‹ Grammaire des arts du dessin: architecture, sculpture, peintureChapitre 69 sur 175 · ARC PLEIN CINTRE EN ENCORBELLEMENT · texte numérisé non relu

ARC PLEIN CINTRE EN ENCORBELLEMENT

Vallée d'El-Assassif (Egypte.)

tique d'une pyramide, qui est couvert d'une voûte cintrée, et au mont Barkal, dans un autre portique dont la voûte est en ogive. Auprès des pyramides de Giseh, un tombeau doublement voûté, d'une date presque aussi ancienne, présente cette singularité, qu'une première voûte est formée de deux pierres biaises, reliées au sommet par une pierre horizontale, et qu'une seconde voûte les surmonte, composée de quatre arcs concentriques. Il existe même à Thèbes une voûte surbaissée de forme ovale, et régulièrement appareillée, dans le tombeau d'Aménophis 1er, qui vécut environ dix-sept cents ans avant notre ère. Si on remonte encore plus haut, onrencontre une voûte aiguë dans la pyramide de Chéops, qui est de trente-quatre siècles antérieure à l'ère chrétienne, et une voûte plein cintre à Thèbes, dans la vallée d'El-Assassif, près du temple d'Ammon. Toutefois ces dernières constructions ne sont pas des voûtes véritables, car elles sont élevées sur des assises de pierres horizontales posées en encorbellement, c'est-à-dire en saillie les unes sur les autres. Il a suffi d'abattre la partie saillante de chaque pierre suivant la ligne qui touche à tous les angles rentrants, pour produire un arc, mais seulement à l'état d'embryon. Ce qui, en effet, constitue l'arc en architecture, c'est l'appareil en claveaux qui va être expliqué.

L'arc est une construction composée de plusieurs pierres réunies sur une courbe, de manière à se soutenir au-dessus du vide, par l'effort même

qu'elles font pour se renverser. Lorsqu'on a creusé ou maçonné un puits, on a fait une voûte, mais une voûte horizontale où chaque pierre repose sur son lit, dans toute son étendue. Le problème dontla solution devait mettre au jour une nouvelle architecture consistait à placer en l'air les

ARC PLEIN ai NT RE.

P, pied-droit. I, imposte. S, sommier. V, V, V, voussoirsou claveaux. C, clef. T, tympan. A, A, archivolte.

pierres qui sont placées horizontalement dans le puits. Pour cela, il a fallu d'abord établir deux points d'appui solides, deux piliers robustes. Ces piliers, si on les arrondit, sont des colonnes; s'ils ontune forme rectangulaire, on les appelle piédroits (ou pieds-droits). De même que la colonne est élargie à sa naissance ou munie d'une base, et qu'elle est couronnée d'un chapiteau évasé, de môme le pied-droit, dans sa partie inférieure, se grossit d'un socle qui s'en détache par une légère saillie, tandis qu'il se termine en haut par une pierre plus large eteonséquemment saillante, qui lui sert de chapiteau. Sur cette pierre va poser l'arc: c'est pour cela qu'on la nomme imposte, de l'italien imposta/e, qui signifie poser. La partie du pied-droit qui est entre le socle et l'imposte conserve le nom de fût, déjà donné à la tige des colonnes.

Les pierres qui composent l'arc s'appellent claveaux ou bien voussoirs. Elles sont taillées en forme de coin, et on les place les unes sur les autres de telle sorte que les joints soient perpendiculaires à la courbe de l'arc, en d'autres termes, que chaque joint soit le prolongement d'un rayon. La pierre qui, à droite et à gauche, repose immédiatement sur l'imposte, à la naissance de l'arc, reçoit le nom significatif de sommier. 11 est nécessaire que les claveaux soient en nombre impair, pour qu'il ne se rencontre pas de joint au sommet de l'arc, et que cette place soit occupée par une pierre centrale qu'on nomme la clef. La fonction de ce membre essentiel est d'assurer à la voûte la solidité réelle, qui intéresse le constructeur, et la solidité apparente, qui intéresse l'artiste. 11 est évident, pour l'esprit

%hO GRAMMAIRE DES ARTS RU DESSIN.

comme pour les yeux, que l'arc, tant qu'il n'est pas achevé, ne peut pas se soutenir. Aussi, avant de le bâtir, l'architecte a-t-il ménagé un cinlre en charpente qui doit provisoirement supporter les claveaux.

Quand l'arc est terminé, le cintre de bois est enlevé, et l'arc se maintient tout seul au-dessus du vide. Mais alors commence dans la construction une action invisible : c'est la pression qu'exerce une moitié de l'arc sur l'autre moitié. Cette pression est ce qu'on appelle la poussée. Il est clair qu'elle se reporte sur les pieds-droits et qu'elle tend à les repousser au dehors, ce qui entraînerait la rupture de l'arc. L'expérience a constaté et la science démontre (Rondelet, Art de bâtir) « que le cas de la plus grande poussée est celui où les voussoirs sont en nombre pair, c'est-à-dire où il se trouve un joint au sommet de l'arc, au lieu de la clef. Afin d'accuser l'importance de ce maître claveau, l'architecte le met ordinairement en saillie et le décore volontiers d'une sculpture. Si l'arc doit servir de passage à un triomphe ou en éterniser la mémoire, on y sculpte, par exemple, l'image d'une province captive, ou celle d'une Victoire, ou la figure du triomphateur. Très souvent la clef se profile en console avec deux enroulements dont le plus fort est placé au-dessus du plus faible, et c'est peut-être ce genre de profil qui a fait donner à la clef le nom d'agrafe, soit à cause de sa ressemblance avec cet objet, soit parce qu'elle relie entre eux tous les, voussoirs et semble en effet les agrafer par son enroulement.

