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PORTE IONIQUE

(Temple iJÉrechtliée.)

étaient courtes et massives, elles n'en étaient pas moins serrées de façon que l'âpreté de l'entre-colonnement avait pour consé([uence l'étroitesse de la porte ; car c'est une règle générale que l'ouverture du temple répond à un entre- col onnement mesuré d'axe en axe, c'est-à-dire augmenté de deux demi-diamètres. Ainsi, même dans un temple aux proportions massives, la porte se trouvait toujours hante, parce qu'elle était toujours relativement étroite. C'est justement ce qui peut se vérifier dans l'Oratoire de Phalaris. Un sentiment de sévérité s'attache aux portes d'un temple lorsqu'elles sont hantes et peu larges, et que leur rétrécissement est prononcé. Un adage auti(]ue a exprimé cette idée : Pev angiista ad augusta, par un chemin étroit on arrive aux choses augustes.

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Lu porte ionique, chez les Grecs, avait un tout auti-e caractère, à en juger par la seule qui existe au monde, celle du temple d'Ereclitliée. L'entre-colonnement de cet ordre étant plus ouvert, l'entrée correspondante est aussi plus large et annonce déjà la demeure d'une divinité plus accessible et moins sévère. Le rétrécissement en est plus modéré, et l'ornementation y ajoute encore une grâce avenante. Les jambages et le linteau, qui, réunis, forment ce qu'on appelle le chambranle , c'est-à-dire l'encadrement de la porte, sont décorés de rosaces dont les boutons en bronze doré étaient scellés dans des cylindres en bois de cèdre. Sur la corniche, qui est soutenue par deux élégantes consoles, sont répétées les palmettes qui ornent le chapiteau des antes. L'ensemble, môme depuis quelques restaurations byzantines, est resté délicat sans petitesse, riche sans confusion, luirmonieux et doux sans fadeur. Avant que ce temple ne fût une mine vénérable, personne, j'imagine, n'approchait de cette belle porte sans éprouver le désir de pénétrer, au moins en pensée, dans le sanctuaire d'une divinité dont le seuil invitait et charmait à ce point les regards... Ah ! combien sont différentes les impressions que produit l'architecture romaine, celle qui prévalut sous les empereurs, lorsque l'on commença d'oublier la tradition grecque! Déjà, au Panthéon d'Agrippa, la porte est dessinée par des montants perpendiculaires qui n'offrent plus (ju'une raideur mathématique et une banale exactitude. L'illusion fait paraître l'ouverture plus large dans le haut, où la largeur est inutile, que dans le bas, où elle est voulue !... On le sent bien, une froide science a été substituée au sentiment du beau. L'architecte raffiné d'une nation d'artistes a été remplacé par le géomètre d'une race de soldats'.

Les fenêtres. — Les raisons qui ont amené les Grecs à donner une inclinaison en dedans aux jambages de leurs portes les ont conduits à rétrécir le haut de leurs fenêtres. A vrai dire, nous n'en pouvons juger (pie par un ou deux exemples, car il n'existe plus de fenêtres grecques antiques, si ce n'est à Agrigente et à rKrechthéion ; encore celles-ci ontelles été renversées, il y a quelques années, par un tremblement de terre, de sorte que nous ne les connaissons plus que par un dessin de Stuart, dans les Antiquités cV Athènes. Vu la dimension de ces fenêtres, dont l'ouverture n'avait pas deux mètres de hauteur, si on les a rétrécies par le haut d'un douzième, c'est plutôt pour rappeler la forme pyramidale de la porte que pour soulager la portée, peu considérable, du linteau. Mais de

' Crciii ait-on ([ue Vilruve donne à la porto ionique des proportions qui conviendraient à la porte dorique, et réciproquement? Selon lui, le rapport de la largeur à la hauteur, dans l'ionique, est de 2 à 5 (ou de 10 à 2o), et, dans le dorique, de 5 et demi à 12 (ou de 11 à 24). Or, comme 10 est plus loin de 25 que 11 de 24, il en résulte que la porte ionique de Vitruve est plus étroite que la dorique, contrairement à ce qui est et à ce qui doit être.

