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PORTE DORIQUE

(Oratoire de Phalaris, à Agrigcnle.)

petit temple de Vesta, à Tivoli, ce principe fut abandonné dès le siècle d'Auguste par les architectes romains. Yitruve cependant a connu cet usage des Grecs, et il le recommande en ces termes : « Le haut de l'ouverture devra être plus étroit de la troisième partie du jambage, si la hauteur de l'ouverture a 16 pieds; du quart, si elle est de 16 à 25 pieds; du huitième, si elle est de 25 à 30. Plus elles seront élevées, plus elles devront se rapprocher de la verticale, ad perpendiculum collocari. »

Maintenant, quel doit être, dans la porte d'un monument en platebande, le rapport de la hauteur à la largeur? Ce rapport est soumis sans doute au jugement de l'architecte, pourvu toutefois qu'il donne à la hauteur au moins le double de la largeur. On conçoit du reste que. les proportions de la porte ont dû varier dans les différents ordres et par

ciper du sentiment que respirait tout l'édifice. Le peu qui nous a été conservé de portes grecques est admirable. On peut juger du goût grec, en ce genre, par la porte dorique d'un monument d'Agrigente, l'Oratoire de Phalaris, et par la porte ionique de l'Erechthéion, qui s'ouvre surle portique du nord. Il était naturel que, dans une architecture qui parlait toujours si fortement à l'esprit, l'entrée du temple portât le caractère donné à l'ensemble de l'édifice. Si les colonnes du vieux dorique

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POliTli IONIQUE.

(Temple d'Érechthée.)

étaient courtes et massives, elles n'en étaient pas moins serrées de façon quel'âpretéde l'entre-colonnement avait pour conséquence l'étroitesse de la porte; car c'est une règle générale que l'ouverture du temple répond à entre-colonnement mesuré d'axe en axe, c'est-à-dire augmenté de deux demi-diamètres. Ainsi, môme dans un temple aux proportions massives, la porte se trouvait toujours haute, parce qu'elle était toujours relativement étroite. C'est justement ce qui peut se vérifier dans l'Oratoire de Phalaris. Un sentiment de sévérité s'attache aux portes d'un temple lorsqu'elles sont hautes et peu larges, et que leur rétrécissement est prononcé. Un adage antique a exprimé cette idée : Per anqusla ad augusia, par un chemin étroit on arrive aux choses augustes.

La porte ionique, chez les Grecs, avait un tout autre caractère, à en juger par la seule qui existe au monde, celle du temple d'Érechthée. L'entre-colonnement de cet ordre étant plus ouvert, l'entrée correspondante est aussi plus large et annonce déjà la demeure d'une divinité plus accessible et moins sévère. Le rétrécissement en est plus modéré, et l'ornementation y ajoute encore une grâce avenante. Les jambages et le linteau, qui, réunis, forment ce qu'on appelle le chambranle, c'est-à-dire l'encadrement de la porte, sont décorés de rosaces dont les boutons en bronze doré étaient scellés dans les cylindres en bois de cèdre. Sur la corniche, qui est soutenue par deux élégantes consoles, sont répétées les palmettes qui ornent le chapiteau des antes. L'ensemble, même depuis quelques restaurations byzantines, est resté délicat sans petitesse, riche sans confusion, harmonieux et doux sans fadeur. Avant que ce temple ne fût une ruine vénérable, personne, j'imagine, n'approchait de cette belle porte sans éprouver le désir de pénétrer, au moins en pensée, dans le sanctuaire d'une divinité dont le seuil invitait et charmait à ce point les regards... Ah ! combien sont différentes les impressions que produit l'architecture romaine, celle qui prévalut sous les empereurs, lorsque l'on commença d'oublier la tradition grecque ! Déjà, au Panthéon d' Agrippa, la porte est dessinée par des montants perpendiculaires qui n'offrent plus qu'une raideur mathématique et une banale exactitude. L'illusion fait paraître l'ouverture plus large dans le haut, où la largeur est inutile, que dans le bas, où elle est voulue! On le sent bien, une froide science a été substituée au sentiment du beau. L'architecte raffiné d'une nation d'artistes a été remplacé par le géomètre d'une race de soldats1.

