DES 1 IFFÉRENTES SORTES DE VERBES
Ferhe substantif et verbes adjectifs.
Quoique le verbe substantif être serve à former tous les autres verbes y ainsi que nous le faisons voir p. 455^ et qu'il soit par conséquent le seul verbe qu'il y ait, les hommes, ayant joint, dans beaucoup de circonstances, quelque attribut particulier avec TaiBrmatiou, ont fait de cette réunion cinq autres sortes de verbes, auxquels ils ont donné le nom de verbes adjectifs, parce qu'ils réunie sent en un seul mot l'affirmation et ce que l'on attribue au sujet.
Ces verbes adjectifs sont : le verbe actif, le verbe passif, le verbe neutre, le verbe pronominal et le verbe impersonnel, ou plutôt unipersonnel.
DU FERBE ACTIF.
Le verbe actif est celui qui exprime une action faite par le sujet, et qui a ou peut a\oir un régime direct. Dans cettfi plirase : Hippolyte aime le travail , aimer est un verbe actif, parce qu'il a pour sujet Hippolyte qui fait l'action, et pour régime direct, travail.
On reconnaît qu'un verbe est actif toutes les fois qu'on peut, après le présent de l'indicatif (286), mettre quelqu'un ou quelque
(286) Jedis^ après \e présent de Vindicatif, pour que l'on ne croie pas que dam /litre tomber, laisêer courir, les verbes tomber, courir sont actifs/ parce qo'oo dA faire tomber quelqu'un, laisser courir quelqu'un.
DU VHR8B PASSIF. 449
diose. Ainsi 9 comoler, ekanler sont des verbes aetift, puisqu'on peut dire : Je console quelqu'un, je ehanie quelque chou.
Le verbe actif , dans ses temps composés^ se conjugue toujours avec avoir.
Quelques Grammalrieitf , remaniiiant que oertains verbes nomm^ aeUfi n'ei» priment pas piécisémeiit une aciion, eomme pouwiiT, savoir, posséder , etc.» ont changé celte dénomination pour 7 sabstUaer celle de verbes transitifs, c'est-adire, exprimant une idée qai se transmet^ qui paj«« directement & un objet appelé alors complément direct. Mais cette transmission de l'idée n'est-elle donc pas aussi une sorte d'action? Nous nous en tenons donc à l'ancienne dénomination qui, si elle n'est pas plus précise, nous semble du moins plus claire. A. L.
DU FERBE PASSIF.
Le verbe passif est le contraire du verbe actif. Le verbe actif présente le si^et comme agissant, comme'&isant une action qui se dirige directement vers son objet, au lieu que le verbe passif présente le sujet comme recevant, comme sou£Erant une action qui n'a point d'objet direci.
Dans la proposition : La knprolége égakmeni tous les cUoyens; la loiy qui est le sujet , exerce Taclion exprimée par le verbe protège; et ces mots, tou§ les citoyens^ sont le régiiiie direct du verbe.
Dans cette autre : Tous les citoyens sont également protégés par la loi, le sens est le même que dans la précédente; les mots tous les citoyens , qui tout à l'heure étaient le régime direct du verbe, sont maintenant le sujet de la proposition; mais ils n'exercent pas Taction exprimée par le verbe sont protégés^ elle est au contraire exercée sur eux par la toî; ils la souffrent, au lieu d'en être la cause ou le moteur.
Dans la première proposition, le verbe protège est appelé actif j parce qu'il suppose de l'activité, de l'énergie dans le sujet, puisque c'est lui qui exerce l'action sur autrui.
Dans la seconde, le verbe sont protégés est passif, parce que le sujet, loin d'avoir de l'activité, loin d'exercer l'action, est dans un état passif, puisque c'est sur lui que cette action est exercée par autrui.
Dans l'une comme dans l'autre, l'action part toujours du même principe, du même moteur, la loi; elle tombe toujours sur le même objet, tous les citoyens; il n'y a de différence que dans la construction de la phrase.
400 DU VERBB PASSIF.
Ainsi les yethw sont actifs ou passift, selon 4ue le sujst de la proposition exerce sur autrui^ ou souffre lui-mdme de la part d'autmiy Taetion exprimée par le verbe.
