DE LA CORRESPONDANCE DBS TEMPS
« ane observatiOD qui ne se trouve dans aucune grammaire, sur la
< distinction qu'on devrait faire, et que peu d'écrivains font, du € temps continu et du temps passager, lorsqu'une action est dépen- « dante d'une autre. Il y a des occasions où le présent serait préfé- « rable à l'imparfait, qu'on emploie communément Je vais me faire « entendre par des exemples : c On m'a dit que le roi était parti « pour Fonlainebleau. » La phrase est exacte, attendu que partir est
< une action passagère. Mais je crois qu'en parlant d'une vérité € constante on ne s'exprimerait pas avec assez de justesse en di«« « sant : « J'ai fait voir que Dieu était bon; que les trois angles d'un « triangle étaient égaux à deux droits. » Il faudrait que Dieu est, que « trois angles sont, etc., parce que ces propositions sont des vérités « constantes et indépendantes du temps.
« On emploie encore le plus-quo-parfait, quoique l'imparfait oon- « vint quelquefois mieux, après la conjonction si. Exemple ; c Je « vous aurais salué si je vous avais vu. » f^ phrase est exacte parce « qu'il s'agit d'une action passagère; mais celui qui aurait la vue « assez basse pour ne pas reconnaître les passants dirait naturelle- « ment si je voyais ^ei non pas si f avais vu, attendu que son état « habituel est de ne pas voir. Ainsi on ne devrait pas dire : « Il n'au- « rait pas souffert cet affront «'»/ avait été sensible; » il ftiut s'il « était^ attendu que la sensibilité est une qualité permanente. »
Ensuite M. Maugard convient qu'avant ce judicieux académicien aucun Grammairien n'a, à la vérité, exposé ce principe; mais il prouve que de bons écrivains anciens et modernes l'ont pratiqué. Exemples :
Yoos m'avex dit, tout hranc, que je dois accepter Gelât qae poar époai on me veat présenter.
(Molière, le Tartuffe, aete II, se. 4.)
« Qu'est-ce que vous me voulez, mon papa? Ma belle maman m'a « ditqm vous me demandez. » (Le même, le Malade imaginaire, acte II, se. 2.) — « Hier elle vous élevait au dessus de votre sage « père, de l'invincible Achille, du fameux Thésée, d'Hercule devenu « immortel. SenHtes-^vous combien cette louange est excessive?» (FÉNELON, Télémaque^ liv. IV.) — t II concluait que sagesse vaut « mieux qu'éloquence. » (Voltaire, le Taureau blanc, t. LVlll des Œuvres. ) — « JS'avez-^ous jamais bien fait réflexion que nous « sommes de pures machines. » (Voltaire, Correspondance générale^ t. IX, p. 246. ) — < On ne sentait pas de quelle utilité il est d'à- « voir des principes. » (D'Olivbt, Pensées de Cicéron y i.yu.) —
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« Oa m'a dii qu'on ne eonnaii plas certaines planètes qui iounum « autour de Jupiter, auxquelles Galilée donna en mon bonneor le < nom d'astres de Médicis. » (Fontenelle, Dialog. de Cosme de Médids et de Bérénice.)
Et déji qaelqwff uns couraient époQYanlés Jusque dans les faisseaux qui les ont apportés.
(Raeioe, âîitkridate, acte Y, se. 4.)
« î/abbé de Saint-Pierre j^rouraiï que la devise de l'homme ver- « tueux est renfermée dans ces deux mots : donner et pardonner. • (D'âlehbert.)
Après cela, M. Maugard relève les fautes suivantes :
Peut -être on vous a dit quelle était mon humeur.
Voltaire, le Dépositaire, acte II» se. 5.)
L'humeur est une qualité permanente, une qualité existant actadkment dans l'esprit du poète; il devait donc dire quelle est^ etc.
« Ayant fait réflexion, depuis quelques années, qu'on ne gagnaii « rien à être bon homme, je me suis mis à être un peu gai , parce « qu'on m* a dit que cela est bon pour la santé. » (Voltaire, Correspondance générale , t. YllI, p. 332. ) — Être bon homme , être boit à la santé y sont également des qualités permanentes; il fallait donc dire gagne; esibon en est la preuve.
« J*ai connu qu'il n'y avait de bon pour la vieillesse qu'one oc- « cupation dont on fût toujours sûr. » (Voltaire, à madame du DefiTant. ) — ^on pour la vieillesse, qualité permanente, vérité incontestable : donc il faut t/ n'y a.... et soit
c Toi;! le monde criait pour la liberté et la justice; mais on ne « savait point ce que c'était que d'être libre et juste. » (Voltaire, Charles XII ^ page 110.) — Libre , juste, qualités permanentes, assertions absolues; donc il faut &est.
« // croyait que les lois étaient faites pour secourir les citoyens « autant que pour les intimider. » (Voltaire.) — Faites pour *ecourir^ pour intimider, qualités permanentes, maximes vraies et toujours présentes; donc il faut sont.
« Il fout un corps d'Hercule pour vivre ici; mais j'y suis libre , et « fai trouvé que la liberté t^a/aiï encore mieux que la santé. » (Voltaire, Correspondance générale y t. IX, p. 359.) — /^a/oir mie^œ ^ qualité permanente, vérité incontestable; donc il faut dire vau mieux.
« L'empereur Àntonin avait appris à son fils MarchAwrèle qu*r!