SUBSTANTIFS DE SIFTÉRENTS GENRES AYANT LA MÊME SIGNIFICATION
Aigle. Voyez les Remarques détachées, lettre A.
Amour^ désignant une vive affection, est masculin au singulier : amour divin, amour paternel, amour filial.
« Le cœur, dit Chrysostôme, est le symbole de T amour conjugal i il < meurt par la moindre division de ses parties. »
(Vaugelts, 371* Ksmarqut, — Wtillf, page 33. — Leotre, pa^e }iS, Dolo 129, et te Met, de VAcadmte.)
n^st également masculin au singulier, lorsqu'il exprime la passion d'un sexe pour l'autre ? « Vous êtes mon premier amour. » (La- MOTTE.) ~ « Il n'y a point de déguisement qui puisse cacher Famour « où «7 est, pour le feindre où «7 n'est pas. » (La Rochefoucauld.)
(Mêmes anloriléi.)
Au pluriel, ce mot ne s'emploie guère qu'au féminin ; et alors il ne se dit que du sentiment particulier qui attache l'une à Tautn-
deux personnes de sexe différent : « 11 n'y a point de belles prisons « ni de laides amours, » ^ (L'Académie.)
« Adrien déshonora son règne par des amours mansùrueuses. »
(BoMoeL) Poar parrenir au bat de ses noirës anumrs, L'Insolent de la force emprantalt le lecoars. (Rtciiie, PMdre^ iv i.) Celte Estber, l'Innocence et la sagesse même, Qœ Je croyais du ciel les plus cKères amours. (Kfi Aer, lil^ se. 4.) Mais» hélas ! Il n'est point d'iUmelles uaows, (boîl, u^ Héros detom.) Le passé n'a point vu d*éiertulles amoars. Et les siècles futurs n'en doivent point attendre. (Stiot-fiTremont./ (Th. Corneille, sur ItSTf hemargue de Vattgelas;V Académie, page 380 de sesO^aervoiioita^ son Dictionnaire; et les Grammairieiis modernes.)
Mais, lorsque ce substantif désigne ces espèces de petits génies qui, selon la mythologie des Grecs, servaient de cortège à la beauté, il est généralement employé au pluriel et au masculin : « Tous ces petits « atnaurs sont bien groupés. » — • « Zes amours riants et légers
« sont des tyrans dangereux. » (Cirard, Wallly, Lériue et U. Umare.)
Et Yous^ petits amours, et tous» jeunes zéptilrs, Qui pour armes n'avez que de tendres soupirs.
(Corneille, Psyché, acte lU, se. 4.)
Première remarque. •— Si Ton consulte les anciens auteurs, tels que le cardinal du Perron, Coeffeteau, Berthaut, Villon, Marot, et même le P. Bouhours (dans Ses entretiens, p. 419 de la 2* édition), il parait que le mot amour, désignant la passion d'un sexe pour l'autre, était autrefois féminin au singulier; aussi l'Académie &it-<îlle observer qu'en poésie on le fait quelquefois de ee genre. En effet, on en trouve un grand nombre d'exemples dans Racine (^^^ice, V, 7; Jphigénie, acte V, se. 3; Mithridate, 1, 1 ; Phèdre, V, 1; Aihalie, I, 4);
Dans J.-B. Rousseau;
Dans Regnard (le Distrait, 1, 4 ; Satire contre les maris) ;
Dans Molière (les Femmes savantes, lY, 2) ;
Et dans Voltaire (Zaïre; Oreste, IV, se. 1"; Adélaïde Duguesclin. II, 3).
Toutefois, on n'a jamais fait usage que du masculin, lorsque ce mot est employé pour l'amour que l'on porte à Dieu, auteur de tous les biens.
Seconde remarque. — Les poètes se sont crus également autorisés à employer au masculin le mot amour au pluriel : nous en avons trouvé des exemples dans Molière (les Femmes savantes, IV, 2) ;
Dans Voltaire (Œdipe, II; son Apologie de la Fable ^ la Henriade, du. iV; Nanine, I, 2; le Conte des Trois Manières)^
Dans Laharpe {Cour$ de LiUér.^ trad. des Adieux tAleetU dans Euripide^ t. 2) ;
Et dans Delille, (poème de Vlmag,^ et le Paradis perdu, I, 9).
