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BB LA FOBBATION DU PLURIEL DES SUBSTANTIFS

Quoique le pluriel ne se forme pas de la môme manière dans tons les substantifs, on peut cependant partir d'un point fixe.

RÈGLE GÉNÉRALE. — PouF former le pluriel des substantifs, de quelque terminaison qu'ils soient, masculins ou féminins, on ajoute un 9 à la fin du mot : cette lettre est, dans le génie de la langue française, le vrai caractère du pluriel : leroiy le$ roUi le prince, lesprvh ces; la loi^lesloU.

Première exeepHon. *— * Les noms qui se terminent au singulier par 8, par X, ou par z, ne subissent aucun changement au pluriel : le lis, les lis; le lambris, les lambris; le panaris, les panaris; le remords, les remords (212); la croix, les croix; le nez, les nez; le sonnez, les sonnez, etc.

œeauiée, Eneyel, méth. — Girard, page 272. — Le Me/, de fàcodemU el les Gramm. mod.)

Et Voltaire, dans Oresie (act. III, se 8) :

De la vengeance au moins J'ai goûlé les prémi$9ê*

Dans la Hnuiade (chant II) :

La mort de GoUgny, prémUet des horrears, N'était qu'un bible essai de toutes leurs fureurs.

Et dani VEnfasa prodigué (act. I, se 3) :

. . . D'Buphémon qui, malgré tous ses Tioes, De Tolre coeur eut les tendres prémicet.

(209) Pioches. Vaugelas ne pouvait souffrir qu'on se senrlt de proehes au lien de parents, et il cite Goeffeteau, qui était de son senUment. « Cependant, dUaiit Th. « Corneille et Chapelain, cetta phrase : je suis abandonné de tous mê$ proches, « est dans la bouche de tout le monde ; « et rAcadém, Patra, MM. de PorUBoyal» et nombre d'auteurs^ tant anciens que modernes, foorniisent des exemples de l'emploi de ce mot en cette signification.— Comme adjectif, proche se dit aussi an singulier : c'est mon paocni parent,

(210) Virais se disait autrefois an singnlier ponr le soir , la /fis du jour : Je vous souhaite le bon TiriK. Le peuple le dit encore en quelques provinces ; mais il est vieux, et ne se dit qu'en plaisantant. (L'Académie.)

(211) Vkrgettis. Ce n'est que dans Trévoux et dans l'édiUon de 17 98 du DietUmnaire de l'Académie que l'on trouve que ce moi s'emploie au singulier, dans le même sens qu'au pluriel. M . Laveaux disait dans son Dictionnaire de» DificulUs que ce mot ne devait point avoir de singulier ; mais dans son nonvean Dictionnaire il pense que l'on dit aussi bien une vergette que des vergettes, — L'Académie en 1835 admet également le singulier.

(2 12) RiMoaos. Crébillon, Delille eMToltalre ont cra devoir ôter A ce mot la lettre s, qu'il prend même au singnlier s

Qu'importe i mes affronts ce Ciible et vain remordf (le Trtwmiratt aela 11^ se. i^

Deuxième exeeptim. *— Les noms terminés par eau et par au (213) prennent un x au Heu d'un s pour former leur pluriel : le lapereau , les lapereaux; le perdreau, les perdreaux ; le chevreau, lei chevreauxy le gluau, les gluaux, létaux les étaux, {uémn antoritéb)

TYoisième exception. — €eux qui sont terminés par m ou par ei» prennent également un x au lieu d'un s; le milieu^ les mUieux; Ver^ jeu, les enjeux; l'aveu, les aveux, etc. , ete. ; fe genou , les genoux; le chou, les choux, etc. , etc.

Bleu, hambouy clou, coucou, cou^ écrou, filou^ fouy /(^jjigîi, matou, J^ ^, woUj l^ftm, ^X?%' ^^^ ^ verrou suivent la règle générale , c'est-à-

dire, prennent un s au pluriel. (Le VUctionn. de TréTom et PAcadémie).

quaJbryèm^ exception. •— • La plupart des noms terminés au singulier par al ou par ail ont leur pluriel en aux, comme arsenal , arse^ naux; canal , canaux; local (214), locaux; cordial y cordiaux; corail, coraux; émail, émaux; fanal y fanaux; tramil^ travaux; ail, aulx (215) ; élai^ éiaux, etc. , etc.

Tons i leur Inforume ajoaumt le rononJ;

Sépartf par Teffroi, sont rejoints par la mort. (Poème de la Pitiés chant Hl.)

.... Et laiaaer, à ma mort.

Dans ton cœnr qni m'aima, le poignard du remord. {Tancréde, IV, T.)

Celte licence peut se pardonner en poésie, mais en prose elle ne serait pas exca- MMe. — Voy. aux Rem. dit. diverses acceptions de ce mot.

(213) Observez que nous n'avons que quinze mots terminés par au-, ce sont les mou : aloyau, bacaliau (morue sèche) , boyau, cornuau (poisson) , étau, gluau, gruau, koyau (instrument de vigneron), huyau (coucou), joyau, noyau, pilau (riz CDit avec du beurre ou de la graisse) , sarrau (souqucnille) , tuyau, unau (espèce de mammifère) ; et que nous en avons à peu près 250 terminés par eau.

(214) Local. Aucun des Dictionnaires que nous avons consultés ne parle du pluriel de ce substantif ; mais comme tous indiquent celui de TadjectiO et qu'ils diaent des usages locaux, il nous semble que Ton pourrait très bien dire aussi locaux, employé comme substantif. Un grand nombre de personnes en font usage dans la conversation.

(21&) Ail.

Tu peux choisir ou de manger trente auix^ J'entends sans boira et sans prendre repoê, etc.

(U FonUine, U Paysan gui avait offemé ton Seigneur.)

Cependant ce pluriel est peu usité ; et quand on veot l'exprimer 11 eit mieux de dire des gousses d'ail.

— L'Académie^ dans son Dictionnaire, en 183&, donne pour exeiDpie tilya des aul» euUivés et des auix sauvages. Puis elle ajoute : « Les bolanUtea dtoent éga- . lement ails au plurtdl : U culUve des ails de plusieurs espèces. •

168 DU NOMBEB DBS ftUDSTAIITlFS. .

n n'y a qiie tel mou qui le teraOnent en «m aa sioialiar qui iwwifiit Vê m plariel ; alml ne faitei pai la faute grossière d'écrire, par exemple» aa ploiM onMfdoti«, conauWt JaumêOMUD, traveaux, etc. , etc.

Obserrez eoeore que travail fait aa plmf el iravaiU , lorsqu'il sig;nUle une madiine de bols à quatre pillen entre lesquels les maréchaux attachent les clieTaux foogoeux pour les fèmr; ou bien lorsqu'il s'agit du eomple qu'un ministre ou no antie adminlstratear rend des alhlres de ton département, ou du rapport que le eommis fait an ministie ou au chef d'une administration de œttes qui lenr ont été lenyoyées. (Le DicU de V Académie.)

Les noms suivants : hal (215 6is) , camaU^ carnaval^ détaU^ épouvnniaU^ éveniailj gouvernail^ mail^ pcU, poriaily régaly sérail^ etc., suivent la règle générale , c'est-à-dire que leur finale prend un a au

pluriel. (Le WeHem. de ràeedeaL)

Hemarquee. — Bercail n'a pas de pluriel. Le Dielionnaire de Fjieademie n'en indique pas non plus aux mots bétail (216) » 6oea/; cepédant Caminade, Catineau^ Freville et Boiste (Diciionnaire des Rimes) sont d'avis que l'on doit dire bocals au pluriel; mais Bernardin de Saint-Pierre (Études de la Nature, étude VI, liv. I*'), H. Boinvilliers , M. Laveaux et l'Académie préfèrent bocaux. £o effet y pourquoi augmenter sans nécessité le nombre des exceptions?