Les fenêtres. — Les raisons qui ont amené les Grecs à donner une inclinaison en dedans aux jambages de leurs portes les ont conduits à rétrécir le haut de leurs fenêtres. A vrai dire, nous n'en pouvons juger que par un ou deux exemples, car il n'existe plus de fenêtres grecques antiques, si ce n'est à Agrigente et à l'Érechthéion ; encore celles-ci ontelles été renversées, il y a quelques années, par un tremblement de terre, de sorte que nous ne les connaissons plus que par un dessin de Stuart, dans les Antiquités d'Athènes. Vu la dimension de ces fenêtres, dont l'ouverture n'avait pas deux mètres de hauteur, si on les a rétrécies par le haut d'un douzième, c'est plutôt pour rappeler la forme pyramidale de la porte que pour soulager la portée, peu considérable, du linteau. Mais de

1 Croirait-on que Vitruve donne à la porte ionique des proportions qui conviendraient à la porte dorique, et réciproquement? Selon lui, le rapport de la largeur à la hauteur, dans l'ionique, est de 2 à 5 (ou de 10 à 25), et, dans le dorique, de 5 et demi à 12 (ou de H à 24). Or, comme 10 est plus loin de 25 que 11 de 24, il en résulte que la porte ionique de Vitruve est plus étroite que la dorique, contrairement à ce qui est et à ce qui doit être

toute manière la dimination à l'ouverture est une élégance, parce qu'en interrompant la froide régularité du rectangle, elle amène le regard à retrouver précisément, dans la saillie des crossettes, la différence de largeur entre le haut et le bas de la fenêtre. Car si l'on abaisse une perpendiculaire de l'extrémité des crossettes, elle tombera juste à la naissance du jambage. Vitruve a été instruit de ces délicatesses, et il les enseigne au sujet de la porte dorique, à laquelle ressemblent

FENETRE DE L KHI- C IITII KION.

beaucoup les fenêtres de FÉrechthéion. A cette diminution s'ajoute encore celle du chambranle: « La largeur des jambages, dit Vitruve, sera égale au douzième de la hauteur de l'ouverture, et ces jambages seront rétrécis par le haut de la quatorzième partie de la largeur. »

Mais ces mesures, générales et moyennes, ne se vérifient point et ne sauraient se vérifier, au surplus, sur un exemple particulier. La raison dit assez que la proportion et le caractère des fenêtres doivent être soumis à bien des convenances locales et varier selon la nature du climat, selon l'abondance ou la variété de la lumière. Les mœurs y introduisent aussi bien des nuances. A Pompéi, très peu de maisons avaient des jours donnant sur la rue. La vie privée s'y défendait contre une curiosité oisive, et quelques fenêtres qu'on a trouvées dans cette ville morte étaient percées très haut, de manière à procurer une lumière plongeante, lumière qui est d'ailleurs favorable à la beauté, puisque les jeunes filles de Rome qui ont été promises en mariage, dit Winckelmann, ne se font

voir pour la première fois en public h leurs époux que dans la Rotonde, où le jour tombe d'une ouverture circulaire pratiquée au sommet de la voûte.

Les fenêtres du temple d'Érechthée étaient percées à six mètres du sol, et comme elles étaient fermées sans doute soit par des verres, soit par des pierres spéculaires, c'est-à-dire par ces lames minces d'albâtre ou de gypse transparent qui servaient de vitres dans les temps antiques, le soleil devait éclairer ce petit temple d'une lueur tranquille, mystérieuse et modérée, lueur qui s'harmonise avec le sentiment religieux, et qui fut chère aux prêtres de tous les siècles et de tous les pays. Un célèbre architecte, Léon-Baptiste Alberti, en a fait la remarque (de Re œdificatorid), et il faut la rapporter ici selon la version naïve de son traducteur: « Il appartient que dans les temples les fenestrages soient moyens et hault percez, si qu'on n'en puisse voir sinon le ciel, afin que les prestres et ceulx qui seront là pour y faire prières ne puissent par aucun objet avoir leurs pensées distraites des contemplations divines. Certes l'horreur qui vient de l'ombre augmente de son naturel la dévotion des courages, à raison que l'austérité est en grande partie conjointe avec la majesté. »

