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GRAVURE EN ROIS

L.V GRAVURli EX BOIS, n'ÉTAM' PAS SUSCEPTIBLE DE PRODIIIRR LES NUANCES DÉLICATES DE LA TAILLE-DOUCE, DOIT s'aTTACHER DE PRÉFÉRENXE A DES TRAVAUX SOBRES, OUI, PAR LE LACONISME DE LEUR EXPRESSION, PRÊTENT DE LA GRANDEUR, MÊME AUX PLUS PETITS OUVRAGES.

Ce iiesl [)!is an graveur, c'est au dessinateur sur bois que s'adresse le principe que nous venons d'énoncer.

Quel est, en ell'et, le rôle du xylographe? 11 lui est enjoint de respecter scrupuleusement le dessin qu'on lui a trac(î sur une planche de bois, el (le crcaser plus ou moins profondément tout ce qui n'est pas ce dessin même. Autrefois la gravure en bois s appelait gravure en taille d'épargne, et ce mot exprimait fort bien l'opération, qui consiste h épargne?tous les traits dont se compose l'image (ju il s'agit de mettre en relief.

11 semble (ju uiie telle besogne ne laisse au graveur aucune liberté d'interprétation, et qu'il doive se résigner à une obéissance toute passive. Cependant sa tâche n'est point purement mécanique. Pour obéir au sentiment d'un autre, surtout dans des ouvrages d'une ténuité souvent exquise, il faut avoir soi-même la faculté de sentir. Partout où l'homme met sa main, il est diflicile qu on ne reconnaisse pas la trace de son esprit. Cela est si vrai que le même dessin peut devenir oiiclueux ou sec, coloré ou pâle, selon que l'échoppe du graveur l'aura évidé discrètement ou rigoureusement, selon qu'il l'aura plus ou moins épargné. Je veux dire <{u'en taillant le bois pour mettre chaque Irait du dessinateur en saillie entre deux t'ossi's, le graveur a pu entre|ireudrc quelque peu sur les bords du Irait, et, ne l'eût-il entauK; que d'une épaisseur beaucoup moindre (|ue celbî d'un cheveu, cela suffirait pour donner un aspect triste, aride et froid au dessin le plus chaleui'eux et le plus nourri.

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Il y a donc place pour une certaine part de sentiment dans le l'ait du graveur en bois, même lorsqu'on lui a tout indiqué, tout précisé. A plus i'oj'te raison peut-il devenir artiste (puind le dessinateur lui a Inissé le choix des travaux, car il arrive quehpiet'ois que le dessin livré au g-raveur est lïut par un peintre qui, n'ayant pas su tracer taille par taille les formes de sa pensée, ou n'ayant pas voulu en prendre la peine, s'est borné à l'exprimer en masse, dans une composition estompée, mise à l'eilet. La conduite du travail est alors abandonnée au graveur. C'est à lui de rendre le clair-obscur par telle coupe qui lui paraît plus expressive que telle autre; c'est à lui de calculer la largeur de ses tailles, de les tenir simples ou croisées, de leur faire suivre les évolutions indicatives de l'objet représenté, enfin d'amincir, de trembler, d'interrompre ses traits on de les terminer par des points de plus en plus légers, à mesure qu'il s'éloigne du premier plan ou qu'il s'approche de la lumière. Eu pareil cas, le gi-aveur en bois devient un artiste au même titre que le graveur en taille-douce.

Si l'on jette un coup d'œil sur les plus anciennes estampes, on y voit que le dessin sur bois était encore grossier et barbare, mais, dans la rudesse de ses travaux sommaires, il était sur le chemin de la grandeur et du vrai style que demande la gravure en bois. Déjà dans les premiers livres xylographiques, tels que la Bihle des pauvres et Y Histoire de ta Vierge, on remarque une naïveté qui n'est pas sans atlrait et un sentiment vif de la réalité, joint à m\ esprit subtil et mystique; on y reconnaît en un mot l'inlluence de Van Eyck. La pensée du maître se traduit par une simplicité de moyens qui, toute rudimentaire qu'elle est, n'arrive pas moins à un commencement d'expression. Ces livres pourtant furent imprimés avant l'année 1434, du moins suivant le dire d'un écrivain fort compétent, M. Firmin Didot [Essai sur l'Histoire de la Gravure sur Ijois), et ce qui vient à l'appui de son opinion, c'est que ces ouvragc^s sont des livres dits proprement xylographiques. On entend par ce mot, dans son acception restreinte, des livres où les images et le texte étaient gravés souvent d'une seule pièce, sur la même planche, et dont l'impression en tous cas se faisait à la brosse ; livres qui ont dû conséquemment précéder l'imprimerie à la presse, dont le premier monument ( les Lettres d' indulgence) date de 1454.