Ciel et (Eil font deux et yeux au pluriel; cependant on dit quelquefois ciels et ceils :par exemple, on dira des dels de lit, de carrière; les CIELS de ce tableau sont admirables. V Italie est sous un des plus beaux CIELS de V Europe.

(L'Aeadteiie et le plut grand nombre des lexicognphei.)

On dira aussi des œils de bœuf (terme d'architecture) ; de chat, de serpent (terme de lapidaire) ; de perdrix (terme de broderie).

(Menés tuiorilésO

H. Ghapsal (dans un article du Manuel des amateurs de la langue française) voudrait que l'on dit les œils de la soupe, du fromage; mais l'Académie (dans son Dictionnaire^ au mot csil)^ Trévoux,

(216 hiê) Bal. Voltaire a employé ce mot au figuré :

Ce inonde est un grand bal od des foui déguisés Soos les risibles noms d'éminenoe et d'aliesse Pensent enfler leur être et hausser leur bassesse.

(DUeourê gur CinêgaUté des eondUiom,) (316) BisTiAuz. L'Académie fait obierTer que ce mot est va snbttaDUfqiil ala même lignification que le mot bétail i de sorte qu'elle semble dire que beHiau» n'est pas le pluriel de bétail; mais Trévouz, Féraod» Gattel» Wafily, etc. , sont d'un aTis contraire. ^ Laveaux croit que bétail se dit de l'espèce : le gros bétail, le petit bétail, et bestiaum des individus, olleM soigner les besUau».

DU NOMBRE DBS SUBSTAIITIPS. 109

Boiste et M. La?eaux sont d'avis qu'on doit dire les yeux du fromage, ainsi que les yeux du pain, de la soupe.

Pénitentiel, rituel de la pénitence, f ail pénUentieli au pluriel; péniieniiaux est un adjectif masculin qui n'a point de singulier et qui ne se dit guère que de certains psaumes.

(L'Académie, page sss àdietObtervaHons, elson IHethmuire.)

Universel (217), substantif, fait au pluriel masculin univenaux : On distingue cinq universàux . le genre, la différence, V espèce, le propre et V accident. (u wci. de CAcadm.)

Nota. Voyez, pour le mot alml, les jRmnarqueê détaeMes.

Obseryàtion. — La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des substantifs qui sont terminés au singulier par ani ou par ent en ajoutant un s, et en supprimant le t final dans les polysyllabes; mais ils le conservent dans les monosyllabes f). Quoi de plus inconséquent? Pourquoi, puisqu'ils écrivent les dents^ Implants, les vents, s'obstinent-ils à écrire les méchans, les contrevens ? Pourquoi terminer de la même manière au pluriel des mots qui ont des terminaisons différentes au singulier, tels que mu5tt/man, protestant^ dont les féminins sont musulmane^ protestante, et dont on veut que les pluriels masculins soient musulmans^ protestons ? Cependant, si l'on ne supprimait pas la lettre t dans ces sortes de mots, on s'épargnerait une règle particulière, et par conséquent une peine; puisqu'alors, pour former le pluriel de ces substantifs, il y a deux opérations à flaire au lieu d'une : retrancher le t, ensuite ajouter s. En outre, on conserverait Yétgmologie et Y analogie entre les primitifs et les dérivés ; l'étymologie, puisqu'avec aimant on fait aimanter, avec instrument, instrumenter-, l'analogie, puisque l'on écrit Vart, et au pluriel les arts^ le vent, les vents*, la dent, les dents. Enfin, cette lettre serait un secours pour distinguer la différente valeur de certains substantifs, comme de plans dessinés, eiie plants plantés.

Toutefois cette suppression n'est pas généralement adoptée; et en effet, Régnier Desmarais, MM. de Port-Royal, Reauzée, d'Olivet, Douchet, Restant, CondiUac; beaucoup de Grammairiens modernes,

(21 7} Ce mot^ en terme de logique, se dit de ce qu'il y a de commun dans les Individas (fan même genre, d'une même espèce.

(9) Nous disons des écrivains modernes ; car Racine, Boileaa et Fénélon, dont noua avons consulté les manuscrits on les premières éditions, ne retranchent point te t. Voy. ce que nous disons encore sar cette suppreaslon, cli. HI, art. i, J 2 i iafln.

iris que Domergiie» Lemare, Destatt de Tracy,' Lévizae, Mangard, Gueroult , etc. ; et un grand nombre d'imprimeurs que l'on peut citer comme autorités : MM. Didot, Crapelet, Michaud, Tilliard, Herhan, conservent le I final dans le pluriel des substantifs terminés par ont ou par ent; mais, puisque l'Académie (en 1798) a adopté cette suppression, nous ne pouvions nous dispenser d'en faire la remarque.^— Dans la dernière édition de son Dictionnaire , l'Académie conserve partout le t-, et c'est aujourd'hui la règle générale.

DBS SUBSTANTIFS COMPOSÉS.

On appelle substantifs composés certains termes dans la composition desquels il entre plusieurs mots, dont la réunion forme im sens équivalant à un substantif, comme Hôtel-Dieu, qui équivaut à hôpUali petit-maltre, à fat^ garde-manger, à 6t4)yi<; contre-coup, à réf/)ercu5sion; aro-en-ciel, à Iris, etc.

Dans les substantifs composés il entre : Premièremeni, un substantif accompagné ou d'un l chef-Aieu;

autre substantif. | flfartfe-fcoû*,-

OU d'un mot qui ne s'emploie plus isolément. . . loup-garou;

ou d'un adverbe quasi-délit;

ou d'une partie initiale inséparable vice-président:

ou d'un mot altéré; c'est-à-dire, dont la forme est

changée contre -danse.

Nota. Le lubstantif composé peat renfermer auul un nom propre eomme dans : Jean-le-Blane, Messire-Jean, Bon-Henrif Beinê-ClaudCt etc. , etc.

Dans les substantifs composés il entre : Deuxièmement, un verbe accompagné ou d'un substantif. passe-temps;

ou d'un adjectif. passe-dix;

ou d'un second verbe passe-passe;

ou d'une préposition passe-avant;

ou d'un adverbe passe-pattoui;

lYoisiimement, uneprépositîonaocompagnéeoud'un

substantif. apris-dlnée;

n Voyei la note 221, page iSO.

OU d'un adjectif. hamk-emiêre;

ou d'uB adverbe aprê$-demain;

iarc-erirciel; eauHle-vie; baute-en^irain; ipost-scriptum j mezzotermine; auta-dor-fé; forte-fiano. L'usage varie beaucoup sur la formation du pluriel de ces substantifs composés : les uns, les regardant comme de véritables sul>stantifs qui, en résultat, ne réveillent plus qu'une seule idée, ne mettent le signe du pluriel qu'à la un, quels que soient les mots dont ils sont composés; ils écrivent des prië-^ieuXy des arc-€nH:%els, des cùup--d^œilSy etc.