Jusqu'au temps de Vitruve, les Romains conservèrent, dans les fenêtres de leurs monuments, par exemple au petit temple rond de Tivoli, la tradition antique du rétrécissement et des crossettes ; mais, cette tradition se perdit par la suite ; elle ne fut reprise qu'au temps de la Renaissance. Quelques architectes éminents y revinrent alors, notamment San Gallo et Michel-Ange, dans la construction des fenêtres intérieures du palais Farnèse. Balthazar Peruzzi, en élevant le beau palais Massimi, à Rome, accusa aussi un légère diminution dans la porte du vestibule. La distinction d'une telle forme ne pouvait échapper à ces grands artistes ; elle fut également sentie par l'ingénieux Palladio ; mais il ne manqua pas d'observer qu'elle était sans doute motivée par le besoin de diminuer le vide au-dessous du membre supporté, forse per maggior fortezza. Aujourd'hui quelques architectes, en dessinant des crossettes aux chambranles de leurs fenêtres, paraissent avoir oublié que cette forme, appliquée aux jambages d'une ouverture parfaitement rectangulaire, n'a plus aucune raison d'être, puisqu'elle devient l'image d'un rétrécissement qui n'existe plus, et qu'elle semble regagner dans le haut une différence de largeur qu'on n'a point perdue.

Cependant les fenêtres de l'Érechlhéion sont une rareté, une exception môme ; car les murs qui ferment l'intérieur du temple antique, la cella, ne présentent aucune ouverture autre que les deux portes. Le temple de Thésée, le Parthénon, le temple de la Concorde à Agrigente, la Maison-Carrée de Nîmes, n'offrent pas la moindre trace de fenêtres éclairant l'intérieur de la nef. Comment donc le temple était-il éclairé?

C'est là le plus difficile problème de l'archéologie classique ; c'est la plus obscure énigme que nous ait léguée l'antiquité grecque. Cependant, si la clarté du jour pénétrait dans le sanctuaire, ce ne pouvait être que par la couverture, car la baie d'une porte ne fournit qu'une lumière horizontale qui s'arrête aux premières couches de l'air dans un édifice clos. Ceci nous amène à examiner maintenant une partie qui est caractéristique dans la construction grecque: le comble.

Le comble. — Longtemps les antiquaires, même les plus illustres, avaient pensé que les temples grecs étaient obscurs et que la religion les avait ainsi voulus pour inspirer aux croyants une terreur vague et solennelle. « Les temples quadrangulaires, dit Winckelmann, n'avaient point en général de fenêtres et ne recevaient le jour que par la porte. On leur donnait un air plus auguste en les éclairant avec des lampes. » Spon et Wheler, qui visitèrent la Grèce en 1676, racontent qu'en entrant dans le Parthénon, converti en mosquée, ils ne furent pas surpris de son obscurité. Est-il possible, dit Spon [Voyage d'Italie et de Grèce), que les paiens fissent leurs temples sans jours? Oui, sans doute... Ils s'imaginaient apparemment que l'obscurité avait quelque chose de plus majestueux et qui imprimait plus de respect. C'est de là que sera venu l'usage des lampes dans les lieux sacrés. »

Après avoir prévalu durant plus d'un siècle, cette opinion fut vivement combattue, et elle devait l'être. Comment supposer en effet privé de lumière un temple qui renfermait des peintures murales de Polygnote ou de Protogène, et des chefs-d'œuvre tels que la Minerve ou le Jupiter Olympien de Phidias ? Etait-ce uniquement à la lueur des flambeaux qu'on pouvait jouir de ces merveilles et apprécier, dans toute leur délicatesse, les ciselures des statues en or et en ivoire, si bien faites pour resplendir au soleil? Quand le sanctuaire était consacré au dieu du jour, n'eût-il pas été monstrueux de le plonger dans les ténèbres? Et s'il était dédié au dieu foudroyant, au Jupiter Fulgur, imagine-t-on que le temple fût entièrement fermé à la vue du ciel, d'où la foudre allait descendre? Lorsque, au 111e siècle avant notre ère, les Gaulois marchaient sur la ville de Delphes, les Grecs crurent voir Apollon sauter dans son temple par l'ouverture du comble. Lucien raconte l'histoire d'un imposteur qui contrefaisait les mystères d'Eleusis et donnait au peuple le spectacle des amours de Diane et d'Endymion : une courtisane, nommée Rutilia, jouait le rôle de Diane et descendait du ciel par une ouverture ménagée dans le plafond. Enfin Pausanias rapporte que Phidias, ayant achevé la figure colossale de Jupiter à Olympie, conjura le dieu de manifester par quelque signe si son image lui était agréable, et qu'aussitôt la foudre tomba sur le pavé du temple, devant la statue.

