ARCATURES DE FRONTON
commirent pas une pareille faute : ils placèrent la corniche au seul endroit où elle est voulue, au sommet des murs, à la base du comble, et, pour indiquer au dehors la division intérieure en étages, ils se contentèrent d'un cordon horizontal, souteini en ap[»areu('e par une suite de petits arceaux dont les impostes, suspendues à la muraille, forment une frange festonnée qui se prête aux variétés de l'élégance. Peu saillantes aux étiiges intérieurs, ces arcatures prennent plus d'importance et de
AliCHITECTUliE.
l'elii't' à la véritable ('oniiclie. Alors reparait riiiiagc des inuluh's et iiiodilloiis antiques, rappelés par des supports en saillie, des corbeaux, ([iii tantôt sont sculptés en tètes d'animaux ou en nias(|iies liiimains, tantùl se terminent eu pointes ou en consoles. Quel([uefois les areatures sont soutennes par des colonnettes adossées, et si la corniche est rampante, les colonnettes en suivent Fohliquité en restant toutes d'égale hautenr, disposition qui décore avec grâce les deux pentes du fronton, particulièrement dans le style lombard, qui correspond en Italie à notre épo-
Toi
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A L T E R .\ A N C li DE M \ T L R 1 A U X DANS LES i, L A V t A L \ D E L A R C.
que romane. Bientôt, cependant, les corniches horizontales et les ornements qui les bordent s'épanouiront en balustrades pour faire place, non plus seulement à la conduite des eaux, mais au passage de l'homme. Souvent l'architeclure monasli([ue leur donnera la forme militaii-e d'un mâchicoulis à créneaux, den-ière lequel des moint's armés (b'd'cndront leur science paisil>le et la retraite de Icui'ame conti'c les truands et les barbares.
Coninu? celles de l'architecture byzantine, les fenêtres du style roman se terminent en cintre, et fréquemment elles s'ouvrent en arcades giMuinées, surmontées d'un adl-de-bœuf et encadrées d'une archi\olle pins grande. Mais l'arcade romane présente encore; une variété caractt'ristique : ce sont les trois lobes (jui en d('coupent l'intrados et (jui la, font trilolx'C. Lorsque l'arc est une porte ou nu portail d'église, les architectes des xi'' et xn° siècles se servent, pour le (h'corer, tantôt de l'alternance de saillie dans les claveaux, tantôt de l'alternance de couleur résultant de matériaux bicolores, tels que brique et pierre, lave grise et calcaire; blanc, tantôt de baguettes diversenu'ut jjrolibM's, l.intôt enfin de losanges, d'étoiles, de têtes de clou, de bâtons rompus ou zigzags, de nnUmdres ou greccjues, d'entrelacs, de torsades, de disques plats, appelés besants ou de ces fragments de tores séparés par des vides, qui sont des
h/llettes, tous ornements qui ne dérivent pas de l'antique, à l'exception (le la grecque. Lorsque les boudins de l'arcliivolte sont nombreux — on les nomme aussi baguettes — l'artiste roman les fait retomber à droite el, à gaucbe, sur autant de petites colonnes placées en retraite l'une de
ÉTOILES. T É T li S D E C L 0 U.
l'autre, et qui forment ainsi un renfoncement sous l'archivolte, creusée elle-même en voussui'e.
Un trait remarquable de la porte romaue, c'est qu'ordinairement le vide en est fermé horizontalement par un linteau qui est surmonté d'une archivolte et qui porte, entre le cintre et l'ouverture, un tympan destiné à recevoir des figures sculptées. Ainsi, à l'inverse des Romains qui posaient la plate-bande sur l'arc, le roman pose l'arc sur la platebande, ce qui est plus intelligent, car la propriété de l'arc est de reporter le poids des consiructions supérieures sur les parties résistantes, qui sont les pieds-droits, et lorsqu'un arc, au lieu de surmonter un vide, est construit sur un ])loin, il lui sert de décliargt!. Rien n'est donc plus naturel que de placer au-dessus du linteau un ai'c qui le soidage et en prévient la rupture, parce que le linteau, pour peu qu'il ait de longueur au-dessus du vide, est sujet à rompre sous le poids des murs. Il faut avouer, cepeiulant, que cette horizontale, accusée à un endroit aussi apparent que la porte, s'accorde mal avec la physionomie dominante de l'archileclure ciirviligne.