Hais, comme le fait observer M. Bonifkce, puisque ces Grammairiens regardent ces expressions comme un seul mot, pourquoi emploient-ils le trait d'union? et, s'ils ôtent ce trait d'union, comment, pour se conformer à la prononciation, écriront-ils des aro-en^el^ qui, sans trait d'union^ ferait aremciel ; croc-en-^ambe, qui ferait crocenjambe, à moins que d'en changer l'orthographe, et d'écrire des arqueneieh^ des crocquenjamhes P Ils seraient de même obligés d'écrire des blanbecSf comme ils écrivent des béjaunes ; Aeaporiaiguilles, comme ils écrivent des portors,

I^autres^ tels que Wailly et Lévizac, mettent au pluriel chaque substantif et chaque adjectif qui se trouve dans une expression composée employée au pluriel, à moins qu'une préposition ne les sépare , et, dans ce cas, le second seul reste invarisï)le : ainsi ils écrivent des abai-veniSy des contre-jours^ des rouget-gorges ^ des eaux-de^e, des chefs-d'œuvre.

Cependant Lévizac ajoute que la marque du pluriel ne se met pas dans les mots composés qui, par leur nature, ne changent pas de terminaison; comme des crêve-cœur^ des rabat^oie^ des passepartout, etc.

L'adverbe partout est invariable de sa nature ; mais cœur et joie ne se mettent-ils pas, selon le sens, au singulier et au pluriel? c'est donc le sens, et non leur nature, qui s'oppose ici à ce qu'ils prennent le «; en effet des crève-cosur, sont des déplaisirs qui crèvent le cœur.

172 DBSscMTAirrnreGaiiPosts.

Wailly, de son côté, dit que, par exeeption, il &ut éerire sans « des caq-à-Vàne. N'y a-t-il que cette exception à sa règle, et poorqnoi a-t-elle lieu? c'est, aurait-il répondu, parce que le sens s'oppose au pluriel, oonune dans des prie-dieu, que l'Académie écrit ainsi. Eh bien, d'après cette réponse même, Wailly aurait donc écrit des piedsâ-^erref des Mes-^ir-Me, des hAieli^ieux, des gatdeê-numger^ ce qui prouve d'une manière évidente que, pour l'orthographe de ces sortes d'expressions, ce n'est point le matériel des mots partiels qu'on doit consulter, mais bien le sens qu'ils présentent.

Au surplus, Wailly et Lévizac n'ont pas prévu tous les cas; beaucoup de substantifs composés n'entrent dans aucune de leurs règles^ qui cependant ont été copiées, sans examen, par la plupart de nos Grammairiens modernes.

HH. BoinviUiers, Wicard et Crépel sont les seuls qui aient plus ou moins rectifié la règle donnée par Lévizac et Wailly; et HM. de Port-Royal, Dumarsais, Condillac, Marmontel, Beauzée et Fabre n'ont point traité cette question, qui présente cependant beaucoup d'intérêt.

D'autres Grammairiens, et particulièrement HH. Lemare et Freville, ne consultent que la nature et le sens des mots partiels pour l'orthographe des substantifs composés. Au singulier, ils écrivent un serre-papiers^ parce que la décomposition amène un arrière-cabinet ou une tablette pour serrer des papiers et non du papier; et, d'après la même analogie, un vchnur-piedsj un couvre-pieds, un gobe-^mouches; et d'autres substantifs composés dont nous donnerons la décomposition. Au pluriel, ils écrivent des serre-tête^ parce que la décomposition amène des rubans, des bonnets qui serrent la tête et non les têtes ^ et, d'après la même analogie, des abaS-jour^ des boute-/eu^ des arcs-enr<iel, des kauts-de-chausses, des tête-^ tête, etc.

Enfin pour cette question d'orthographe, le Dictionnaire de VAcor demie ne peut faire autorité» parce qu'il est souvent en contradictioo avec lui-même.

On y trouve :

Un chasse-mouche, ... et un gobe-mouches.

Un couvre-pied et un vdHMUrpieds,

Des pot-au-feu et des arcs-en-del.

Une mille-feuille et des mille-fleurs.

Un essuie-main et un serre-papiers.

Noof prendrons cependant TAcadémle pour golde^ parce que, après tout, dans lei

DBS SUBSTAimPS COMPOSÉS. 17S

d'InterpréUtton oa d'usagé, c'est encore la meUlenre autorité^ et que, sauf quelques rares contradictions, iu décisions noos semblent empreintes de Justeese et de Térité. Genx qui la repoussent, d'ailleurs, ne sont pas eux-mêmes A Tabrf de toute contradiction. Et cet Inconvénient est presque inévitable dans un sajet oA ron procède sans règle positive, et où les Incertitudes de l'interprétation ne laissent jamais an travail une marehe assurée et invariable. A. L.

La plupart des auteurs ne sont pas plus d'accord entre eux, ni avec eux-mêmes.

Buffon écrit : des chauves-souris, des parcs-épics^ des pie-grièehes.

Marmontel : des tiie-â-tiie, et des iêUs-àr-iêtes.

J.-J. Rousseau : des pot-ath-feux, et des iête-à-tête.

De tout cela il résulte que, pour l'orthographe des substantifs composés, les règles qu'ont données plusieurs Grammairiens sont erronées, insuffisantes même; et qu'en outre il règne une grande diversité d'opinions parmi eux. Ainsi c'est rendre un grand service à nos lecteurs que de les faire jouir du travail que M. Boniface, éditeur du Manuel des amateurs de la langue française, et l'un de ses plus zélés collaborateurs, a consigné dans le 1" et le 2^ numéro de ce Mantiel; mais, afin de donner à cet article tout le développement que demande une question aussi délicate, nous y ajouterons des réflexions que nous avons puisées dans le Traité d'orthographe de M. Lemare : ces réflexions sont d'autant plus précieuses pour nos lecteurs, que M. Lemare est un de nos meilleurs Grammairiens, et que c'est lui qui a posé le principe qui sert de base à la règle que M. Boniface énonce en ces termes :

« Tout substantif composé qui n'est point encore passé à l'état de € mot O doit s'écrire ail singulier et au pluriel, suivant que la nature c et le sens des mots partiels exigent l'un ou l'autre nombre; c'est la < décomposition de l'expression qui fait donner aux parties compo- € sautes le nombre que le sens indique. »

Observations préliminaires*

V Dans les substantifs composés, les seuls mots essentiellement

(*) C'est par la suppression du trait d'union, et, si la prononciation l'eiige, par quelques changements dans l'orthographe, qu'un substantif composé passe k l'état de mot, comme on peut le voir dans adieu, auvent, iustaucorpâ, portefeuille, contrêveni, etc.

174 0B8 SUBSTANTIFS GOMPOStS.

iDTariables sont le verbe, la préposUion et Yadver1>e, comme : des cttêse-noiseUes, des avanP-coureurs, des quasi-délits.

2* Le substantif et l'adjectif se mettent au singulier ou au pluriel, selon le sens et selon les règles de notre orthographe; comme dans: des contre-vent, des eoftlre-amtroua; , des ewre-àmU, des ttrrtpleins, des demi-heures^ des quinze-vingts.

3** Siy comme dans pie-grièche^ franc-alleu, il entre un mot qu'on n'emploie plus isolément, ce mot prend la marque du pluriel, parce qu'alors il joue le rôle d'un adjectif ou d'un substantif pris adjectivement; comme dans-, iesnerfs-férures, ies gommes-buttes y desptesgrOches, des loups-garous , des loups-<erviers , ie& arcs-hautants , des arcs-doubleauxj des épines-vinettes.

4"" La locution latine vice, qui signifie à la place de, et les mots initiais, mi, demi^ semij ex, tn, tragiy arehi, placés avant un substantif, restent toujours invariables, comme dans : des viee-roisy des miaoût, des demi-dieux, des semi-tons, des ex-généraux^ des îfidouze, des tragi-comédies, des archirchanceliers.