Tout cela prouve qu'il existait au moins une ouverture au plafond du

temple antique. Cette ouverture, les Grecs la désignaient dans leur langue par un mot qui est passé dans la nôtre, Yhypètre (uirarôpov, de axé, sous; alô-^p, Péther, le ciel). Vitruve, du reste, dit formellement que les grands temples avaient, dans l'intérieur de la cella, deux rangs de colonnes superposées formant trois nefs, etque l'espace compris entre les deux colonnades intérieures, c'est-à-dire la nef centrale, était à ciel ouvert et sans toiture, médium sub divo est, sine tecto. Dans la pratique, au surplus, il eût été impossible à un peuple qui n'employait pas la voûte, de couvrir, d'un bout à l'autre, des constructions aussi colossales que les trois temples de Jupiter Olympien, à Agrigente, à Sélinonte, à Athènes. Où trouver des matériaux d'une portée aussi énorme, et, en l'absence de ces matériaux, comment soutenir la couverture sans encombrer l'édifice par une forêt de colonnes ? Le système de l'hypètre est donc, pour certains monuments, plus qu'une hypothèse : c'est une certitude. Pausaniaset, avant lui, Strabonnous apprennent que le temple d'Apollon Didyméen, à Milet, resta découverte cause de ses vastes dimensions.

Cependant si les beautés de la statuaire et de la peinture, si les figures d'un Parrhasius ou d'un Praxitèle appelaient dans le sanctuaire la clarté du jour, il nous répugne de penser que des objets aussi vénérables pour le croyant, aussi admirables pour l'artiste, demeuraient exposés aux injures des éléments, au vent corrosif de la mer. Il est vrai qu'on peut supposer l'hypètre garni d'un velarium semblable à celui qu'on étendait les jours de pluie sur l'amphithéâtre du Colisée, àRome, et qui, retenu à des cordes et se creusant par le seul effet de sa pesanteur, faisait couler la pluie à travers une ouverture pratiquée au milieu de la toile, de façon que l'eau pouvait être ainsi rassemblée et conduite où l'on voulait. Quoi qu'il en soit, il est également certain qu'il y avait, dans les temps antiques, et de grands temples hypètres, et de petites chapelles entièrement closes, ne recevant la lumière que par la façade antérieure, comme le temple de la Victoire Aptère, qui, sur le devant, était fermé de grilles.

Mais, lorsque le soleil entrait dans le comble, y avait-il, au-dessus de l'hypètre, une lanterne protégeant le vide, comme quelques-uns l'onti supposé? Une pareille hypothèse est inadmissible. Non seulement elle est contredite par les monnaies, les bas-reliefs et les vases peints, lorsque les monuments grecs y sont représentés de profil, mais elle est incompatible avec le génie d'un peuple qui se plaisait à continuer les horizontales de son architecture, connaissant l'expression majestueuse et calme de ces grandes lignes quand elles ne sont pas interrompues, et que leur continuité même les agrandit aux regards et les prolonge.

La partie apparente de la toiture antique se composait de tuiles en terre cuite, dont les unes étaient plates et munies d'un rebord, les autres creuses et demi-cylindriques ou angulaires ; les secondes s'emboîtaient

dans lès premières au moyen du rebord, et elles en recouvraient les joints. Les tuiles plates, tegulœ, avaient la forme d'un trapèze et se rangeaient de façon que la partie étroite de chaque tuile entrait dans la partie large de la tuile inférieure. Les tuiles creuses, imbiices, étant éga-

1UII.ES CREUSES ET TUILES FAITIERES

lement rétrécies à une extrémité, s'agençaient de la même manière l'une sous l'autre. On les nomme aussi tuiles faîtières, parce que leur forme convexe se prête à couvrir le faîte du comble.

Mais une couverture en aigile ne répondait pas à la magnificence d'un temple en marbre. Onimagina, au vi8 siècle avant Jésus-Christ, détailler

A.NTÉFIX 1S

aussi les tuiles en marbre pentélique, et ce fut, selon Pausanias, un certain Bizès, de Naxos, qui donna le modèle de cette coupe ingénieuse, dont l'invention fut récompensée par une statue. Vint ensuite un autre artiste, Dibutade, de Sicyone, qui eut l'idée de masquer le vide produit par

les dernières tuiles au bord inférieur du toit, en y appliquant un ornement saillant que Pline appelle protype, et auquel on donne généralement le nom ftanté/ixe. D'ordinaire, les antéfîxes sont des tuiles verticales, taillées en forme de palmettes, comme celles du Parthénon. Quelquefois on y sculptait un masque ou une figure entière. Ainsi, sous la main d'un peuple artiste, tous les besoins de la construction se sont transformés en motifs d'élégance. L'utilité pratique, même en s'accusant avec franchise, a revêtu les nobles insignes de l'art.

