‹ Grammaire des arts du dessinChapitre 14 sur 79 · DES PROPOHTIONS DU CORPS HUMAIN · texte numérisé non relu

DES PROPOHTIONS DU CORPS HUMAIN

Stella, Testelin, Jacques de Wit, Salvago... Mais si tous ont adopté la proportion de dix faces, ([uelques-uns, donnant à la tête quatre longueurs de nez, n'ont mesur(^ dans le corps humain que sept têtes et demie, ce qui l'ait bien trente longueurs de nez, et cette pi'Oportion est

restée classique : c'est-à-dire que le nez, considère'; comme le tiers du visage, étant devenu l'unité de mesure, les proportions se règlent ainsi, dans les écoles ofi l'on en parle :

Dans son livre intitulé Varia Comensuracion, qui est très rare et à peu près inconnu en France, Juan de Arfe adopte les mesures de Vitruve; il les modifie légèrement en donnant au corps 31 longueurs de nez, au lieu de 30, ce qui fait 8 tètes trois quarts, et il les applique à l'architecture de l'orfèvrerie.

« On divise la face en trois parties : la première contient le front, la seconde le nez, la troisième la bouche et le menton. Le visage a de la sorte trois longueurs de nez. Le corps humain ayant dix faces ou trente longueurs de nez, on répartit ces longueurs comme il suit :

« Depuis le sommet du crâne jusqu'à la naissance des cheveux, un tiers de face ou un nez; depuis la naissance des cheveux jusqu'à l'extrémité du menton, trois nez ou une face;

« Depuis le menton jusqu'à la fossette du cou, entre les clavicules, deux tiers de face ou deux nez;

« De la fossette du cou au bas des pectoraux, une face ; des pectoraux au nombril, une face; du nombril au pénil, une face; du pénil au-dessus du genou, deux faces ;

« Le genou contient une demi-face; du bas du genou au cou-de-pied, deux faces; du cou-de-pied au sol, une demi-face.

« Total, dix faces ou trente longueurs de nez.

« Dans cette manière de mesurer, la tête ayant quatre longueurs de nez, le corps entier n'a en longueur que sept têtes et demie, qui est la proportion la plus naturelle et aussi la plus rapprochée de l'antique.

« L'homme étendant les bras est, de l'extrémité de la main droite à l'extrémité de la main gauche, aussi large qu'il est long (comme on vient de le voir).

« La plus grande largeur des épaules est le quart de toute la figure, et la plus grande largeur des hanches en est le cinquième.

« Il y a une difîérence sensible entre les proportions de la femme et celles de l'homme. La taille moyenne de la femme est plus petite d'un vingt-deuxième, c'est-à-dire que l'homme ayant 176 centimètres, par exemple, la femme n'en aura que 168. Son visage est plus court d'un dixième, et comme l'espace entre les yeux reste le même, l'ovale de la femme est plus rond que celui de I homme. Chez elle, les côtes sont plus étroites d'un onzième, et les épaules d'un trentième; les bouts des seins, étant ainsi moins écartés, forment, avec la fossette du cou, im triangle équilatéral. La moitié de la figure, au lieu d'être à l'os pubis, est au pli du bas-ventre, d'où il résulte que les jambes sont plus courtes relativement au torse. Le bassin est plus large d'un trente-cinquième environ. Mais la main de la femme est, toute proportion gardée, plus grande que celle de l'homme d'un neuvième ou à peu près.

<( Quant à l'enfant, voici ses mesures d'après Jean Cousin ; à l'âge de trois ans, il arrive à la moitié de toute sa croissance, et à cet âge toute sa hauteur est de six tètes. L'enfant plus jeune et qui n'a que cinq longueurs de tête arrive à la moitié de la cuisse de son père et l'enfant de six mois ne vaque jusqu'à ses genoux. Des cinq longueurs de tête mesurées par Jean Cousin, il s'en trouve trois dans la tête et le buste, et deux dans la hauteur des jambes. Le corps de l'enfant, dit cet artiste, est gros

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(111110 gi'andour de tète; son pied est. long comme l'espace du commencement du front jusqu'à la bouche, et la grosseur de son genou est égale à la distance de l'œil au menton. Sue (dans sa Physiorpiomonic des corps vivants) place au nombril la moitié du corps de l'enfant qui se divise en quatre parties égales : la première, du sommet de la tête au bas <lu corps; la seconde, du cou au nombril; la troisième, du nombril au-dessus du genou; la quatrième, de ce point à la plante des pieds. »

Ce sont là les règles des i)roportions du corps humain, telles qu'on les enseigne dans les livres, depuis la Renaissance, qui n'a guère l'ait que reprendre et détailler les mesures de Vitruve.