5* Lorsque l'expression est composée de plusieurs mots étrangers, l'usage général est de ne point employer la marque du pluriel; comme dans : des te-Deum, des posi-scriptum, des auto-da-fé, des mezzo^ termine, des forte-piano. {Foy. plus haut, p. 158.)

Développements de la régie précédente, ou application de cette régie à chacun des substantifs composés dont V analyse pourrait présenter quelques difficultés.

Abat-jour, plur. des aba^jour : des fenêtres qui abattent le jour; ou, comme le dit l'Académie, des fenêtres construites de manière que le Jour qui vient d'en haut se communique plus &citaaaent dans le lieu où elles sont pratiquées.

Abat-vent, plur. des àbaP4>ent : des dharpentea qui abattent It vent, qui en garantissent.

AiGUE-MARiNE, pluT. des atgues-^méfines : dès pierres précieuses, couleur de vert de mer. Aiguë vient du latin aqua, eau; ainsi aigue-^marine signifie eaur^marine, ou de mer.

Appui-main^ plur. des appui-main (218) : des baguettes servant à*appui à la main qui tient le pinceau.

Quand on emploie le pluriel^ c'est apparemment poar désigner plusieurs de ces

(318) Ladécompositton d*nn subsUntif composé peut amener un singulier aussi

DBS SUBSTANTIFS OOMPOSÉS. 1 7Ô

eppuiM qui peumi Mrrir à pluslean ma<*i«. Or, II lemUe logique (féerire des ajppwif-malfu. Bt eomme, aTant toat, il noai parait néceualre d'éTiter cette exception bliarre d'un mot aa pliirièl mds les signes caractérisliqnes de ce nombre, Doos éUUissoDS ce principe : tontes les fols qa'ui mot peat raisonnablement se décomposer de manière i admettre la distinction do slngnlier et da pluriel, nous le ferons rentrer dans la règle ordinaire des snbstantlfs. Cette raison, fort plausible, semble avoir guidé l'Académie dans beaucoup de cas ; nous l'adoptons donc avec confiance, parce qu'elle ferme la porte au caprice, et qu'elle va nous guider d'une manière sûre et uniforme dans toutes les difficultés de notre sujet. A. L.

ÀRG-BOUTAiiTy plur. des a/rci-ioutanU: des arct, ou des parties d'arcy qui appuient et soutiennent une muraille; comme on en voit aux oôtés des grandes églises. Dans cette expression, 6autoiUest un adjectif yerbal qui vient de l'ancien verbe frou^, pousser.

Baoi-harie, plur. des haint-maric : des bains de la prophétesse Marie, qui, dit-on, en est l'inventrice.

L'Académie n'indique pas le plurial ; nous le croyons inusité. A. L.

Belle-db-nuix, plur. des belles^^uit; des fleurs belles la nuit.

Blang-seing, plur. des blanc-seings: des seings en bhtnc, des papiers signés en blanc^ sur du blanc.

L'Académie ne s'explique pas ; mais elle constate que dans ce sens on dit quelquefois un blanc^iigné, et elle range les deux locutions dans i'artide Blanc, espace réservé pour être rempli plus tard. Il nous semble qu'alors on pourrait écrire des Hanes-^ignis. Ce serait toqions une exception de moins. A. L.

BoN-€HRÉTiEN, BON-HENRI, plur. dcs bon^hrétieny des han-henri. Ce sont, dit H. La?eaux, des poires d'une espèce à laquelle on a donné le nom de bonriihréHen, le nom de bonr-henri.

On dit abusivement au singulier, dans quelques cas seulement, du bonHihrélieny du ban-henri, c'est-^à-dire, des poires de l'espèce dite bonrchréiien, bon-henri^ mais il faut dire au pluriel despoîres Be bon^hréiienj des potr^s de ban-henri. C'est l'espèce qui a donné le nom de bonr-chrélienf de ban-henriy et non pas les individus.

Nous ferons remarquer d'abord que l'Académie désigne le bon^hmri oasums une plante, et non comme un fruit. Nous dirons ensuite à notre tour qu'il y a con- IradicUon complète à ne pas mettre ici le signe du pluriel, lorsqu'on écrit plus loin des fMSêireM-jeani, etc. (voy. PonUPfeuf], L'Académie, Il est vrai, écrit des reines^Oaudê, et elle se tait sur les autres. Mais nous oserons^ contre son avis, soutenir qu'il faut employer le signe du plviel, parce que ces noms oaractéristiqoes

bien qu'un pluriel ; mais alors c'est toujours la raison qui doit décider de remploi de l'an des deux nombres : en conséquence, quoique Ton puisse dire, par exemple, que des apumiê-mains sont des appuis de mainâ. Il nous semble qu'il est encore mieux de dire que ce sont des baguettes servant d'appui à la main.

•ODt devenus par l'usage des noms commoiu, oomme on dit doi tartuft», eu eibj^ns, des claudes ; et d'aiUeuri, pourquoi le moireines au plurld, l'il doit M rapporter à un nom propre ? Il est impossible aujourd'hui que l'esprit se reporte i rélymologie. Le root reine-claude ne rappelle à personne autre chose que lldée d'oae prune ; mes$irê-jean que l'idée d'une poire. Écrivons done an plurid des èonschrétiens, des bons-henrii, des mguires^jfons, des reinu-olanida, comme dei reinei-margueriies, A. L.

BouTE-BN-TB AIN, plttF . des boute-eiv4rain : des hommes qui bouUfU, qui mettent les autres en train, qui les animent soit au plaisir, soit au travail : suivant la définition de TAcadémie.

BouTB-FEu, au propre, incendiaire; plur. des boute-feu : des hommes qui, de dessein formé, boutent on mettent le feu à un édifice, ou à une ville (peu usité en ce sens).

BouTE-TODT-cuiRE, plur. dcs boute-tout-cuire : des hommes qui boutent, qui mettent tout cuire, qui mangent, qui dissipent tout ce qu'ils ont.

Bbise-gou, brise-vent, plur. des brise-couj des brise-vent: des Escaliers où Ton risque de tomber, de se briser le cou, si Ton n'y prend pas garde; des clôtures qui servent à briser le vent. — D'après la même analogie, on écrira des brise^laee, des brise-raison^ des brise-scellés, etc.

Casse-<:ou, plur. des casse-eou ; des endroits où Ton risque de se casser le cou.

Le nom de toutes les parties du corps qui dans un même individu n'adraetteut pas le pluriel, doit nécessairement ne pas l'admettre dans le substantif composé. Ainsi donc nous écrirons Hu pluriel des cane-cou, des ca$»e-téU, des coupe-if orge, des couvre-chef f des crève-cœur, des serre-tête; mais dès que le pluriel peut s'employer, on rentre dans la règle. Il faudra donc écrire des coupe^jarrets, des crocsen-jambes, des cure-dents, des essuie^mains, des perce-oreilles. Voili la marche qui semble adoptée par l'Académie ; elle nous servira de règle. A. L.

Foye%t page 187, s'il ftnt écrire, même an singulier, casse^noisettes^ castemottes avec un a.

Chasse-marée, plur. des chasse-marée : des voituriers qui chassent devant eux la marée, qui apportent la marée.

Un chasse-marée^ dit l'Académie, est un voiturier qui apporte la marée $ il faut donc se garder d'écrire : les huîtres que les chtusemarées apportent! Qu'importe le nombre des voituriers? C'est toujours de la marée qu'ils apportent.

Voyez, page 187, s'il faut écrire, au singulier, cent^suisses ^i chasse-mouches avec un s.

