‹ Grammaire des arts du dessinChapitre 33 sur 79 · A. N T É F IX E · texte numérisé non relu

A. N T É F IX E

aussi les tuiles en marbre pentélique, et co fut, selon Pausanias, un certain Bizès, de ^■axos, qui donna le modèle de cette coupe ingénieuse, donl l'invention fut récompensée par une statue. Vint ensuite un autre artiste, Dibutade, de Sicyone, qui eut l'idée de masquer le vide produit par

ies dernières tuiles au bord inférieur du toit, en y appli({uant un ornet lient saillant que Pline appelle protype, et auquel on donne généralement le nom A:a)itéfi.ie. D'ordinaire, les antéfixes sont des tuiles verticales, taillées en forme de palmettes, comme celles du Parthénon. Quelquefois on y sculptait un masque ou uiu? figure entière. Ainsi, sous la main d'un peuple artiste, tous les besoins de la construction se sont transformés en motifs d'élégance. L'utilité pratique, même en s'accusant avec franchise, a revêtu les nobles insignes de l'art.

Le FR0?jT0A'. — Lorsque les monuments sont rectangulaires, leur comble, nous l'avons dit, peut avoir quatre pentes et se dessiner en pavillon. Il n'en est pas ainsi dans les temples grecs : leur toiture présente sur les deux petits côtés une surface triangulaire, qui est le fronton^ c'est-à-dire le front de l'édifice. Les Grecs l'appelaient às-ioç, aigle, sans doute par allusion au triangle que forme naturellement un aigle dont les ailes sont étendues. Toujours conseillés par un sentiment juste et fin, les Athéniens donnent à leurs combles une inclinaison modérée, de sorte que le fronton, se développant sous un angle très ouvert, forme à l'édifice un couronnement adouci et plein de grâce. Moins artistes et moins favorisés par le climat, les Romains ont terminé leurs temples par une pyramide aiguë qui offense l'œil. Tandis que les frontons grecs n'ont guère en hauteur (|ue le huitième de leur largeur, ceux de Rome en ont environ les deux-neuvièmes. Cette mesure de la hauteur est prise en y comprenant l'épaisseur de la corniche rampante, car le fronton est encadré par trois corniches : l'une horizontale, qui lui sert de base, les deux aiitres inclinées qui suivent la pente du toit et vont s'assembler au faîte. Le triangle intérieur enfermé dans ces trois corniches est le ttjmpan.

Une chose remarquable, c'est que les corniches rampantes du fronton grec ne sont pas semblables à la corniche horizontale qui couronne l'entablement; on n'y voit point répéter les mutules. En effet, si les mutules inclinées du dorique représentent l'extrémité stiillante des chevrons, leur présence le long des pentes du fronton serait un contre-sens, parce que les chevrons ne peuvent y être vus que de profil. Les Grecs, il est vrai, ont cru devoir continuer les mutules sur les petits côtés du temple, et les fîgui'er ainsi là où elles ne répondent pas à un toit ; mais ils l'ont fait pour éviter une disparate et ne pas troubler la tranquille symétrie du couronnement général. La même raison de bienséance n'existait pas pour le fronton, qui est une partie de l'édifice tout à fait distincte, et qui peut en différer par ses moulures comme il en diffère par sa forme. Il est même convenable que cette partie, étant la dernière supportée, ait des moulures plus légères que celles du membre qui la supporte. Les Romains, que malheureusement nos modernes ont toujours imités, n'y regardèrent point de si près. Voulant retrouver sur le fronton une symétrie qui n'y

('tait plus demand(''e, ils y rappelèrent les miitules dans l'ordre dorique, les modillons dans l'ordre corinthien, et les tlenticules qu'ils attribuaient à l'ordre ionique. Vitruve cependant avait condamné cet usage : « Les anciens, dit- il, n'ont pas approuvé qu'on mît les mutules et les denticules aux frontons. Ils ont préféré d'y faire les corniches tout unies [puras coronas) parce que ni le bout des forces ni le bout des chevrons ne peuvent être supposés apparents sur la façade, car ces pièces, vues de profil dans le sens des pentes du fronton, ne montrent leurs extrémités que sur les parties latérales du monument. » La leçon de Vitruve était d'accord cette fois avec rarchitecturc des Athéniens (it avec celle de la r(''publi(|ii<' romaine, qui conserva jus([u'à la lin ([lUihjue souvenir des belles traditions. A cette époque appartient le temple corinthien de Minerve, à

A, A, arbalutrioi-s ou Idi'ccs : B, oiitiuit; C, i)oiiii;oii ; 1), faitiigc ; H, E, E, pauui's; E, E, i luuitignollcs ; G, G, (>, cliovrous ; H, lattes; T, tuiles rondes.

