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DU GENRE

Les hommes ayant remarqué dans l'espèce humaine une différence sensible, qui est celle des deux sexes, ont jugé à propos d'admettre deux genres dans les noms substantifs, le masculin et le féminin : le masculin appartient aux hommes et aux animaux mâles, et le féminin aux femmes et aux animaux femelles.

Quelquefois ils ont donné des noms difiérents aux mâles et aux femelles, comme : l'homme et la femme ; le bélier et la brebis; le sanglier et la laie; le bouc et la chèvre; le taureau et la vache; le lièvre et la hase; le cerf et la biche; le jars et l'oie, etc.

D'autres fois ils se sont contentés de les distinguer en leur donnant une terminaison différente, comme tigre, tigresse; ours, ourse; loup, louve; lapin, lapine; canard, cane; renard, renarde; daim, daine (52); chevreuil, chevrelle ou chevrette; paon, paone; faisan, fiûsanne.

Souvent aussi ils se sont servis du même mot, soit masculin» soit féminin, pour exprimer le mâle et la femelle, comme : le corbeau; le crabe; le crapaud; l'écureuil; le perroquet; le renne; le requin; le sarigue; le rhinocéros; le taon.

La baleine; la bécassine; la corneille; la hyène; la fouine; la grenouille ; la perruche.

Par imitation, quelquefois à cause de l'étymologie» ou bien encore ^

(63) Lei èhai lean pronoDoeiif dlM. ^«04.

DU CXmE DBS SimSTANTIFS. jH

sans motif réfdy ils ont donné le genre masculin ou le genre iKminin aux autres sutetantife, quoiqu'ils n'aient aucun rapport avec l'un ou l'autre sexe : aerùiticke, amadou, ceniime, éclair, épiderme^ efUr'aek, épisode^ légume^ mmiieule, ont Até mis au rang des noms masculins; eiatiagramme^ anikhanAre, épée^ fibre, onglée, ouïe, au rang de ceux qui sont féminins. (Le Diet, de e Académie.)

Le caprice a souvent &it aussi que le genre de plusieurs substantifs a changé selon les temps; en voici quelques exemples :

ÂFFAiREy actuellement féminin, était autrefois masculin. Marot, dans sa lettre au roi pour qu'il le flt sortir de prison, et dans sa complainte sur la Mort de Florimond RcherUt, l'a fait de ce genre.

Â6B, que nous faisons aujourd'hui masculin, était féminin du tempB de P. Corneille.

Oatre Vàge en tooB deax an pea trop refiroidie, Gela lenUrait trop sa fin de comédie.

(la Çalertê du Pa/Mf, i«tB V.)

ART, du masculin, était féminin du temps de Montaigne, d' Amyot, et autres auteurs anciens.

CoifTÉ était autrefois féminin; Marot, sur la Mort deFl. RoberUi, l'a &dt de ce genre. H a été ensuite masculin et Ibninin. Présentement il est toujours masculin, si ee n'est quand on parle de la Franche-Comté.

Datb. On disait andennemrat le date et la date. Le date de datum , et la date de data, en soufr-entendant ^tola. Aujourd'hui on ne dit plus que la date; de fraîche date; de tieille date.

ÊvÉCHÉ. Ronsard, dans sa réponse au ministre Hontdieu, a fliit ce motffiminin; il est présentement masculin.

Il en est de même du mot archevêché.

Insults, qui ne peut aujourd'hui être employé qu'au féminin, était autr^ois masculin. L'Académie, au commencement du dernier siècle, le faisait de ce genre, en avertissant que plusieurs s'en servaient au féminin.

Bouhours, Fléchier lui ont aussi donné le genre masculin^ el Boileau a dit dans le Lutrin, chant V :

Enard seal, en m coin prademnoient fetM, Se croyait à couYert de Tinsalte aocré .

Et chant VI :

A mes sacrés autels font tin profane iosolte, Remplissent toiit d'eflhif , de trouble et de tomuUe.

96 DU GENRE DBS SCBSTAMTIFS.

Matiab. 11 parait, dit Ménage, que ce mot était autrefois ftminin; et il pensait que, daxis la haute poésie, la navire valait mieux que le navire. Mais aujourd'hui le féminin ne s'est oonserTé qu'en pariant du vaisseau des ArgmanUet : La navire Argo.

(Riehelot, TréTooi, Port-Royal, BoiiM, Garpentier, Gdiet et PAeadimieO Noos croyons qae même dans ce dernier sens, jm» plus que pow la constdlatioo, le féminin ne peai être employé aajoord'hui; et qu*U feot dans tons les cas dire <i fiom'fv Argo. L'Académie ne signale aocone eiceplion. A. L.

Poison. Du temps de Malherbe, et avant ce traips, ce mot était presque toujours employé au féminin. Crétin (dans son Chant ro^l)y Ronsard (dans une de ses élégies), Belleau (dans la Première jaumée de sa Bergerie), Desportes (dans sa seconde élégie), en ont fait usage en ce genre : en effet, dit Ménage, c'est de ce genre qu'il devrait être selon son étymologie latine potio^ qui est féminin. Mais, malgré cela et malgré l'autorité des anciens écrivains, le mot foiion est présentement masculin.

Rencontre, toujours féminin en quelque sens qu'on l'emploie, était autrefois masculin. Voiture, Arnauld d'Andiliy, Pasquier, et, plus récemment, La Bruyère, Pavillon, Mascaron, J.-B. Rousseau ont dit ce rencontre, et les premières éditions du DicHùnnaire de r Académie les y autorisaient.

De cette variation d'usage il est résulté souvent qu'un môme mot, avec la même signification, est demeuré des deux genres.

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