Chauve-souris, plur. des chauves-souris : des oiseaux qui ressem-

Ueat à une souris qui est chauve» c'est-Â-^ire qui a des ailes chauves, des ailes sans plumes.

Chef-d'œuvre, plur. des chefs-d'œuvre (219) : des chefs, des pièces principales d'exécution; au figuré, des ouvrages parfaits en leur genre. Les Italiens disent : i capi d'opéra^ et ne pluralisent jamais le dernier mot.

Chou-fleur, plur. des choux-fleurs : des ch(mx qui sont fleurs.

CoLiN-MAiLLÀRD, plur. dcs colinr-maillard : des jeux où Colin cherche, poursuit Maillard,

L'Académie appelle aiusl eolin-mailtard le jooeor qui a les yeax bandés et cher, che les aotres. Tootefols, en admeUant même Tétymologle qu^on donne ici, si Von fndlqoe plnaieori Jeux, il fandra entendre que plnsienrs Colins pourealTent plusieon Maillards. Or, dani tons lea cas, le nom propre Id est employé an figuré, et prend la marque da pluriel (voy. p. 186). Nous deTonsdonc écrire des colimmaillmrds. A. L.

Contre-danse, plur. des contre-danse : on croit que ce mot est une altération de l'anglais country-dance ( danse de la contrée, de la campagne).

L'Académie ne met plus de séparation, et fait un mot simple : des conlradonêes, A. L.

Contre-jour, plur. des contre-^our : des endroits qui, comme ledit l'Académie, sont contre le jour, opposés au jour.

Contre-poison, plur. des contre-poison. Remède, dit l'Académie, qui empêche l'effet du poison; alors on doit, ainsi que le fait observer M. Lemare, écrire contre-poison au pluriel comme au singulier, car le même antidote peut servir également contre un ou plusieurs poisons.

Cependant, lorsqu'on parle des remèdes contre les poitom en général, 11 nous semble nécessaire d'écrire des contrepoisons, L'excepUon n'est donc pas encore nécessaire ici. Il serait même A désirer que ce mot perdit le signe de substantif composé, et s'écrivit comme le mot simple des contrevents, A. L.

CoNTRK-vÉRiTÉ, plur. dcs contre-vérités. La contre^érité a beau coup de rapport avec l'ironie. Amende honorable, par exemple, est

(219) Gbif-d'qiiuybe. Ce mot, quand il est Joint par la préposition da a un autre subftanUr, peut se prendre en bonne ou en mauvaise part : un cKef'^*mvwe d'ha» bileli, un chef-d'œuvre de bêtise. (Gatlel, Férand et Laveaux.)

a On n'a guère vu jusqu'à présent un chef-d'œuvre d'esprit qui soit l'ouvrage « de plusieurs.* (La Bruyère.)

t Cette harangue était un chef-d'œuvre d'impertinence, et en la lisant J'ai dése^- « péré du salut de son esprit. » (Balzac.)

!• tt

178 1>B8 SmSTANTIFS COMPOSÉS.

une eonirê-véritéy une vérité prise dans nn sens opposé à cdni de son énonciation ; car, au lieu d'être honorable, elle est infiimante, déshonorante.

Foor èire conséquent arec le système d'interprétâlton admis dans cette table, ne defrafl-on pas dire qu'il s'agit ici de proposlUons énoncées contrairement à la vérité de la pensée ? Et alors le signe da plariel ne serait pas motWé. Mais, au eontraire, d'après le principe saivi par l'Académlei on peal yoir dans ce mot : des assertions contraires aux vérités qu'on Teut exprimer, et alors la règle estappbcible : de$ contre-véritéê . A. L.

Coq-a-l'ane, plur. des coq^Vàne : des discours qui n'ont point de suite, de liaison, qui ne s'accordent point avec le sujet doot on parle. Faire un coq-^ir-l'âney c'est passer d'une chose à une autre tout oiqposée, comme d'un coq d un âne.

GouPE-GORGE (Î20), plur. des cùupe-gorge : des lieux écartés, secrets, obscurs, déserts, où l'on court risque d'avoir la gorge coupée. ( P^oy. plus haut, casse-cou* )

Courte-pointe, plur. des couries^pointes : ce substantif composé est une altération de contre-^points, espèce de couverture où les pomtes ou points sont piqués les uns contre les autres; couverture conirepointée. La préposition contre étant changée en l'adjectif courU, les deux mots qui forment le substantif composé doivent prendre adors le s au pluriel.

Couvre-chef, plur. des couvre-chef: des coiffures propres à couvrir le chefoM la tête. (Foy. plus haut, casse-cou.)

Couvre-feu, plur. des couvre-feu : des ustensiles qui servent à couvrir le /eu. -—L'Académie se tait sur ce pluriel.

Voyez, page ISS, s'il faut écrire an singulier, couvre-pieds avec on a.

Crè VE-<:cEUR, plur. des crive-cœur : des déplaisirs qui crèvent, qui Tendent le ccsur.

Une grande quantité de créve-eontr, on plotdt ee mot dans tonte son étendue, peul ne s'appUquer qu'A U même personne. Il n'entraîne donc pas l'Idée de phiraUté ; il ne demande pas d'être écrit par nn s. Voyez d'ailleurs au mot easse-cou. A. L.

Crig-crag, plur. des eric-crac: c'est, dit M. Lemare, une onoma-

(Î20; Coopi-GOM}Si on écrit de même des coupe- jarret, des coupe-pâtcVlcsdemie écrit néanmoins des coupe-jarrets. Mais jarret est Ici employé dans un s^ vague, Indéfini, dans un sens général; et cerUIncment, quand on dit coupe-jarrsl, Il ne s'agit pas du nombre des JarreU ; autrement, un seul quelquefois ferait, en ce genre, plus d'ouvrage que quatre.

— Voyez ce que nous avons dit au mot casse-cou. A. L.

topée, c'est-à-dire un mol dOBt le son est imîtatif de la chose qu'il signifie. Trictrac est ainsi formé, maïs trie et trac étant sans tiret^ on écrit, au pluriel, des trictracs. — Même raison pour flicflae$ et pour flon/lonSy crincrins^ etc.

Crog-em-jambes, plur. des crocs-m-janibes : plusieurs crocs que l'on forme en mettant son pied entre les jambes de quelqu'un pour le faire tomber.

Ce root prenant on «, même au lingalier, ne devrait pas être plaeé dans cette liste, mais dam la suivante. Toutefois est-Il bien nécessaire poor le sens de ce mot que les deux jambeê aolent attaquées, et ne fait-on pas tomber un honnie ea faisait brusquement fléchir une de «es Jambes ? Nous pourrons donc éecire avec l'Académie un eroe-^en'jmnbe ; et quand plusieurs eroe« attaquent plutieurs/omée«, nous écrirons des eroes^en^Jambes, Voyec pour la pranoodallmiio que wms ayons dit de ce mot, jg. aS et 39 ; et notre observation p. 190. A. L.

Cuii-DE-JATTE, plur. dcs culs-^c^atte. Ici la partie est prise pour le tout : ce sont des hommes nommés ciUê-de^attef à cause de la jaUe sur laquelle ils se traînent.

Vof es, p. 188, s'il faut écrire «n singulier, eure-denU, cvre-ortillês avec on s.

DAME-dBANNE, plur. des clames-jeannes.— Voyez Ponl-neti/l

Eau-de-^ie, plur. des eaux-ik-^ie. On dit diverses eauûS''i&'^.

Voyez, p^ 188, s'U faut écrire au alnsuiier, «nfr'aofat, rniêrs-côUit et suuiê^ mains avec un «.

