‹ Grammaire des grammairesChapitre 199 sur 203 · DE LA CORRESPONDANCE DES TEMPS · texte numérisé non relu

DE LA CORRESPONDANCE DES TEMPS

€ valait mieuif sauver un seul citoyen que de dé&ire mille enne« « mis. » (BossUET, Discours surVHisU univers. ^ an de J.-C., 161.)

— Sauver un seul citoyen , qualité permanente ; donc il faut dire U vaut mieux.

Je n'ai pas oublié, prince, que ma victoire Devait k vos exploits la moitié de sa gloire.

(Racine, SMnice, actelll, se. l.j

Devoir, Hre redevable, exprime une obligation, une reooimaissance constante et habituelle; donc il faut doit,

• • . • Je Vai déjà dit que j'étais gentilhomme,

lYé poar diômeret poar ne rien savoir. (La Fontaine.)

La noblesse, étant un droit du sang, ne peut jamais se perdre; donc il fout je suis.

« Oh! mon ami, ne m'avex-ious pas dit que vous n^aviez point « de naissance? > (Berhardin de Saint-Pierre, Paul et Firginie.)

— N'avoir point de naissance est une qualité permanente; donc i faut dire t^ous n'avez poinU

< Je n*ai pas prétendu insérer dans ces listes tous les adjectifs qui « se mettent les uns avant les substantifs , et les autres après : fai « voulu seulement faire voir que cette position n'était point arbi-^ « traire.» (Dumarsais, Encyclopédie, au mot adjectif,) — Assurément cette position n'était pas plus arbitraire à Tépoque où ce savant Grammairien écrivait cela qu elle ne l'avait été auparavant, et qu'elle ne Ta été depuis; il devait donc dire n'est, et non pas n'était.

< Je suis du sentiment du vieux Renaud, qui disait qu'il n'ap- < « par tenait qu'aux gens de quatre-vingts ans de conspirer. » (Vol- . taire, Correspondance générale, t. IX, 1764.) -r- Otez qui disait I que, vous aurez : Je suis du sentiment du vieux Renaud, U n'appar- • tient qu'aux gens, etc.

Ënfln, toutes les fois que vous aurez du doute sur le temps qu'il faut employer, servez-vous de ce moyen qui est infaillible.

Cette opinion de M. Maugard est absolument semblable à celle qu'ont émise Domergue (p. 97 de ses Solut, gramm.) et M. Lemare (p. 122, 123); mais nous avons préféré donner celle de ce Grammairien, parce que nous l'avons trouvée plus riche en exemples.

Celte décision absolue des Grammairiens nous parait combattae par le nombre même des eiemples condamnés, ear il résaile de ce rapprochement çae l'nsage général est en contradiction avec la régie. C'est que les Grammairiens Id venlent faire violence à la pensée, et changer le sens des phrases. SI Tauteor vent seulement

6M DB LA COhMSFONDAIfCI DES TEMPS

lIBarqiMr un rapport entre deai idées, s'il eiprime ud sentîmeot, une léOeiUm reta. tive, pourquoi voulez-rous le forcer i changer sa pensée en one oiaiime générale, en un Jugement absolu P « Dien vit que son ourrage était bon, • indique Vapprobt- I iion donnée au moment même ; c'est une réAeilon qui marque le rapport entre te ' Jugement et la qualité énoncée. SI l'on substitue le présent est, on change entièrement le sens, puisqu'on affirme la qualité immuable de l'œuvre au lieu d'affirmer te rapport actuel avec le Jugement de son auteur. Quand Voltaire dit : • J'ai troaré queia liberté oalatt encore mieui que^la santé» > il n'a nullemeot l'intention d'énoncer une vérité incontestable } mais il explique un sentf ment« il donne la raison d'nn Jugement de son esprit, il marque un rapport entra deui idées, et alors la coneordance des temps était nécessaire. Ainsi donc la règle de Domergue est applicable toutes les fois qu'on veut ou qu'on doit énoncer une qualité permanente, immnable. Mais quand il ne s'agit que d'une réfleiion on d'nn rapport, il est loisible alort de matre le verbe à nn temps passé. A. L.

