‹ Grammaire des arts du dessinChapitre 68 sur 79 · AQUA-TI.^TE · texte numérisé non relu

AQUA-TI.^TE

GRAVURE A LA MA^'IÉRE DU CRAYOïN.

Il est un genre; de gravure (jui i-essemble à la, manière; noire et ipii QWiWKi^vti •.Vaqua-tinte. Un peintre français, Jean-Baptiste Leprince, en fut l'inventeur vers 1760. Voici en quoi consiste ce procédé. Après avoir gravé à la pointe les contours des figures ou des objets, on couvre la [ilauche d'une couche de colophane en poudre, ou de sel, ou de sable lin, et à travers cette couche on laisse péncHrer l'eau-forte, dont la morsure, ainsi tamisée, produit sur la planche une grainure uniforme, ti-ès propre à imiter du lavis à l'encre de Chine, à la sc'pia ou au bistre, sui-

inoyen de la galvanoplastie, opération qui permet de tirer environ mille épreuves d'une éf^ale pureté, et qui peut se recommencer, si l'on a besoin d'un tirage à plus grand nombre.

vaut qu'on riiuprime avec de l'encre noire ou de l'encre colorée. ïoute!> les ombres paraissent, de cette manière, faites au pinceaii. On peut aussi produire la j;rainure voulue avec une préparation d'eau-l'orte coupée; mais la teinic (pii en résulte est moins agréable à l'œil, inoins piquante.

L'aqua-tinte a été maniée avec liabileté par l'inventeur lui-môme, dont les premières estampes passèrent pour des lavis. Facile, rapide, elle a servi de notre tem))s à répandre les ouvrages d'un artiste éminemment populaire, Horace Vernet, dont la marche impatiente et prompte aurait vite lassé toute une légion de graveurs au burin. Cet improvisateur prodigieux, qui a peint au pas de charge tant de combats, tant de batailles, a pu voir de son vivant son œuvre presque entier gravé par Jazet. et gravé d'une façon un jieu prolixe et délayée, sans doute, mais qui néanmoins en reproduisait bien l'exécution preste, légère, peu profonde, et qui rendait jus((u"aux accents de la touclie.

Revenant sur fojid de son aqua-tinte avec un pinceau, comme ferait le graveur en manière noire sur le fond d(! sa grainure avec un racloir, Jazet y enlève des clairs à l aide d'un mordant qui, faisant disparaître la teinte, ravive des lumières là où le graveur veut imiter les rehauts du peintre.

Mais un homme qui a usé de l'atpia-tinte avec bonheur, quelquefois avec génie, c'est l'espagnol Goya. Ce ([ui nest d'ailleurs qu'un procédé devient chez lui un élément d'expression. Dans ses Malheurs de la guerre, dans ses Caprices^ l'arfua-tinte contribue à la physionomie des choses. Ici, elle voile une portion de l'estampe et elle ajoute du mordant à la satire des mœurs en laissant deviner des corruptions plus profondes. Là, elle répand des ombres humides sur les scènes tragiques de l'invasion et les couvre ainsi d'un mystère (|ui en augmente l'horreur. Tandis ([ue certaines ligures sont enlevées à l'eau-forte siu" la blancheur criante du papier, d'autres s'éteignent dans une demi-teinte sinistre; et telle est l'impression que produit alors la gravure de Goya, que l'on croit voir ses épreuves, non pas lavées d'aqiui-tinte, mais baignées de sang. Poussée par la tièvre, émue jusc[u'à l'indignation, sa main traduit à la hâte ce qu'ont entrevu les yeux de sou imagination ou de sa mémoire, et, après avoir accentué des formes sans les préciser, il en efface une partie sous un lavis tantôt (in et sourd, tantôt grenu, âpre et amer. Oji «lirait d'un Vélazquez qui, enivré de fureur, aurait emprunté poiir un jour les acides de Rembrandt et son génie.

A côté de la gravure à la manière du lavis, se place la gi-avure à la manière du crayon, dont François et Demarteau se disputèrent l'invention (plus ancieiuK! (ju'eux) vers 1750, et que Louis Bomu't sut ajtpliquer à l'iuiitatiou du pastel par la combiuaisou de planclius diversement color(''es. (tout la uiise en œuvre sera ex|)li(piée jdus loin à l'article gravure eu c(»ul<'urs.

CIlAVLIlii:. 'Vi-i

l.i' ^raiii (lu ci-ayoïi ^ iiiiilc an iiioycu d iiii jiclil iiislriinicut appelé l'oulette, csl arnica (111110 roue (lent(^'e, et (iiii. proiiKMK^ sur le cuiviM^. V produll line suilc de points gras, seinhlables aux liaeliiires crayouiK^cs. (let instrument, em|)loyo dans l'orfèvrerie, l'ut aj)pli(}U(ï pour la preiniï're l'ois à la gravure, vers 1650, par Liitina le jeune, lils de l'orl'cn re Janus Lui ma, (pie Rembrandt a imniortalisi'': en gravant de lui à l'eaul'orte un portrait de la plus rare beauh'. Au lieu de pousser son insLj'ument avec la main, comme on h' pratique aujourd'luii, Lutma en iju- [•rimait les dents à coups de marteau, et c'est pour cela iju il nommait lui-même sa gi'a\ lire opus mail ci ^ ouvrage au maillel.

De nos jours, Calamatta et Dieu ont exécut('i (]uel(|ues cliefs-d'ieuM-e, le premier avec la roulette, le second avec des suites de points imperceptibles (pii en imilent l'effet. Ces deux artistes, gravant ainsi des crayons d'Ingres, l'utre aulres les merveilleux portraits de M"'" Bonnard, de M. Martin, de jM"'" Marcotte, delà famille Gatteaiix et d'Ingres lui-même, en ont répét('' le style, le sentiment exquis, la saveur incomparable, avec une v('!rité qui va jusqu'à l'illusion, tant elle est identique au dessin du maître.

Il faut distinguer entre la manière du crayon et le pointillé., qui est l'arl de modeler avec des points plus ou moins espacés, dont l'empâtement ex^prime les cliairs d(j'licates et en traduit la morbidesse. Le pointilb' est parfaitement convenable f[uand il s'agit de reproduire un pinceau gras, nourri et suave comme celui du (lorrège. Roger et Copia ont gravé d('licieu sèment au pointillé les tendres figures de Prud'lion. Mais ces graveurs excellents ne sont pas les premiers qui aient procédé ainsi. Déjà, au commencement du xvi" siècle, un artiste padoiian avait interpr(îté de cette manière les généreuses et savoureuses peintures du Giorgionc : « Giiilio (iampagnola, dit M. Emib^ Galicbon [Gazelte des Beaux-Arts), introduisit dans sa gravure le pointillé, dont il se servit d'abord pour modeler ses personnages et ses premiers plans, en réservant les tailles pour les fonds, et quelquefois en couvi'ant de points môme les Iraits qui arrêtent les contours. Mais si ce proc(''d(i convient admirablement à interpréter la lumière et la couleur d'un Giorgione. il est d(''plac(; et inq)uissanl (piand il s'agit d'exprimer les ([iialités supérieures de Mantegna ou de tout autre peintre au styb; sévère, aux traits ressentis. » Ainsi le pointilb' est un mode de gravure d(''jà fort ancien : tant il est vrai ([ue, dans toutes les inventions, grandes ou ])elites, il y a toujours (piebju un (|ui a |)réc('d(' l'inventeur.

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