Fesse-Mathieu, plur. des fesse-mathieu. Ce substantif composé est une altération de il fait saint MaAieu; c'est-à-dire, il fait comme saint Mathieu, qui, dit-on, avant sa conversion, était usurier. C'est par analogie avec cette expression qu'on appelle des fesse-cahiers^ des copistes qui font bien vite, et le plus au large qu'ils peuvent, les cahiers, les rôles dont on les a chargés.

L'Académie écrit au pluriel de$ fesie-mathieux. Quant i l'étymologie du mot, cdle qu'on donne ici nous parait au moins très hasardée. A. L.

Fier-a-bras, plur. des fier-àrbras. Ce mot composé est une altération de fierté-bras^ c'e8tr4--dire, qui frappe A tour de bras.— < Ici fier vient du latin ferit, il frappe. Nous avons retenu, dans la locution sansHioup'férirj l'infinitif de ce verbe.

Hais, en ce sens, U faudrait écrire fhrt, comme dans ce tfeox proverbe Ulfiart (frappe) quine tue pa$, I/allleurs, un fier^^hras n*esl pas un homme qui frappe, mail un fanfaron, phis menaçant que brave, et qui fait te fier à cause de ta force de son bras, tes latins se servent souvent du mot fèrox dans ce sens : fèrox Unguâ, feroxviriàus; comme si l'on disait /l^r-d-^an^tie, /ler-d-6ra». Cette étymologie phis simple nous parait la meilleure. Mais alors il faudra écrire des fiers-à-bras. Voyei aussi notre observation, p. 190. L'Académie garde le silence. A. L.

Focille-àu-pot, pi. des fouille-au-pai : des hommes^ des marmi* ions dont la fonction est de fouiller^ de visiter lepoU

GàGNE-dknier, plur. des gagne-denier: tous ceux qui gagnent leur vie par le travail de leur corps, sans savoir de métier. Il n'y a pas plus de raison, dit M. licmare, pour écrire un gagne-denier que des gagne-denier : car s'il s'agissait du nombre plutôt que de Fespèce, un seul homme pourrait être ^.^çelé gagne-denier ou gagne-denien Ainsi, quelque opinion que l'on adopte, le singulier et le pluriel doi vent avoir la même orthographe.

Pourquoi donc ne pu faire ane distinctioa ; poarqnol ne pas suivre la Gnnmaire quand la raison le permet ? Si chacun gagne un denier p ne peut-on pas, en énonçant la rtonion des Individus, énoncer aussi celle des deniers ? Nous écrif «m arec rAcadéole des ^a^Mo-d«niffr«. A.L.

Gagnr-paiii, plur. des gagne-pain : des ontils avec lesquels on gagne son pain.

Gagnr-petit, plur. des gagne^peHi: des rémouleurs qui gagnent peu, qui se contentent d'un petit gain.

Garde-côte (221), plur. des garde$-^ie$ : des gardiens des côtes.

GARBB-rBU, plur. des garde-feu : des grilles qui gardent, qui garantissent du feu.

Voyes^ pag. 189, si Ton doit écrire au singulier, garde^foue avec nn e.

Garde-note, plur. des garde^noie : des personnes qui gardent nok. On dit prendre noky tenir note; de môme on doit dire garder note, d'où garde-note.

GeUe conclusion n'est pas d'accord avec la règle posée tout' â i'heore aa ma garde-eôtê : U s'agit Ici également d'an gardien, et non pu d'an meuble où l'on garde des notes. L'Académie a donc raison d'écrire des gardee-notês. Ainsi, point de doute, jj faudra toujours un # au pluriel de garde dans le sens de ffurdien, Nsif quelle règle suivra-t-on pour la sêCdime^ârtle de ces mots composés? l\ faut, diton, recourir au sens : comme si les mots n'étaient pas susceptibles de plusieurs in- (erprétaUons, comme si ce n'était pas livrer l'orthographe i l'arbitraire et aa lia sardl SI l'on parle d'un magasin gardé par deux personnes, le sens exigera qoe l'on écrive des gardee-inagaein; si deux magasins n'ont qu'un seul gardien, le sens

(221) ObeertHUion .*-Si garde, en oomposlUon, se dit d'f*fie perionoe, alors 11 a le sens de gardien, substantif qui doitprâidre le s au pluriel : des gardee-cham' pêtree, des gardes-marines, des gardée-magasins, des gardeP4nanteauXf etc.; mais si garde se dit d'une chose, ou se rapporte i une chose, alors II est f erbe, et par conséquent invariable: des ^arde-tnie, des garde^manger, des garder* bes,tU.

— Voyei M qui est dit au mot garde^note.

exigera un gardê^maffatins et ainsi des autres. Les Grammairiens vetttent qu'on éeriTe wnêgardMmOadêif une femme qui garde ies maiadei ; mais comme on ne garde ordinairement qu'un malade à la fols, l'Académie « raison aussi d'éerire aards-mt^ffqfe. Onl décidera du Vrai sens? Pourquoi on gard0~€ha$sê seralMl pinl6t un gardien de la chasse que des chasses , puisqu'on dit un eaj^Uainê dê$ chasses? Concluons que cette régie, tirée du sens des moU, sera sonveat un guide infidèle. L'Académie, comme nous l'ayons dit, part d'un autre principe ; elle écrit : i im garde^côtei des gardes^ôtes; une garde-maiode, des gardes-malades ; on 1 garde^nùU^ des gardes-notes. Ainsi les deux mots, n'étant pas joints par une par- i tîcttle, nais rapprochés et liés par une étroite cohérence, paraissent devoir subir les mtaes lois : le second fait en quelque sorte les fonctions d'adjectif; il expHqoe, 'il qualifie le premier; et certes l'analogie est grande entre garde^bois et gardeforestier. De là, nous tirerons celle régie générale : que le second mot devra to«-i jours s'accorder avec te premier et varier comme lui, excepté dans le cas où ce se-j cond mot serait lui-même invariable. Noos écrivons donc au pluriel avec deux s/ gardee^hasses, gardes-marteaux, gardes^rôles, gardes-rentes, etc. Hais nous écrivons : des gardes-vaisselle, des gardes -marine, parce que les mots vaisselle ti marine ne prennent pas le pluriel. Quelques-uns cependant entendent gardesmarines comme gardes françaises; ce n'est pas l'opinion de r Académie. Enfin elle écrit un garde-sacs, par exception, à cause du sens; plor. des gardes-sacs. De cette manière nous aurons une marche plus sûre, et nous éviterons les contradllions qui se rencontrent entre la liste donnée p. 191 et celle qui se trouve ici. A. L.

Gate-uétier» plur. des gâte-métier : des homtMs qui gâtent h métier y en donnant leur marchandise ou leur peine à trop bon mardié.

▼oyez, pag. 189, pourquoi l'on doit écrire, an singulier, gobe-mouches avec un s.

Grippe-sou, plur. des grippe-sou : des gens d'afifaires qui, moyennant le sou pour livre, c'est-à-dire, une très légère remise, reçoivent les rentes. Cest dans le même sens que Ton écrira desptnce-niat/fe. Maille y dit l'Académie, était une monnaie au-dessous du denier : Trois souSy deux deniers et maille. Il n"a ni sou ni maille, — Des pince-maille sont des personnes qui pincent, qui ne négligent pas une maille. Ainsi les pince-^naille sont de deux ou trois degrés plus ladres, plus avides que les grippe-sou.

Par les mêmes raisons que pour gagne-denier, il faut écrire au pluriel des grippetous, des pince-mailles. A. L.

Haussb-gol , plur. des hausse-col : des plaques que les officiers d'infanterie portent auHlessous du cou, ainsi que le dit TAcadémie, et non pas au-dessous des cous.

