N I K L I, E ITALIEN
(Collection lie M. liniile G;iIi( lioii .)
nigellum, noirâtre, et voici pom^quoi on l'avait appliqué anx gravures exécutées par des orfèvres. Lorsqne l'artiste avait terminé son travail, il répandait dans les creux de sa gravure une sorte d'émail noirâtre, iiiello, dont la composition t'st soigneusement dccrile par IJenvenuto Cellini dans son traité de l'orfèvrerie [Trattato deli" oreficerta). Une fois entré dans les sillons de la gravure, cet émail la rendait nettement visible en accnsant le dessin, qui se détachait en noir sur le ton clair du métal. Mais comme tonte retouche était impossible après que le nitdle mis en fusion av-ait été coulé dans les tailles, l'orfèvre, avant de procéder à cette opération dernière, prenait une on plusieurs empreintes avec de l'argile, pour se rendre compte de sou Ira^ail et poiivoii- le corriger au besoin. Sur l'argile, la gravure se présentait en relief et dans le sens opposé, c'est-à-ilire que si, par exemple, une inscription était tracée, dans l'original, de droite à gauche, elle se trouvait, dans rempreinte. de gauche à droite. Maintenant, pour voir son travail comme il l'aurait vu sur la planche niellée, l'orfèvre coulait du soufre sur l'argile, et. après avoir colore'" avec du noir de fumée les sillons du soufre, il en tirait une épreuve en sens inverse, une contre-c preuve^ qui rétablissait à ses yeux la gravure dans son v(;ritable sens, remettant de droite à gauche l'inscription (|ui s'olfrait, dans ré[)reuve, de gauche à droite.
Ces pr()C(Ml(''s en usage, Finignerra les a^ail employés lorsqu'il grava pour l'église de Saint-Jean-Baptisie, l\ Florence, une de ces patènes aux-
GHAVUUE. 6r.>
quelles on donucvit lo nom de pai.r^ parce qu elles (Uaieiit destinées à recevoir le baiser de paix, dans les cérémonies religieuses. Après avoii' tiré en soufre deux emi)i"ein(es, Finiguerra eut rid('e d'en tirer mie sur la planche d'argent avec du papier humide qu'il pressa au moyen d'un rouleau, con un ru/io tondo, dit Yasari, et l'épreuve ainsi obtenue fut la [)remière estampe d'une gravure en creux. '
Cette é[)reuve, relique inestimable, se conserve au Cabinet des estampes de Pai'is, où elle avait échappé à tous les regards, lorsqu'elle fut exhumée, en 1797, par l'abbé Zani, ainsi que le racontent un témoin oculaire, M. Duchesnc [Esmi sur les N/fllos), et l'abbé Zani lui-même {Materiali per servire alla storia di'W incis/oiie in rame). On observa que la fortune, par une attention délicate, avait réservé à un Italien la d(''couverte de l'estampe qui prouvait, à l'encontre des prétentions allemandes, les origines italiennes de la gravure imprinK^e. j'entends de la gravure se maiiib'slant. non par d'iid'ormes essais, mais de vraies œuvres d'art. Et comme si aucune pièce ne devait manquer à l'information de ce curieux procès hislorique, les deux épreuves en soufre liiM^es par Finiguerra existent encore, l'une à Gènes, dans la collection Durazzo, l'autre au liritish Mnseuni, à Londres.
Cependant l'invention de Finiguerra, qui en était une pour l'Eui-ope. n'était pas nouvelle dans le monde, car nous savons à n'en })as douter, jiotamment par le témoignage du Vénilien Marco Polo, qui voyageait en Chine au xm'' siècle, (pi'à cette épo(pie les con(|nérants mongols firent graver, sur planches de cuivre, des assignats qui s'impi-imaient sur du papier de mûrier [Recueil des Monnaies de la Chine, par h; baron de Chaudoir). L'orfèvre florentin ne fit donc que reirouver un secret déjà connu dans l'Asie orientale, qui connaissait aussi de temps immémorial l'art d'imprimer sur étoiles des gravures en j'clief. Quoi qu'il en soit, sa décoiiveide fui immense et d'une porté^e incalculable. D'abord parce que, en mullipliant les em[)reintes d'une O'uvre originale, l'imprimeur la rc'pand dans le monde entier et lui assure une durée qui peut presque devenir élernelle; ensuile parce (jue les finesses delà gravure, l'énergie de ses ombres, la fraïu-bise ou la douceur de ses clairs, la profondeur de ses lointains, la variét(} de Ions qui lui prête une sorte de coloris, demeurent insaisissables sur le fond rouge du cuivce ou le fond triste du bois, et ne sont rendues sensibles que par la blancheur du papier... Et (piel instrument de civilisation! quel bienfait pour le g(;nie! ([uelle source de jouissances pour ceux qui l'admirent, et pour ceux qui, par la gra\ ui'e. apj)reu(lront à l'admirer!
l'art du graveur est soumis a certalxks lois géxérales
BIEN qu'il existe DES CONVENANCES PARTICULIÈRES POUR CHACUN DES DIVERS GENltES DE GRAVURE.
La gravure est un dessin qui se fait avec un instrument d'acier au iieu de se faire avec une plume ou un crayon. Si ce dessin est une invention du graveur, il en faut juger d'une manière générale comme de tout autre dessin. Si c est la reproduction d'un ouvrage d'art, peinture, sculpture, architecture, camée, monnaie, médaille, vase, ornement, la première qualité du graveur est la fidélité, en ce sens qu'il doit non seulement rendre l'original trait pour trait, en redire les contours et les reliefs, mais encore, et surtout, conserver l'esprit et l'aspect de l'ouvrage reproduit, en faire valoir les (pialités, en avouer même les défauts, enliii en rév('ler franchement le caractère.
S'agit-il d'une peinture, le graveur n'ayant à sa disposition, en ce qui touche la couleur, que du lujir et du blanc, cesse d'être un copiste pour devenir un ti-aducteur. Il traduit vraiment en clair-obscur le coloris du tableau et, faisant abstraction des teintes, il n'en donne que la valeur. Les couleurs étant considérées par lui comme des taches plus ou moins lumineuses, plus ou moins sombres, il grave une draperie jaune, par exemple, avec des tailles plus légères et plus espacées qu'une draperie bleue, de manière que la seconde de ces draperies forme dans la gravure une masse plus foncée que la [)remière.
IN)ur imiter la perspective des corps, notamment dans l'architecture, le graveur dirigera ses tailles vers le point de vue quand il en sera aux surfaces fuyantes; pour imiter la perspective aérienne, il exprimera par (les travaux tendres l'iiidiM-ision des objets le plus enfoncés dans le tableau, et il réservera les vigueurs nettes poin- les parties le plus rapprochées de l'œil. Quand à la diversité des substances, telles que le bois, la pierre, le marbre, les terrains, les arbres, les eaux, les nuages, les étoiles, les chairs, il les fera sentir par des travaux choisis qui varieront eux-mêmes dans les dill'érents genres de gravure.
Les deux grandes divisiojis de cet art, nous l'avons dit, sont la gravure eu creux et la gi'avure en relief, mais chacune de ces divisions se subdi- A ise. On distingue, dans la première, la taille-douce, l'eau-forte, la manière noire, ra(|ua-tinte, l'imitation du crayon. Dans la seconde, la gra\ ure en bois et la gravure à plusieurs planches, dite en clair-obscur ou en eamaïeu, dont le dc'veloppement a engendré la gravure en couleurs.
GHAVURE.