Mais, les méthodes de Vitruve étant vicieuses, il importait d'en chercher de nouvelles, ou plutôt de retrouver les anciennes, celles queDiodore avait mal connues, puisqu'il était démontre'" par les plus belles statues que les sculpteurs antiques n'avaient point suivi les proportions qu'enseigne Yitruve. Tel a été l'objet de nos longues et laborieuses recherclies.

D'une part, si la face commence à la racine des cheveux et se termine à l'extrémité du menton, sa longueur est par cela même variable, puisque le front est plus bas dans la jeunesse qiuj dans l'âge mûr, et qu'il finit dans la vieillesse par se confondre avec la partie postérieure du crâne. D'autre part, le nez, étant composé d'os et de cartilages, ne saurait être une mesure bien précise, parce que la racine n'en est point nettement indiquée. Il fallait donc choisir, pour mesurer la ligure humaine, une autre unité que le tiers du visage, aussi incertain dans sa long'ueur que le visage lui-même.

Les anatouiistes, et notamment Chrysosti)nie Martine/ (dans le hîxic de ses belles planches anatomiques), nous ap])rennent que, de tous les os de l'homme, ceux de la main sont les seuls qui croissent toujours dans la même proportion, de sorte que, depuis l'enfance jusqu'à la virilité, la main garde constamment le même rapport de longueur avec l'ensemble du corps. Cette observation a été pour nous un liai! de lumière. Si les os de la main conser\ aient avec le corps une relation inv ariable, il était à présumer que les prêtres de l'anticiue Egypte, qui connaissaient si prorondc'ment les lois de la nature, avaient choisi leur unit(3 de mesure dans la main. Et cela était d'autant plus vraisendjlable (|ue la main, regardée de tout temps comme l'image du caractère moral, comme l'interprète immédiat de l'àme. avait une importance philosop]ii(|ue dans la science mystérieuse d'Hermès. Cependant, la main étant trop grande pour servir de diviseur à tous les membres, on pouvait croire que l'un des cin([ doigts était l'unité de mesure, et, dans ce cas, c'était le médius ([ui avait dù être choisi, parce que le mc'dius était, pour les initiés au symbolisme antique, le doigt de la destinée, comme il est pour les chiromanciens, originaires de l'Égypte, le doigt de Saturne.