Mais les sculptures de la clef ne sont pas la seule décoration de l'arc. A moins d'une extrême simplicité, il est bordé d'un bandeau orné de moulures qu'on appelle Y archivolte et qui lui sert d'encadrement, d'une imposte à l'autre. Cet encadrement n'est pas d'ailleurs une simple décoration; il a pour objet d'accuser la puissance de l'arc en indiquant à l'œil 1 épaisseur de tous les claveaux. Ainsi enfermés entre les deux courbes parallèles de l'archivolte, les claveaux présentent trois faces : celle de devant, qui est la tête; celle de dessous, qui est légèrement creuse pour concourir à former le cintre de l'arc, et qu'on nomme douelle; et celle de dessus qui est légèrement bombée et qui fait un peu saillie avec la moulure. Les trois autres faces sont les lits de la pierre; elles sont entièrement cachées aux regards, étant engagées dans la construction. L'ensemble des côtés creux qui forment le parement intérieur de l'arc ou de la voûte se nomme Yinlrados ; l'ensemble des faces bombées se nomme Y extrados. Dans l'arche d'un pont, par exemple, l'intrados est la surface concave qui regarde la rivière, et l'extrados est la surface convexe qui est tournée vers le ciel. Lorsque les claveaux sont dessinés de la sorte et encadrés par les moulures de l'archivolte, on dit d'une manière générale que l'arc est extradossé, et lorsque l'épaisseur de l'arc est égale dans tout son pourtour, on dit qu'il est extradossé d'égale épaisseur.

Si des arcades se suivent, il reste entre les deux archivoltes, au-des-

sus de l'imposte, un espace qu'on appelle le tympan, et ce nom s'applique aussi aux encoignures triangulaires d'une arcade unique. Là se donne carrière le génie de ladécoralion : dans l'architecture monumentale et riche, tantôt le sculpteur fouille sur le tympan des feuillages, des trophées, des palmes avec des couronnes; tantôt ce sont des figures humaines qui se couchent sur les reins de l'arc, et vont s'appuyer à l'agrafe ; tantôt ce sont des allégories qui infléchissent leur mouvement pour obéir au cintre de l'archivolte, ou bien, lorsque l'arc est érigé dans une intention héroïque, des renommées volantes qui croisent leurs trompettes par-dessus la clef, comme on le voit à l'arc de l'Etoile, à Paris.

Souvent il arrive que les claveaux ne sont pas extradossés d'égale épaisseur, et que l'encadrement de l'archivolte est remplacé par des refends et des bossages de grandeur inégale, qui prêtent à la construction un caractère rude et fort, surtout quand le bossage est rustique. Souvent aussi, par une disposition ingénieuse, les claveaux, se terminant en lignes verticales et horizontales, se raccordent à angles droits avec les pierres du tympan, ou bien, faisant retour sur la ligne horizontale, ils vont se relier à l'appareil du mur et remplissent à la fois la fonction d'assise et l'office de voussoir. Quand ils sont construits dans l'une ou l'autre de ces deux manières, les arcs sont dits en tas de charge. Il est sensible que l'on commet une lourde faute si l'on applique à de pareils arcs les moulures d'une archivolte, comme le pratiquent parfois certains constructeurs modernes, et comme les Romains l'ont pratiqué, à Rome, au pont ^lius (aujourd'hui le pont Saint-Ange), car on met alors en relief le contraire de ce que l'appareil met en évidence, de façon que les pierres ellesmêmes protestent contre une décoration aussi mensongère.

A. l'aide de ces premières notions, le lecteur peut entrevoir maintenant

W 3VL ARC EN TAS DE CHARGg

de nuollc importance a été l'invention de l'arc ou plutôt son introduction cians l'architecture. Quel que soit l'inventeur, queile que soit l'antiquité de la découverte, il est incontestable que l'honneur en revient aux Étrusques. Lie sont eux, en effet, qui les premiers en ont cherché la loi, et qui en

ont fait un système nouveau et des applications fameuses. Une vérité' ap parlient moins à celui qui la trouve qu'à celui qui la prouve, h celui qui la meten œuvrcelquien enrichit le domaine de l'humanild. Originaires, selon loute apparence, de l'Asie Mineure, et fils de ces Pélasges qui remplirent la Grèce de constructions cyclopéennes, les Étrusques avaient érigé des arcs dans les vieilles cités du Latium, sur la terre de Saturne, Saturnia telhis, longtemps avant la fondation de Rome. Mais à une époque aussi reculée, la science n'avait pu calculer encore la poussée des voûtes et soumettre au contrôle des mathématiques les hardiesses de l'art. L'expérience, l'imitation et une mécanique naturelle, comme ditBossuet (Statique des voiïtes), furent les seuls guides de l'architecte dans ces temps primitifs. Aussi paraît-il que les Étrusques n'employèrent d'abord la voûte qu'avec une espèce de terreur. Lorsqu'ils eurent construit la grande porte cintrée de l'antique Volterra, ils sculptèrent les images de leurs divinités locales sur l'agrafe et sur les sommiers de l'arcade, comme si, effrayés de la montagne de pierres qu'ils avaient suspendue sur leurs têtes, ils eussent placé leur audacieuse architecture sous la protection des dieux.

Le mot voûte vient du latin volutare, qui signifie tourner. En effet, la voûte est censée produite par la révolution de l'arc ; elle n'en est que le développement.

Si l'on suppose que l'arc se continue suivant une ligne droite sur deux murs parallèles, on aura une voûte cylindrique, ou, comme l'on dit plus

Page 1