toute manière la (liininiilion de l'ouverture est mie él('gance, parée qu'en interrompant la froide rc-gularité du rectangle, elle amène le regard à retrouver précisément, dans la saillie des crossettes, la différence de largeur entre le bas et le haut de la fenèlre. Car si l'on abaisse ujie perpendiculaire de l'extrémité des crossettes, elle tombera juste à la naissance du jambage. Vitruve a vU' instruit de ces délicatesses, et il les enseigne au sujet de la porte dorique, à laquelle ressemblent

FENÊTRE DE l' L R E C H T H É I 0 N.

beaucoup les fenêtres de l'Érechtbc'ion. A celle diminution s'ajoute encore celle du chambranle: « La hu-geur des jambages, dil Vitruve. sera égale au douziènu' de la hauteur de l'ouverture, et ces janibages seront rétrécis par le haut de la (iiialoi'zièine pai-fie de la largeur. »

Mais ces mesures, g('']iérales et moyennes, ne se vérifient point et ne sauraient se v(''rilier, au surplus, sur un exemple particulier. La raison dit assez que la proportion et le caractère des fenêtres doivent être soumis à bien des convenances locales et varier selon la nature du climat, selon l'abondance ou la rareté de la lianière. Les mœurs y introduisent aussi bien des nuances. A Pompéi. très peu de maisons avaient des jours donnant sur la rue. La vie privi'C s'y défendait contre une curiosité oisive, et quebpies fenêtres qu'on a troiiV('es tlans cette ville morte étaient percées très haut, de manière à procurer une lumière plongeante, lumière qui est d'ailleurs favorable à la beauté, puisque les jeunes filles de Rome qui ont été promises en mariage, dit Winckelmann, ne se font

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voir pour la première fois en j)ul)lic à leurs époux (|ue dans la Rotonde, où le jour tombe d'une ouverture eirculaire pratiquée au sommet de la voûte.

Les fenêtres du temple d'Erechthée étaient percées à six mètres du sol, et comme elles étaient fermées sans doute soit par des verres, soit par des pierres spéculaires, cest-à-dire par ces lames minces d'albâtre ou de gypse transparent qui servaient de vitres dans les temj)s antiques, le soleil devait éclairer ce petit temple d'une lueur tranquille, mystérieuse et modérée, lueur qui s'baruionise avec le sentiment religieux, et qui fut clière aux prêtres de tous les siècles et de tous les pays. Un célèbre architecte, Léon-Baptiste Alberti, en a fait la remarque [de Re œdificatovin). et il faut la rapporter ici selon la version naïve de son traducteur : « Il appartient que dans les temples les fenestrages soient moyens et luailt perce/, si (ju'on n'en puisse voir sinon b; ciel, afin que les prestres et ceulx qui seront là p(jiir y faire ])rières ne puissent par aucun objet avoir leurs })eusées distraites des contemplations divines. Certes l'borreur qui vient do l'ombre augmente de son naturel la dévotion des courages, à raison que raustérit(î est en grande partie conjointe avec la majesté. »

Jusqu'au temps de Vitruvo, les Romains conservèrent, dans les fenêtres de leurs monuments, par exemple au petit temple rond de Tivoli, la tradition antique du rétrécissement et des crossettes; mais cette tradition se pei'ditpar la suite; elle lu; fut reprise qu'au temps de la Renaissance. Quelques arcbitectes émineuts y revinrent alors, notamment San Gallo et Micliel-Ango. dans la construction des fenêtres intérieures du palais Farnèse. Balthazar Peru//i, eu élevant le beaii palais Massimi, à Rome, accusa aussi une légère diminution dans la porte du vestibvde. La distinction d'une telle forme ne pouvait écbapper à ces grands artistes; elle fut également sentie par l'ingénieux Palladio ; mais il ne manqua pas d'observer qu'elle (''tait snns doute motivée par le besoin de diminuer le vide au-dessous du membre supporté, forse per mar/gior fortezza . Aujourd'hui queb|ues architectes, en dessinant des crossettes aux chambranles de leurs fenêtres, paraissent avoir oublié que cette forme, appliquée aux jambages d'une ouverture parhiitemeut rectangulaire, n'a plus aucune raison d'être, puisqu'elle devient l'image d'un l'étrécissement qui n'existe plus, et qu'elle semble regagner dans le haut une différence de largeur qu'on n'a point perdue.