Assise, en Ombrie, où les corniclics inclinées du fronton n'oll'rent pas de modillons, bien qu'on en ait liguré dans la corniche horizontale '.

Etrange contradiction ! les architectes de la Renaissance et ceux qui de nos jours ont subi en toute chose l'autorité de Vitruve, ont refusé de s"y soumettre en ce qui touche les corniches du fronton, et ils ont donne-, le même encadrement aux trois côli's du triangle, ainsi (pn? la valent |)raliqué les Romains, depuis le siècle d'Auguste, à Rome, à Naples, à Pola eu Istrie, à Nîmes, dans la Maison-t'arrée. En France tous les trouions de nos monuments prt'sentent des mululcs lorsqu'ils sont d'ordre dorique, des denticules ou des modillons lorsqu'ils sont d'ordre ionicjue ou d'ordre corinthien. La colonnade du Louvre, la Madeleine, le Palais-Bourbon, les pavillons du Garde-Meuble nous en offrent des exemples; mais parmi nos architectes fi-ancais, (piclques-uns (entre autres François Mansart dans une église de .Alinimes, à la place Royale) ont pris soin de ligurer leurs modillons perpendiculaires au tympan, au lieu ([uc les Romains les

' Nous avons vu ce leniple tout récemment à Assise (septembre 1875). \\ n'en existe plus d'entier que le portique, et ce poi tique, anti'riein' à Auf,;uste, est admirable !

218 GRAMMAIHE DKS AHTS DU DESSIN-

avaient déformés en les figurant perpendiculaires à l'horizon, ce qui est une faute évidente. Eu elTet, si Ton se reporte à la construction eu charpente, on verra (|ue les seules pièces dont l'exli-émité soit apparente dans le triang-le d'un toit sont les pannes, marquées de la lettre E sur la gravure ci-jointe. Or ces pannes sont perpcudiculaires aux forces et aux chevrons, puisqu'elles les coupent à angles droits, et si l'on suppose quelles sont représentées dans le fronton par les modillons ou par les mutules, il convient de coucher ces mutules ou ces modillons de manière qu'ils soient vus dans la position oii l'on verrait les pannes, c'est-à-dire perpendiculaires au tympan. Cette convenance délicate n'est plus oljservée nulle part ; elle ne l'a pas été à la Madeleine ; il est vrai que ce temple a été cons- Iruit à une époque où régnait im faux helh'nisme, et où nos artistes prenaient pour des modèles classiques tous les monuments de l'architecture romaine, dont la plupart ne représentaient que la décadence grecque.

Qu'ils sont loin de la heauté originelle, les frontons de l'architecture moderne depuis la Renaissance ! Méconnaissant ou affectant d'ouhlier l'origine si simple du fronton, qui est le toit, les uns ont inscrit un fronton courbe dans le tympan d'un fronton triangulaire, pour enfermer ensuite sous c((tte courhe un nouveau triangle, — cela se voit au grand pavillon du Louvre ; — les autres ont dessiné les frontons cintrés, qui sont absurdes en grand, puisqu'ils représentent xm toit demi-cylindrique, mais qui sont tolérables en petit quand ils couronnent une porte ou une fenêtre, car ils ont alors l'avantage de décharger le linteau, en écartant le fardeau qui pèse sur le vide, pour le reporter sur le plein. Ceux-ci ont posé fronton sur fronton, figurant deux toits l'un sur l'autre comme l'a fait Debrosse dans son portail de Saint-Gervais, à Paris ; ceux-là, malgré les anathèmes de Palladio et de Scamozzi, ont contourné les corniches de leurs iVontons de manière à produire, par les enroulements de la pieri'e, l'imitation ingiMiieuse d'un cornet de papier. Le grand Michel- Ange lui-même, jaloux d'être original en toute chose, attacha l'autorité de son nom à ces frontons brisés dont les corniches entr'ouvertes font place à une boule ou bien à une figure sculptée qui semble avoir percé le toit pour montrer sa tète. Quelques-uns enfin, comme les architectes de la grande galerie du Louvre (celle qui regarde la Seine), placèrent une suite de frontons sur le long côté de l'édifice. Au lieu de correspondr(î aux pentes d'un comble, ces frontons, par la plus étrange anomalie, se détachent sur une longue toiture; dont le faite les surmonte, et présentent ainsi un faux toit vu de face, adossé à un vrai toit vu de profil! Eu dehors même de cette infraction aux lois de l'architecture, combien n'eùt-il pas été préférable qu'une longue horizontale dominât cette façade surchargée d'ornements dcdicats et pleins de grâce, et que le repos d'une grande ligne vînt racheter ce (ju'il y avait d'excessif dans le mouvement de ces reliefs innombrables, de ces (hHails exquis, mais surabondants !

