VOUTE A NERVURES DIAGONALES
AB, DC, sonlles arcs-doubleaux. ED, FC, sont les arcs-fornicrets.
ne doit sa solidité qu'à l'épaisseur des quatre massifs inébranlables sur lesquels elle repose, et à l'excellence du mortier romain, qui fait de toute la voûte une croûte homogène, un couvercle d'un seul morceau. Les Romains avaient fortifié leurs voûtes par des arcs-doubleaux, qui sont des portions d'arc plus épaisses que le reste de la voûte et forment des bandes saillantes, des contre-forts courbes ; mais les Ro mains n'avaient
1 II faut lire dans le savant et précieux Dictionnaire de M. Viollet-le-Duc l'histoire de ces artistes français du moyen âge qui, voulant voûter les grandes nefs de leurs basiliques, apprennent à leurs dépens un art qu'on ne leur a point ou qu'on leur a mal enseigné, retrouvent les traditions perdues, inventent des perfectionnements admirables, et, découvrant une loi de la statique à chaque voûte qui menace ruine, deviennent, de génération en génération, des constructeurs étonnamment habiles, et finissent par créer une architecture nouvelle, en dépit des matériaux qui les trompent, des routes qui leur manquent, des engins qui leur font défaut, et des obstacles sans nombre que leur apporte une société troublée et encore à demi barbare.
On trouve dans le livre de M. Viollet-le-Duc l'explication figurée de tous les membres de l'architecture gothique, et pour ainsi dire l'anatomie détaillée de ce grand corps. A chaque page le texte s'éclaire d'un dessin, merveilleux de relief, do vérité et de couleur, qui rend sensibles, qui fait toucher du doigt les démonstrations au maître.
WO GRaMMAIRE des arts du dessin.
pas songé à employer ces contre-forts courbes où ils étaient le pais nécessaires, je veux dire le long des arêtes, à l'endroit où tout le poids de la voûte est suspendu sur le vide. Les constructeurs du moyen âge firent donc un progrès notable en inventant les nervures diagonales, c'est-à-dire en bâtissant des cintres croisés qui, au lieu d'être provisoires et en bois, sont permanents et en pierre. Minces en largeur, mais fortes en profondeur, ces nervures devinrent comme l'énergique armature d'une tente sur laquelle on n'a plus qu'à jeter une toile, de telle sorte que les quatre triangles que dessinèrent les diagonales purent être couverts par un remplissage de légère maçonnerie, semblable à un voile de pierre.
Un autre progrès fut réalisé, plus considérable encore. Dans la voûte romane, les arcs diagonaux formant arêtes sont des arcs surbaissés. Or, Tare surbaissé a une poussée encore plus forte que l'arc plein-cintre, outre qu'il est plus difficile à construire. On résolut donc d'adopter le plein-cintre pour les arcs diagonaux. Mais, comme la diagonale d'un carré ou d'un rectangle est plus grande que les côtés de ce rectangle, la clef des arcs diagonaux, tracés par un plus grand rayon, se trouva beaucoup plus haute que celle des quatre arcs élevés sur les quatre côtés. Il en résultait de graves inconvénients : d'abord l'aspect deces voûtes était fort disgracieux et les faisait ressembler à un entonnoir, de sorte que la partie supérieure de l'édifice, divisée en petites voûtes de ce genre, perdait la continuité apparente de seslignes et de sa grandeur; ensuite le poids etlapoussée d'une telle voûte étaient considérables, parce que les nervures (la partie forte et soutenante) se trouvaient très écartées l'une de l'autre, tandis que les quatre triangles (partie faible et soutenue) devenaient très larges.
A ces divers inconvénients il y avait un remède, c'était de faire les arcs-doubleaux et les arcs-formerets, non plus en plein-cintre, mais en arc aigu. De la sorte, on rapprochait les nervures, on diminuait les distances entre les sommets des divers arcs, et partant on réduisait les triangles de maçonnerie légère qui devaient combler ces dislances. De plus, on corrigeait par le surélèvement des côtés la forme déplaisante de la voûte; enfin l'arc aigu ayant une poussée beaucoup moindre, les triangles qui s'y rattachaient prenaient avec lui une inclinaison plus rapprochée de la verticale et devenaient moins lourds. C'est ainsi que l'ogive, qui à l'époque romane, avait été accidentellement et obscurément employée çà et là dans les parties basses de l'édifice, lorsqu'une nécessité absolue le commandait, se montra dans les parties hautes vers la fin du xue siècle, et y fut accusée franchement comme jouant un rôle voulu parla construction même1.
' Quelle que soit son étymologie, le mot ogive, qui signifie aujourd'hui arc a>gv, arc brisé, signifiait, à l'origine, nervure. On appelait ogives les arcs diagonaux que
Les choses en étaient là, lorsque le grand mouvement historique dont nous avons parlé fit naître dans tout le nord de la France le besoin de bâtir de vastes cathédrales, à commencer par les villes du domaine royal, Paris, Chartres, Bourges, Beauvais, Sentis, Rouen, et surtout par celles qui avaient donné le signal de l'affranchissement des communes, telles
Si les arcs élevés sur les diamètres BC, BD, sont des arcs plein-cintre, le poitit O se trouve bien plus
distant du point A que le point M, et chaque triangle sphériq ne devient plus lourd par sa courbe,
plus embarrassant par son étendue et plus disgracieux par sa forme.
que Laon, Reims, Amiens, Soissons, Noyon. Tout était prêt pour l'avènement d'une nouvelle architecture ; mais des problèmes importants restaient à résoudre : éclairer l'église, l'agrandir, l'élever sur des points d'appui légers, tenant peu de place à l'intérieur, et laissant de l'espace à l'agglomération et au mouvement de la foule.