Quoi qu'il en soit, si Ton veut écrire purement en prose, il faut, ^e même que les bons écrivains, faire toujours le mot afnour, masculin au singulier, et féminin au pluriel. Mais quelle est la raisoD de cette exception pour le pluriel? Elle vient sans doute, comme le dit M. Laveaux, de la nécessité de distinguer ces petits dieux, ces amours personnifiés^ que la mythologie nous peint si jolis, du sentiment, de la passion de Tamouf.
.Celle raison nous parait peu plausible, car il y a aussi au singulier le diea ^motir. El d'ailleurs nos lK>ns auteurs, môine en prose, ont employé le maicolio au pluriel. Il faut donc reconnaître que cet emploi est arbllraire, c'est-à-dire li^ié au goût, au tact, à la seusibiliié de l'écrivain qui , selon tes circonstances et FinspiraUon du talent, prér&rera l'un ou l'autre genre. A. L.
Automne est masculin, quand Tadjectif précède : un bel au-
tomne. (l'AcadémieO
Et loi, riant Automne, accorde à nos désirs Ce qu'on attend de toi, des biens et des plaisirs.
(Saint-Umbert, iet Saisons, S* et S« Tcrs.) Ou quand sur les coteaux le vigoureux Automne Élalatt ses raisins dont Baccbus se couronne. (Perrault)
Mais, quand l'adjectif suit immédiatement, automne est féminin : une automne froide et pluvieuse.
(L'Académie, Féraud, tu mot automne et tu mot pAfvievdE.— Wailly, LéTiztc, Doiste, Caminade et Gallel.)
Une santé, dès lors florissante, étemelle, Vous Terait recueillir d'une automne nouvelle
Les nombreuses moissons. (j..b. Rousseau, Odo s, 1. 3.)
« Je me représente cette automne délicieuse, et puis j'en regarde ( la fin avec une horreur qui me fait suer les grosses gouttes. »
(Madame de Sévigué.) La terre, aussi riche que belle, Unissait, dans ces heureux temps , Les Truits d'une automne éUrnelle Aux fleurs d'un éternel printemps.
(Gresset, U Siècle pastoral, idjUe.)
Si, cependant il se trouvait entre automne et l'adjectif, soit un adverbe, soit un verbe, alors on, ferait usage du masculin : « Uu « automne fort sec. » (l'Académie.) — «L'automne a été trop sec, > (J. J. Rousseau.) — - « L'automne a été universellement beau et « sec. » (LlMGUET.;
Remarque. — Domergue n'est point d'avis de ftiire ces distinctions, et il préfère ne se servir, avec automne^ que du masculin, par analogie avec les autres saisons, qui sont de ce genre : un bel été, un printemps flroid, un hiver $ec. Déjà cette opinion commanee à prévaloir; on lit dans Delille :
Df rai-Je à qaeU désastres .
De VâoUimat orageux nous eiposeni les astres?
{Us Géor gigues, livre I.) Aossi, voyez comment l'automne nébuleiix, ToQs les ans, pourgémfr^ noas amène en ces lieux
(Poëme de Y Imagination, cbmt VII.) L'Académie dte tes exemples indiqués plus haut ; mais elle n'établit pas de différence ;ee qui donne à penser qu'elle admet Indistinctement le masculin et le. rémiDiD. Nous pensons que, dans ce cas encore, il Tant laisser le choix au goût de récrivaiD, selon la nuance de sa pensée. A . L.
Chose. Voy. les Remarq. détachéeSy au mot Quelque chose.
Couleur, employé comme mot générique, et alors signifiant Tirapression que fait sur l'œil la lumière réfléchie par la surface des corps, est féminin : « Les couleurs prtmi/ives sont le violet, Tindigo, « le bleu, le vert, le jaune, Torangé et le rouge. »
VLe Dici. de ^Académie et lous les lexicographes.)
