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DE TOUS LES AUTRES MEMBRES DE L'ÉDIFICE

Le lecteur sait maintenant qu'on entend par ordre, en architecture, un certain rapport entre la colonne qui supporte et l'entablement qui est supporté. Une fois établi, ce rapport se continue dans tout l'édifice en se répétant autant de fois qu'il y a de colonnes. Mais il est extrême-

ment rare qu'un monument puisse être bâti sans clôture, c'est-à-dire qu'il demeure ouvert de toutes parts : de là les murs. Lorsqu'on peut employer des supports isolés, des colonnes, le mur a pour destination de fermer plutôt que de soutenir. Cependant la nécessité de clore est modifiée par le besoin de livrer passage à l'homme aussi bien qu'à l'air et à la lumière ; de là les portes et les fenêtres. Et comme les murs veulent être fortifiés aux angles, on y pourvoit par des piliers angulaires qui adhèrent à la muraille et en augmentent l'épaisseur : de là les antes.

D'un autre côté, il est impossible qu'une construction ne soit pas protégée contre les injures de l'air par une toiture qui l'abrite, en tout ou en partie : c'est le comble. Et lorsque le climat s'oppose, comme chez les Grecs, à ce que l'édifice se termine en plate-forme, à la manière des temples de la Haute-Egypte, où la pluie est presque inconnue, la couverture est un toit à deux égouts, c'est-à-dire à deux pentes, qui dessine sur les petits côtés de l'édifice une surface triangulaire : c'est le fronton — à moins que le bâtiment, au lieud'être un rectangle, ne soit circulaire, comme le monument choragique de Lysicrate, caria couverture estalors en coupole; ou bien qu'il ne forme un polygone régulier, comme la Tour des Vents à Athènes, car le comble a dans ce cas autant de pentes qu'il y a de côtés et il se dessine en pyramide, ou, suivant l'expression consacrée, en pavillon. — Enfin il importe à la durée, à la salubrité et à l'élégance d'un monument qu'il ne soit pas au niveau du sol et qu'il soit élevé sur quelques assises qui lui servent de piédestal continu : c'est le soubassement.

Chacune de ces parties, devant contribuer à la beauté ou au caractère, est soumise à certaines lois que le goût peut modifier sans doute, en raison des circonstances, mais qu'il faut exposer ici telles qu'on les voit écrites dans les œuvres du génie grec.

Le soubassement. — La colonne, nous l'avons dit, peut se passer de base et elle ne doit pas avoir de piédestal, à moins qu'elle ne soit isolée et qu'au lieu de faire support elle ne soit elle-même un monument, comme la colonne Trajane à Rome, la colonne de la place Vendôme à Paris. Mais s'il répugne à la raison et à la bonne grâce de hisser un support sur un piédestal et de donner ainsi à une partie l'aspect d'un tout, il convient au contraire d'exhausser l'édifice entier sur une base continue, qui prend le nom particulier de stylobate lorsqu'elle porte une colonnade. Pourpeuque cette base soit haute, elle devra se diviser naturellement en degrés pour rendre le péristyle accessible. Les Grecs ont fait régner ces degrés dans toute l'étendue de leurs grands temples, à Paestum, àEgine, à Athènes, quand ces temples étaient entourés de colonnes sur leurs quatre faces. Les degrés étaient presque toujours en nombre impair. Pourquoi? Sans doute parce que ce nombre, dans l'architecture, al'avantage de présenter toujours un milieu. Vitruve en donne une autre raison, un peu puérile,

mais fondée sur la superstition populaire : « Les degrés, dit-il, doivent être en nombre impair, afin qu'ayant mis le pied droit sur la première marche, on arrive à mettre aussi le pied droit sur la dernière. »

Ce qui est remarquable, c'est que les degrés des temples antiques sont proportionnés au diamètre de la colonne, de manière que si le temple

devient colossal, les degrés grandissent en proportion et semblent faits, non plus pour des hommes, mais pour des géants, ou plutôt pour les habitants imaginaires du temple, pour des dieux. De petits degrés formant piédestal à un grand édifice seraient disgracieux. Les Grecs, préférant le beau à l'utile, ont sacrifié la commodité de l'homme à la dignité de l'art. Au temple de Paestum, les marches sont déjà si hautes qu'on ne les monte qu'avec peine ; auParthénon, la plus grande marche, qui estla troisième, porte 52 centimètres de hauteur et 60 centimètres de giron, ce qui est une proportion démesurée, surtout pour une jeune fille. Au temple de Jupiter Olympien, à Agrigente, les colonnes étant énormes, — elles ont plus de trois mètres de diamètre, — les marches, qui avaient environ le quart de ce diamètre, étaient colossales, et le temple eût été inabordable, si l'on n'avait pris soin de ménager en quelques endroits un escalier praticable, en divisant chaque degré en trois marches. De môme au Parthénon, des escabeaux de bronze étaient adaptés aux degrés de l'avant-temple, les jours où les canéphores devaient y monter en procession, et de plus, sur les deux façades, devant l'entre-colonnement du milieu, les marches étaient diminuées par une entaille qui en doublait le nombre.