Quoi qu'en dis(Mit les hommes j)ratiques, les grandes nouveautés sont lilles du sentiment, même dans celui de tous les arts qui est le plus assujetti à l'empire de la matièi'e, de la matière inerte et pesante. Une belle innovation, introduite à l'époque romane, fut de prolonger les bas-côtés
aii delà des transepts et d'isoler le sanctuaire pour que la foule pût circuler autour, au moyeu d'uue galerie qui en suivait la l'ornuj on hémicycle et qui desservait des chapelles rangées autour du chœur en absides rayonnantes. Quand la basilique avait cinq nefs, la galerie «innulaire ceignant h' chanir (Uait double et donnait lieu à un effet de perspective d'autant plus admirable. Au jour des cérémonies pompeuses, les processions se d('!veloppaient en passant d'un bas-côté à l'autre, sans travei'ser la grande nef, et du fond des nefs latérales on pouvait apercevoir les rang(''es de piliers ou de colonnes, et les théories de jeunes fdies fuir dans la perspective et ohinv ensuite à la coui-be qui les ramenait vers un poiid mystérieux, centre moral et sacr(' de rédilicc.
Ce n'est pas tout : à l'endroit où les Byzantins élevaieni la coupole de leur église, l'architecture romane (celle du Nord surtout) imagina d'élever uiui tour ([ui indiquerait au loin et le temple et la place (le l'autel, dressé originairement sur la croisée, c'est-à-dire l'intersection des bras de la ci'oix. Cett(; tour, qui renfermait les cloches, r('pondait, du reste, à une pensée de défense. Mise en regard du donjon féodal, elle ('tait le donjon ecclésiastique d'où l'on observait la campagne, d'où l'on guettait l'ennemi, et qui, au moment du danger, devenait un lielfroi sonore. Portées sur de petits pendentifs, ces tours centrales présentent à l'intérieur une coupole, à l'extérieur une llèche pyramidale ou conique dont la hauteur, la beauté, seront un sujet d'émulation entre les abbayes, et [)our les communes un sujet d'oi'gueil.
En résumé, sans parler des ressemblances qui existent entj'e l'art roman et l'ai't byzantin :
Le plan en croix latine (pour les églises) ;
La mise en évidenct; du contre-fort ;
La [)r(''(lominaiice des pleins sur les vides ;
L'absence (b; tout rapport lixc entre la hauteur des colonnes et leur diamètre, produisant dans le même édilice des colonnes très courtes et d'autres très allongées;
L'accouplement des colonnes ;
Les piliers llanqués de colonnes engagées ;
Les colonnes nrunies de griffes à la base ;
L'emploi fréquent de l'alternance ;
Les chapi teaux variés et historiés ;
Les arcades df'corant la nudité des murs ou soutenant les baïuieaux et les corniclies ;
Un clocher rappelant la coupole orientale ;
Des moulures rondes, enflées, protubérantes, robustes, et une ornementation moitié byzantine, moitié empruntée du blason, des arts et métiers, et d'une flore imaginaire ;
278 GHAMMAlHl-: DES AUTS DU DESSIN.
Enfin des inscriptions en lettres romaines ou en lettres onciales
LETTHliS ONCIALES.
Tels sont les grands traits de rareliitectnre romane, qni déjà contient en germe le style ogival. Mais ce qui sera prodigieux bientôt de hardiesse est encore timide et pesant : ces verticales qui monteront jns- ([u'an sublime n'ont maintenant qu'ime bantenr sage et mesurée ; ces points d'appui qui deviendront minces occupent encore un large espace et tiennent plus à la terre (pi ils ne s'élancent vers le ciel. Toutefois le style roman est aussi religieux que le style ogival, mais d'une autre manière. Pratiqué par des moines, on sent qu'il a été conçu dans la paix, la nuklitation et le silence du cloître. Il représente non pas la religion populaire, un peu nuageuse, que les femmes ont enveloppée dans la poésie de leurs superstitions naïves, mais la religion monastique et sacerdotale, la religion réglée, dogmatique et traditionnelle. Ses piliers massifs lui impriment un caractère de prudence et de longue durée. La rareté et l'éiroitesse de ses ouvertures lui donnent du sombre. Sa courbe favorite, ou plutôt sa courbe unique, le plein-cintre, lui prête une signilicatio]i invariable comme le dogme, car, de même qu'il n'y a (ju'une seule ligne droite, il n'y a qu'un seul arc pleincintre. Plus rapproché des origines chr(Miennes, l'art ronutn conserve le souvenir des pénibles commencenK^nts, des anciennes douleurs. On retrouve dans la représentation farouche et ol)scm'e de ses animaux symboliques l'empreinte des vagues frayeurs du moyen âge, et dans ses cryptes la rémiuiscence des catacombes où les premiers confesseurs cachaient leur culte et ensevelissaient les os des martyrs. C'est là surtout, dans ces cryptes basses, profondes, que lai-t roman a son expression la plus frappante; mais, à la clarté du jour comme à la lueur des lampes souterraines, il est calme, grave et robuste. Loin d'exalter l'àme, il pèse sur l'esjjrit de tout le poids de SCS voûtes, et il assoupit la pensée. Il tranquillise, il impose, il invite au sileuce, et i)ai' sou archaïsme, par l'énergie de ses supports épais et courts, il est, pour ainsi dire, l'ordre dorique du chrislianisiue.