Ce pressentiment nous guidait lorsqu'on nous a montré, sur notre

demande, dans les armoires du musée égyptien, au Louvre, des bustes de rois et de reines sur lesquels sont tracés, en liauteur et en largeur, des divisions (jui se coujjent à angles droits et forment des carrés. Ces lignes, jusqu'à présent inexpliquées, étaient considérées par les uns comme représentant le canon égyptien, c'est-à-dire la règle même des proportions, par les autres tout simplement comme une mise au carreau. — La mise au carreau est le procédé dont les artistes se servent le plus souvent pour répéter en petit une grande figure, ou pour répéter en grand un petit modèle. Ayant divisé l'original par des lignes transversales et perpendiculaires qui dessinent un treillis régulier, ou trace des lignes semblables sur la surface qui doit contenir la copie, de manière à y former des carreaux linéaires plus petits ou plus grands, suivant que l'on veut réduire ou augmenter les proportions du modèle. — Cette méthode avait été sans doute connue des Egyptiens ; mais les treillis gravés sur les bustes qu'on voit au Louvre étaient-ils simplement les témoins' d'une mise au carreau? L'intuition nous faisait entrevoir une explication tout autre, lorsqu'en comparaut les divers bustes, nous avons été frappé de la différence des carreaux, f[ui, à vue d'œil, paraissaient proportionnels à la grandeur des bustes. Prenant alors au compas le cût(i d'un des carrés, nous avons constaté que l'ouverture du compas, reporté sur le visage, y mesurait la même longueur que le médius mesure sur la nature vivante. Ce qui n'(îtait qu'une intuition commençait donc à se vérifier, à moins que cette vérification m; fût qu'une coïncidence, car il ne fallait point se hâter de voir une preu^ e là où il n'y avait peut-être qu'une combinaison du hasard. Cependant, parmi b's figures, d'une élégance im])Osante, dessinées en Egypte par Lepsius, pour l'ouvi age publié en 1852, à Leipzig, et intitulé : CJioix de monuments funéraires , nous avons rencontré à notre grande surprise l'expression figurative du canon égyptien'. Le personnage dont le corps est ainsi divisé en dix-neuf parties tient une clef de la main droite, et il laisse tomber le long de sa cuisse sa main gauche étendue. Mais, tandis que la huitième division, à partir du sol, est justement à la hauteur de la jnain droite fermée, la septième touche précisément l'extrémité de la main droite ouverte, c'est-à-dire le bout du médius.

Cette figure était donc la solution parlante du problème ; elle paraissait dessinée tout exprès pour indiquer à la fois les proportions du corps humain et l'unité de mesure, les divisions et le diviseur. Et l'unité n'est point ici d'une dimension variable et inexacte comme le nez; c'est un doigt qui, étant composé entièrement d'os, est d'une longueur précise et invariable. Mais comment mesurer le médius ? La figure répond d'ellemême à cette question. Lorsque la mam se plie ou se ferme, le médius

' Nous n'avions pas fait encore le voyage d'Egypte. Nous dirons un mot plus bas des autres canons que nous avons vérifiés et dessinés h Karnak et à Onibos.

LE CANON ÉGYPTIKN DKS

i> n 0 p 0 n T 1 0 N S de l'homme.

s'alloiigo sensiblement; il diminue environ d'un cinquième lorsque la main s'ouvre. L'unité de mesure est donc égale au médius droit de la main étendue, et le médius se mesure naturellement à partir de sa première articulation (qu ilnefautpas confondre avec la saillie du métacarpe).

Et de quelle iniportancc n'est pas, dans les arts, la découverte de cette mesure, si vénérable par son antiquité, si admirable par sa justesse! Ce qui reparaît ici, après plus de deux mille ans, n'est-ce point le célèbre canon dePolyclète, tant vanté par les écrivains antiques, et dont la tradition était déjà perdue du temps de Vitruve ? Perfectionnant le système tracé par nn autre sculpteur fameux, Pythagore de Rhégium, Polyclète avait com[)osé un traité sur les proportions du corps liumain, et, pour joindre l'exemple au précepte, il avait traduit en marbre ses propres leçons. La statue qu'il modela pour expliquer son éci*it, et qui fit l'admiration de toute la Grèce, représentait un garde du roi de Perse, armé d'nne lance: nn doryphore. A cette figure normale Polyclète donna le même nom qu'à son livre ; il l'appela le canon^ c'est-à-dire la règle par excellence. Mais quelle était la loi des proportions dans la statue de Polyclète? Voilà ce que l'on ne savait point, et A oilà ce qui est pourtant expliqué, clairement pour nous, dans un passage de Galien, dont la porti'C, sinon le sens, a échappé jusqu'à présent à tout le monde. Il résulte de ce passage que le doifjt était le point de d('part de toutes les mesures de Polyclète, la clef de toutes les harmonies du corps liumain. « Il pense, « dit Galien^ (en parlant de Chrysippe), que la beauté consiste non dans « la convenance des éléments (le froid et le chaud, l'humide et le sec), (( mais dans l'harmonie des membres, savoir, dans le rapport du doigt « avec le doigt, des doigts avec le métacai-pe et le carpe, de ces parties « avec le cubitus, du cubilus avec le bras, et de tous ces membres avec <( l'enseinble du corps. ai)tsi quil est écrit dans le canon de Polyclète. »

