‹ Grammaire des grammairesChapitre 2 sur 203 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

à chaque instant une affinité bien marquée dans ledrs formes et leur développement?

Si donc la Grammaire ne doit pas s'arrêter à la lettre morte^ au mécanisme matériel de la phrase, si, pour remplir toute sa mission , elle doit vivifier la science du langage , il faut bien alors qu^elle en consulte les origines , qu'elle en étudie les variations, qu^elle en connaisse le génie, pour rendre en tout temps les arrêts d^une critique sûre et éclairée. Appelée à juger les rapports des mots, c^est elle en effet qui décide du style j qui en applique les règles , en interprète les lois. Chargée du soin de maintenir et de con*server la pureté du langage, elle a , dans ce cas , le droit de prononcer sur les créations du génie.

Quand une littérature est en progrès, les esprits supérieurs découvrent dans les choses des rapports ignorés du vulgaire , et trouvent en même temps Te^Kpression la plus juste pour les rendre. Ils s'emparent de la langue, cet instrument souvent rebelle, ils en assouplissent les ressorts , et lui enseignent à reproduire tous les mouvements de l'imagination , toutes les délicatesses du sentiment, tous les élans de l'inspiration la plus sublime. Alors les mots sont fécondés par le travail de la pensée , le style s'enrichit de tours nouveaux , d'alliances heureuses, d'expressions frappées au coin de la raison. La langue brille de «M plus grand éclat, et elle se pare de toutes les richesses de l'esprit humain.

Mais toutes ces créations ne peuvent vivre et dur^r <|u'autant que le bon sens public les adopte et les consacre. Or , les interprètes de ce jugement suprêoie , ce sont les grammairiens. Ils observent, ils recueillent, ils pèsent. Et comme il est en tout des règles posées éternellement par l'intel iigence et le bon goût , ils ont toujours un point d'appui pour arrêter les écarts et redresser les erreurs de l'ima-

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ginaticm. Ert-ce % dire quMls peuvent imposer des lois au génie? Non certes; le|[éniiB commande à la Grammaire^ il peut franchir les bornes qu^elle a tnarquées, mais ses^ef^ forts ne peuvent cependant aller au delà des limites de là raison même.

Il nous semble alors que la Grammaire ne peut pas marcher toute seule ^ et qu^elle devra presque toujours s^allier à la Rhétorique ; c'est-à-dire qtie la science des mots ne doit pas être com|]/létement séparée de la science des idées. Comment en effet juger de la valeur d'une expression, si Ton ne saisit d'abord toute la valeur de la pensée? Comment prononcer sur Talliance des mois sans avoir approfondi ce qu'ils doivent dire? Toutes ces expressions hardies, brillantes, sublimes, trouvées par nos grands écrivains, ne sont-elles pas frappantes de raison, de vérité , quoique souvent en dehors des règles communes ? Et ces beautés inimitables faut-illes condamner parce qu on ne peut les arracher de leur place pour les mettre à la portée du vulgaire?

Voilà ce qu'une sévérité timorée a bien souvent voulu faire. On n'a pas vu qu'une expression liardie et qui sort des règles ordinaires devait être examinée à sa place et pesée avec Tidée qu'elle représente. Et voilà comme la, Grammaire a condamné quelquefois ce que la Rhétorique admirait ^ De là pour les jeunes esprits, partagés entre ces deux autorités . une source d'incertitude et de faux jugements : inconvénient grave , que nous avons tâché d'éviter en défendant certaines hardiesses de styie que beaucoup de grammairiens rejettent; mais aussi en expliauant par quel •

f Groirait-oo %oe œt admirable ven de Radoe,

Je t'aimais iocoDStant, qu'aunis-je M^ fidèle! n'a pastrooTé grâce devant Sfarmontel lai-mèméT Voyez t. Il, p. i010« et tant d'anlres exenoplef semblables qu'on trouvera dans le cours de cet ouvrage.

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travail de Tesprit elles ont été conçues ; quelle combinaison de Fart les motive et les autorise ; enfin jusqu'à quel point et à quelles conditions on peut les imiter.

Au temps où nous vivons la sphère des études grammaticales s'est agrandie. La parole, qui dans tous les temps est une arme puissante y est aujourd'hui pour tous une arme indispensable; non seulement la correction et la pureté, mais encore la vigueur d'expression et la fermeté du style sont devenues un besoin général ; car tout homme est ap* pelé à défendre ses intérêts , à discuter ceux des autres , à manier au nom de tous la parole ou la plume. La Gram* maire peut donc moins que jamais séparer l'étude des mots de Tétude des idées.

Outre ces vues générales qui ont présidé à Tensemble de notre travail, nous avons encore cherchée introduire dans les détails un grand nombre d'améliorations partielles. Mais comme chacun doit être responsable de ses opinions, nous avons signé de nos initiales (A. L. ) toutes les additions qui nous appartiennent. Nous indiquerons entre autres :

Une exposition détaillée du système suivi par l'Académie pour les substantifs composés;

Une dissertation sur l'orthographe des mots d'origine étrangère , qui conservent encore plus ou moins leur caractère exceptionnel ;

Un développement entièrement refondu sur le régime des adjectifs ;

Enfin des remarques détaillées sur quelques pronoms, etc. Nous pouvons donc affirmer que la réunion de ces diffé* rents travaux, sans avoir changé dans l'ensemble l'œuvre cleM. Girault-Duvivier, en fait cependant une œuvre nouvelle, plus complète et plus en harmonie avec les progrès de la science grammaticale.

A. Lriuire.

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