Mais quand il y en a plusieurs, Ils haussent plusieurs cols, et non pas un seul t le sens peut donc n'être pas restreint comme dans casse^ou, erive-cesur, Ajontei encore que le mot col peut avoir une autre sIgniflcaUon : Les militaires portent des cols noirs. (Acad.) Ecrivons avec l'Académie des hausse-cols. A. h.

Haut-lb-corps, plur. des hauts-le^arps : les saats» les pranien mouTements d'un homme à qui l'on fiât des propositions qui te révoltent

I/Académle écrit dei hauUle^sorps, ei atec raison; car haut ne peat èUeid synenymedesaot, et d'alllears, dans ce cas, Il faudrait hatU-^-corps. n s'agit donc d'indiquer qu'on a le eorp$ haut, qu'on se dresse. II en sera de même dans la location hatO-le^pied, A. L.

HAUTE-coNTREy plur. des Aaufoa-conlr^ : des parties de musique, des Yoix qui sont opposées^ qui sont contre une autre sorte de toix.

Haute-futaie, plur. des iMutes-fkUaies : des bois, des futaies éle- . vées, hautes.

HAVRE-SACy plur. des havre-sacs : ce mot, dit Ménage, est entièrement allemand, ffabersack signifie littéralement dans cette langue sac â avoine, du mot sak, sac, et haber, avoine. Sac est donc le seul mot qui doive prendre le pluriel.

HoRS-n'CBUVitE, plur. des hors-^csuvre : certains petits plats qu'on sert avec les potages et avant les entrées; avant que les convives se mettent à l'œuvre. On le dit aussi des parties d'un livre, d'un ouvrage de l'art, qui ne tiennent pas immédiatement au sujet traité.

MouiLLE-BOUCHE, plur. dcs mouille-^Hnichey des poires qui mouillent la bouche. — L'Académie se tait sur ce pluriel.

Passe-droit, plur. Aespasse-4ro%t: des grâces qui passent le droit, des grâces qu'on accorde à quelqu'un contre le droit.

Quand on énonce le pluriel, il est évident qu'il 7 a plus d'un droit méamno, pins d'un Intérêt blessé. C'est pour cela que l'Académie écrit de$ passe-droits, et par suite des passe-ports, des passe-poils. Ce qui confirme encore le principe que nous ayons émis pins haut sur la disiinction des nombres. A. L.

Passe-parole, plur. ie^ passe-paroles : des commandements, des paroles que l'on donne à la tète d'une armée> et qui, de bouche en bouche, passent aux derniers rangs. — L'Académie écrit de même un passe-volanty des passe-volants,

Passe-partout, plur. des passe-pariout : des defs qui passent partout, qui ouvrent toutes les portes.

On doit écrire de même dt» passe^^bout. A. L.

Passe-passe y tour d^ adresse, plur. àjdspass&-pas$e. Vo^lemot Pique-nique.

L'Académie n'admet qae It seule locaUon lotira de passe-passe.

Passe-port, plur. à&à passe-port : qu'il y ait un ou plusieurs pasee-porty dit M. Lemare, ce sont toujours des papiers pour passer le port, ou son chemin. — Voyez Passe-droit.

DBS SUBSTANTIFS COMPOSlS. 1S3

Pbicb-iisi«b» raECE-PiBRBB, pluT. dss pefVfl^iMtf» : da petites plantes qui percmt te iieî^, te pierre^ qui croissent i travers te neigey la pierre. — L'Académie se tait sur ce pluriel.

PiBD-A'TERRB, plur. des picA^Herre : des lieux, des logements où Ton met seulement le pied à terre y où Ton ne vient qu'en passant.

PiBD-pLAT, plur. des pieds-plate : on appelle, dit l'Aeadémie» un piedrpUUy un homme qui, par son état et par sa conduite, ne mérite que le mépris. Il parait, selon M. Boniface, que cette locution s'est introduite dans le temps que leâ hommes de basse naissance portaient des souliers plats, et que les talons hauts étaient la marque distinctive de la noblesse.

L'étymolofle de oe mot poorrait remontf r fort toin ; car tes RomaiM désignatal par pUmiipeê ou plal-^ied, las hiitrioiii de bas étage qui ne portaient pas h brodequin oomiqae, oa même ceax qui n'ayant paa de tréteaux, Jouaient de plein pied dans la rue. Celait dès lors un terme de mépris. A. L.

PiQDB-NiQUE, plur. des pique-nique : des repas où ceux qui jhquent, qui mangent^ font signe de la tète qu'ils paieront.

Les Allemands, dit M. Lemare^ ont aussi leur picknick, qui a le même sens que le nôtre. Picken signifie piquer^ becqueter, et nicken signifie faire signe de la tête.' — Pique-^ique est donc, comme pasae^ passôj un composé de deux verbes; il est dans l'analogie de cette phrase, qui touche mouille.

L'analogie n*est pas complète^ car passe-passê ne peut être composé que d'un senl verbe, c'est un mot redoublé; et dans qui touche mouille, le relatif Joint les deux ?erbes. Nous ne prétendons pas.co;)tester l'élymologie allemande de ce mot; mais i*onhographe en doit être française. Or, nous avons en français une vieille locution, faire la nique^ qui indique un signe de tète, une marque de défi ou de moquerie. Ce mot a bien pu servir de règle dans la composition de pique-' nique. Aussi r Académie éalt-eUe des pique-niques, et nous devons nous soumettre & cette autorité. A. L.

PLAiN-cnAMT, plur. des plains-chants : des chante plains, unis» simples, ordinaires de l'église.

PONT-HEUF, plur. despofiliHMis/s ; un pont-nmft&i un nom que l'on donne à de mauvaises chansons, telles que celles qui se chantaient sur le Pont-Neuf à Paris. On écrit des ponts-neufij d'après une figure de mots par laquelle on prend la partie pour le tout. Le fondement de cette figure est un rapport de connexion; l'idée d'ime partie saillante d'un tout réveille facilement celle de ce tout. Dans le substantif composé pont-neuf^ employé par métonymie, l'idée de dianson prédomine toujours, et c'est pour cela qu'on a dit un^nm^

184 DES SUBSTAIITirS COKPOSËS. ,

fieM/; et au plarid des pmÉê-neufs, parce que le substantif ottnposé pont^neuff remplaçant le mot ehanscm, est susceptible, comme lui, de prendre la marque du plurid.

Cest par la même figure que l'on dit cent vaUes, pour cmi vaisseaux; cent feuXj pour eeiUtnénage$; voilà de beaux loutres, pour signifier de beaux chapeaux faits avec le poil de la huire; des rougesr^orges^ pour des oiseaux qui ont la gorge rouge; des hlancs-A^ecs , pour des jeunes gens sans expérience, sans barbe, qui, pour ainsi dire, ont le bec blanc.

C'est encore par la mtoie figure, qui prend la cause pour l'eflet, l'inventeur pour la chose inventée, le possesseur pour la chose poslédée, que Ton dit, un Raphaël^ un calepin^ une dame-Jeanne^ un messirù-jean^ une reine^laude, etc., et au pluriel, àe&Baphaëls^ des calepins , des dames-^jeannes^ des messires-jeans^ des reines-claudes .

Porte-aiguille, plur. des porte-<iiguille : des instruments qui portent ou allongent une aiguille : ils n'en portent, ils n'en allongrat qu'une à la fois. Il ne s'agit point, dans ces mots et les semblables, du nombre des choses, mais de l'espèce de la chose portée. C'est ainsi que Ton dit de plusieurs : Ils portent la haire, ils portent Vépée^ ils portent perruque, etc. —Par analogie on écrira : Aesporte-arqudnMe, des porte-dieu, Aes porte-^drapeau, etc.

