EXPLICATION DU SYSTEME DES COUPOLES, SELON GAUBETT
(Coupole de Sainte-Sophie, a Constantinople.)
« Pour bien comprendre le système des coupoles sur pendentifs, dit Garbett [Rudimentary Treatise), il faut partir de ces deux principes géométriques : toute section de la sphère par un plan est un cercle, — toute intersection de deux sphères est une courbe qui peut être contenue dans un plan, et conséquemment un cercle.
« Supposons une coupole hémisphérique dont la base circonscrit un plan carré. Si les côtés du plan s'élèvent verticalement jusqu'à la rencontre delà surface hémisphérique, la ligne de rencontre sera, dans tous les cas, un demi- cercle, un arc plein-cintre. Or chacun decesarcs peut rester ouvert, c'est-à-dire que les portions de la coupole ainsi tranchée
peuvent être supprimées sans qu'on ait besoin de leur substituer un mur qui boucherait les branches de la croix; mais cela n'est possible qu'à une condition : c'est qu'une autre voûte viendra s'appliquer contre cet arc plein-cintre pour remplacer l'appui des parties qu'on aura retranchées... En effet, une coupole sur pendentifs exerce deux genres de pressions :une pression du haut en bas qui se distribue sur les quatre angles du carré, et une poussée extérieure (outward) qui s'exerce sur les côtés. Quoiqu'elle porte sur les quatre pendentifs seulement, elle s'appuie contre des points innombrables, savoir, contre tout le demi-cercle de chacun des grands arcs. » Voilà pourquoi les architectes de Sainte-Sophie ont appuyé leur coupole par quatre voûtes, dont deux sont en demi-coupoles. 11 en résulte que la pluralité des coupoles est une conséquence naturelle de l'architecture byzantine, puisque la coupole sur pendentifs ne peutexister sans s'appuyer contre les quatre voûtes qui surmontent les quatre bras de la croix, et que ces quatre voûtes, si onlesfait en coupoles ou demicoupoles, sont plus faciles à exécuter que des voûtes d'arête, et moins dangereuses que des voûtes en berceau.
CUlil'OLE EXTRADOSSEE.
COU l'OLE NON EtTHADOSSEE.
On le voit, toutes les surfaces rectilignes et rectangulaires du temple athénien deviennent, chez les Grecs df Byzance, des surfaces circulaires et curvilignes, concaves au dedans, convexes au dehors. Et cette convexité extérieure des coupoles est un trait dominant dans l'architecture byzantine. Pour éviter les charpentes, les Byzantins posèrent directement les tuiles ou les plombs des couvertures sur l'extrados des voûtes, qui se trouva ainsi accusé à l'intérieur par des lignes courbes; et lorsque les voûtes aboutissaient à la façade, les frontons, au lieu de dessiner un triangle, décrivaient un cintre. Cependant un pareil système, onle comprend, ne saurait convenir à tous les climats. Sous le ciel d'Orient, les voûtes extradossées produisant des toitures convexes peuvent braver les intempéries; mais, lorsqu'on bâtit des voûtes dans les régions de l'Occident et du Nord, l'écoulement des eaux pluviales demande à l'extérieur des couvertures à pentes droites qui amènent, sur les façades, des frontons triangulaires. Déjà les monuments byzantins del'Attique présentent cette v. concession forcée à la température. Nous l'avons remarqué particulière-
ment à Athènes, sur les façades de la Kapnicaréa et de la charmante église du Catholicon,et à Daphni, sur la route d'Eleusis, dans l'admirable église du monastère que nous avons visité, et qui est bâtie à l'endroit môme où la fable antique métamorphosa Daphné.
Ainsi, sans tenir compte des exceptions, les caractères dominants de l'architecture byzantine sont :
L'arcade sur colonnes, le chapiteau cubique aux arêtes renflées, le plan en croix grecque, la coupole sur pendentifs, la pluralité des coupoles dans le même édifice, l'extradossement des voûtes.
A ces grands caractères il faut ajouter une innovation pleine de grâce, les arcades géminées. En divisant par une colonnette une fenêtre dont les deux baies se terminent en cintre, on donne aux deux petits arcs une retombée commune sur la colonnette, et on les encadre l'un et l'autre dans une commune archivolte, dont le tympan est ordinairement percé
ARCADE GEMINEE.
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V E N il T R E TRILOBÉE.
d'un œil-de-bœuf, ou orné d'un troisième! arc. Parfois la fenêtre se divise en trois arcs, ou lobes, portés sur deux colonnettes; ou bien l'arc du milieu, seul complet, domine deux ouvertures plus basses, en quart de cercle, qui sont séparées de la baie centrale par des montants de pierre. Les églises de Constantinople et celles d'Athènes offrent les plus charmants exemples de fenêtres géminées, trilobées ou découpées en trèfle.
Quant à l'ornementation byzantine, elle s'inspire des arts de l'Orient, tels que la damasquinure, l'orfèvrerie, la tisseranderie de soie et d'or, la fabrication des tapis. On y voit des perles, des galons, des broderies, des feuillages fantastiques, de merveilleux entrelacs, et l'on y trouve un goût prononcé pour les mosaïques, les dorures,, les incrustations de métaux.
Style roman. — Pendant que les chrétiens grecs renouvellent à Byzance l'architecture, les chrétiens de Rome, animés d'un autre esprit, d'un esprit plus prudent et plus pratique, s'installent dans les édifices païens.
Au lieu de rompre avec le polythéisme par l'invention d'un nouveau style, ils viennent sans bruit s'asseoir à sa place, cherchant à greffer sur l'ancien monde un monde nouveau. Adorer le Christ dans les temples de Jupiter, consacrer à la Vierge les sanctuaires dédiés à Junon, à Minerve, c'eût été au commencement brusquer les transitions et blesser le sentiment des fidèles. L'Eglise préfère donc s'emparer des basiliques, parce que, étant plus spacieuses que les temples, elles ne sont pas souillées par l'adoration des faux dieux.
« Les basiliques, dit M. de Caumont (Cours aV Antiquités monumentales), servaient à la fois de tribunaux et de bourses de commerce ; on s'y réunissait pour parler d'affaires. Quelques-unes pouvaient aussi contenir des étalages de marchandises, comme nos halles et nos bazars. A l'extérieur, elles se distinguaient par une grande simplicité; les murs, percés de fenêtres semi-circulaires, n'étaient décorés ni de colonnes ni de sculptures. A l'intérieur, deux rangs parallèles de colonnes ou de pilastres