BASE IONIQUE SELON VITRUVE
on le voit dans la gravure ci-jointe, de façon que, par un renversement du principe « le fort doit porter le faible », c'est ici le faible qui porte le fort. La base ionique de Vitruve est celle que les architectes de la Renaissance ont adoptée, celle qu'on enseigne dans les écoles !. Palladio préfère, il est vrai, la base attique : per che le base attiche a me più piacciono, dit-il (parce que les bases attiques me plaisent davantage ), mais il y met une plinthe, orlo, et Philibert Delorme, qui a fait au palais des Tuileries ces colonnes ioniques dont on vante la beauté, leur a donné la base de Yitruve, que personne n'a jamais pu louer, dit le judicieux Perrault.
Le chapiteau ionique a subi également quelques notables déformations chez les Romains. L'artiste athénien avait dégagé son chapiteau en y ménageant un gorgerin qui dornait plus d'importance à la tête de la colonne. Ce gorgerin formait une frise circulaire qui se prêtait à la décoration et pouvait ajouter à la richesse du monument. Si cette frise restait lisse, elle faisait ressortir les ornements de l'échiné, les perles de l'astragale supérieur et les spirales refouillées de la volute. C'est ainsi qu'est disposé le chapiteau dans l'architecture de Pompéi. « On y remarque, dit M. Uchard ( Revue générale d 'Architecture ), que les cannelures s'arrêtent à une certaine distance des volutes et laissent briller, par opposition à la partie lisse du tambour, l'ornementation du chapiteau.
Mais les artistes romains ne vamient pas ceux de la Grande-Grèce. Au temple de la Fortune virile, à Rome, les cannelures, en montant jusqu'au haut du fût, étranglent le chapiteau. La courbe élégante qui réunissait les volutes de l'Érechthéion s'est changée en une sèche et dure ligne droite. Déjà, du reste, quelques-unes de ces altérations avaient été commises dans le temple d'Apollon Didyméen. Sans doute ce sont là de simples nuances ; mais de ces nuances dépend la pureté de l'art, ce que nous appelons l'atticisme ; et si ce mot est devenu syno-
1 Nous avons à Paris un exemple (unique) de colonnes ioniques sans plinthe, au péristyle de l'église Saint-Paul construite par M. Hittorff.
nyme d'une exquise délicatesse en toute chose, c'est que les monuments de l'Attique sont en effet, comme la littérature de ce pays, l'ouvrage d'un goût parfait qui ne se rencontre plus ailleurs.
Ici se présente une difficulté. Le chapiteau ionique n'a de volutes que sur les deux faces antérieure et postérieure ; il y a des coussinets sur les côtés, de manière que les colonnes vues de profil manquent de couronnement, le chapiteau n'étant pas plus large latéralement que le fût. Il en résulte que la colonne placée à l'angle du portique doit avoir aussi des volutes sur le côté qui regarde le dehors, et faire face au spectateur dans les deux sens. Cette double face est d'ailleurs indispensable pour raccorderla colonne d'angle avec les colonnes latérales, si le portique se continue en retour d'équerre. Les Athéniens ont résolu ainsi la difficulté ; mais ils n'ont admis l'exception que pour un cas exeptionnel, pour le chapiteau des encoignures. Plus tard on supprima les coussinets, et l'on mit des volutes sur les quatre faces, comme nous l'avons observé dans tous les chapiteaux ioniques de Pompéï. Michel-Ange fut le premier, parmi les modernes, à reprendre cette tradition ou à la réinventer, et après lui, un architecte de Vicence, Scamozzi, y attacha son nom. Il faut dire cependant que l'idée d'un chapiteau ionique présentant des volutes sur toutes ses faces appartient à Ictinus lui-même. Ce grand artiste, après avoir construit le chefd'œuvre de l'architecture dorique, le Parthénon, essaya des combinaisons nouvelles dans le temple d'Apollon Epicurius, à Bassae, près de Phigalie. On y voit, à l'intérieur, des colonnes ioniques engagées dans des tètes de murs etprésentant des volutes sur les trois faces libres. Ce fut là certainement la moins heureuse des inventions qui furent inspirées à Ictinus par le désir d'innover ; je dis la moins heureuse, pour deux raisons : d'abord, parce qu'un tel changement fait perdre au chapiteau sa significatiou symbolique et son caractère; ensuite, parce que, dan? ce môme temple de Phigalie, Ictinus fit un premier essai de la colonne corinthienne.
Ignorant sans doute les plus belles œuvres de l'art grec, Vitruve ajoute à l'entablement ionique un membre d'architecture, les denticules, qui ne se trouve point dans les monuments du siècle de Périclès, ni aux temples d'Érechthée et de Minerve Poliade, ni à celui delà Victoire Aptère, ni au temple ionique sur l'Ilissus, qui a disparu, mais dont les dessins nous ont été conservés par les auteurs des Antiquités d'Athènes, Stuart et Revett. Les denticules sont une suite de petits blocs taillés en carré long et en manière de dents, mais séparés entre eux par des vides plus étroits que les dents. Placées entre la frise et le larmier, les denticules représenteraient, selon Vitruve, les extrémités saillantes des chevrons dans les toitures primitives en charpente. Cette explication, sujette à controverse, n'est qu'en partie justifiée par quelques tombeaux de l'Asie Mineure où l'imitation de la bâtisse en bois est flagrante, et dans lesquels on voit la corniche soutenue par de gros blocs carrés en saillie, figurant, il est vrai,
non pas des chevrons, mais des bouts de solives. Aussi est-ce dans les temples ioniques de l'Asie Mineure, notamment dans celui de Minerve Poliade à Priène,bâti par Pythaeus au temps d'Alexandre, que se remarquent les denticules, mais taillées finement et en petites proportions. L'ar-