GRAVURE EN MÉDAILLES
L.\ GRAVURK EN MÉDAILLK3 VEUT AUSSI U.V STYLE LACONIQUE ET CONCENTRÉ QUI ABRÈGE LE MODELÉ DES FOKMES ET n'eN DONNE QUE l'eSSENCE.
Les principes que nous venons de formuler s'appliquent aux deux branches de la glyptique, et, sauf quelques nuances, sont les mêmes pour la gravure en médailles que pour la gravure eu pierres fines.
Le mol médaille vienidc I italien medaglia, qui vient du i^rac métallon
{[j.éxxX/.G^i). La médaille est en efl'et une pièce de métal marquée de certains signes qu'on y grave pour célébrer un événement mémorable ou conserver le souvenir d'un personnage illustre. Si la pièce demétalporte l'empreinte d'un Etat souverain ou d'un prince, pour ser^•ir comme moyen d'échange, c'est une monnaie, et ce mot qui dérive du latin monere, avertir, exprime le soin qu'a pris l'autorité publique d'indiquer sur les pièces destinées à la circulation leur poids et leur valeur. La monnaie s'appelait en grec nomisma (vijj.tc;;^.»), en latin nummiis, deux mots dont l'étymologie atteste l'intervention de la loi dans la fabrication des monnaies. De nomisma vient numismatique, ou science des médailles, et comme les médailles antiques, surtout les médailles grecques, sont pour la plupart des monnaies, le terme numismatique n'en est que plus propre à désigner la connaissance de ces monuments.
La gravure en médailles, comme tous les arts, et la numismatique, comme toutes les sciences, ont leur langage particulier dont les principaux termes veulent être expliqués au lecteur.
On distingue dans une médaille la face et le revers : la face, qui est ainsi nommée, parce que c'est le côté où se voit d'ordinaire une tète humaine ; le revers, qui est le côté opposé à la tête, et siu' lequel on grave un relief quelconque ou simplement une inscription. La face est appelée (quelquefois V avers ou bien le droit. Toute image gravée sur la l'ace ou le revers est un type. Cette distinction entre le revers et la face n'a pas toujours existé. Dans l'origine, le monnayeur, pour hxer la pièce qu'il allait frapper du marteau, la posait sur une enclume dont l'extrémité avait des formes saillantes purement géométriques. Ces former saillantes ont produit au revers des compartiments en creux quel'on nomme (7//'f5. Le génie esthétique des Grecs, leur goût, le l)esoin qui les possédait d'orner toute chose, leur fit bientôt remplacer l'aire en creux par une gravure qui présentait \n\ relief sur le revers aussi bien que sur la face, et pour éviter ce qu'auraient offert d'uniforme et d'insipide deux types semblables, deux têtes, par exemple, ils opposèrent h la face uiie image différente; ils firent contraster les petites proportions d'une figure en pied avec l'importance d'une tête, qui devenait ainsi le type principal et qui, par ce rapprochement, grandissait encore.
Comme la gravure en pierres fines, la gravure en médailles a ses creux et ses reliefs. Ce qui est une intaille dans la première est dans la seconde un coin, et ce que l'une appelle camée, l'autre le nomme poinçon. Le graveur en médailles a le choix entre deux manières d'opérer. Il peut graver sa figure en relief sur une masse d'acier, et se servir de ce relief pour obtenir un creux sur lequel seront prises les empreintes de la médaille ou de la monnaie, ou bien il peut creuser immédiatement sa figure dans l'acier, et se servir de ce creux comme d'une matrice pour obtenir les empreintes, et c'est ainsi que le plus souvent il procède.
La monnaie ou la nn'daille, devant présenter deux types, exige la gravure de deux coins. Entre ces deux coins sera pris, maintenu et frappé un disque de métal, régulièrement arrondi. le flan, qui recevra du même coup les deux empreintes.
