OUELOUES VARIÉTÉS DU CHAPITEAU ROMAN
Coupole i-etouruce. En cœur. Scnphoïdc.
Résolu ou involontaire, l"ouhli des ordres grecs devait amener la Iransformation du chapiteau, qui en est l'indication la plus expressive. Aux traditions dorique, ionique et corinthienne succèdent une liberté absolue, une variété sans lin. Le chapiteau roman se gonfle en une demisphère coupée à quatre faces, comme une coupole retournée; il s'évase en entonnoir, se dessine en cœur, se taille en pyramide tronquée et renversée, aux arêtes arrondies, comme celui des Byzantins, s'épanouit en campanule ou alfecte les courbes d'une barque, et àeyienl scaphotdc . Quelquefois il est brodé de perles dans le goût oriental, et très souvent il est historié de figures symboliques ou chimériques, comme celles que l'on \o\t sculptées sur les chapiteaux de Saint-Germain des Prés, à Paris.
On peut passer des heures entières à considérer, dans une église romane, ces chapiteaux historiés dont pas un ne ressemble à l'autre. Les figures en sont courtes et grossièrement dessinées, mais attaquées d'un ciseau fier. Les symboles en sont obscurs et attachants parleur obscurité même. Ou est transporté en plein moyen âge : on est envahi par les idées et les sentiments (jui obsédaient l'âme de nos pères. Dans ces chapiteaux énigmatiques, le démon est présent sous toutes les formes : il prend les ailes d'un gritfon, le buste d'une sirène, ou la figure et les cornes du vieux Pau aux pieds de bouc. On sent que, du fond des bois, la nature iuconuueet les aninuuix l'ont encore peur à l'homme. Les légendes des saints sont prc^sque toutes fondées sur rexiermination de ((vudque monstre (j[ui épouvantait la contrée et que l'imagination populaire se représente
ARCHITKCTURE. 273
avec des membres impossibles. Les premiers évêques remplissent le rôle qu'avaient joué dans les temps antiques Hercule ou Qidipe. Sur le chapiteau continu qui couronne parfois tovit un groupe de colonnes, on voit des saints poursuivre à cheval une bête qui s'enfuit parmi des feuillages imaginaires.
L'accouplement des colonnes est aussi un mode de construction propre à l'architecture romane. Tantôt elles sont accouplées de front, tantôt doublées, l'une derrière l'autre ; elles ont alors un tailloir oblong qui mesure l'épaisseur de l'arcade. Souvent il arrive qu'on les emploie ainsi dans l'iiémicycle du chœur et qu'on interrompt cet arrangement, soit par une alternance de colonnes jumelles et de colonnes simples, soit par deux colonnes symétriquement isolées. On en voit un exemple dans la charmante petite église de Deuil, près Montmorency, qui fut un instant le refuge d'Abélard. — L'artiste a mêlé ici un élément de variété à la symétrie, en môme temps que par l'unité il faisait mieux valoir la r( 'pétition.
L'alternance, disons-nous, c'est là un des caractères du style roman. Les colonnes isolées y alternent fréquemment, dans les nefs, avec des piliers flanqués de demi-colonnes, et ce n'est pas un pur caprice qui a fait imaginer cette disposition, car elle a pour eft'et de débrouiller la perspective, de marquer avec netteté les plans successifs d'une longue nef. Si les gros piliers n'étaient pas séparés par un supi)ort plus mince, leur rapprochement les confondrait à la vue pour le spectateur qui entre dans l'église : ils sembleraient se toucher, et l'u'il ne pourrait mesurei' l'éloignement des derniers supports; au contraire, l'alternance établit entre les piliers un espacement qui permet de les distinguer, d'en apprécier le nombre, de les embrasser tous d'un regard, et de mieux sentir ainsi la dimension qui dispose au recueillement les âmes religieuses : la profondeur. C'est pour obtenir un effet de même nature que le grand Ictinus avait osé diminuer la largeur des abaques sur la face méi'idionale du Parthénon, parce que cette face, dominant le précipice, ne pouvait être vue que très obliquement par le spectateur, placé sur le rocher de l'Acropole, et que, dans ce raccourci aigu, tous les abaques se seraient confondus en un seul.
L'alternance est une manière de répétition qui est soumise à une règle, savoir, que les parties alternantes doivent différer par le volume ou par l'étendue aussi bien que par la forme. Ce principe est observé non seulement dans les églises purement romanes, comme celles de Sainl- Ursmer et de Soignies, décrites par M. Schaycs [H/stoire de V Archilecture en Belgique] ^ mais dans certains monuments de transition, comme la cathédrale de Noyon, dont M. Vitet a écrit une si belle et si lumineuse monographie.
Ce qu'il y avait d'illogique dans l'emploi des ordres grecs par les Romains ne pouvait échapper aux architectes do l'école française, dont la sagacité est admirable toutes les l'ois qu'ils raisonnent leur obéissance aux Iriiditions, et qu'à une routine aveugle ils substituent leur intelli-
CRÉNEAUX. CORBEAUX E T A R i; A T U 11 E S D E CORNICHE. MACHICOULIS.
gente initiative. L entableinent grec avec ses trois membres, architrave, frise et corniche, étant l'imago décorative d'une construction en platebande, n'a plus rien à l'aire dans le système de l'arc. Les Romains l'avaient maintenu : les architectes romans le supprimèrent, mais en conservant la corniche, qui est indispensable au couronnement de tout édifice, puisqu'elle a pour l'onction d'écarter la chute des eaux pluviales. Cette corniche, les Romains la r('pétaient aux divers étages de leurs monuments, lorsqu'ils superposaient les ordres; les artistes romans ne