Mais on dit : un beau couleur de feu. Le couleur d'eau^ de chair, de citron^ sont mes couleurs favorites. Cette étoffe est d'uN couleur de rose charmant ; et ce n'est pas parce que le mot couleur est pris alors au masculin, ou parce qu'il y a quelque substantif masculin sous-€ntendu, tels que ruban, habit^ etc. ; c'est parce que, comme tous les noms simples qui désignent des couleurs sont masculins, et que l'on dit le violet, Cindigo, etc. ; alors les mots composés couleur de feu, couleur de chair, couleur de rose, ont quitté leur genre propre pour prendre la catégorie des noms à laquelle ils appartiennent.
(M. Auger, CommeHiwre suf Molière^ Impr. de Vers., se. V, et rAcadémie.)
Couple est masculin, quand on parie d'un homme et d'une femme unis par l'amour ou par le mariage, ou seulement envisagés comme pouvant former cette union : « Un couple d'amauts, un couple « d'époux ».
€ Ce fut un heureux couple, un couple bien assorti. »
(Girard et M.Leniare, page S69, note iS2.)
11 est encore masculin quand il se dit d'un m&le et d'une femelle que l'on a appareillés ensemble : « Un couple de pigeons. »
(Ménage, chapitre 73 de ses Obtervatians. — Beauzée, Rncycl. mêih.^ au mot coitpie, — Sicard, page S4, 1. 1, et M. Uveaux, ^n Dici. des DifflcutUs.)
L'Académie admet encoro lo m.isfiilfn pour ftéitigniT deui èlres «nimés nnis
lOQ DU GENRE 0E8 SUBSTANTIFS.
par la Tokmléoapir toute aalreetaie qui les rend propret à agir de concert: «h couple d'amis, un couple de ft^pone, un beau couple de chiens. Mali Deiillet bit ane faote dam la tradaction da ▼• IIttc de YÉnéide en éciiYant :
De cestet mentçanu tm couple époaviDUble. U bHalt éïnune paire, comme nous alloai le Toir. A. L*
Le mot couple est féminin, quand il est employé pour signifier deoi choses quelconques d'une même espèce, qui ne tout pas ensemble nécessairement, et qui ne sont unies qu'accidentellement. « n a avalé une couple d'œufs. »
c Nous avons tué une couple de perdrix. » (Mémei utoriiAi.) Bemarque. — Quand deux choses vont ensemble par une nécessité d'asage, on se sert du mot paire : Une paire de gants, de bas, de souliers, de jarretières, de bottes, de sabots, de boucles d'oreille, de , pistolets, etc.
On s'en sert encore, en parlant d'une seule chose nécessairement composée de parties qui font le même service : une paire de ciseaux, de lunettes, de pincettes.
Enfin une couple et une pâtre peuvent se dire des animaux; mais •a couple ne marque que le nombre ; et la paire y ajoute l'idée d'une association nécessaire. Ainsi un boucher dira qu'il achètera une cou^ pie de bœufs, parce qu'il en veut deux ; mais un laboureur doit dire qu'il en achètera une pâtre, parce qu'il veut les atteler à la même charrue.
DÉLICE. Ménage (dans ses Observations sur la langue française, 143* ch) et Yaugelas (en sa 241* Rem.) pensent que ce mot ne doit pas s'employer au singulier.
L'Académie (sur cette Remarque, p. 272 de ses Observ., et dans son Dictionnaire) y Richelet, Trévoux, Wailly, Domergue, Lévizac, H. Lemare, et plusieurs écrivains estimés sont au contraire d'avis que l'on peut très bien dire : « C'est un délice de faire des heureux. - — * « La contemplation est le délice d'un esprit élevé et extraor- « dinaire. »
Employéaupluriel,ce mot est toujours fl&minin: « Il fait touies ses « délices de l'étude. » (l'Académie.) — « Les délicesiu cœur sont plus c itmc&antes que ce/fes de l'esprit. » (Sàint-Évremont.)— « «Dans les « champs Élysées, dans cet heureux séjour de paix et de bonheur, « les rois foulent à leurs pieds les molles délices et les vaines gran- « deurs de leur condition mortelle. » (FénéioiL}
Craignez qae de sa volxlei trompeuses délicei, ete.