A la rigueur^ nous ne devrions pas admettre de verbes passi& dans notre langue, puisque nous n'avons pas de formes particulières, d'inflexions distinctes pour les cas où l'action est exercée par autrui sur le sujet de la proposition. Les Latins expriment par un seul mol, et au moyen d'une inflexion différente, être aimé^ je suis aimé^ etc., etc.; mais nous ne pouvons exprimer toutes les formes relatives au passif que par la combinaison des formes du verbe êùre avec le participe passé d'un autre verbe : ce n'est donc pas, rigoureusement parlant, pour nous une voix différente; et être aimé^ je suis aim n'est pas plus un verbe passif que être malade, je suis malade.
(M. EsUrtc, tome II, page soS.)
Quoi qu'il en soit, tout verbe passif a néœssair^nent un verbe actif (287); et tout verbe actif a son verbe passif (28S); de sorte qu'on peut établir en principe qu'on reconnaît un verbe actif quand od peut le tourner en passif, et un verbe passif lorsqu'on peut le changer en actif.
En français, on fait peu d'usage du verbe passif; on préfère d'employer le verbe actif, parce qu'il dégage la phrase de petits mots qui gênent la construction; c'est en cela que le génie de la langue française diffère beaucoup de celui de la langue latine. On ne dirait pas bien : « Tous les jours ceux qui m'ont donné l'être sont vus par « moi; » mais on doit dire : < Je vois tous les jours ceux qui
« m'ont donné l'être. » (lévlzac, page 4, tome 11.)
Souvent aussi, au lieu de faire usage du verbe passif, on emploie le verbe actif, avec le pronom réfléchi, et alors on donne au verte
(287; Le verbe obéir tsii exception, et c'est le seul. On dit : Je veu<B être M, luoiqao Ton ne dise pas fobiit quel^'un. — c 'Est-Il si pénible d'aloier pot^ être aimée, de se rendre aimable pour être heareuae, de se rendre estimable peur être obéla? » (J.^. Rftusaeau, Jîmiléj Hv. V«] — « La natort a fait les eafant» ^wa être almis et secovas ; mais les «4-4lle faits pour é\w obéii et.crainta ?» (Le même, llv. II, page 116.)
Cen est fait ; j>i parlé : tous èles obûie.
Vous n'avez plus. Madame, i craindre pour ma vie.
(Racine, Bojcaet, acte m, se. 4.)
(188) Le Ycrbe actif avoir fait exception. On ne dit pas en parlant de quelqu'un 00 de quelque cbosc : il est eu,ovL elle est eue»
DU VBRBB NEUTRE. 4&t
pour complément objectif (régime direct), un pronom de môme personne qae le Siqet. (N. Maugar^ page 241.)
Nos Jours, filés de tontes soies,
Ont des ennnis comme des joies ;
Et de ce mélenge divers
Se compoêent nos destinées,
Comme on voit le conrs des années
Composé d'étés et d'hivers.
(Malherbe, Od9 au cardinal de Richelieu, 1623 ou 1«24.)
Ou n'exécute pas tout ce qai te propose ,, Et le chemin est long du projet à la chose.
(Molière, Tartufe, aclelll.sc. 1.)
Le Yerbe passif se conjugue dans tous ses temps avec le verbe êfy-e,
§ni.
DU rERBE IfEUTRE.
Le verbe neutre diffère du verbe actif, en ce que celui-ci exprime une action qui se dirige directement vers son objet, tandis que celle du verbe neutre n'aboutit vers Tobjet qu'indirectement, c'està-dire qu'à l'aide d'une préposition. D'où il suit que le verbe neutre n'a jamais de régime direct, et qu'on ne peut jamais, par conséquent, le faire suivre d'un des mois quelqu'un ^ quelque chose -^ de môme qu'il ne peut jamais adopter la voix passive, puisqu'il n'y a que les verbes qui aient un régime direct qui en soient susceptibles. C'est pourquoi marcher et tous ceux de ce genre sont des verbes neutres, puisqu'ils ne peuvent être suivis des mots quelqu'un ou quelque chose, et qu'ils ne peuvent pas non plus se tourner par le passif. Agir quelqu'un, marcher quelq^^'un, êlre agiy être marché ne sont d'aucune langue.
Les verbes neutres sont de deux sortes : les uns dont l'action peut se porter au dehors, et conséquemment qui ont un régime indirect, mais que quelques Grammairiens nomment à cause de cela verbes neutres transitifs, comme venir ^ nuircy etc.; car il faut nécessairement dire : venir de la campagne, nuire à sa réputation; les autres dont l'action se concentre en eux-mêmes, qui n'ont donc pas de régime, et auxquels, pour cette raison, on a quelquefois donné le nom d' intransitifs; tels sont : dormir ^ vivre, rire, marcher, etc.