11 est sans doute regrettable que le nK'decin grec n'entre pas dans de plus grands détails; mais il en dit assez pour nous faire comprendre que l'étalon de Polyclète; éte.it le même que celui des Égyptiens. Lesmétiiodes

' Voici le texte grec, que nous faisons suivre, pour plus de commodité, de la traduction latine :

'1 0 ùi Y.TXko^ rilty. £v -ïr, Twr\ CTOtyîi'wv, àXX' Iv Tr] TÔ)V (jL£p(ov cuausTpi'a

[i.£Taxo(p7:iov xott X7p-:iôv, xai toutiov Tvpô: Trvjyuv, xa't Trrj/so)? Ttpô; [r'ip-^y l'ova, xcnl TTocvTtov Trpô; TravTO!, xaOaTtsp èv t5) IloXux^si'r&u xavôvt YsypaTiTat.

<' Pulcliiil iidiiicm vero non in eleniontorum, sed in nienibrorum congruentià, difjili viilclici't ad digiluin digitoruraque omnium ad palmara et ad manùs articulum, et liorum ad cubilum, cubili ad hrachium, omnium denique ad omnia posilam esse censet; perindc atque in Polycleti normà litteris mandatum conspicitur. » (Galien, De Hippocratis et Plalonis Dccretis, liv. V, p. 2'6'6 de l'édition in-folio de Venise, 1565.)

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C]uo, d'après la légende, Téléclès et Théodore avaient rapportées de l'Égypte s'étaient conservées en Grèce durant les trois cents ans qui séparent les fils de Rhaicus, nés au vin'' siècle avant notre ère, de Polyclète qui florissait au Y siècle, étant le contemporain de Phidias.

Il y a plus. Dans ce recueil de dessins puhlié sans texte par M. Lepsius, sous le titre : Choix de monuments^ nous aAons vu, non sans un A'if inl,(3rêt, que le canon égyptien s'appliquait au lion aussi bien qu'à l'homnie. C'est ce que démontre la ligure, ici reproduite, d'un lion couché, vu de profil, figure dont le simple contour offre un si grand caractère de force tranquille et de majesté. Divisé en dix-neuf parties, comme le modèle humain, ce lion a également pour unité de mesure son ongle le plus

long, celui qui répond exactement au médius de l'homme. Ainsi s'explique ce que l'on raconte de Phidias, que d'après l ongle d'un lion il détermina la taille et les proportions de l'animal. De là sans doute est venu le proverbe latin ab imgue Iconem (à l'ongle on connaît le lion), proverbe qui aura transporté dans l'ordre moral une loi qui avait d'abord été observée dans l'ordre physique. Mais, si Phidias connaissait les proportions égyptiennes du lion, il connaissait donc aussi les proportions égyptiennes de l'homme, puis(|ue les deux canons ont la même unité de mesure, le même étalon. Nous tenons donc, ce nous semble, une nouvelle preuve que le canon égyptien était connu et pratiqué en Grèce, du temps de Polyclète, et que les proportions dont ce grand statuaire avait écrit la règle et sculpté le modèle étaient conformes à celles que les prêtres égyptiens enseignèrent aux fils de Rha^cus, au vu*" siècle avant notre ère.

Il est malaisé, sans doute, de vérilier ces mesures sur les statues antiques, puisque la plupart sont mutilées et que leurs doigts sont presque toujours des restaurations modernes; mais, comme la règle égyptienne nous le montre, le médius est égal à la hauteur de la cheville interne, à la longueur du genou, à la distance de la hase du nez au pli des frontaux, et l'une ou l'autre de ces mesures étant faciles à prendre, nous avons pu les comparer à celles du canon égyptien, et voici le résultat de nos opérations :

