THE NEW YORK
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avant-propos:
Malgré la réputation justement méritée de la Grammaire des Grammaires y ou plutôt à cause de cette réputation même, il nous a semblé qu'une révision complète de Touvrage était devenue indispensable après la publication du nouveau Dictionnaire de VÀeadimie française. Depuis long* temps en effet une révolution grammaticale, préparée par Voltaire, s^était successivement opérée dans Tusage, et avait changé les anciennes règles de Torthographe ^; mais la ré*sistance de l'Académie s'était prolongée : l'innovation , par degrés victorieuse, n'avait pas encore -obtenu la sanction de son suffrage; et M. Girault-Duvivier, d'accord en cela avec les grammairiens les plus rQComrvandables, était resté fidèle à la tradition et à l'autoriiè.':;. .:. •* •' ^..\ -
Enfin, en >I835, la réforme a déjKniUvemenf'ti^imnphé dans le nouveau Dictionnaire. La que^Uôo.ebi désormais tranchée d'une manière irrévocaUe j1«rrdg|^ejti^e>; et Ton ne peut plus hésiter à s'y soumettre. Voifà un premier chan^ geaient, devenu nécessaire, qui signalera celte nouvelle édition.
D'autres encore étaient également indispensables. L'Académie venait de constater l'état de notre langue, d'en marquer les progrès ou les vicissitudes, de décider ce que l'usage présent admet ou rejette. Elle s'était prononcée sur un grand nombre de questions jusque alors contestées on in-
* De la 10* édition. — > Voyez tome H, page 936.
Il AYANT-PROPOl».
déeises ; elle avait dans son œuvre rempli des lacunes, réparé des omissions, corrigé quelques erreurs peut-être. Et ce travail plus complet, plus approfondi, échappait de toutes parts aux observations judicieuses, faites auparavant par M. Girault-Duvivier : ses critiques, qui n^avaient pas été inutiles sans doute, perdaient ainsi toute justesse etlout àpropos. Il fallait donc modifier la forme, en conservant le fond des choses ; il fallait répandre aussi sur tout Tensemble les lumières de TAcadémie.
Alors il devenait plus facile de donner une solution formelle à certaines difficultés que , par une défiance trop modeste, Tauteur de la Grammaire des Grammaires n^avait pas osé trancher de lui-même. Sans doute dans quelques questions épineuses où les avis sont partagés, où les raisons se balancent, on ne doit se prononcer qu'avec la plus grande réserve. Mais enfin les grammaires ne sont pas faites seulement pour les esprits éclairés ^ elles sont faites surtout pour ceux qui veulent s'instruire et qui ne peuvent tout d'abord se décider par leurs propres lumières* Or^ comme dans tqute question il est rare qu'il ne se trouve pas, pont J^&cinrmê ei^ercé'i* dés raisons plus frappantes d'un côté que deJ'auire, qiâ donc jugera, si ce n'est le grammairien? qiïé peuvent faire les élèves, si leur guide reste indécis? Et^lésl mahtês dux-mémes , qui n'ont pas toujours le loisir cPa'pprofondir chaque difficulté, sont bien aises de rencontrer un jugement arrêté et mûrement réfléchi.
Nous avons donc, dans tous les cas, énoncé une opinion motivée ; mais comme à des raisons plausibles on peut souvent opposer des raisons à peu près également plausibles, nous nous sommes presque toujours appuyé sur Tautorité de l'Académie, le seul tribunal, après tout, qui puisse prononcer valablement dans ces matières*
Ainsi donc, en générai , la décision de l'Académie e&4
▲VàNT-PROPO». III
poar nous comme Tarrèt définitif sûr tovte difficulté. Nous gavons bien que rÂcadénve eUe-méme i^'est pas infaillible : une ou cWia fois peut-èlr^ nous avons cru devoir noua séparer d'elle et combattre son opinion. Mais, à tout prendre, c'est encore Tautorité la plus sûre et la mieux établie. . Dans les choses d'usage, par exemple, qui mieux qu'elle a le droit de décider? L'assertion d'un grammairien peut tou)0wrs être balancée par l'assertion d!un autre : TAcadé* mie seule peut affirmer, parce qu'elle est un centre de 1%^ oaièrw et qu'elle a mission pour juger. La logique , dij?at-o«r est au dessus de l'Académie. Oui, sans doute ; mais la gjTtamouure est avant tout une science d'interprétation et d'habitude. Que de pointa de vu,e divers elle présent^! que d'exceptions 1 que d'anomalies 1 Et quelle influence n'exerce pa^ r usage , cet arbitre^ si puissant de notre langue !
Nous sommes d'autant plus disposé à reconnaître l'autorité de TAcadémie qu'elle-même ne pose pas de règles, n'établit pas de lois. Elle ne veut et ne peut rien changer à la Grammairç; tousses efforts tendent à faire avec soru* pule et disjcernement Tiaveutaire de la langue , en un mot, à bien constater pour chaque époque ce qu'admet un usage •constaut et légitime.