ARCHITECTUriE. 219

Le tympan du fronton grec est. un triaugie isocèle, dont la base est très large relativement à la hauteur, parce qu'il dessine au sommet un angle très ouvert. C'était là un champ tout pr(;paré pour hi culture : il était naturel ([ue l'art vînt s'en em[)arer et ([ue sur le trontispice du temple il annonçât les dieux du sanctuaire. Dans les rudes monuments du dorique primitif, comme à Psestum, le tymptm restait lisse aussi bien que la métope, et cette absence d'ornement redoublait l'austfirité, rà})i"cté d'un édifice aux proportions courtes et aux enlrc-colonnenients serrés ; mais bientôt le vieux dorique se modifia et consentit à s'enrichir. Déjà sur la fin du vi" siècle, selon toute apparence, le fronton d'Egine se couvrait de sculptures en ronde-bosse, sculptures encore raidos dans leurs mouvements, mais d'autant plus solennelles, d'autant plus arcliitectoni(|ues. On y hgura. cfun côté, le combat d'Hercule contre Laomédon; de

EXEMPLE DE FRONTON AVEC UN TYMPAN SCULPTÉ ET DES A C II 0 T È U E S. (Fronton du temple d'Kgine.)

l'autre, Ajax défendant h^ corps de Patrocle ; mais afin d'obéir au triangle tracé par l'architecte, les figures se ployaient suivant l'inclinaison de la corniche, et tandis que les héros placés au centre du tympan combattaient behout sous les yeux de Minerve, les autres, fléchissant sous le poids de leurs blessures, se baissaient pour mourir et allaient s étendre dans l'étroit espace des angles inférieurs. Plus tard, sous la main des Ath(';niens, dont le génie était d'essence ionienne, l'ordre doriijue s'adoucil et s'humanise. Sa rudesse devient de la majesté, sa simplicittî sévère incline à une mâle élégance. Alors les tympans du Parthénon se creusent profondément pour recevoir des sculptures ou plutôt des statues grandioses, mais souples, qui rappellent, non plus la rigidité gtiométrique de l'architecture, mais la chaleur même dr la vie dans une beautt» divine.

Ce n'est pas tout : aux trois angles du fronton s'élèvent d'autres sculptures, les acrotères (A, A, A). Ce sont des piédestaux sans base, sur lesquels on posait quelquefois de grandes anttifixes, souvent des ligures d'hommes ou d'animaux. Placés aux extrémités de l'édifice, les acrotères — on

nomme ainsi les figures aussi bien que le ])iédestal — ont un double objet : d'abord ils répondent à un but de solidité en ce qu'ils augmentent le poids de la pierre angulaire qui doit résister à toute la poussée de la corniche rampante; en second lieu, ils indiquent de loin l'orientation du monument, en accusant mieux sur le ciel ce triangle qui paraissait aux anciens un couronnement si heureux, que Cicéron écrivait [De Oratore) : « Si l'on avait à bâtir un temple dans l'Olympe, où il ne saurait y avoir de pluie, il faudrait encore lui donner un fronton. »

A Phigalie, la façade antérieure était signalée par des acrotéres. Au temple de Jupiter, à Olympie, l'acrotère du sommet était une Victoire en bronze doré reposant sur un piédestal orné d'un masque de Méduse ; à Egine, le fronton était surmonté d'un fleuron placé entre deux nymphes qui tenaient une fleur d'une main et de l'autre relevaient leur tunique. Aux angles inférieurs, des chimères d'un style archaïque étendaient leurs ailes et avançaient une griffe menaçante. Ici encore, la solidité est devenue un motif imposant de décoration. Le génie grec, par un privilège inouï, a su trouver dans les détails, même les plus ^•ulgaires, un prétexte aux délicatesses du ciseau et aux expressions éloquentes. Toute nécessité a disparu sous une beauté.

Page 1