En mesurant les tigures archaïques du temple d'Egine et les plus anciennes statues grecques du Louvre, telles que VAthlète et VAc/iiile, nous avons trouvé justes nos mesures, mais seulement quand nous avons mesuré des longueurs déterminées par des os. La distance du nomhril aux pectoraux est la seule qui ne soit point exacte. Dans le modèle égyptien, cette distance est de trois médius ; dans toutes les figures dont nous parlons, elle est moindre; mais il faut ohserver que, lorsque l'homme s'affaisse sur lui-même ou s'allonge en se raidissant, ce sont les parties molles qui seules se ])rètent, par leur élasticité, au raccourcissement ou à l'extension du corps. La différence que nous avons constatée dans la distance du nombril au creux de l'estomac s explifjue donc naturellement par la position droite et raide du modèle égyptien, comparée à celle des autres figures, qui portent toutes, plus ou moins, sur une hanche, et ne sont jamais dans la pose d'un homme que l'on mesure. Quant aux membres d'une dimension invariable, ils sont tous conformes au canon égyptien, et nous en pouvons donner un exemple frappant. h'Ac/aUe, statue admirable que Visconti regarde comme un ouvrage d'Alcamène, élève de Phidias, ou du moins comme une imitation antique de V Achille en bronze d'Alcamène, est une statue dont l'original est tout à fait contemporain de Polyclète, puisque ce maître, un peu plus jeune que Phidias, devait avoir le même âge, à peu près, que les élèves de son rival. Or, en mesurant V Achille, nous avons trouvé la hauteur totale égale à 2 mètres 3o millimètres. Si nous retranchons de cette hauteur l'épaisseur et les reliefs du casque, nous n'aurons plus que 2 mètres; mais, si l'on suppose la tête relevée et la figure droite (d'après les expériences faites sur miture), on regagnera précisément les 33 millimètres que nous avons retranchés. La hauteur restera donc de 2,035 millimètres. D'un autre côté, la longueur du médius, redressée d'après les calculs les plus rigoureux, et vérifiée d'ailleurs par la distance de la base du nez aux frontaux, est de 107 millimètres, qui, multipliés par 19, donnent 2,033 millimètres, c'est-à-dire la hauteur totale de la statue, à 2 millimètres près'. Pour ce

' Toutes ces mesures ont été prises par nous avec le plus grand soin et avec l'aide obligeante de M. de Longpéricr, alors conservateur des sculptures au Musée du Louvre. Si les mesures de V Achille ne s'accordent point avec celles consignées dans le catalogue de M. de Clarac, cela tient à ce qu'il y avait autrefois sur le casque de la statue un cimier qui, n'étant pas aniique, en a été détaché.

DES PUOPOirnONS du corps HLIMAIiX. 47 qui est de la distance du uoiuhril <iux pectoraux, si elle est moindre dans les marbres athéniens que dans la sculpture égyptienne, c'est que les Grecs, habiles à perfectionner les inventions du dehors, en modifiant avec un goût exquis la rigidité du canon qui leur venait d'une race svelte et mince, ont voulu agrandir la poitrine aux dépens des viscères de l'abdomen, et ménager ainsi sur les parties nobles un plus large })lan de lumière.

Tel est le fruit de nos recherches. D'autres avaient dessiné des figures dans les({uelles était marqué le caJion égy])lien, mais nous avons donné l'explication et la preuve de ce (pi'ils avaient rencontré. D'autres avaient lu le texte de Galien. relatif à Polyclète, mais sans y \ oir l'enseignement précieux qui en ressortait. Or une vérit(:' appartient à celui qui la prouve au moins autant qu'à celui qui la trouve.

La clef des proportions de l'homme une fois reconnue dans le médius.

l'analogie nous conduisait à chercher dans ses phalanges les petites mesures, celles de la face, par exemple, mais c'est l'index qui les contient. Le Vénitien Paolo Pino, en son Dialogo di Pitlura^ observe que du bout de l'index à la phalange moyenne, il y a la même distance que du menton à l'ouverture des lèvres, et que cette longueur mesure également la bouche et les oreilles. La phalange onguéale de l'index détermine la longueur des yeux, et par conséquent la distance qui les séj)are, puisque cette distance doit être égale à un œil. Mais c'est le médius, et non plus l'index, qui jirécise l'intervalle entre le nez et l'oreille'.