(J.-B. Routteau, ode mr la FiMteriê,:
Mais pourquoi le mot délice est-il masculin au singulier et flSmi-
W GBMRB DBS SUBSTANTIFS. 101
nin au pluriel t*— Nous devons cette bizarrerie à la langue latine. On dit au singulier dte/tcîiim, delidi, neutre : et au pluriel, delieiœy de- Hciarumf fSminin.
MM. Bescherelte pensent que le mucolin «ogmente en qoèlqne lorte l'énergie de U peniée et sopplée au manque d'expreision ; Undis que déliées, rémintn en pluriel» ofllre ridée de scnsaUont doaeet» heoreoset, contUntct. Cependant, m eiempie de Fénélon, elle par eoi-mémes, ne répond point à cette expUcallon: « La cniaalé cherche chaque jour de noavelles délices parmi les larmes des malheoreui >. Le singulier nous parait devoir s'appliquer presque toujours a un plaisir moral ; mais nous remarquons que parmi les exemples cités, il ne se trouye goère qnedes phrases composées par les Grammairiens pour le besoin du moment. Néanmoins, Chateaubriand a dit : « Bientôt son cœur s'attendrit pour elle, naguère sa ▼le et son mil délice. • Les auteurs de la Grammaire IVationale, après avoir cité deux phrases de J.-J. Rousseau, qui écrit t«tie de mes délices et un de mes plus grrnnds délices, se prononcent pour le masculin dans ces locutions . Nous partageons oet aTis, parce que Tadjeclir tin rappelant tout d'abord ridée du singulier, prend naturellement le genre du mot délice au singulier, puisque la phrase complète serait un délice parmi mes délices. Et alors par aUraction le masculin se porte méaie sur le pluriel. L'Académie n'a pas résolu cette question. Voy. Or^ue aux ilbfii. déî* A* L.
Exemple.^— Ce mot est masculin : c Lestons exemples conduisent « plus efficacement à la vertu que les bons préceptes. » (VAcadémie.)
c Les hommes croient plus leurs yeux que leurs oreilles, et par « conséquent le chemin des bons préceptes est plus long que celui « des bon$ exemplet. » (mm. de port-Royai.)
(L'Académie, lor la SiS* nemorque de Vaugeias^ page 300. Son Dtcticn, — Ménage, eh. is. — Domergoe, page 42, et Sicard, page S6, 1. 1.)
BxeepHon. — En fait d'écriture, on fait le mot exemple féminin, et alors il signifie le modèle d'après lequel l'écolier forme ses caractères : Son maUre â écrire lui donne Unie le$ jour$ de nouvelles exemples.
Telle est l'opinion émise par Vaugelas, par Régnier et l'Académie (p. 300 de ses ObêervaHonSy et dans son DieUonnaire, édition de 1762).
Toutefois, dans l'édition de 1798 et dans celle de 1835, l'Académie est d'avis qu'en ce sens ce mot aussi est masculin : Un bel exemple de leUres iialiennei, de UUres bâtardes; et H. Lemare, p. 370, note 136, croit qu'il est de ce genre dans toutes ses acceptions. Mais M. Boni* face lui répond que ce mot est de deux genres, suivant l'analogie et suivant l'usage. On dit une garde, une aide, une enseigne; et un garde, un aide, un enseigne, pour un homme de garde, un homme qui sert d'atdte, un homme qui porte Y enseigne. Par analogie, on dit
d6 môme un bmtrey un remise, un vigogne; et une pendule^ utu office, une exemple, pour un chapeau de loutre, un carrosse de remise, un chap^'au de vigogne, une horloge à pendule, une pièce oontenanl ce qui esi nécessaire au service, à Vo/fice, une page servant d'ex«mple. M. Bonifuce en conclut que le mot exemple est essentiellemeDt masculin, dans le sens que nous avons indiqué^ de même que penduie, office ; mais que, par ellipse, on l'emploie comme substantif féminin . Laveaux est aussi de cet avis .L* Académ ie adopte les deux genres. FouDBE. Ce substantif, employé au propre, dans le discours ordinaire et dans le langage des physiciens, est féminin. « Les prières ferventes apaisent Dieu, et lui arrachent la foudre des mains. »
(L'AGadènie.) La foudT9 esl dans ses yeux, la morl est dans ses maîas.
