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RAIS-DE-COECR ET RANG DE PERLES

des figures sculptées d'hommes et d'animaux, était nommée pour celte raison zoophorus par les Latins (en grec Çwoçépoç, qui porte des figures vivantes) . Mais au lieu d'être, comme la frise dorique, en trigly phes et en métopes, la frise ionique, lorsqu'elle demeure lisse, représente un cours de planches qui cacherait le bout des poutrelles posées en travers sur l'architrave, de sorte que là où les Doriens accentuaient la construction et par conséquent la solidité, les Ioniens la dissimulent, voulant inspirer au spectateur d'autres pensées. Enfin la corniche, composée d'un larmier avec son échancrure et d'une cymaise, répète dans sa moulure inférieure les rais-de-cœur de l'architrave, et dans sa moulure supérieure les oves du chapiteau, soutenus par un nouveau chapelet de perles1.

Ainsi l'ordre ionique, poussé à sa perfection par les Athéniens, est en

1 Tous les mots techniques employés ici ont été expliqués précédemment.

perpétuel contraste avec le dorique, depuis le sol jusqu'au faîte. Il a une base, mais une base ronde qui figure la compression de matières élastiques. La colonne est svelte, et ses cannelures évidées en demi-cercle y creusent des ombres qui la font paraître plus svelte encore; les arêtes, au lieu d'être aiguës et rudes comme celles de Paestum, sont adoucies par une côte. Les entre-colonnements, plus ouverts, ont perdu l'âpreté du vieux dorique. L'échiné du chapiteau est taillée enoves, dégagée par un gorgerin et recouverte d'un coussinet roulé qui semble fait pour préparer au tailloir un lit plus doux. L'architrave est rendue plus légère par ses divisions, et la pesanteur en est encore dissimulée par des ornements délicats. Tout l'entablement est réduit dans son épaisseur, et l'ordre entier est une heureuse combinaison de formes qui expriment la délicatesse et l'intimité, la légèreté et ia grâce.

Tel est le véritable ordre ionique. Ainsi l'ont compris les Grecs d'Athènes, supérieurs aux Grecs de l'Asie Mineure; ainsi l'ont pratiqué, avec des variantes voulues par les convenances, Mnésiclès dans l'intérieur des Propylées, et les architectes inconnus du temple de la Victoire Aptère, du temple ionique sur Fllissus, et de l'Erechthéion. Mais que d'altérations lui ont fait subir les Asiatiques d'abord et ensuite les Romains et les modernes! Quelle distance de Mnésiclès à Vitruve, et du temple d'Érechthée aux préceptes de Vignole! Par quelle fatalité les architectes de la Renaissance ont-ils hérité de l'ordre ionique tel que l'avait dénaturé la décadence, au lieu de l'étudier dans les exemplaires originaux, dans ceux où se trouve l'empreinte de ce génie grec dont on croit depuis si longtemps posséder et enseigner la tradition?

Premièrement, les Grecs d'Asie avaient donné à l'ordre ionique des proportions colossales : dans le fameux temple d'Éphèse, dont les colonnes avaient dix-neuf mètres d'élévation, dans le temple de Cybèle à Sardes, qui était plus grand que le Parthénon, et dans l'Heraeum de Samos (c'està-dire dans le temple de Junon, Hera), bâti sous le tyran Polycrate, au vie siècle avant notre ère. Les Athéniens ne commirent pas une semblable faute. Ils se gardèrent d'appliquer l'ordre ionique à ces vastes édifices qui doivent porter le caractère d'une force imposante, d'une solidité monumentale et éternelle. C'eût été transposer dans un ordre délicat les qualités d'un ordre robuste et sévère ; c'eût été agir comme le sculpteur qui aurait donnéde lasveltesseà une statue d'Hercule. Ce furent aussi les Grecs de l'Ionie qui les premiers imaginèrent d'altérer la base ionique en y ajoutant une plinthe carrée, addition barbare que les Romains nemanquèrentpas d'imiter, etqui est aujourd'hui si malheureusement consacrée par l'exemple de Vignole, renouvelé de Vitruve, et par la routine. Sur cette plinthe, dont les angles offensent les regards et blessent les pieds de la foule, les architectes du temple d'Apollon Didyméen, à Milet, Péoaius et

Daphnis élevèrent la base que Vitruve a prise pour modèle et dont il donne la règle au chapitre ni du troisième livre. Cette base repose sur un socle carré et elle se compose de deux scoties séparées par deux astragales avec leurs filets; la scotie supérieure est surmontée d'un gros tore, comme

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