ANTE DORIQUE D0 PARTHÉNON
les voit taillés en oves et en fers de lance, avec un rang de perles audessous. Il semble, en effet, que l'ornementation doit devenir plus riche et plus délicate à mesure que l'on approche du sanctuaire qui renferme l'image du dieu ou de la déesse.
Dans l'ordre ionique, les antes (C) ont une base comme les colonnes; mais pour bien marquer que l'ante appartient au corps de l'édifice et qu'elle n'est plus assujettie à l'ordre du péristyle, les Grecs ont affecté de faire les bases de l'ante tantôt plus hautes, tantôt plus courtes que celles des colonnes, et ils y ont sculpté tout exprès d'autres moulures. Pour les chapiteaux, ils les ont ornés avec une rare intelligence, prenant soin d'y rappeler à la fois et les moulures de la colonne et les moulures de l'entablement. Ainsi, dans l'Érechthéion, les chapiteaux d'antes offrent un gorgerin qui reproduit les palmettes et le lis marin du chapiteau ionique avec les perles et le rang d'oves ; mais ils sont plus développés en hauteur et ils se terminent par des rais de cœur pareils à ceux de l'architrave et à ceux de la corniche.
Dans Tordre corinthien, il n'existe pas d'antes ni de pilastres grecs, sauf les antes du propylée intérieur d'Eleusis, qui fut élevé par les neveux du consul Appius Claudius Pulcher, contemporain de Cicéron1. Mais ces
1 L'inscription dédicatoire que M. François Lenormant venait de découvrir lorsque nous arrivâmes à Eleusis confirme d'une manière éclatante le passage de Cicéron qui attribuait la construction d'un propylée d'Eleusis à Appius. Il est donc certain que ce propylée n'est pas de la belle époque grecque. Au surplus, les chapiteaux que
morceaux, travaillés à une époque de décadence, quatre siècles environ après Ictinus, ne peuvent être considérés comme des exemplaires purement grecs. Tous les monuments que nous pouvons consulter sont d'architecture romaine. 11 ne faut donc pas s'étonner qu'on y trouve les défauts inhérents au génie d'un peuple qui fut toujours si inférieur aux Grecs en fait d'art. Soldats plutôt qu'artistes, préoccupés de la force et de l'utile plutôt que du beau, les Romains étaient incapables de raisonner tous les membres de leur architecture avec la délicatesse et le goût que les Grecs y apportaient. Rien de plus grossier que le pilastre corinthien tel que l'ont employé les architectes de l'ancienne Rome, surtout dans les en-
coignures. Oubliant Fexemple de leurs maîtres, ils ont donné aux antes corinthiennes des chapiteaux semblables à ceux des colonnes, de sorte qu'on voit des feuilles d'acanthe, rangées en ligne droite, sortir d'un cylindre équarri figurant un arbre rectangle, ce qui est assurément le comble de la déraison et du mauvais goût. Appliqué sur deux faces à l'angle d'un édifice et sculpté en feuillages, le pilastre corinthien représente une colonne qui se serait aplatie en pénétrant la muraille, et ce qui achève de
M. Lenormant nous montra, quoique d'une exécution finie, accusent déjà, par l'indiscrète abondance et la recherche de leurs ornements composites, une origine qu'on peut dire gréco-romaine.
lui donner cette ressemblance disgracieuse et choquante, parce qu'elle est contre nature, c'est la cannelure que les Romains y ont traînée. Canneler un pilastre, c'est rappeler l'image d'un faisceau de tiges qui devient monstrueux lorsqu'il est carré et qu'il se termine par une végétation quelconque, imitée de l'olivier, du laurier ou de l'acanthe. Si les architectes de la Renaissance ont répété sur ce point les fautes de l'architecture romaine, cela tient au respect aveugle que leur inspirait toute antiquité, môme celle de la décadence, et si de nos jours on retombe continuellement dans les mêmes erreurs, il le faut attribuer à cet empire de la coutume que n'a pu détruire encore la connaissance, d'ailleurs récente, des beaux modèles.
Que l'on se borne à distribuer des pilastres sur la face d'un mur, de manière à figurer des membres qui le fortifient et en varient l'aspect, rien de plus légitime ; mais ces pilastres ont toujours fort mauvaise grâce à s'épanouir en feuillages; et si l'architecte juge convenable d'y traîner des cannelures pour répéter l'expression de la verticale, il importe que