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ANSE DE PANIER

si elle a été appliquée par les Arabes à la mosquée d'Amrou en l'an 20 de l'hégire (642), ce n'est pas à dire pour cela que le style ogival ne soit pas un art nouveau, sans exemple dans l'histoire et sans précédent. Autre chose est une forme employée accidentellement comme moyen facile et énergique ou dans une intention décorative, autre chose est un système entier d'architecture où cette forme joue un rôle tout à la fois expresif et constructif, un système combiné avec art et logiquement enchaîné, comme celui qui, né en France dans la seconde moitié du xii° siècle, a dominé en Europe pendant trois cents ans.

Nous connaissons le style de l'église romane. Elle porte sur des piliers lourds et robustes, ou sur des colonnes trapues. Ses voûtes, en pleincintre, reposent sur des murs épais flanqués de contre-forts. Elle n'a, dans la grande nef, que de petites ouvertures, ou bien, comme en Auvergne, elle n'en a point et n'est éclairée que par les fenêtres du bas-côté, presque aussi hautes que la grande nef. Elle est donc en général un peu élevée, elle est sombre... D'où est venu le besoin de transformer cette église et de renoncer à un style qui était calme, imposant et fort?

Il faut rappeler ici en peu de mots ce qu'était la société française au xne siècle, à l'époque romane. Deux grandes féodalités pesaient sur la nation : la féodalitémilitaireetlaféodalité monastique. La première avait amoindri la royauté, l'inquiétait, lui portait ombrage ; la seconde dominait les évoques et les éclipsait. Riches, influents, illustres, possesseurs de terres immenses, dotés de privilèges étendus, et ne reconnaissant d'autre suzerain que le pape, les abbés exerçaient la puissance seigneuriale dans leur domaine et la souveraineté de la règle dans toutes les maisons de leur obédience, d'une extrémité d'un pays à l'autre. Le monopole des arts était en leurs mains, l'architecture était partout à leurs ordres. Mais, vers la fin du xne siècle, ces deux féodalités commencent à décliner sensiblement. Partis pour la croisade, les seigneurs ont laissé derrière eux des créanciers qui, au retour, leur feront la loi. A la justice seigneuriale, souvent barbare, les populations préfèrent les tribunaux ecclésiastiques, plus humains et plus doux. D'autre part, la vie monastique relâchée, ouverte aux abus, est décriée par ceux qui en connaissent les désordres, et les évoques brûlent de combattre une prépondérance qui les humilie. Divers souffles de liberté ont passé sur le siècle. Abélard a introduit l'esprit d'examen dans le dogme. Une bourgeoisie déjà éclairée et enrichie s'est formée dans les villes, s'est reconnue, s'est constituée, et, tantôt rachetée par l'argent, tantôt affranchie par les armes, elle a juré la commune sous la protection du roi. La monarchie, les évoques, les communes, s'entendent donc pour abaisser la puissance féodale des seigneurs et des abbayes. Dans l'ordre civil, le peuple s'allie avec la royauté contre les nobles; dans l'ordre religieux, il prend parti pour les évoques contre les moines. Ajoutez que beaucoup d'églises romanes ont été détruites par les Normands dans le nord de la France, et que, s'il en est beaucoup de fort solidement bâties dans le centre ouest de la France, il en est ailleurs qui menacent ruine, faute d'une habileté suffisante dans la construction des voûtes. Alors de toutes parts naît la pensée d'élever dévastes cathédrales, d'opposer aux abbayes et aux châteaux un temple qui n'appartiendra plus à une corporation, mais à tous, qui sera, comme dit M. Viollet-le-Duc, un édifice à la fois religieux et civil, une sorte de forum sacré. Ces cathédrales exprimeront une religion toute de sentiment et de cœur, la religion du peuple, qui veut désormais se réunir dans sa basilique à lui, dans celle qu'il aura bâtie de ses mains et qu'il a rêvée grande, haute et belle.

Reportons-nous vers la fin du xu8 siècle, et supposons que tous les architectes de ce temps-là ne sont qu'un même artiste et que cethommeva faire àlui seul toutes les expériences, va passer par toutes les écoles et tous les tâtonnements d'où est sorti enfin triomphant le styledu xmcsiècle. Une commune puissante, une ville entière, viennent demander à cet architecte de bâtir une cathédrale, et on lui impose le programme que voici: Couvrir,

avec le moins possible de matériaux, la plus vaste surface possible, élever des nefs à la plus grande hauteur sur les points d'appui les plus légers qu'il se pourra, et percer dans ces nefs de grandes ouvertures, de manière à y ménager à la fois beaucoup d'espace, un air abondant et une franche lumière1.

Que fera l'architecte qui a tous ces problèmes à résoudre, et de quelle manière va-t-il transformer l'église romane pour se conformer au vœu des populations et à l'esprit nouveau qui les aminé?

Expliquons d'abord ce que c'est que la voûte à nervures, déjà inventée à l'époque romane. Les Romains, nous l'avons dit, construisaient des voûtes d'arête formées par la pénétration de deux cylindres qui se coupent à angles droits. Cette sorte de voûte, ayant une poussée redoutable,

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