Les numismatistes appellent mor////«? la dimension de la médaille, ou, ce qui revient au même, son diamètre; champ, le fond sur lequel se détachent les types; exergue, c'est-à-dire hors-d'œuvre, un petit espace qu'on ménage fréquemment au-dessous du type pour y graver une inscription, un millésime, une devise, qui coupe en ligne droite la rondeur de la pièce; légende, l'inscription qui suit la forme circulaire de la médaille; épigraphe , l'inscription gravée sur le type même ; — • l'inscription est dite rétrograde si elle est écrite à rebours, de droite à gauche; — grènetisAd. série de petits points concentri(]ues dont l'image est quelquefois embordurée comme d'un cercle de perles; contre-marques, les signes qni ont été frappés sur les pièces antiques, après leur fabrication, soit pour en changer la valeur, soit pour les approprier à un autre usage, par exemple, pour en faire des jetons d'entrée dans un théâtre.
D'aufres expressions sont eiicori^ consacrées dans la langue de l'art.
IjCs médailles sont dites incuses lorsqu'elles présentent, mal imprimé en creux d iincôté, le même type qui est imprimé en relief de Tautre, ce qui provient, comme on le pense, de la négligence ou de la précipitation du monnayeur qui, avant de retirer le llandéjà frappé, amis sous le marteau un nouveau flan; autonomes, les monnaies des peuples libres qui se gouvernaient eux-mêmes, notamment celles des villes grecques avant la conquête des Romains ; coloniales, celles qui étaient émises par les colonies; impériales grecques, celles qui furent fabi-iquées en Grèce après la conquête. Parfois les monnaies antiques tirent leur nom de l'image qu on y a gravée. Les monnaies d'Athènes, par exemple, sont appelées des bœufs, des chouettes; celles du Péloponèse étaient des tortues; de là vient l'adage grec : « que les tortues peuvent triompher du courage et de la sagesse. » Les monnaies de Perse s'appelaient sagittaires, parce qu'elles représentaient un archer, d'où cet autre jeu de mots : qu'Agésilas avait été vaincu par trente mille archers, parce que le roi de Perse avait gagné à prix d'argent les alliés naturels de Lacédémone (Manuel de Numismatique ancienne, par A. -A. Barthélémy).
Mais souvent aussi les médailles portent le nom du roi qui les lit frapper. C'est pour cela que les sagittaires se nomment également dariques, monnaies de Darius, comme les ptoléryiaiques sont les monnaies émises parles Ptolémées. Le mot Philippe, qui dc'signait d'abord les pièces frappées au nom de ce prince, s'étendit par la suite à toutes les pièces d'or, jusque dans les premiers siècles de l'empire romain.
La notion des ])ierres gravées et celle des médailles, auirement dit la
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glyptique et la numismatique, sont regardées par les savants comme les deux yeux de l'histoire, et de l'ait, la somme des lumières qu'elles fournissent à rarcliéologie est immense. « Nous di'couvrons dans les médnilles les fonctions mystérieuses de la religion, dit (Iharles Patin [Histoire des médailles)^ les diviniti'ïS que l'on adoroit, aussi bien que les noms et les marques des magistratures. Nous y voyons des temples de toutes les manières, des ports, des marchés, des bibliothèques, des voies publiques, des sépulcres et des ponts, qui sont les bâtiments nécessaires. On y voit des arcs de triomphe, des portiques, des th('àtres, des cirques, des pyramides, des palais, des cotisées et des obélisques qui, pour être la plupart ruinez par les injures du temps, ne subsistent guère que dans la représentation que les médailles nous en conservent. La magnificence des triomphes et des jeux, les privilèges des citez, les symboles de quantité de vdles et de provinces... y font des ornements considérables. La représentation de tnnt de grands hommes seroit perdue pour nous si les médailles ne nous la fournissoyent. La belle inanière d'écrire qui doit nous servir de règle, l'excellence des caractères et la perfection du dessin y conservent à la postérité ce qu'on vouloit rendre immortel. Les habits inesme, tant de paix que de guerre, les chariots, les sièges curules, les congiaires et autres marques de libéralitez y })euvent satisfaire un curieux. Ou y reconnoît la couronne civique, la murale, la navale, robsidionale, larostréeet la rndiée dont ils récompensoyent en ditVérentes occasions le mérite des lu'u'os. Rien n'y manque de ce qui peut augmenter l'amour qu'on doit avoir pour tIcs belles actions... et les grands événements y sont marquez bien plus seurement que dans les livres. »
Pour nous, les médailles et monnaies sont avant tous des objets d'arl , et nous avons à considérer ici, non pas leur utilité historique, mais leur beauté.