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L'arc oi'trk-passé. Slijle arabe. — Lorsi^ue le génie do l'ai'i s'éleiiil dans une partie du monde, il selève dans une autre; il est en cela comme le soleil, dont tous les couchants sont dos aurores. C'est durant la plus triste époque do notre moyoïi àgo, du vu" au siècle, que
l'art musidman se conslituo et (|u"il élè\e à Jérusalem la mosquée d'Ouuu', sur l'emplacement du temple de Salomon, au Caire les mosquées d'Amrou et de Touloun, en Espagne la fameuse mosquée do Cordoue et lo merveilleux palais do Zara. (jui (îtait ])ortô sur quatre mille trois cents colonnes.
Mahomet Aient au monde presque au moment où Jusiinieu meurt, quand l'art hy/antin est dans tout son éclat. Il no faul donc pas s étonner que la première architecture dos Arahos, con\ertis à l'islamisme et sortis de la vie nomade, accuse une j)rovenance hyzanlino. Néanmoins cette architeclure ne tarde pas à prendre une physionomie, à se distinguer par un style propre. Il n'était pas possihle, en etï'et, qu'une religion nouvelle ne fit pas naître une nouvelle architecture. Le sentiment religieux qu'éveillèrent dahord les préceptes du Coran était sévère et grave. A l'oxomple du J*ropliète. qui avait glorilié la pauvreté, hi société arahe fut, dajis lo ])rinoipo, austèi'o, patriarcale et simple. L islamisme signiliait alors au plus haut dogrc; ce (|u'il signifie on oll'ot : l'action de s abandonner à Dieu. Mais hiontôt la simplicité primitive s'altère, l'empire s'agrandit, et, en s'agrandissant, il se laisse pénétrer par les civilisations environnantes et par le luxe des poiq^les conquis. D(i riches mosquées s'élèvent au Caire, et ce n'est ]»lus le plein-cintre qui en dessine les arcs, c'est l'ogive. C(^s arcs ont leur retomhéo sur dos colonnes cantonnées dans les angles rentrants dos piliers et dans ceux dos montants de fenêtre : premières innovations qui tranchent di'q'à sur les formes dos architectures antérieures et qui se manifestent dans les mosquées d'Amrou et do ïouloun, décrites par M. Pascal Coste [Momiments du Kaire). Cependant le dernier dos Ommiados, Ahd-el-Rliaman, réfugié en Espagne, y fonde line dynastie et va faire de Cordoue une
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seconde Byzance en y conslruisaut une )nos([uée ([ui doit rivaliser de splendeur avec Sainte-Sophie. L'arc oulre-passé devient alors un des signes distinctifs de l'art musulman. Cet arc, que les Anglais ont appelé en fer à cheval, horse s/ioe arc^ est, disons-nous, un des caractères du style arahe. Il se peut qu'il ait été isolément employé par les Byzantins et les Persans avant la domination musulmane, mais il est certain qu'on ne le voit si; produire comme courbe dominante et franchement tracée que dans les monuments arabes. C'est tout à fait par exception qu'on le rencontre plus tard dans les constructions chrétiennes de l'Occident, notamment dans la célèbre cathédrale de Touriuiy, si imposante et si belle.