Parmi les verbes neutres, il y en a qui se conjuguent avec l'auxiliaire avoir, comme régner, vivre, languir, etc.; d'autres avec être, oomme tomber, arriver; et enfin il y en a un certain nombre qui,
453 DES VERBB5 PRONOMINAUX.
selon roccurrenoe, prennent tantôt avoir et tantôt êire^ teb sont: C€i$er, grandir^ pasêeTj etc. Nous indiquerons » dans on instant, dans quel cas cela a lieu. Voyez p. 464 et suiv.
Kemarqub. — Dans ces verbes, l'auxiliaire être est employé pour le verbe avoir. Ainsi je suis tombé, je suis arrivé équivalent, pour le iMsnSy à fai arrivé^ fai tombé; c'est une irrégularité particulière au génie de notre langue. Il est aisé d'après cela de distinguer un verbe passif d'un verbe neutre conjugué avec être. En effet, je suis encouragé n'équivaut nullement à fai encouragé : c'est donc un verbe passif.
5 IV
DES SERBES PRONOmNAUX.
Les verbes pronominaux, qu'on appelle aussi réfléchis^ sont ceux qui se conjuguent avec deux pronoms de la même personne : je me^ ftt (e, «7 se^ nous notM, vous vous, ils ou elles se. Je me flaile^ tu te méfies sont donc des verbes pronominaux.
On divise les verbes pronominaux en verbes pronominaux acctdentels et eu verbes pronominatuc essentiels.
Les verbes pronominaux accidentels sont des verbes actifs ou neutres conjugués avec deux pronoms de la môme personne, mais qui ne le sont qu'accidentellement, tels sont : je me donne, je me plains. En effet, on dit également avec un seul pronom : je donne^ je plains (289j .
Les verbes pronominaux essentiels sont ceux qui ne peuvent être employés sans deux pronoms de la môme personne, comme : je m'empare^ je me repens, je m'abstiens.
Quoiqu'on ne puisse pas mettre quelqu'un ou quelque chose après les verbes pronominaux essentiels, comme cela a lieu à l'égard des verbes actifs, et qu'on ne puisse pas dire : se repentir ^piel^e chose, s'emparer quelqu'un^ de même que l'on dit : se donner quelque chose, Rattacher quelqu'un; cependant il n'en est pas moins certain que ces verbes ont une signification active que le sens indique clairement^ Par exemple, s'abstenir est pour se tenir loin de; s'emparer pour se mettre en part; s'iNeÉNiER pour 5e rendre ingénieux j etc.; ainsi l'action exprimée par les verbes pronominaux essentiels est réellement reçue par le second pronom ; et par oansè-
(289) Voyez aux RmarpM détaehieê, lettre D, one obserraUoo sur rtimplii dn Terbe pronominat se disputer.
DES VBRBB8 PROROMIlfÀinL.
quenty dans ces terbes, ce second pronom est toujours régime direct.
n faut eioepter 9^ arroger, où le proDom ot régime indirect. A. L.
II est donc bien focile de reconnaître les verbes pronominaux essentiels; néanmoins, afin qu'on ne soit pas embarrassé pour l'application des règles que nous donnerons sur leur participe, nous allons en présenter la liste :
S'absteair. S'ébouler. S'ingénier.
S'accouder. S'écrouler. S'ingérer.
S'accroupir. S'embusquer. Se mécompter*
S'aobaraer. S'emparer. Se méfier.
S'acbeminer. S'empresser. Se méprendre.
S'adonner. S'en aller. Se moqua.
S'agenouiUer. S'encanailler. S'opiniâtrer.
S'agriffer. S'enquérir. Se parjurer.
S'aheurter. S'enquêter. Se prosterner.
S'amouracher. S'en retourner. Se racquitter.
S'arroger. S'escrimer. Se raUtiner.
S'attrouper. S'estomaquer Se raviser.
Se blottir. S'évader. Se rebeller.
Se cabrer. S'évanouir. Se rébéquer.
Se carrer. S'évaporer. Se récrier.
Se comporter. S'évertuer. Se rédimer.
Se défier. S'extasier. Se refrogner.
Se dédire. Se formaliser. Se réfugier.
Se démener. Se gargariser. Se remparer.
Se désister. Se gendarmer. Se rengorger.
