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DES DEUX AUXILUTRES AVOIR ET ÊTRE

Taction d'un spectre, indépendamment de Teffet, de Timpression que m'a pu causer son apparition, je dis : « Ce spectre a apparu t trois fois pendant la nuit; » mais si je veux marquer l'impression que son apparition m'a faite, je dis : « Le spectre m'est apparu. » Vous m*ête9, en dormant, on peu triste apparu.

(La Fontaine, le$ dm*x Amii.)

Si l'on me demande à quelle heure le spectre s'est rendu visible, je répondrai : // a apparu à minuit; le premier peint l'action, le second Tétat. — On ne peut jamais dire : le spectre m'A apparu.

Croître, décroître. Quand on veut exprimer l'action des eaux qui se sont élevées au dessus des eaux de la veille, il faut dire : La rivière a crû, décru depuis hier. Mais si Ton veut dire seulement que les eaux sont dans un état d'élévation supérieur à celui où elles étaient auparavant, on doit dire : La rivière est crue^ décrue.

t En deux jours la rivière a cru, décru de deux pieds. » — «De- « puis hier la rivière est crue, décrue de deux pieds. »

accroître. On observera la môme règle pour le verbe accroître. Si l'on veut exprimer l'action, il faut dire : Son bien a accru depuis six mois ; ou, pour éviter l'hiatus de a accru : son bien a beaucoup ACCRU depuis six mois; et si Ton veut exprimer l'état : son bien est accru.

L'Académie, dans son Dictionnaire, ne cite point d'exemple de l'anxiliaire avoir Joint au verbe accroître; et il nous semble que l'emploi de cette locution doit être rare, parce que le participe de ce verbe constate presque toujours un résultat. Nous pensons donc qu'il est plus régulier de dire en tout cas : son bien s'est accru depuis six mois. * • A. L.

Partir, rester, adorder, se conjuguent également avec avoir pour exprimer l'action , et avec être pour marquer Tétat : « Nous « avons abordé à cette lie avec beaucoup de peine. » — « Enfin nous « sommes abordés^ nous voilà abordés. » — « Il a resté deux jours « à Lyon. » (L'Académie.) — « fai resté sept mois à Colmar sans « sortir de ma chambre. » (Voltaire.) — « L«.Uèyre. a.pactlà «^.quatîe pftg„des chiens. » (L'Académie.) — « U a parti il y a près « d'une. demi-heure. » (M. Laveaux.) — « Je l'attendais à Paris, « mais il est resté à Lyon. » — (L'Académie.) — « Son bras est < resté paralytique. » ^— « Cependant Télémaque était resté seul avec « Mentor. » (Fénblon, Télémaque.) — « il es^ parti pour Lyon. »

A l'égard des verbes monter, descendre, entrer, sortir et paSt- SER, un grand nombre de Grammairiens les conjuguent avec avoir, seulement quand ils ont un régime direct : « Il a monté les de-

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t grés. » (Restàut.) — < ÂvejHiom monté le bmaf » (Waillt.) — « n a passé le but. » (L'Académie.) *— < Le batelier m'a passé. » {iiéme autorité.) — « Nous atnms passé le fleuve. » (M. ISHunET.)

— « Al^andfe a passé TEui^rate. » (Rbstàut, Waillt.) — « On « Va sorti d'une fâcheuse affaire. » (Restaut, Waillt.) — « lia « descendu plusieurs passages dans cette ville. » ( L'Académie.) — « J'ai descendu les degrés. » — < J'at descendu la montagne en dix « minutes. » (M. Laveaux.)

Et avec être, lorsqu'ils ne sont pas accompagnés d'un régime direct : « Il est passé en Amérique depuis tel temps. » (L'Académie.)— « L'empire des Mèdes est passé. » (Le P. Bodbodrs. ) — « La pro- € cession est passée. » ( Condillac. ) -^ « Cette mode, cette fleur e$i « passée. » (Restaut, Waillt et Sicard.)— « Il est monté dans sa « chambre. » (Dangeau. ) — < Notre-Seigneur est monté au ciel. > (L'Académie.) — « Je ne dois qu'à moi seul, non à un sang illustre, t les grandeurs où je suis monté. » (Voltaire, trad. de VHérod. ^Vag. ) — « Il était monté, il est descendu. » (L'Académie. ) — c 11 « est descendu bien bas. » (Dangeau. )^-*« Il y a une demi-heure « que;> suis descendu. » (M. Laveadx.) — « La rivière est sortie « de son lit. » ( L'Académie.) — « Monsieur est sorti. »

(Ménage, Th. Corneille, Wailly, Restant, Gondillac elLéyizac.)

