‹ Grammaire des arts du dessinChapitre 56 sur 79 · M 0 .\ \ A I E D'ALEXANDRE · texte numérisé non relu

M 0 .\ \ A I E D'ALEXANDRE

et autres, frappent monnaie au nom d'Alexandre, lors même que des i)euples libres imitent cet exemple pour s'assurer la protection du héros en llattant son orgueil, la physionomie du conquérant reste plutôt idéale que personnelle, (joilfée d'une peau d'éléphant ou d'une peau de lion, ou

bien munie d'une corne de bélier, la tête d'Alexandre est toujours celle d'un demi-dieu entrevu par l'imagination de l'artiste entre la terre et l'Olympe.

Au troisième siècle avant notre ère, la face des médailles perd son caractère allégorique; la ressemblance est francbemient accusée, le ■portrait

commence : en Grèce, par l'effigie de Déméti-ius Pcdiorcète ; en Sicile, par la tète diadémée d'IIiéron, tyran de Syracuse, et par la lète voilée de sa femme Philislis. Mais pendant que la face des monnaies se .particularise et devient l'image fidèle d'un tyran on d'une reine, le revers offre un cliamp plus libre à l'invention du graveur, et cependant c'est tou jours un symbole, une allusion au génie du ])euple qui abattu monnaie, à la nature du pays, à son histoire. Cela est si vrai que les médailles antiques forment une espèce de blason, bien antérieur à l'avènement de la noblesse. Les signes qu'on y voit gravés, quand ils n'ont pas une signification religieuse, sont en quelque sorte héraldiques. Plusieurs sont les armes parlantes des ])euples ou des cités. C'est ainsi que la chèvre accroupie, selon Mionnet, forme les

armoiries de la ville d'/Ega^, ancienne capitale de la Macédoine, dont le nomsignifie chèvre (aî^, ai'Yo;). La ville de Sidé, en Pamphilie, est indiquée sur des statères d'or par une grenade ((h'Sy;); l'île de Mélos ou Milo (d'où nous est venue la fameuse statue dite Vénus de Milo) par une pomme (ir/jXov) ; l'île de Rhodes, par une rose (pîoov) ; la ville de Sélinonte, par une

feuille de persiL (asA-vov). Ces jeux de mots figuratifs dérivaient euxmêmes d'un nom propre qui était venu de plus loin et de plus haut. La tête de Minerve Atliénê ne constitue pas seulement les armes parlantes d'Athènes ; elle représente le culte des Athéniens pour la vierge altière et pensive, lille de Jupiter. Avant que la figure de Minerve exprimât le nom de la ville où elle était adorée, la ville avait pris son nom de la divinité qu'elle adorait. De toute manière, le type des médailles antiques, tantôt à la face, tantôt au revers, est toujours un emblème plus ou moins ingénieux qui, s'adressant à l'esprit, lui donne quelque chose à comprendre ou à deviner. C'est la noblesse de la gravure en médailles que toutes les images qu'on y imprime doivent appartenir au blason des idées.

Quelquefois la figure gravée symbolise les mœurs et les habitudes d'un })euple, ses qualités militaires ou agricoles, son goût pour les jeux publics.

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