Le croissant et l'arc outre-passé sont-ils, aux yeux des mahométans, les symboles de l'hégire, c'est-à-dire de la fuite do Mahomet à Môdine, qui arriva pendant la nouvelle lune, en l'an G22 de notre ère? Cela n'est pas invraisemblable, et on peut le ci'oire si on prend en considération le goût prononcé des Orientaux pour le symbolisme. jNIais l'arc outre-passé, sans parler de son élégance, possède une propriété précieuse qui n'a pas été assez connue ou suffi sammenl estimée. Lorsqu'on a besoin de surélever im arc, par exemple, pour employer des supports monolithes un peu courts, comme l'étaient les fûts de marbre antiques, souvent tronqués, dont
ARC Sun HAUSSÉ. OGIVE OUTRE- PASSÉE. ARC OUTRE-PASSÉ.
ies^'Vrabes disposaient, il vaut mieux outre-passer l'arc que le surhausser. Dans l'un et l'aulre cas, le cintre sera plus haut que la moitié de son diamètre; mais si l'arc est outre-passé, le spectateur sera frappé du surhaussement, parce qu'il verra la surface des intrados dans toute son étemfue. Si l'arc est surhaussé, au contraire, connue il se termine alors par deux lignes droites ( t parallèles, la saillie de l'imposte cache au regard le surhausse- Mient qu'on a obtenu en prolongeant ces deux lignes, de façon que l'artiste perd d'un côté par la perspective ce qu'il a gagné de l'autre par la construction. En ce qui touche la solidité de l'arc en fer à cheval, Quatremère de Quincy l'ait une observalion qui ne nous parait pas juste (A/o/'es-
AUCHlTKCTUlili. 2^1
que architecture) : « Cetle l'orme, dit-il, serait vicioiiso en pierre, parce (|ue la charge perpendiculaire qui porterait sur de tels arcs manquerait, dans les parties inférieures d'un tel cintre, de la r('sistance nécessaire. » (Juatremère aurait sans doute raison s'il parlait de la solidité apparente, mais il parle de la solidité réelle. Or il suJIit de jeter les yeux sur les ligures ci-dessus pour s'apercevoir (juc l'arc outre-passé n'est autre chose (|u"un arc surhaussé dont le pied reste élargi, et que la partie inférieure, ([u'on a laissée pleine, demeure étrangère à la solidité de l'arc, si tant est qu'elle n'y ajoute rien.
Adopté par h's Arahes en Espagru', en Afri(jue, en Sicile, le système d'outre-passer l'arc [ih'in-cintre et même l'arc ogive amène l'allongement du support par rinter[)Osition d'un dé entre l'imposte et le chapiteau des colonnes. A Cordoue, luie alternance de couleurs et de maté'riaux décore l'archivolte des arcades, qui, au lieu de se rattacher à des voûtes, supportent un plafond en charpente, rehaussé de peinture. Dix-neuf grandes nefs coupcîes à angles droits par trente-cinq nefs plus petites composent cette moscjuée célèbre, véritable forêt de colomu's où l'o'il s'égare, se retrouve et se perd encore, et qui, sous sa toiture horizontale, est remplie d une sombre majesté. Aux approches du sanctuaire, l'artiste arabe découpe en festons ses archivoltes et s'ingénie à les superposer eu les d(''cou- |»ant encore, de manière à laisser passer l'air elle jour par des croissants multipliés.
Viennent ensuite les faidaisies d'un art plus raftiné qui se met au ser\ ice du plaisir, obéit aux caprices de l'imagination et en exprime les rêves. Si la coupole byzantine sur plan carr('' et sur pendentifs reparaît dans les mosquées ou dans les palais arabes, elle n'a plus les dimensions hardies qui étonnent, (|ni imposent ; mais elle s'élève soutenue par des pendentifs d'un genre tout à fait singulier et inconnu. Ce sont des niches en miniature, de menues sections de coupoles, de petits triangles spbériques et des fragments tie berceau, agencés, group(''S dans un ordre merveilleux, et qui mon tent en encorbellement l'un sur l'autre, jusqu'à ce qu'ils finissent par regagner h; plan circulaire sur lequel doit reposer la coupole. Chacun des triangles sphéri(|ues repr(''sente en petit la l'onction que remplissent en grand tous les triangles et toutes les autres ligures. Cette superposition de prismes verticaux qui seprojettent en saillie, et cpii, pour plus de b'gèrelè', se creusent en alv('oles, ou s évident en niches, brisent la lumière comme ferait une cristallisati(jn , et produisent à l'œil l'etVet des stalactites naturelles. La voûte arabe, prenant alors l'aspect d'une grotte, procurer à l'esprit l'idée de fraîcheur.
