BILLETTES
l'autre, et qui forment ainsi un renfoncement sous l'archivolte, creu* sée elle-même en voussure.
Un trait remarquable de la porte romane, c'est qu'ordinairement le vide en est fermé horizontalement par un linteau qui est surmonté d'une archivolte et qui porte, entre le cintre et l'ouverture, un tympan destiné à recevoir des figures sculptées. Ainsi, à l'inverse des Romains qui posaient la plate-bande sur l'arc, le roman pose l'arc sur la platebande, ce qui est plus intelligent, car la propriété de l'arc est de reporter le poids des constructions supérieures sur les parties résistantes, qui sont les pieds-droits, et lorsqu'un arc, au lieu de surmonter un vide, est construit sur un plein, il lui sert de décharge. Rien n'est donc plus naturel que de placer au-dessus du linteau un arc qui le soulage et en prévient la rupture, parce que le linteau, pour peu qu'il ait de longueur au-dessus du vide, est sujet à rompre sous le poids des murs. Il faut avouer, cependant, que cette horizontale, accusée à un endroit aussi apparent que la porte, s'accorde mal avec la physionomie dominante de l'architecture curviligne.
Quoi qu'en disent les hommes pratiques, les grandes nouveautés sont filles du sentiment, même dans celui de tous les arts qui est le plus assujetti à l'empire de la matière, de la matière inerte et pesante. Une belle innovation, introduite à l'époque romane, fut de prolonger les bas-côtés
au delà des transepts et d'isoler le sanctuaire pour que la foule pût circuler autour, au moyen d'une galerie qui en suivait la forme en hémicycle et qui desservait des chapelles rangées autour du ch.œur en absides rayonnantes. Quand la basilique avait cinq nefs, la galerie annulaire ceignant le chœur était double et donnait lieu à un effet de perspective d'autant plus admirable. Au jour des cérémonies pompeuses, les processions se développaient en passant d'un bas-côté à l'autre, sans traverser la grande nef, et du fond des nefs latérales on pouvait apercevoir les rangées de piliers ou de colonnes, et les théories de jeunes filles fuir dans la perspective et obéir ensuite à la courbe qui les ramenait vers un point mystérieux, centre moral et sacré de l'édifice.
Ce n'est pas tout : à l'endroit où les Byzantins élevaient la coupole de leur église, l'architecture romane (celle du Nord surtout) imagina d'élever une tour qui indiquerait au loin et le temple et la place de l'autel, dressé originairement sur la croisée, c'est-à-dire l'intersection des bras de la croix. Cette tour, qui renfermait les cloches, répondait, du reste, à une pensée de défense. Mise en regard du donjon féodal, elle était le donjon ecclésiastique d'où l'on observait la campagne, d'où l'on guettait, l'ennemi, et qui, au moment du danger, devenait un beffroi sonore. Portées sur de petits pendentifs, ces tours centrales présentent à l'intérieur une coupole, à l'extérieur une flèche pyramidale ou conique dont la hauteur, la beauté, seront un sujet d'émulation entre les abbayes, et pour les communes un sujet d'orgueil.
En résumé, sans parler des ressemblances qui existent entre l'art roman et l'art byzantin :
Le plan en croix latine (pour les églises);
La mise en évidence du contre-fort ;
La prédominance des pleins sur les vides;
L'absence de tout rapport fixe entre la hauteur des colonnes et leur diamètre, produisant dans le même édifice des colonnes très courtes et d'autres très allongées;
L'accouplement des colonnes ;
Les piliers flanqués de colonnes engagées ;
Les colonnes munies de griffes à la base;
L'emploi fréquent de l'alternance ;
Les chapiteaux variés et historiés ;
Les arcades décorant la nudité des murs ou soutenant les bandeaux et les corniches ;
Un clocher rappelant la coupole orientale ;
Des moulures rondes, enflées, protubérantes, robustes et une ornementation moitié byzantine, moitié empruntée du blason, des arts et métiers, et d'une flore imaginaire ;
Enfin des inscriptions en lettres romaines ou en lettres onciates
DU
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