(Voluire, la Uenriade, ch. IV.) La foudre, éclairaot seule une nuit si profonde i A sillons redoublés couvre le del et i*onde.
(CreblloD, ÊiecMI, i.)
Toutefois l'Académie a mis au nombre des exemples : Être frappé DE LA FOUDRE, et être frappé du foudre : mais il est vraisemblable q ue, quand elle a dit être frappé du foudre, elle a voulu parler du ftmdre vengeur, de cette espèce d'attribut de Jupiter^ et quand elle a dit élre frappé de la foudre, elle a entendu parler du tonnerre qui édate et qui frappe.
Au figuré, foudre est toujours masculin : Le foudre vengeur.
(L'Académie.) On m'y verra braver tout ce que vous craignez « Ces foudres impuissants qu'en leurs mains vous peignez.
(Coroeille, Polyewte^ acto V, se. I.) Mais du Jour importun ses regards éblouis Ne distinguèrent point, au Tort de la tempête , Les foudres menaçants qui grondaient sur sa tète
(Voluire, HenHade, ch. 1110
Foudre, au figuré, ne s'emploie que dans le style élevé. En parlant d'un capitaine brave et diligent, on dit un foudre de guerre, et d'un grand orateur, un foudre d'éloquence. (L'Académie.)
« Quand le sublime vient à éclater où il faut, il renverse tout « comme un foudre. » (noiieau, Traiu dusubime, ch. l)
Mânes des grands Bourbons^ brillants foudres de guerre.
(Corneille, victoire du roi eo 1667.)
Gens, pluriel desanaturecommesigned'individusoudeparticuliers, est essentiellement masculin. Onditdes^etis fins, des gens fort dangenux (l'Académie) ; maisce mot conserveaccidentellementféminine la
DU GENRE DBS SUBSTÂMTIPS. 103
foriiie des adjectifequi le précèdent immédiatement, et qui ne font avec lui qu*unt3 seule et même expression : dangereuses gens, vieilles genSj maintes soUes gens, certaines fines gens^ quelles excellentes gens. Cependant, si l'adjectif précédant immédiatement le mot gens n*ayait qu'une même terminaison pour les deux genres, et qu'il se trouTÀt accompagné ou de Tadjectif pronominal tout^ ou de Tadjectif de nombre un^ ou enOn d'un autre ac^ectlf qui servirait plutôt à déterminer le substautif gens qu'à le qualifier, alors tout, uUy et cet adjectif resteraient masculins: Tous les honnêtes gens; maints imbéciles genSy certaine honnêtes gens y un de ces braves gens»
Mais remarquez bien que tout et un prendraient la forme féminine, si l'adjectif placé avant le mot gens n'avait pas la même terminaison pour les deux genres : Toutes ces bonnes gens, toutes ces méchantes gens, une de ces vieilUs aens.
Remarquez aussi que le mot gens étant essentiellement masculin, il fiant écrire :
« Beaucoup de gens étudient toute leur vie; à la mort, ils ont tout « appris, excepté à penser. »
« Instruits par l'expérience, les vieilles gens sont soupçonneux. » Ce contraste bizarre de deux adjectifs de différent genre se rapportant au même mot a besoin d'être justifié. Voici les motifs donnés par Domergue, dans son Manuel des étrangers, p. 44.
GenSy qui réveille l'idée du mot hommeSy est masculin dans le fait, et ce n'est que la crainte de l'équivoque qui est la source de cette construction que désavouent tous les principes de syntaxe. Plus ami de la décence que de la grammaire, on a mieux aimé dire : ce sont de belles genSy que ce sont de beaux genSy ce sont de bons genSy où les plaisants ne manqueraient pas d'ajouter une des épithètes que le mot Jean, homonyme de genSy traîne à sa suite. Ce qui nous conflrme dans cette opinion^ c'est que le moi gens reprend ses droits dès qu'il n'y a plus à craindre d'équivoque. Ainsi, après avoir dit, pour la décence, les vieilles genSy on ajoute, pour l'exactitude, sont soupçonneux. Car enfin le changement de place de l'adjectif ne saurait être, pour les bons esprits, une raison suffisante de changement de genre. Mais plaçons devant gens un adjectif qui écarte toute équivoque, l'usage exigera le masculin : on dit : tous les honnêtes gens, tous les gens de bien, etc. Ce n'est donc point parce que l'adjectif précède gens, que l'usage l'a voulu ordinairement féminin, mais seulement parce qu'assez souvent dans cette circonstance le masculin prêterait à la plaisanterie.
i04 DU GENRE DES SUBSTANTIFS .
