlantes d'Athènes; elle représente le culte des Athéniens pour la vierge altière et pensive, fille de Jupiter. Avant que la figure de Minerve exprimât le nom de la ville où elle était adorée, la ville avait pris son nom de la divinité qu'elle adorai t. En toute manière, le type des médailles antiques, tantôt à la face, tantôt au revers, est toujours un emblème plus ou moins ingénieux qui, s'adressant à l'esprit, lui donnequelquechoseà comprendre ou à deviner. C'est la noblesse de la gravure en médailles que toutes les images qu'on y imprime doivent appartenir au blason des idées.
Quelquefois la figure gravée symbolise les mœurs et les habitudes d'un peuple, ses qualités militaires ou agricoles, songoûtpour les jeux publics.