Quand vient Albert Diirer, la gravure en bois s'élève tout à coup dans les œuvres de ce grand homme et touche à la perfection, sans sortiitoutefois de ces conditions primitives de simplicité. Tracés avec largeur et (h'îcision, les dessins de Durer nous enseignent la manière concise et mâle dont il faut s'exprimer dans ce genre de travail. Lui dont le burin était si précieux quand il coupait le cuivre, et qui se plaisait aux détails les plus délicats de la gravure en taille-douce, il savait se transformer quand il dessinait sur des planches de bois, et, renonçant alors aux demi-teinte;^

O'iS GRAMMAIRE DES ARTS DU DESSIN.

secoiiaii'cs, aux iiieinis détails, aux iiucs transitions, il composait et voyait en grand; il distribuait de larges lumières, il visait à un effet débrouillf', imposant, conçu pour être saisi de loin, et pour s'imprimer fortement dans la nKhnoire.

Les estampes fantastiques et terribles de Y Apocalypse, les cent trentecinq planches où se déroule si magnifiquement la marche triomphante do l'empereur Maximilien; les deux suites qui représentent la Passion de Jésus-Christ et cette Vie de la Vierge où la grâce des costumes, la doucevir des visages et même leur délicatesse se concilient avec la sobriété du travail, enfin les grands bois qui furent commandés par l'empereur Maximilien à Burgmair et à Schaufîelein, sont et resteront des spécimens de l'art magistral appliqué à la xylographie. — Mais ces estampes, d'une dimension extraordinaire, souvent colossale, ne pou\'aient être que rarement employées, n'étant propres qu'à orner les parois d'un vestibule, les murs d'une galerie ou d'un palais. La gravure en bois paraissait convenir surtout à l'illustration des livres : ce fut un autre grand peintre, Ilolbein, qui en donna des modèles admirables, des modèles qu'on n'a pas encore dépassc's.

Dans des cadres plus petifs que la paume de la main, quelquefois même réduits à vingt-deux millimètres, il s'agissait d'introduire des lableaux, lantôt historiques, tantôt familiers, tantôt s'élevant à la hauteur d'un symbolisme tragique ou aimable; je dis de véritables tableaux avec leurs architectures, leurs paysages, leurs fonds, leurs lointains, leurs accessoires. La même feuille do papier allait contenir les idées d'un esprit éminent et les œuvres d'un artiste supérieur. Les Z)/a/o^<<e.5' de Lucien, les Adagia d'Erasme, Y Utopie de Thomas Morus, les Histoires de Polydore Virgile, les Traités de saint Augustin, les Epîtres de saint Paul, la Bible, sont d('Corés de frontispices magnifiques où figurent les personnages de l'antiquité païenne et ceux de l'Ecriture : les dieux, les sages, les héros, les femmes fortes. Hercule et Cerbère, Apollon poursuivant le laurier-rose, Salomon, Socrate, Pylhagore, Curtius se précipitant dans le gouffre, Scévola tenant sa main dans le brasier, Judith qui tue, Lucrèce (|ui se poignarde, nb'opàtre (jui meurt. Des sphinx, des sirènes, des satyres, luie trouj^e de tritons et d'enfants conduisant le triomphe de Neptune, une bande de paysans poursuivant un l'onard qui a pris une oie, un essaim d'Amours qui jouent avec des guirlandes ou avec des masques, encadrent ces frontispices qui ]»r('parent l'esprit à la lecture et l'y invitent en donnant dc'jà un corps à la pensée, en faisant voir Tinvisible. Quelquefois l'encadrement du titre devient un arc triomphal sous le([uel, par exemple, la figure en pied d'Erasme se dresse, en effigie statuaire, comme une apotlu'ose.

A peine le lecteur a-t-il framdii le seuil de la première page, que son regard est arrêté par des images singulières, parfois chimériques. Les

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