COnRESPONDANCE DES TEMPS DU SUBJONCTIF ArEC CEUX DE L'INDICATIF.

Le pr^anl an iubjonctif correspond :

aupréfenl ) iJtveux \

mifiit^r absolu \ de l'indicatif, <itr^»'l"l^.^)quetnci«inM. au/Wttrpas«é j • ^ Quand J annii to»- 1

Vi^nparfait du subjonctif correspond :

k Vimparfait r \ Je voulais t

aux deux pritirits I | je voulus, i'ai vou- 1

ti »M dm» tondi'l I Je voudrait I

tionneU { J^'auraUvoutu \

Uparfatt à» iubjonttif corretpoad :

\VIXm^*> '•''««»<«««A UevoM \v,»tuaUs écrit.

Le piuê'qu&'paffaii dm subjonctif corrf a pond :

i Vimparfait \ i Je voulais \

an prétérits 1 lJetov/ttj,J'a<t>oti-i

1 l ^ M> j,^ ^j^ y^'**^.. I \Q\itlQ eusses écrit

aupliia-fw-par-) de l'indicatif , < Qoandj'ata wii/tt>Jo^tnl^,^^„

fait l iJ'at;at#tM>ti/u l

et aux deux condi" I f Je voudrais I

tionnêls J ^Tamrais vo^u )

(Lérlttc, tone U, page 1 19.)

Rbm ARQOt: — Il est aisé de Toir que le présent et le prétérit du

DB LA OORBnrmiDAHCE DBS TBIOt, 0M

Bul(|oneUf eomtpondent avec les mèiiMB temps de rindkatif , à l'exception du prétérit indéfini seulement, qui eorrespond stsc le parfait du subjonctit et non avec le présent» et que l'imparbit et le plus-que-parCut du subjonctif eorrespondent avec les mêmes temps de l'indicatif et du conditionnel.

D'après cela, qu'estrce donc qui doit déterminer le choix à ftire entre le présent et le prétérit, l'imparfait et le plus-que-parfidt? L'idée seule que l'on a en vue peut déterminer ee choix. Deux règles éclairciront ee point.

r^ RÈGLE. *-- Quand le verbe de la proposition principale est au présent ou au futur de l'indicatif, cm met au présent du subjonctif celui de la proposition subordonnée, si Ton veut exprimer un pré* sent ou un futur, par rapport au premier verbe; mais on le met au prétérit du subjonctif si Ton veut exprimer un passé, toujours par rapport au premier verbe : < // faut que celui qui parle « se mette à la portée de ceux qui l'éooutent, et que celui qui écrit « ait dessein de se faire comprendre de ceux qui lisent ses ou* « vrages. » — < // faudra qu'ils se rendetU à la force de la vérité, « quand ils auront permis qu'elle paraisse dans tout son jour. » — « Il suffit qu'un habile homme n'ait rien négligé pour faire réussir « une entreprise : le mauvais succès ne doit pas diminuer son mé- « rite. » — c Je douterai toujours que vous ayez fait tous vos

« efforts. » (Reiuut, page SS2. — WiiDy, page ns. — UviMc, pago lis.)

Exception. — Quoique le premier verbe soit au présent, on peut mettre le second à l'imparfait ou au plus-que-par&it du subjonctif quand il y a dans la phrase une expression conditionnelle : t On

< peut dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie,

< comme des hotes chez qui il faut successivement loger; et je doute <c que l'cxpériense nous les fît éviter, s'il nous était permis de bire « deux fois le même chemin. » (La Rochefoucauld.) *— « Je ne « pense pas que cette affaire eût réussi sans votre hitervention. »

(WiiUy 0( !«• mèmet aotoritéi.)