Le statuaire Pradier disait un jour à un pensioiujaire de noire Académie, à Rome, en lui montrant f[uelques médailles antiques : « Remarquez comme les extrémités de la figure sont relativement fortes; comme l'œil voit tout de suite la tète et son caractère, la main et son expression; comme le personnage pose bien sur ses pieds et conserve ainsi, dans sa petitesse, une assiette monumentale et un grand air! Si vous r('tablissiez la proportion exacte des membres, la tîgure ressemblerait à un danseur de corde. Apprenez à comprendre ces ortilices qui font que l'art n'est pas une pure imitation de la nature; qu'il nCst ni une simple copie ni une rc'duction mathématique des choses, mais cette iière inlerpi-étation qui arrache l'artiste à uiu; servilité froide et puérile, et qui témoigne du génie de l'homme, car elle est la dignité de l'art, elle est le style... »
Ainsi parlait ce maître, en substance, et tout lui donne raison, tout, jusqu'aux termes dont se sert la numismatique pour exprimer la gravure d une
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médaille ou cVune monnaie. L'impression dune image quelconque sui* une médaille s'appelle li/pe. et rcm{)loi de ce mot n'est ici ni indifférent ni de hasard. Il indique déjà la principale qualité que doit avoir une figure gravée sur l'or, l'argent ou le bronze, et qu'il y faut imprimer avant tout le caractère de la vérité typique, ce qui revient à dire qu'il faut l'idéaliser par les accents de la vie générique, comme toute sculpture.
Sur les médailles les plus anciennes, le type n'est pas encore la tête humaine : c'est un objet inanimé ou un animal symbolique. Puis, on grave sur la monnaie l image d une divinité; plus tard, l'effigie d'un l'oi ou d'une reine. En un mot, le type représente une idée avant de représenter un dieu et il est un dieu avant de représenter un portrait. Ainsi, dans les plus anciennes monnaies grecques, celles des rois incertains de la Macédoine, qui remontent au sixième siècle avant notre ère, on voit un casque, une chèvre accroupie, un cheval libre. Vient ensuite un cavalier coiffé du pétase et armé de deux lances. Depuis le règne d'Alexandre 1", jusqu'à celui d'Alexandre le Grand, les monnaies macédoniennes ne présentent aucune tête (jui puisse être regardée comme ime effigie positive. Sur la monnaie de Philippe II, père d'Alexandre, c'est encore un Apollon, lui Jupiter barbu et laiiré. un Hercule jeune, coitTé de la peau de lion, ou une tête de Proserpine a^ ec des pendants d'oreilles, et quand nous arrivons aux monnaies d'Alexandre le Grand, nous les voyons qui commencent par être frappées au type de Pallas, bieji qu'elles portent au revers le nom du héros avec une victoire, ou une lyre, on mi grillon. Le portrait d'Alexandre n'apparaît (|u'après ses conquêtes en Asie et en Afrique; encore n'otfre-t-il qvi'une ressemblance indirecte, sans aucune particularité individuelle. C'est Alexandre ([ui est divinisé en Hercule, ou Hercule qui est humanisé en Alexandre.
Lorsque les villes conquises, Alexandria, Troas, Ténédos, Dardanus, Lainpsaque, Ephèse, Magnésie, Milet, Mitylène, Alabandade Carie, Tarsus