Le soubassement des temples antiques offrait quelquefois des gradins au peuple lorsqu'il n'était pas admis dans la nef. Pausanias nous montre les députés de la Phocide assemblés près de Delphes, prenant séance sur les marches d'un palais, et Cicéron parle d'un temple situé près de la porte Capène, à Rome, et dont les degrés servaient de sièges à la multitude. Alors même que leurs monuments étaient bâtis au haut d'une montagne, les Grecs les élevaient sur un emmarchementde hautes assises, pour insister sur leur solidité apparente en leur donnant une assiette élargie, et pour ajouter à la majesté du temple en l'isolant de la terre.

Les murs. — Dans la onzième proposition de ce premier livre, nous avons décrit les différentes manières d'ajuster les pierres d'un mur. Le lecteur a pu voir quelle diversité d'impressions engendre la variété des appareils, quel effet produit dans Visodomum la parfaite égalité des assises et dans le pseudisodomum l'alternance des assises hautes avec les assises basses. Il connaît aussi l'aspect que prend un mur selon que les pierres, de dimensions égales, sont présentées par leur face étroite ou par leur face longue; il sait à quels sentiments répondent l'appareil polygonal, renouvelé des constructions cyclopéennes, et l'appareil réticulaire, et le système des bossages1. Il nous suffira donc de rappeler ici que dans les temples antiques de la Grèce les murs étaient construits le plus souvent en isodomum, et que ces murs de marbre à la surface polie, au dessin symétrique, ont une expression grave et quelquefois imposante de tranquillité et de silence. 11 est en Grèce des temples dont les murs sont construits par exception en appareil polygonal; nous en avons vu un exemple dans les ruines du temple de Thémis, à Rhamnus, non loin de Marathon. De grands blocs de marbre, joints sans mortier avec une précision admirable, mais formant des lignes inégales et bizarres, présentent cette irrégularité à demi sauvage qui caractérise les murs pélasgiques imités par les Hellènes.

Les antes. — Pour fortifier en réalité et en apparence l'extrémité des murs, on les terminait par des piliers carrés peu saillants, que les Latins appelaient antsn (du grec àviàw, avancer). Lorsqu'ils épaississent les angles d'une porte, ces piliers s'appellent plutôt pieds-droits ou piédroits; lorsqu'ils font saillie sur la face d'un mur ou qu'ils accompagnent et décorent les angles des murs latéraux d'un édifice, on les nomme aussi pilastres; ils ont la forme d'une colonne plate, adossée au mur et présentant une ou deux faces. On leur donne plus particulièrement le nom à'antes lorsqu'ils finissent les murs d'un temple prolongés jusque sur la façade, dont ils supportent les angles. Ils ont alors trois faces et figurent des supports carrés formant têtes de mur sur la ligne des colonnes2. Les antes qui sont aux angles de la façade et celles qui font saillie à la rencontre de deux murs ont ordinairement une largeur égale au diamètre moyen des colonnes correspondantes; leur diminution est presque insensible, et quelquefois elle est nulle, comme au temple de Peestum. Mais ni les chapiteaux ni les bases des antes antiques ne sont semblables aux chapiteaux et aux bases des colonnes.

Dans l'ordre dorique, qui n'a point de base, les antes (A, B) n'en ont pas non plus. Quant aux chapiteaux, ils diffèrent essentiellement de ceux des

1 Voir la proposition XI de ce premier livre.

* Voir ci-après, page 206, le temple à antes, dit in antis.

colonnes. A Paestum, l'échiné de Tante, au lieu d'être évasée de bas en haut, est évasée de haut en bas, c'est-à-dire qu'elle représente une cuvette renversée et donne en profil un contour en bec de chouette. Au Parthénon, les chapiteaux des antes sont plus ornés que ceux des colonnes. On

AN TE DORIQUE DE P.tSTUM.

ANTE IONIQUE DU TEMPLE d'ÉRECHTHÉB.

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