Le fronton. — Lorsque les monuments sont rectangulaires, leur comble, nous l'avons dit, peut avoir quatre pentes et se dessiner en pavillon. Il n'en est pas ainsi dans les temples grecs : leur toiture présente sur les deux petits côtés une surface triangulaire, qui est le fronton, c'est-à-dire le front de l'édifice. Les Grecs l'appelaient àe-coç, aigle, sans doute par allusion au triangle que forme naturellement un aigle dont les ailes sont étendues. Toujours conseillés par un sentiment juste et fin, les Athéniens donnent à leurs combles une inclinaison modérée, de sorte que le fronton, se développant sous un angle très ouvert, forme à l'édifice un couronnement adouci et plein de grâce. Moins artistes et moins favorisés par le climat, les Romains ont terminé leurs temples par une pyramide aiguë qui offense l'œil. Tandis que les frontons grecs n'ont guère en hauteur que le huitième de leur largeur, ceux de Rome en ont environ les deux neuvièmes. Cette mesure de la hauteur est prise en y comprenant l'épaisseur de la corniche rampante, car le fronton est encadré par trois corniches : Tune horizontale, qui lui sert de base, les deux autres inclinées qui suivent la pente du toit et vont s'assembler au faîte. Le triangle intérieur enfermé dans ces trois corniches est le tympan.

Une chose remarquable, c'est que les corniches rampantes du fronton grec ne sont pas semblables à la corniche horizontale qui couronne l'entablement: on n'y voit point répéter les mutules. En effet, si les mutules inclinées du dorique représentent l'extrémité saillante des chevrons, leur présence le long des pentes du fronton serait un contre- sens, parce que les chevrons ne peuvent y être vus que de profil. Les Grecs, il est vrai, ont cru devoir continuer les mutules sur les petits côtés du temple, et lest figurer ainsi là où elles ne répondent pas à un toit; mais ils l'ont fait pour éviter une disparate et ne pas troubler la tranquille symétrie du couronnement général. La même raison de bienséance n'existait pas pour le fronton, qui est une partie de l'édifice tout à fait distincte, et qui peut en différer par ses moulures comme il en diffère par sa forme. Il est môme convenable que cette partie, étant la dernière supportée, ait des moulures plus légères que celles du membre qui la supporte. Les Romains, que malheureusement nos modernes ont toujours imités, n'y regardèrent point de si près. Voulant retrouver sur le fronton une symétrie qui n'y

était plus demandée, ils y rappelèrent les mutules dans l'ordre dorique, les modillons dans l'ordre corinthien, et les denticules qu'ils attribuaient à l'ordre ionique. Vitruve cependant avait condamné cet usage : « Les anciens, dit-il, n'ont pas approuvé qu'on mît les mutules et les denticules aux frontons. Ils ont préféré d'y faire les corniches tout unies (puras coronas) parce que ni le bout des forces ni le bout des chevrons ne peuvent être supposés apparents sur la façade, car ces pièces, vues de profil dans le sens des pentes du fronton, ne montrent leurs extrémités que sur les parties latérales du monument. » La leçon de Vitruve était d'accord cette fois avec l'architecture des Athéniens et avec celle de la république romaine, qui conserva jusqu'à la fin quelque souvenir des belles traditions. A cette époque appartient le temple corinthien de Minerve, à

A, A, arbalétriers on forces; B, entrait; C, poinçon; D, faîtage; E,E, E, pannes; F,F, chantignolles; G, G, G, chevrons; H, lattes; T, tuiles rondes.

Assise, en Ombrie, où les corniches inclinées du fronton n'offrent pas de modillons, bien qu'on en ait figuré dans la corniche horizontale1.

Étrange contradiction ! les architectes de la Renaissance et ceux qui de nos jours ont subi en toute chose l'autorité de Vitruve, ont refusé de s'y soumettre en ce qui touche les corDiches du fronton, et ils ont donné le même encadrement aux trois côtés du triangle, ainsi que l'avaient pratiqué les Romains, depuis le siècle d'Auguste, à Rome, àNaples, à Pola en Istrie, à Nîmes, dans la Maison-Carrée. En France tous les frontons de nos monuments présentent des mutules lorsqu'ils sont d'ordre dorique, des denticules ou des modillons lorsqu'ils sont d'ordre ionique ou d'ordre corinthien. La colonnade du Louvre, la Madeleine, le Palais-Bourbon, les pavillons du Garde-Meuble nous en offrent des exemples ; mais parmi nos architectes français, quelques-uns (entre autres François Mansart dans une église de Minimes, à la place Royale) ont pris soin de figurer leurs modillons perpendiculaires au tympan, au lieu que les Romains les