IP RÈGLE. — Quand le verbe de la proposition principale est à Timparfait, à l'un des prétérits, au plus-que-parfait ou à l'un des conditionnels, on met le verbe de la proposition subordonnée à l'imparfait du su^oQctif si l'on veut exprimer un présent ou un tuixa, par rapport au premier verbe; mais on doit le mettre au plus-queparfait si l'on veut exprimer un passé, toujours par rapport au premier verbe. — c Trajan avait pour maxime qu'il fallait que ses « concitoyens le trouvassmi tel qu'il eût voulu trouver l'empereur

094 M LA OORRESPOKBAIIOB DB8 TBMPS.

< s'il eti été Akàfi» titojm. n {BoesuET, Due. j«r FEisL an. de J.-C. 08.) -- € Les Romains ne voulaieni point de batailles « hasardées mal à propos, ni de victoires qui coAkusmt trop de « sang. » (Le môme, page 463.) -* < Dien a permû que des irrupc tions de barbares rmversassenirempire romain, qui s'était agrandi « par toutes sortes d'injustices. » (Le même.) — € Guillaume 111 « laisBa la réputation d'un grand politique, quoiqu'il n'eUU point été « populaire, et d'un général à craindre, quoiqu'il eà^ perdu beaucoup « de batailles. » (Voltaire.) — « Sparte étaU sobre avant que 5a- « craie eût loué la sobriété; avant qu'il eût loué la vertu, la Grèce

< abondait en hommes vertueux. » (i.-J. Rousseau.) — c Tous les c gouvernements étaient vicieux avant que la suite des siècles, et en « particulier le christianisme, eussent adouet et perfectionné l'esprit « humain. » (L'abbé Tbrrasson.)

Remarque. — Au lieu de faire usage del'impar&it du subjonctif,

on emploie le présent du subjonctif lorsque le verbe delà proposition

subordonnée exprime une action qui peut se faire dans tous les

temps : « Je n'ai employé aucune fiction qui ne soit une image sen-

« sible de la vérité. » (Voltaire, Essai sur la Poésie épique.) —

« Dieu a entouré les yeux de tuniques fort minces, transparentes au

« deviVEit, afin que l'on puisse voir à travers. » (D'Olivet, Traduct.

des Pensées de Cieéron^ ch. II, sur l'Homme.)

Apres le prétérit indéfini on se sert beaucoup plus souvent du pré-

^r ',, ., ^érit du subjonctif que du pj^^s-jue-garfeit^jj— € il a fallu qu'il se

/ /^ .'.-. < a soit donné bien des peines. » (Mômes autorités.) — « Je n'at jamais

" 7' ; « trouvé personne qui m*ait assez aimé pour vouloir me déplaire en

/v -.<-. f^^^ jjjg disant la vérité tout entière. » (Fénelon, TèUmaque, liv. Xn.)

' ^/f^ . ~ « Il a fallu que vous at/cj? travaillé seul contre un roi et contre

:,,./; f. ^ « tout son peuple pour lès corriger. » (Le môme, liv. XXII.) — t fl a

. , r» Afallu que mes malheurs m'aicnl instruit^ pour m'apprendre ce que

r ^/. /"i ^ je ne voulais pas croire. » (Le môme, liv. IX.)

^ ta pensée, comme nous l'avons d^à remarqoé, domine souvent les réglas de la

Grammaire^ et fait commettre aai bons écrivains des irrégalarités qui sont loin d'être des fautes. La conversation^ de son côté, a quelques licences, et les personnes Instruites se permettent môme quelquefois une faute pour éviter certaines^ tournures quf ont une apparence pédantesque. Après tout cependant, W ne faut pas moittplier les exceptions. Ainsi nous n'hésitons pas à condamner cette phrase de Radne (jindromaquê^ l, 4) .•

.... On ne craint pts qu'il venge un jour son père On çnUnt qnll n'esiuyât let Umei de la mère.

DE LA CORRESPONDiJf CE DES TEMPS. 695

£n \a!n les auteurs de la Grammaire nationale tealent de justifier cette toarnure, en supposant une eondîtlon tacita : « On craint qu'il n*es9uyât les larmes de sa mère, si on le lui laissait. » Nous répondrons qu'en ce cas même il serait plus na~ turel d'observer la concordance des temps : « On craint, si on le lui laisse « qu'il n'essuie, etc. » D'ailleurs, l'ellipse devrait au moins être préparée et facile à suppléer, tandis que le présent qu*il venge, employé dans le vers précédent, rend la disparate encore plus choquante. Du reste, la Grammaire enseigne surtout la correction du langage, et elle tolère seulement les hardiesses de style dont la Rhétoriqar fait une science. A. L.

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