Notice langue en effets comme toute langue parlée , ne peut rester stationnaire. Certes elle a son géqie bien fixé, sa «larche arrêtée, ses formes constantes. Mais dans tout idion^e Use trouve une partie, pour ain^i dire, vivante, animée, progressive ; il y a certaines locutions qui naissent et qui meujirentf tour à tour ; verborutiçk vêtus, interit œlas (Horace). Sans cesse les hommes et les nations changent, les idé^ s'ouvrent de nouvelles voies* Il faut bien, que le lan* gage, interprète de ces besoins nouveaux, réponde à toutes les impressions de l'âme, à tous les mouvements des sens, et subisse toutes les transformations de la peojiée humaine,
IV AYANT PROMS.
si mobile etsi variée. Que d^idées et, par suite, que de mots ne crée pas chaque jour le progrès de l'industrie et de la science ! Combien dans notre âge même la langue oratoire n^a-t'-eile pas ressenti l'influence des révolutions !
liCS Dictionnaires, à leur tour, et la Grammaire ellemême ne peuvent doue être immuables. Mais la science grammaticale doit avoir ses temps d'arrêt. L'Académie par ses décisions la fixe pour une époque, jusqu'à ce que la marche des choses ait établi de nouveaux rapports et de nouvelles expressions. De là vient que, malgré cette mobilité continuelle, les règles de la Grammaire cependant ne sont jamais incertaines. On voit bien, d'ailleurs, que nous ne parlons ici que des formes variables, de la surface en quel* que sorte, et non du fond de la langue qui, une fois fixée, doit rester immuable sous peine de décadence et de corruption.
Mais l'usage, en français, agit de deux manières distinctes et positives. Si dans la forme extérieure il marque les âges et les vicissitudes de notre idiome, il en constitue également au fond la physionomie et le caractère. Le français n'est pas un langage primitif et né de lui-même. Il est sorti des ruines du latin mêlé à d'autres idiomes, apportés ou confondus par la conquête. Ainsi quand, d'un côté, l'instinet du bon sens général , Tesprit vif et lucide de la nation, donnaient à notre langue une marche ferme, précise et régulière; d'un autre côte, le mélange de langages divers, les formes conservées ou introduites , le développement des idées nouvelles, tout ce travail enfin a dû laisser des traces confuses et donner naissance à mille irrégularités qu'on ne peut expliquer aujourd'hui que par l'usage. De là tant d'exceptions dont la raison nous échappe*, tant d'idiotismes qu'il faut admettre en aveugle, parce qu'il serait trop difficile ettrpp hasardeux d'en vouloir rendre compte; enfin
tant de tournures empruntées au latin et qu'il faut nécessairement expliquer par la Grammaire de cette langue.
Nous n'allons pas jusqu'à prétendre que pour bien savoir le français, notre langue maternelle, il soit indispensable de connaître à fond le latin ^ langue étrangère , langue morte. Mais pourtant si Ton ne veut pas toujours se contenter d^imputer au caprice de Tusage tant de tournures exceptionnelles, tant de variations dans Poribographe % il faudra bien remonter aux sources, et cbercber des lumières dans une connaissance plus approfondie des origines de notre langue. Aussi n'avons-nous point hésité, dans quelques cas, à recourir au latin pour rendre raison de certaines règles de notre syntaxe. Par exemple, on sait que nous n'avons en français que deux genres, le masculin et le féminin, et cela parce que nous n'avons pas , comme les Latins, de terminaisons variées. Et pourtant notre grammaire est remplie de tournures copiées dans la langue latine et transportées dans la nôtre avec l'emploi formel et caractérisé du genre neutre ^, qu'elle ne reconnaît pas. Faut-il donc nier les lois qui régissent ces sortes de phrases, parce qu'elles ne s'expliquent point par notre syntaxe ordinaire?
Cette seule considération doit suffire pour démontrer que le secours du latin est du moins très utile pour étudier à fond et pour bien comprendre le français. N'est-ce pas , d'ailleurs , à cette source principale qu'ont puisé nos grands écrivains pour former leur style? Et malgré la différence profonde des deux idiomes , ne reconnait-on pas
* Pourquoi, a?ec aoe oronoDCiation uniforme, érrivons-DOus prudence , abon' danee, différent , errant, mander , tenter , etc. P C'est que ces mots viennent du latîo, où la pronoociation change comme l'orthographe.
a Voici quelques unes de ces locutions : « il est doux de vivre, duUie ett vivere ; c'est agréable, hoc est jucundum ; qui plus est, qui pis est, quod majus, qttod pejuM Mf ; je le veux, illud volo ; il en lient, hoc habet, etc. * Ajoutez encore les •djectift plis comme adverbes, sentir bon, parler haut, marcher droit, etc., etc.