1 Nous avons vu ce temple tout récemment à Assise (septembre 1875). Il n'en existe plus d'entier que le portique, et ce portique, antérieur à Auguste, est admirable I

avaient déformés en les figurant perpendiculaires à l'horizon, ce qui est une faute évidente. En effet, si Ton se reporte à la construction en charpente, on verra que les seules pièces dont l'extrémité soit apparente dans le triangle d'un toit sont les pannes, marquées de la lettre E sur la gravure ci-jointe. Or ces pannes sont perpendiculaires aux forces et aux chevrons, puisqu'elles les coupent à angles droits, et si l'on suppose qu'elles sont représentées dans le fronton par les modillons ou par les mutules, il convient de coucher ces mutules ou ces modillons de manière qu'ils soient vus dans la position où l'on verrait les pannes, c'est-à-dire perpendiculaires au tympan. Cette convenance délicate n'est plus observée nulle p art ; elle ne l'a pas été à la Madeleine ; il est vrai que ce temple a été construit à une époque où régnait un faux hellénisme, et où nos artistes prenaient pour des modèles classiques tous les monuments de l'architecture romaine, dont la plupart ne représentaient que la décadence grecque. Qu'ils sont loin de la beauté originelle, les frontons de l'architecture moderne depuis la Renaissance! Méconnaissant ou affectant d'oublier l'origine si simple du fronton, qui est le toit, les uns ont inscrit, un fronton courbe dans le tympan d'un fronton triangulaire, pour enfermer ensuite sous cette courbe un nouveau triangle, — cela se voit au grand pavillon du Louvre; — les autres ont dessiné les frontons cintrés, qui sont absurdes en grand, puisqu'ils représentent un toit demi-cylindrique, mais qui sont tolérables en petit quand ils couronnent une porte ou une fenêtre, car ils ont alors l'avantage de décharger le linteau, en écartant le fardeau qui pèse sur le vide, pour le reporter sur le plein. Ceux-ci ont posé fronton sur fronton, figurant deux toits l'un sur l'autre comme l'a fait Debrosse dans son portail de Saint-Gervais, à Paris ; ceux-là, malgré les anathèmes de Palladio et de Scamozzi, ont contourné les corniches de leurs frontons de manière à produire, par les enroulements de la pierre, l'imitation ingénieuse d'un cornet de papier. Le grand Michel- Ange lui-même, jaloux d'être original en toute chose, attacha l'autorité de son nom à ces frontons brisés dont les corniches enlr'ouvertes font place à une boule ou bien à une figure sculptée qui semble avoir percé le toit pour montrer sa tête. Quelques-uns enfin, comme les architectes de la grande galerie du Louvre (celle qui regarde la Seine), placèrent une suite de frontons sur le long côté de l'édifice. Au lieu de correspondre aux pentes d'un comble, ces frontons, par la plus étrange anomalie, se détachent sur une longue toiture dont le faîte les surmonte, et présentent ainsi un faux toit vu de face, adossé à un vrai toit vu de profil ! En dehors même de cette infraction aux lois de l'architecture, combien n'eût-il pas été préférable qu'une longue horizontale dominât cette façade surchargée d'ornements délicats et pleins de grâce, et que le repos d'une grande ligne vînt racheter ce qu'il y avait d'excessif dans le mouvement de ces reliefs innombrables, de ces détails exquis, mais surabondants !

Le tympan du fronton grec est un triangle isocèle, dont la base est très large relativement à la hauteur, parce qu'il dessine au sommet un angle très ouvert. C'était là un champ tout préparé pour la culture : il était naturel que l'art vînt s'en emparer et que sur le frontispice du temple il annonçât les dieux du sanctuaire. Dans les rudes monuments du dorique primitif, comme à Paestum, le tympan restait lisse aussi bien que la métope, et cette absence d'ornement redoublait l'austérité, l'âpreté d'un édifice aux proportions courtes et aux entre-colonnements serrés ; mais bientôt le vieux dorique se modifia et consentit à s'enrichir. Déjà sur la fin du vie siècle, selon toute apparence, le fronton d'Egine se couvrait de sculptures en ronde-bosse, sculptures encore raides dans leurs mouvements, mais d'autant plus solennelles, d'autant plus architectoniques. On y figura, d'un côté, le combat d'Hercule contre Laomédon ; de

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