Il faut croire que ces rapports étaient connus des Egyptiens, car on trouve dans toutes les collections d'antiquit(îs égyptiennes, et notamment

' Le présent livre étant destiné à l'enseignement et devant être, autant que possible, clair, simple et court, nous n'avons pas voulu l'embarrasser de citations, le compliquer de notes et de renvois. Toutefois nous donnerons à la fin de l'ouvrage la liste de tous les auteurs que nous avons consultés, en signalant ceux qui nous ont servi ou qui pourraient servir aux autres. Cette liste, comprise dans la table des matières, sera une bibliographie des arts du dessin, incomplète sans doute, mais de choix, et elle ajoutera une utilité de plus à cette Grammaire.

au Louvre, des doigts en pierre de touche ou en basalte, sur lesquels sont marquées des divisions inégales. Tantôt le médius est seul, tantôt il est joint à l'index, comme on le voit dans le dessin qui est ici gravé d'après les doigts en basalte du cabinet de M. d'Aigremont, à Paris. Ces doigts portant, par exception, des hiéroglyphes, nous les avons soumis à l'examen de M. de Rougé, conservateur du Musée égyptien, et l'habile égyptologue a décidé que ces caractères étaient apocryphes et ne présentaient aucun sens, étant composés de signes tirés au hasard des inscriptions connues. Mais ce qui vient confirmer sm*abondamment l'authenticité, maintenant irrécusable, du canon égyptien, c'est que dans l'écriture hiéroglyphique (nous dit M. de Rougé) un doigt est toujours pris, soit comme le signe nuuK'ral, soit comme le symbole de l'unité. Deux doigts joints et non fléchis, le médius et l'index, signifie justice, droit, règle et, par analogie, mesure, puisque la mesure est une règle matérielle, comme le droit est une l'ègie morale. Il ne reste donc plus qu'à découvrir la signification des sections inégales, souvent marquées sur les doigts antiques des collections égyptiennes. D'autres trouveront sans doute à quoi se rapportent ces divisions, et si elles mesurent les menues parties du corps humain. Toujours est-il que la science, loin de contredire le résultai de nos études, le confirme au contraire et le vérifie.

Une autre vérification des proportions égyptiennes du corps huniaiu s'est rencontrée dans la très belle et très importante découverte que vient de faire M. le docteur Henszlmann sur l'unité des mesures des édifices antiques [Méthode des P)'oportio7is dans faix hit ecture égyptienne, dorique et du moyen âge. Paris, 1859). Le savant auteur, après avoir mesuré le corps humain à sa manière, a constaté que dans les séries numériques correspondant aux divisions croissantes et décroissantes de l'échelle qu'il a inventée pour déterminer les proportions dans l'architecture antique, se trouvait la mesure exacte du médius, égale à la dix-neuvième partie de la hauteur'.

1 Nous aurions pu donner ici le canon que Diodore avait vu (et mal vu puisqu'il comptait 21 parties, là où il fallait lire 22), mais nous croyons devoirnous en abstenir pour ne pas jeter de la confusion dans l'espiit du lecteur. La figure que nous avons dessinée à Karnak, en 1869, on la trouvera gravée dans l'ouvrage que nous avons publié sur l'art égyptien et l'architecture arabe, sous le titre : Voyage de la Haute- Eijypte, observations sur les arts égyjHien et arabe. Paris, Renouard, 1876. On y verra que la division du corps humain en vingt-deux parties, compliquée d'une fraction, ne satisfait ni l'esprit ni les yeux. Non seulement ce nombre fractionnaire ne donne pas un commun diviseur, mais une telle manière de mesurer la figure humaine aplatit les pieds, afTaiblit les genoux, place trop bas l'ombilic et rend le col trop court. Du reste, ce canon (celui de Karnak et d'Ombos) n'a été suivi qu'à une époque de décadence relative, à partir de la xxvi" dynastie jusqu'au règne de Caracalla. On peut voir d'autres exemples de ce canon, admirablement dessinés par Prisse d'Avesnes, dans son Histoire de l'art égyptien d'après les monuments. Paris, Artlius Bertrand, MDCCCLXIII, in-folio.

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