Ce])eiulant les fenêtres de l'Ereclithéion sont une rareté, une exception mènui ; car les murs qui fernu'ut l'intérieur du temple antique, la cella^ ne présentent aucune ouverture autre que les deux portes. Le temple de Thésée, le Parthénon, le temple de la Concorde à Agrigente, la Maisou-Cai-rée de Nîmes, n'offrent pas la moindre trace de fenêtres éclairant l'intérieur de la nef. Comment donc le temple l'tait-il éclairé?

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C'est là le plus diflieile problème de rarchéologie classique; cest la plus obscure énigme que nous ait l(''guée l'antiquité grecque. Cependant, si la clarté du jour pénétrait dans le sanctuaii e, ce ne pouvait être que par la couverture, car la baie d'une porte ne fournit qu'une lumière hori zontale qui s'arrête aux pi'eniières couches de l'air dans un éditice clos. Ceci nous amène à examiner maintenant une partie qui est caractéristique dans la construction grecque : le comble.

Lk comjuj:. — Longtemps les anti(juaires, même les plus illustres, avaient pensé que les temples grecs étaient ol)scurs et (|ue la religion les avait ainsi voulus pour inspirer aux croyants luie terriuir vague et solennelle. « Les temples quadrangulaires, dit Wiiickelmann, n'avaient point en gc-néral de fenêtres et ne recevaient le jour que par la porte. On leur donnait un air plus auguste en les éclairant avec des lampes. » Spon et M'heler, (pii visitèrent la Crèce en 1676, racontent qu'en entrant dans le Partliénon, converti en mosquée, ils ne furent pas surpris de son obscurité. « Est-il possible, dit Spon ( Voyage d'Italie et de Grèce)^ que les païens fissent b'urs temples sans jours? Oui, sans doute... Ils s'imaginaient apparemment que l'obscurité a\ ait (pud([ue cliosc; de plus majestueux et qui imprimait plus de respect. C'est de là (jue sera venu l'usjige des lampes dans les lieux sacrés. »

Après avoir j)r(''\alu durani plus d'un siècle, celle 0[)inion fui vivement combattue, et elle devait l'être. Comment supposeï- en ell'et pri\<' de lumière un temple qui renfermait des peintures murales de Polygnote ou de Protogène, et des cliefs-d'ceuvic tels qiie la Minerve ou le Jupiter Olympien de Phidias? Etait-ce uni(]uenieut à la lueur des l]auil)eaux qu'on pouvait jouir de ces merveilles et apprécier, (kms toute leur délicatesse, les ciselures des statiu's en or et en ivoire, si bien faites pour resplendir au soleil? Qiumd le sanctuaire ('tait consaciM' au dieu du joui', n"eût-il pas été monstrui'ux de le plonger dans les t(''nèbres? Et s'il était dédié au dieu foudroyant, an .lupiter Fulgur, imagine-l-on que le temjjle fût entièrement l'ernui à la ^ ue du ciel, d'où la foudre allait descendre? Lorsque, au m" siècle avant notre ère, les Gaulois marchaient sur la ville de Delphes, les Grecs crurent voir Apollon sauter dans son temple par IJouverture du comble. Lucien raconte l'histoire d'un imposteur qui contrefaisait les mystères d'Eleusis et donnait au peuple le spectacle des amours de Diane et d'Endymiou : une courtisane, uomuiée Rutilia, jouait le rôle de Diane et descendait du ciel par une ouvertui'e ménagée dans le plafond. Entin Pausanias rapporte que Phidias, ayant achevé la iigure colossale de Jupiter à Olympie, conjura le dieu de maiiifester par ([uelque signe si son image lui ('tait agrcîable, et (ju'aussitcjt la foudre tomba sur le pavé du temple, devant la statue.