Cependant, comme ces verbes sont susceptibles d'exprimer une action lors même qu'ils n'ont pas de régime direct exprimé, ne doit-on pas leur appliquer le principe général que nous avons invoqué pour les verbes pmr, cesser j>demeurer, etc., et par conséquent les conjuguer avec avoir , quand c'est l'action * qu'on veut exprimer , qu'ils aient un régime direct ou non, et avec iire, lorsque c'est l'état qu'il s'agit de peindre? Ainsi donc on dira : c II a passé « en Amérique en tel temps. » (L'Académie.) •—« L'armée a passé « par ce pays. » (Beauzée.) ^-* < La procession a passé sous mes c fenêtres. » (Condillac. ) — c Cette loi bien combattue a passé. » (Lemare. ) — «Ha monté quatre fois à sa chambre pendant la jour- « née. » (L'Académie.) — « 11 a monté pédant trois heures pour « arriver au haut de la montagne. » (Damgeau.) ^« La rivière a « monté cette année à une telle hauteur. » (L'Académie.) — < Le « blé a beaucoup monté en six semaines de temps. » (M. Laveaox.)

— «^Le.baroniètre a descendu de quatre degrés pendant la jouinée.» (L'Académie.) — « fax entré en ce lieu. » (Pélisson. ) — « Lucain < eûi entré luinmiéme dans ce sentiment s'il l'eût pu. » (Bossuet.)

— < Il semble que Cicéron ait entré dans les sentiments de ce pbilo-

DBS DEUX iiJULUIRlES AVOIR ET ÊTRE. 476

m sqitie. » (La Brctère. ) — « Lee prédieatears mi entré en société « avec les auteurs et les poètes. » (Le même. ) *-« « fat sorti de la « ville exprès pour une affaire, etc. » (Th. Corneille , le Festin de Pierre y act. V, se. 1.) — «Monsieur a sorti ce matin, et il est de « retour. » (Ménage, chap. 378.) — « La rente a monté de quatre « francs en moins d'une heure. )» ^^ « Il a entré ce matin dans ma « chambre, et il en est sorti presque aussitôt. » (M. La veaux. ) — « Il a expiré, il a trépassé à six heures du soir, » (Le même.) puisci ue dans toutes ces phrases c'est l'action faite par le sujet que l'on veut exprimer, et non pas l'état où il se trouve.

Et l'on devra dire aussi :

« Notre-Seigneur est monté au ciel. » (L'Académie.) — « H e<l « monté dans sa chambre. » (Même autorité. ) — « La voix de l'in-

* nocence est montée au ciel. » (M. Laveaux.) — « Elles «on^ des-

* cendues de leur char. * (M. Laveaux.) — « Depuis quand sont- « elles descendues? » (Môme autorité.) — « Les beaux jours sont « passés. » (L'Académie.) — « Tout le monde est sorti. » (Restaut et Wailly.) — « Les rentes sùni montées. » — « Il est expiré, il est « trépassé depuis une heure, » (M. Laveaux.) puisque c'est ici Télal du sujet que l'on veut exprimer,

ARTICLE X paradigmes, ou modèles des différentes espèces

DE conjugaisons.

Avant de donner ces modèles, nous croyons nécessaire de rappeler à nos lecteurs, qu'on ne distingue en français que quatre espèces de conjugaisons, parce que les verbes ne se terminent «réellement que de quatre manières différentes à Tinfinitif : en ér^ en tr^ en otr et enre.

Gè tableau indique que la première et la troisième conjugaison ne varient jamais , mais que la seconde et la quatrième varient; de manière que les temps primitifs des quatre conjugaisons principales se divisent naturellement en douze classes.

Néanmoins comme ces douze classes ont été réduites à quatre par tous les Grammairiens, nous ne donnerons que les paradigmes ou modèles de conjugaisons de ces quatre classes, ne doutant pas qu'avec la table ides terminaisons des temps primitifs, avec la formation des temps et la conjugaison de tous les verbes irréguliers, le lecteur ne soit suffisamment guidé.

DKS TEllPS PMHITIVS.

lislll

FRBMIÈRB GOlfiUOAISON EN £R. 477

DE LA COJffJUGAlSOrr DES SERBES ACTIFS.

Ljg yerbe actif esi^ comme nous l'avons déjà dit, celui qui y outre 8a qualité inhérente à tous les verbes de signifier l'affirmation, exprime une action faite par le sujet, et qui a ou qui peut avoir un régime direct.

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