Miif il de peur dei maoTilf ptaimU od n'a pis oié dire rota ett viêu» gmê, poorquoi dire «tors maints imbéeiiet gna, iouê les habiles gène? Est-ce que la manvalse plaisanterie reculera plutôt dans un cas que dans l'autre P c'est là, eomme on Toit, une raison bien futile. Avouons donc franchement notre Impuisfanee d'expliquer cerlaioes bizarreries consacrées par l'usage. Mais s'il fallait icilrouTer nécessairement une expllcallon, ne Yaudrait-il pas mieux s'en prendre aux exigences de l'oreille^ qui, toutes les fois que le mot gens suit immédiatement un adijecQf, aérait choquée^si le son rude de ce mot Vi'était précédé d*un e muet pour l'adoucir? Voyez en efllst combien seraient dures toutes ces locollons : de dangereux gens, maints sots gens, certains fins gens, etc. De là Tient qu'on écrit de telles gens, quelles gens êtes-vous^ti tels sont, quels sont eu gens-là, N'éSt-ce pas par la même raison que nous disons mon épie, s<m amitié, au lieu du féminin ma, sa? L'oreille, comme on le volt, a de singulières exigences dans notre langue. A. L.
Observez que le mot gens ne se dit point d'un nombre déterminé, à moins qu'il ne soit accompagné de certains adjectifs; ainsi on ne dit pas deux gens^ mais on dit deux jeunes gens, deux braves gens, etc. On dit mille gens Vont vu; et cela confirme cette règle au lieu de la détruire, puisque mille, dans cette phrase, est pour un nombre indéterminé. C'est le sexcenii des Latins.
(M. Auger, Commentaire sur Molière^ Impromptu de VenalUes, se. S )
Orge, sorte de grain du nombre de ceux qu'on appelle meau:^ grains, est féminin lorsqu'on parle de l'orge qui est sur pied : De l'orge bien levée, voilà de belles orges; mais lorsqu'on parle de l'orge en grains, il est masculin, et c'est dans ce cas seulement : De Vorge mondé, de Porgeperié.
L'orge mondé se dit des grains qu'on a bien nettoyés et préparés, et Vorge perU dit de l'orge réduit en peUls grains dépouillés de leur son.
(Le Dlct. de ^Académie, Wailly, Gattel, Férsud, etc., elc-)
Domergue, se fondant sur l'étymologie de ce mot (hordeum), veut que orge soit toujours masculin. — Celte raison ne peut rien contre l'usage et le génie de la langue .
Orgue, le plus grand et le plus harmonieux des îastruments de musique, est masculin au singulier, et féminin au pluriel : c L'orgue « d'une telle église est excellent. » — « Il y a de bonnes orgues en « tel endroit. »
(Ménage, 73* chapitre do ses Remarques^ — WaHIy, page 13, Sleard, page 86, 1 1, et le Dict. de eÀcadémU.)
Remarque. — L'auteur des procès-verbaux de l'Académie gramm. pense qu'il vaut mieux employer le singulier quand on parle de cet instrument, sans avoir égard à la diversité de ses jeux ; un grand el
BEL ORGUE; et le pluriel quand ses ditersjeux fixent notre attention: de$ crgueê him harmonieuses.
Nota. Voyei» aax RefnarquM détachiêi, une qaesUon de syntaxe assezeuiiease sor l'emploi de et moU
Avji pronoms indéfinis, on trouvera des observations sur l'emploi des deux mots Personne et On.
Cette variation de genres a fait encore qu'on a donné les deux genres à deux mots pareils, mais d'une acception différente.