Souvent il arri\ e, comme àl'Albamln'a, que les arcs et les voûtes arabes ne sont qu'unmensonge du constructeur. Lors même (|ue sur les colonnes de marbre sont élevés des j)iliers de brique, reliés entre eux par des
])ièces de bois horizontales, un arc iictif, qui n'a rien à porter, se dessine dans l'ouverture carrée foi-niée par ces poutres et cc^s colonnes, et les tympans de Tare, garnis de tuiles en diagonale, reçoivent les ornements de stuc qui y sont attachés avec des clous, des crochets, des roseaux noyés dans le plâtre, — frêle construction qui a pourtant dun'^ plusieurs siècles.
VOUTE AIlAIiE, DITE A STALACTITES.
— De sorte (|iie la voûte et l'arcade, l'ait observer Girault de Prangey (Essai sur F Architecture des Arabes), ne sont guère employées dans l'art moresque en Esi)agno que comme disposition ornementale , le bois jouant partout un grand l'ùle et les pai-lies solides se conijtosant de supports isolés, de poutres et de murs.
La religion du nuisuliiian. ses idées, ses songes, sa vie. devenue cachée et sédentaire après avoir été errante, ses mœurs lascives, tout cela est exprimé à merveille par l'architecture arabe.
Au dehors, elle n'offre que de grantles lignes et des pleins formidables, elle est austère; et nue. Si parfois le mur extérieur se décore d'arcades en fer à cheval ou en ogive, comme on en voit au palais de la Cuba et de la Zisa, près de Païenne, ces arcades sont aveugles; elles représentent une ouveriure qui aurait été bouchée après coup pour s'opposer à la curiosité; du ]):issant, pour murer la \ ie inlime.
Au dedans, le luvo est prodigieuv et la sensualité satisfaite, (le sont des découpures d'une d(Uicatesse inouïe, des lu'oderies sans lin qui frangent riulrados des arcades, et connue celles-ci reposent sur des colonnes qui
paraîtraient grêles pour le poids quelles supportent, on allège le fardeau en sculptant, dans les tympans de l'arc, des oi'uements à jour par où se glissera la fraîcheur des courants d'air. Partout sont répandus à profusion des ornements reliaussés de couleur et d'or. Toutes les surfaces sont ouvrées comme des tapis de Perse : « Il semble, dit Owen Jones [Plans, coupes et élévations de f Alhambra), (jue les Arabes ont transplanté dans leurs habitations fixes, sous une autre forme, les étoiles et les châles de l'Inde qui ornaient leurs premières demeures; qu'ils ont chang('' les mâts de leurs tentes en colonnes de marbre et les tissus de soie en plàt,r(? doré. » Le chapiteau classique des Grecs et le chapiteau cubique des Byzantins sont tantôt transformés par un réseau d'entrelacs, tantôt arrondis aux arêtes, tantôt chargés de pendentifs en miniature, comme si bis
suintements de la grotte s'étaient infiltrés jusque sur le vase des supports. L'atmosphère est assainie par des fontaines d'eau vive qui coulent dans des rigoles de marbre, ou jaillissent dans des vasques de porphyre. A l'Alhambra, c'est une rangée de lions qni portent les bassins de la fontaine, et ces lions, sculptés ou plutôt construits d'un ciseau rude qui les accuse par un modelé rudimentaire. rappellent l'idée de l'animal plus encore que ses formes.
Mais c'est là une exception tout à fait rare dans l'art musidinan. En interdisant la représentation de la figure humaine et des animaux, la religion de Mahomet a condamné l'architecture arabe à une ornementation pm'enient optique, sans signification et sans vie. De là naissent ces innombrables mélanges de faces et d'angles, de droites et de coui-bes, qui, renouvelés des Persans, ne servent qu'à conduire l'œil dans un labyrintbe sans issue et sans lin, mais non sans attrait. L'aride géométrie est appeh'ie à concourir au décor des chapiteaux, des montants, des murs et des frises.
On aperçoit, ici, des triangles qui sont noués par le sommet et dont la base coupée se tourne en volutes et va s'enchevêtrer en d'autres triangles; là, des losanges qui ne se terminent point, ou des carrés qui s'enlacent et qui s'ouvrent au passage d'une diagonale inl(!]'rompue ; ou bien des trapèzes qui se combinent et se rachètent de manière à former par leurs côtés inégaux des figures régulières croisées pai' des lignes dont la marche, capricieuse en appai ence, est cependant prévue et réglée par le décorateur. Qui le croirait? de tous ces froids éléments résulte une ornementation pleine de saveur ! Viennent ensuite des cordes ingénieusement tressées, qui forment des nœuds inextricables dont les gracieux proljlèmes intriguent