Se dévergonder» S'immiscer: Se repentir.
S'ébahir. S'indusirier. Se souvenir.
— L'Académie oe reconnaît pas les deux verbes marqués en Italiques ; mais g faot ajouter fibattre, se ressouvenir, et aussi se renfrogner, synonyme de se refrogner, A. L.
Enfln , parmi les verbes pronominaux accidentels , il y en a quelques-uns qui doivent être considérés, en quelque sorte» comme pronominaux essentiels : ce sont ceux où le second pronom est tellement lié au verbe par le sens , qu'on ne saurait le retrancher sans porter atteinte à la signification du verbe. Ces verbes sont au nombre dei douze; savoir :
S'attacher. S'aviser. Se phindre.
S'apercevoir. Se disputer. Se prévaloir.
S'atuquer. Se douter. Se taire.
S'attendre. Se louer (te félieiter). Se servir.
Tous les verbes pronominaux prennent le verbe être pour former leurs temps composés ; mais alors le verbe être est employé'pour avoir : je me suis flatté^ est pour faiflaité moi.
464 DU VEUE UlIlPBRaaRNeL
DU KERBE tMPEBSOTTIfEL Off UITIPEUOJfJfEL.
Les verbes auxquels les Grammairiens donnent ordinairement le nom d^impersonnels, et que nous appelons unipersonnels, sont certains verbes défectueux que Ton n'emploie, dans tous leurs tem[)ti, qu'à la troisième personne du singulier : il faut^ il importe^ il y a. etc
PeuUoD dire réellement qaece soit la une per»ont%e, puisque ces yerbee nepreonent jamais de aujet déterminé, et que l'action qn'lls eipriment ne peut ètie aUiibuée à une certaine personne ou i une certaine chose? Cette raison noua fait préférer la dénomination de verbe impersonnel, la seale adoptée par l'AeedéiDie.
Dans les verbes unipersonnels, le pronom U ne joue pas le même rôle que dans les autres verbes , où il tient toujours lieu d'un nom déjà exprimé ; quand je dis : « Un jeune homme sans expérience est a souple aux impressions du vice; H s'aigrit des avis qu'on lui « donne ; il songe peu à se pourvoir de réflexions utiles; il est ^nh « digue et présomptueux; t7est épris de tout ce qu'il voit, et se lasse « bientôt de ce qu't/ a le plus aimé; » on voit que tous ces il sont mis pour le mot jeune homme.
Dans les verbes unipersonnels, au contraire, le pronom U ne tient la place d'aucun nom, et n'est pas réellement le sujet du verbe ; c'est une espèce de mot indicatif qui équivaut à ceci^ et qui annonce simplement le sujet du verbe ; exemple : Il est nécessaire que je sorte; il convient que vous suiviez mes conset'/s,- c'est-à-dire, ceci, que je sorte y est nécessaire; ceci, que vous suiviez mes conseils , convient n en est de même à l'égard des phrases suivantes : Pour bien Juger des grands, il faut les approcher.
(L*abbé Aubert, fable 19, Itv. 111.) // faut rendre meilleur le paurre qu'on soulage ; C'est TefTet du traTall, en tout temps^ à tout âge.
(Saint-Lambert, les Saisons : l'Hiver.) —Voyez nos observations sur le mot il, pages 277 et 3:26. A. L.
Parmi les verbes unipersonnels , il y en a qui le sont de leur nature, c'est-à-dire, qui ne s'emploient jamais qu'à la troisième personne du singulier, comme il pleut y il neiffe; et d'autres qui sont tantôt unipersonnels et tantôt personnels, sel<m que le pronom t/>' est employé avec un sens vague, et comme tenant lieu de ceci y ou dans un sens précis, et ayant rapport à un substantif qu'on peut
DBS VBBBIg ÀUXILIAIBBS. 4ftll
substituer à 06 pronom. Convenir, arrîrersont unipersonnelsdans e€S phrases : Ninu knomputde Dieu; il convient que-nous lui rappariions toutes nos oeHons ; il arrive sou/venique, etc. ; mais ils sont personnels dans celles-ci : Pardonnez à voire fils , il convient de son tort; IL arrivera plus tôt une autre fois; effectivement on peut dire votre fils convient de son torty etc.
Les verbes unipersonnels se conjuguent les uns avec avoir , comme il k plu, ilk tonné 'j les autres avec ^lre> comme il est important y il EST résulté.
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