‹ Grammaire des arts du dessin: architecture, sculpture, peintureChapitre 55 sur 175 · AUTRE EXEMPLE DE BUCRANES AVEC GUIRLANDES ET BANDELETTES · texte numérisé non relu

AUTRE EXEMPLE DE BUCRANES AVEC GUIRLANDES ET BANDELETTES

dans les volutes du chapiteau, imitant ainsi à la lettre les cornes du bélier ou les stries de la coquille. Le fleuron de l'abaque se répandit en rinceaux. L'architrave elle-même fut accablée d'ornements au point qu'on n'épargna pas le listel qui sépare l'architrave de la frise. Les denticules furent creusées comme autant de niches; les intervalles entre^ les modillons se couvrirent d'écaillés; le larmier, que les Grecs avaient toujours tenu lisse pour en bien rappeler la destination (l'égouttement de la pluie), les Romains le défigurèrent en y traînant des cannelures, de manière que les grandes lignes horizontales disparurent partout, étouffées sous cette décoration extravagante.

Les architectes de la Renaissance, qui, trompés par les enseignements de Vitruve et par les monuments romains, avaient si tristement faussé le dorique original et altéré l'ionique, ont été plus heureux pour l'ordre corinthien, parce qu'ils en ont trouvé de beaux modèles en Italie et en France. Mais, dans leur respect aveugle pour les antiquités romaines, qu'ils n'avaient point comparées aux monuments grecs, Bramante, Peruzzi, Serlio,Vignole, Palladio, Scamozzi, Jean Bullant, Philibert Delorme, Pierre Lescot, tous ces artistes d'une haute intelligence et d'un goût qui eût été excellent si une tradition meilleure l'avait épuré, acceptèrent sans contrôle les leçons que leur avait données l'architecture romaine, et ils en répétèrent les fautes. Tous ils mirent des plinthes carrées sous les bases ; tous ils élevèrent leurs colonnes sur des piédestaux, sans y être autorisés par la nécessité ou par la raison. Palladio le fit lui-même en quelques rencontres, bien qu'il eût condamné cette vicieuse méthode dans ses Quatre livres d'architecture, où il dit expressément : « Les colonnes sans piédestal me plaisent beaucoup plus, parce que les piédestaux sont un obstacle à l'entrée dans le tempie, et parce que les colonnes partant du pavé donnent plus de grandeur et de magnificence à l'édifice : Si perche con i piedestili si impedisce molto Ventrare al tiempo; si anche perché

le colonne, le quali da terra cominciano, rendono maggior grandezza, e magni/icenza. (Liv. IV, ch. v.)

Ce fut aussi pour avoir trop regardé quelques édifices romains mal conçus, que l'élégant Palladio introduisit dans l'architecture moderne la frise bombée, innovation malheureuse, il faut l'avouer, car ce genre de frise semble représenter un corps compressible qui, n'étant retenu par aucune ligature, comme l'est le tore par la scotie, dans la base des colonnes, pousse au vide et menace de crever sous le poids de la corniche.

Il était réservé à un architecte français, Claude Perrault, de faire revivre les meilleures traditions de l'ordre corinthien dans sa colonnade du Louvre, si imposante avant qu'on l'eût gâtée par le percement des fenêtres inférieures. En se plaçant au point de vue d'un monarque orgueil-

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