PAR UN DESSIN JUSTE ET EXPRESSIF
LE CARACTÈRE DU MODÈLE QU'lL VEUT GRAVER.
La gravure en taille-douce est par excellence la gravure classique, celle qui a rendu le plus de services en éternisant les ouvrages des grands i maîtres, et celle qui a produit elle-même le plus [de chefs-d'œuvre. On l'appelle aussi gravure au burin, parce qu'elle consiste à couper le cuivre nu avec cet instrument d'acier, qui, plus ou moins profondément, y trace des tailles nettes, régulières; fermes, mais assez souples pour indiquer par leur direction et leurs allures, par leur renflement ou leur atténuation, et par leur manière de s'entre-croiser, la qualité matérielle des objets, leur distance apparente, leur effet optique. Copier les contours avec sentiment, mettre bien à leur place le clair et l'ombre, exprimer la nature visible des surfaces, la dégradation des plans, l'inégalité des reliefs, tout cela ne suffit point au graveur : il importe que l'expression soit obtenue par tel procédé plutôt que par tel autre; et c'est le choix du procédé qui constitue l'étroite spécialité de son art.
Un mot d'abord sur les opérations du graveur en taille-douce — et nous ne saurions en parler ici sans nous souvenir avec reconnaissance des maîtres éminents, Calamatta et Mercuri, qui nous ont appris les lois et les secrets de leur art. — Supposons que le graveur veuille reproduire une figure à demi drapée : après en avoir fait un dessin très arrêté, il décalque ce dessin sur le cuivre (ou l'acier) en y marquant, par une suite de points, les contours de la figure et les endroits où finissent, dans les milieux, les plus fortes ombres, même les demi-teintes. Ensuite il attaque avec un burin le cuivre nu et il y masse les ombres au moyen d'une suite de tailles qui sont appelées premières, et qui, suivant dans leur marchele saillant et le rentrant des muscles ou des plis, deviennent plus espacées et plus minces aux approches de la lumière, tandis qu'elles se resserrent et s'épaississent en s'avançant dans les ombres. Ce premier travail ne
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suffisant point le plus souvent et laissant pénétrer des blancs purs jusqu'au milieu du noir, le graveur éteint ce blanc en coupant les premières 1 aille par les secondes, plus déliées, qui les croient. Mais pour que l'amincissement des hachures soit bien gradué, pour que l'exécution soit partout brillante et unie, l'artiste a besoin de repasser plusieurs fois dans les premiers sillons du burin : c'est ce qu'on appelle rentrer la