Tout cela prouve qu'il existait au moins une ouverture au plafond du

temple antique. Cette ouverture, les Grecs la désignaient dans leur langue par un mot qui est passé dans la nôtre, Vhypètre (uTra'.ôpov, de ùtcî, sous; a'.Or,p, rélher^ le ciel). Vitruve, du reste, dit formellement que les grands temples avaient, dans l'intérieur de la cella, deux rangs de colonnes superposées formant trois nefs, et que l'espace compris entre les deux colonnades intérieures, c'est-à-dire la nef centrale, était à ciel ouvert et sans toiture, médium sub divo est, sine tecto. Dans la pratique, au surplus, il eût été impossible à un peuple qui n'employait pas la voûte, de couvrir, d'un bout à l'autre, des constructions aussi colossales que les trois temples de Jupiter Olympien, à Agrigente, à Sélinonte, à Athènes. Oîi trouver des matériaux d'une portée aussi énorme, et, en l'absence de ces matériaux, comment soutenir la couverture sans encombrer l'édifice par une forêt de colonnes? Le système de l'hypètre est donc, pour certains monuments, plus qu'une hypothèse : c'est une certitude. Pausanias et, avant lui, Strabon nous apprennent que le temple d'Apollon Didyméen, àMilet, resta découvert à cause de ses vastes dimensions.

Cependant si les beautés de la statuaire et de la peinture, si les figures d'un Parrhasius ou d'un Praxitèle appelaient dans le sanctuaire la clarté du jour, il nous r(q)ugiie de penser que des objets aussi vénérables pour le croyant, aussi admirables pour l'artiste, demeuraient exposés aux injures des éléments, au vent corrosif de la mer. Il est vrai qu'on peut supposer l'hypètre garni d'un velarium semblable à celui qu'on étendait les jours de pluie sur l'amphithéâtre du Colisée, à Rome, et qui, retenu à des cordes et se creusant par le seul etl'et de sa pesanteur, faisait couler la pluie à travers une ouverture prati({uée au milieu de la toile, de façon que l'eau pouvait être ainsi rassemblée et conduite où l'on voulait. Quoi qu'il en soit, il est également certain (pi'il y avait, dans les temps antiques, et de grands temples hypètres, et de petites chapelles entièrement closes, ne recevant la lumière que par la façade antérieure, comme le temple de la Victoire Aptère, qui, sur le devant, était fermé de grilles.

Mais, lorsque le soleil entrait dans le comble, y avait-il, au-dessus de l'hypètre, une lanterne protégeant le Aide, comme ([uelquos-uns l'ont supposé? Une pareille hypothèse est inadmissible. Non seulement elle est contredite par les monnaies, les bas-reliefs et les vases peints, lorsque les monuments grecs y sont représentés de profil, mais elle est incompatible avec le génie d'un peuple qui se plaisait à continuer les horizontales de son architecture, connaissant l'expression majestueuse et calme de ces grandes lignes rfuand elles ne sont pas interrompues, et que leur contimiilé même les agrandit aux regards et les prolonge.

La partie apparente de la toiture anti({ue se composait de tuiles en terre cuite, dont les unes étaient plates et munies d'un rebord, les autres creuses et deini-cylindriques ou angulaires; les secondes s'emboîtaient

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dans les premières au moyen du rebord, et elles en recouvraient les joints. Les tuiles plates, tegala'., avaient la forme d'un trapèze et se rangeaient de façon que la partie étroite de chaque tuile entrait dans la partie largo de la tuile inférieure. Les tuiles creuses, imbrices, étant éga-

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