Un seul membre d'architecture contenait les trois solutions : c'était Yarc-boutant mis à découvert.
L'arc-boutant (ou butant), qui est une portion d'arc destinée à buter une voûte, était connu et quelquefois mis en œuvre dans l'époque romane, mais il y était toujours masqué ; on le cachait sous la toiture des nefs
l'on avait substitués aux arêles de la voûte romaine, et comme ces arcs diagonaux se croisent à la clef, on les appelait aussi croisées d'ogives. Or, les nervures diagonales qui, dans le principe, étaient surbaissées, c'est-à-dire décrivaient la courbe d'un demiovale, furent bientôt tracées en plein-cintre, pour les raisons que nous avons dites. 11 en résulterait que le mot ogive était appliqué à des arcs qui, le plus ordinairement, étaient en plein-cintre. Mais, comme deux pleins-cintres qui se croisent sur le papier dessinent par leur intersection un arc aigu, l'arc aigu fut également nommé ogive, recevant ainsi le même nom que les courbes qui l'avaient engendré. Voilà comment la signification actuelle du mot ogive peut être en quelque manière justifiée.
Au surplus, l'arc aigu, nous venons de le démontrer, joue un double rôle dans l'arc du moyen âge. Il n'y est pas seulement à l'état de figure ; il y est à la fois expressif et conslructif. Nous croyons donc qu'il ne serait pas tout à fait juste de dire avec quel-
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latérales. Il en résultait que la grande nef était éclairée seulement par les fenêtres des bas-côtés, parce qu'il n'y avait pas entre la voûte du milieu et les voûtes latérales une différence de hauteur suffisante pour ouvrir des jours.
Cependant la voûte des nouvelles cathédrales devant être portée sur des piliers isolés et minces, insuffisants pour résister à la poussée, il fallait bien que l'architecte cherchât au dehors la résistance qu'il ne pouvait se ménager à l'intérieur. Cette résistance, il la trouvait dans l'arc-boutant. Tout d'abord, il eut l'idée d'opposer à la poussée un contre-fort prolongé qui serait porté dans toute son étendue par la voûte des bas-côtés ; mais il reconnut bientôt que ce contre-fort massif contenait des parties inutiles et chargeait énormément la voûte latérale, qu'on pouvait l'évider et le construire en arc de manière à résister à la poussée oblique des voûtes par une poussée oblique en sens contraire. Une fois ce contre-fort changé en arc, on sévit souvent dans l'obligation de le doubler pour atteindre à des voûtes très hautes, et pour étayer deux fois le long pilier qui les soutenait. Souvent aussi on doubla l'arcboutant pour donner plus de force au premier en le chargeant d'un second, afin qu'il ne fût pas relevé par l'effort de la poussée des voûtes. On eut alors l'idée ingénieuse d'utiliser le second arc en lui faisant porter le conduit des eaux pluviales, qu'on pouvait ainsi rejeter promptement au dehors, au lieu de les laisser s'égoutter par le larmier des corniches du grand comble. Et si l'arc-boutant ne s'élevait pas, pour remplir sa fonction, à la hauteur de ces corniches, on lui faisait porter une construction à claire-voie qui n'était autre chose qu'un aqueduc incliné pouvant être élégamment découpé à jour.
Toutefois, l'arc-boutant n'est pas une force inerte : c'est une force agissante, un peu élastique même, qui pousse et qui est poussée. Si l'arc est trop fort, il tend à renverser la construction en dedans ; s'il est trop faible, il ne l'empêche pas de se déverser au dehors. Il faut donc calculer
ques archéologues, dont l'opinion ast d'ailleurs d'un grand poids, tels que M. Mérimée (Essai sur V Architecture religieuee), M. de Vogué (Églises de la Terre Sainte), que l'ogive a fort peu d'importance dans l'architecture gothique et qu'elle n'y est pas nécessaire. On pourrait sans doute bâtir une église dans le système gothique en remplaçant les arcs aigus par des arcs plein-cintre et par des arcs surhaussés ou surbaissés (dont l'aspect, par parenthèse, est fort laid), comme à Saint-Eustache, par exemple; mais il est clair que l'impression produite ne serait plus la même, car pour soutenir des arcs beaucoup plus lourds, il faut non seulement des arcs-boutants plus solides, mais des piliers plus forts ou plus serrés, de sorte que le monument perd à la fois son caractère optique, la légèreté, et son caractère moral, l'aspiration. Notre opinion, du reste, semble partagée par des écrivains non moins compétents, et qui ne font pas aussi bon marché de l'ogive, tels que M. Vitet (N<>tre-Dame de Noyon), M. Alfred Darcel (Essai sur V Architecture ogivale) et M. Félix de Vernheil (Annales archéologiques de Didron, tome XXIII).
rigoureusement l'énergie de sa résistance, pour que cette résistance, qui est un secours, ne devienne pas un danger. Et cela même ne suffit