ANNEXE AU LIVRE TROISIÈME
A LA PEINTURK SE RATTACHE LA GRAVURE, QUI EST l'art de RETRACER EN CREUX SUR LE MÉTAL, OU EN RELIEF SUR LE ROIS, UN DESSIN DONT ON PEUT TIRER DES ICMPREI.NTES.
Graver, c"est dessiner par incision dans un corps dur, pierre, bois ou métal, (lomme nous l'avons dit au chapitre consacré à la glyptique, ce genre de dessin est de toute ancienneté, puisqu'on en trouve tant d'exemples dans les hiéroglyphes égyptiens, sans parler des cachets que les citoyens de Babylone portaient avec eux, et de l'anneau d'Ulysse sur lequel était gravé un dauphin. 11 sutlit, au smqDlus, de jeter les yeux sur une monnaie antique pour y voir un type en relief produit par une gravure en creux, et une aire en creux produite par une gravure en relief. Ce n'est donc pas l'art de graver (jui est une invention moderne ; c'est uniquement l'art de tirer des impressions sur papier d u ne gravure en bois ou en métal. En d'autres termes, c'est le mariag(! de la gravure avec la presse.
Uomme il y a deux genres de gravure bien distincts, la gravure en relief et la gravure en creux, il y a aussi deux sortes d'impressions. La gravure en l'elief, qui se fait ordinairement sur bois, et qu'on appelle pour cette raison xijlorjraphique^ est un dessin dans lequel les clairs sont creusés profoiuh'nu'iit, tandis que les ombres et les contours sont ménagés en saillie. Pour inq)rinier une gravure en bois, on passe sur la superficie un rouleau d'encre qui noircit seulement les parties saillantes du bois, et l'on obtient une empreinte sur papier, une tyw^'^/i'.'^', en pressant fortement la h'uille contre la surl'ac(i encrée. Avant l'invention de la presse à imprimer, celle pression s'exerçait au moyen d'une brosse ou d'un frotton, comme elle se praliquait naguère encore pour les papiers de tenture, et
GRAVUHK. 617 c'est ainsi ([u ont été obtenues les épreuves du Saint Cliristophe de 1423, qui est sinon la plus ancienne gravure en bois, du moins une des plus anciennes parmi celles dont la date n'est pas contestée.
La gravure en creux, qui se fait ordinairement sur enivre ou sur acier, consiste à laisser intactes les parties claires du dessin et à ne fouiller dans la plaque de métal que les contours et les parties ombrées. Pour imprimer une telle gravure, on commence par encrer toute la surface de la planclie; puis on l'essuie avec un tampon de linge ou avec la paume de la main, de manière qu'il ne reste d'encre que dans les tailles^ c'est-à-dire dans les sillons creusés par l'artiste. En ap[)liquant alors sur la plancbe un papier humide que l'on soumet à une très forte pression, entre deux cylindres revêtus de laine, on fait pénétrer la souplesse du papier au fond des tailles, où il va chercher le noir.
On donne le nom générique d'es/aijtpfs aux inuiges obtenues sur le papier par voie d'impression. Bien que toute estampe soit une épreuve et toute épi-euve une estampe, le mot épreuve se prend dans une acception })lus l'estreiute II signifie essai, quand le graveur, pour éprouver son travail, en tire une empreinte, et il s'emploie dans un sens relatif, (juand on parle d'une estampe comparée à une autre estampe tirée du même cuivre. Un dit, par exemple : « mon épreuve est meilleure que la vôtre. » Une épi'euve est brillante ou boueuse suivant que la planche a été bien ou mal essuyée : elle est grise, elle est pàle, quand la pression a été insuflisante, ou que la planche, usée à la surface, commence à perdre la plénitude et la fi-anchise de ses noirs. En un mol, l'épreuxe est à l'estampe ce que l'excinplaii'c est au livre.
S'il est vi-ai qu'il n'existe en Enrope aucune épreuve d une gravure en bois antérieure au Saint Christophe ; s'il est vrai que la Vierge entourée de saintes, que possède la Bibliothèque de Bruxelles, et qui est datée de 1418, ait subi quelque alt(''ration dans son millésime, la première estampe xylograpbique a précède'' de quelque trente ans la première estampe tirée d'une gravure en ci'eux sur métal par un orfèvre llorentin, Maso Finiguerra.
Coïncidence merveilleuse! la gravure, qui est limprimerie des beaux-arts, fut découverte au moment où l'on inventait limprimeiài', qui est la gravure des belles-lettres. Le moyen de populariser les œuvres de l'artiste luiquit dans le môme temps que le moyen de propager les pensées du poète ou da philosophe. Oui, en l'année 1452, à peu près à l'époque où (Intenberg et Faust imprimaient à Mayence leur première Bible latine, dite à quarante-deux lirjnes, le Florentin Maso Finiguerra créa les premières estampes dignes de ce nom, en prenant des empreintes sur une patène d'argent qu'il avait gravée pour l'église;
618 GRAMMAlRi: DliS ARTS DU DESSIN-
de Saint-Jean-Baptiste, à Floi-ence. Comment il fut amené à sa d('coiiverte et en quoi elle consistait, c'est ce qn'il importe d'expliquer.
Gomme tons les orfèvres de son temps, Finignerra ornait de dessins gravés en creux ses ouvrages d'orfèvrerie, tels que poignées d'épée, coffrets, coupes, calices, reliquaires, patènes. Ces ornements délicats exécutés en petit — les plus grands ont, par exception, 10 centimètres — s appellent en Italie nielli et en France nielles. Ce nom vient du latiu