Telle est aussi la décision de rAcadémie. Mais noos ayoaoDB qu'il nous est difficile d'en comprendre la raison ; car, si Ton doil écrire des parte-aiffuille sans s, parce qu'ils n'en portent qu'une à la fois, de même il faudra écrire sans s des tirebotte, parce qu'ils n'en tirent qu'une A la fois, et, par la même raison encore, des casse noisette ; ce qui serait contraire, pour ces derniers roots, à la décision de l*Académie'et de tous les Grammairiens. Allons plus loin : chaque régiment a son drapeau; on dit des soldais qu'ils sont sous les drapeaux. Or, si nous ne mettons pas de s pour indiquer plusieurs porte-drapeau, ne semblons-nous pas indiquer qu'ils portent tous le môme, comme lorsqu'on dît des porte-dieu? C'est donc, il faut l'avouer, sans en comprendre les motifs que nous subissons le Jugement de l'Académie. Void, du resle, tous les mots qu'elle indique comme ne prenant point lesignedupluHel: porte-aiguille, porte-arquebuse, porte-àaguette, |Mirfe.dot»gie,porte^osse, porte-dieu^ porte^rapeau, porte-enseigne, porte-^tée, porteétendard, porte- fer, porte-hache, porte-malheur, porte-montre (peUt coussin), porte-mousqueton, porte-page, porte-pierre, porte-respect, porte-tapisserie, porte-vent, porte-verge. Elle écrit en un mot simple des portecollets, des por- Ucrayons, des portefeuilles, des portemanteaux. Elle n'indique pas l'exception Tontporte-traU; est-ce une omission, on fiut-il écrire des porte-«ra«j? Enfin, elle admet au sIngaUer un porte-clefs, un porte-montres (armoire d'horloger), un porte-mouchettes! et comme substanurs pluriels, des porte-barres, porte^tners, P9rte-étHvières. Noua a?ona fait le rele?é de tous ces mots , parce que nous n'a-

DES SUBSTANTIFS COHPOSÉS. 1 85

I ^ Ta id da prineipe fiie qui pût lervir éb règle. Notre ayif penoonèl serait de ramener cet article aux règles posées plus haut, d'après la marche même gênéralement adoptée par TAcadémie. (Voj. appui-main, eas$9'^(mtpa$êe-droU,$err9-' fUêt tire^balle^ et sortout garde-note.) Ainsi noas voudrions qu'on admit le signe du plariei pour tous les mots qui le peuvent recevoir ; et que l'exception Tût réservée seulement pour ceux dont le sens la réclame, des porte^dieu, des parlê-mal» hoir, des portê^e$pêci. Hais l'autorité est contre nous. A. L.

Voyex, pag. 189, pourquoi Ton doit écrire, même au singulier, porie-moticA«fles, aYee un j.

PoT-Au*Fxu. L*Aeadémle écrit an pluriel, des pot-au-feu, parce que ce mot ne désigne pas des poU, mais des morceaux de viande qu'on met dans 1$ pot* Elle écrit séparément pot à l'eau, au lait, à beurre, etc. A« L.

PoT-DB-viN, plur. des potê-de-^n^ c'est-^rdire, ce qui se donne par manière de présent, au delà du prix qui a été arrêté entre deux personnes pour plusieurs marchés conclus, et pour tenir lieu des pots de vin qu'on a coutume de payer en pareilles circonstances.

C'est ici le signe pour la chose signifiée.

Reine-glaude, plur. iesreine^-^laudes. On prétend que cette sorte de prunes doit son nom à la reine Claude. Alors c'est la cause pour l'effet, comme lorsqu'on dit, des^ponte-fiew/s. — Voy. Bon-chrétien.

RÉYEiLLE-MATiN, plur. des réveiUe-maiin : horloges ou montres qui réveillent le matin.

Sagk-fehiie, plur. des sages-femmes : des femmes qui, par leur profession, doivent être prudentes, sages; c'est la cause pour l'effet.

Sauf-conduit, plur. des saufs-conduits : des papiers qui assurent que quelqu'un ou quelque chose est conduit sain et sauf. On a pris l'objet sauf-conduit pour le papier; c'est la chose signifiée pour le signe, ou c'est l'effet pour la cause.

L'Académie, sans doute, décompose autrement ce mot. Elle semble entendre : des papiers qui conduisent en sûreté; qui sont les eonduiti ou les conducteurs d*nn iiomme sauf. Ainsi elle écrit des sauf-conduits. A. L.

Serre-file, plur. des serre-file : un serre-file est le dernier de la flle; par conséquent, des serre-file sont les derniers de chaque file^ et non les derniers de toutes les files.

n est vrai ; mais II y a des derniers dans toutes Us files, dans tous les pelotons ; il y a donc des serre-files, et TAcadémie a raison d'écrire ainsi au pluriel. A. L.

Voyez, page 190, pourquoi 11 faut écrire, même au singulier, terre-papiers et sousHfTdres avec un s.

Skrrb-tétb, plur. des serrc-iiU : des rubans ou bonnets de nuit avec lesquels on serre la tête. — Voyez Casse-cou.

186 DES SUBSTANTIFS OOHPOSÉS.

TAts^a-tAtk, plur. des Étêê-é-Uk : des cooTersatioiis on enti^ vues qui se font tète^-téte, ou seul à seul.

Terre-plein, plur. des terrei^leins : des endroits pleins de terre, et présentant une surfiaice unie.

TiRE-BÀLLE^ plur. des are-balle : des instruments qui, d'âpre U définition de l'Acaidéiniey servent à extirper la balle de plomb du corps de ceux qui sont blessés d'un coup de fusil ou de pistolet. Comme ces armes à feu ne sont ordinairement chargées que d'une seule balle, ce mot se prend au singulier dans Texpression dent il fait partie. Par analogie, on écrira : des êire-lHmekony des iîre-bayrre^ des tire-moelle, parce queoe sont des instruments pour tirer le bouchon, la bourre^ la tno$lle.

Vay«i, pa0S IMK si Yon doit écrira néeeMatrament aa ilngnUer, fire-SoUct tvee

L'Académie écrit au ploriel des tire^MlUê^ de« tire-UUi. D'aprtf le mène principe, noiu écrirons des tire-bottes, des tire^bouchoni, deg tire^àourreê, des Urê'boutons, des tire-fonds, des tire-piêds : mais nous écrirons des ft're-moeli^, parce que ce second mot ne prend pas le pluriel. A. L.

Tire-lire, plur. des tire-lires : ce mot composé est une altération de iire-liardy ainsi appelé parce que cette espèce de tronc sert à enfermer de la menue monnaie. M. Boniface, TAcadémie et plusieurs Lexicographes écrivent tirelire en un seul mot, et alors ils écrivent au pluriel tirelires.

^oyez, page ISO, si ron doit écrire, même au singulier, le mot viée-botMieiliês ayec un «•

Trouble-féte, plur. des trouble-fête : des importuns, des indiserets qui viennent interrompre la joie d'une assonblée publique ou particulière. L'idée du nombre tombe sur le mot personne, qui est sous-entendu; et qu'il y ait un ou plusieurs troubU-fite, c'est toujours tine ou plusieurs personnes qui troublent la joie d'une as-

n est vrai que Voltaire a dit dans Y Enfant prodigue (acte 1*% scène 5 ) : < Nos deux troubles-fites; » mais c'est apparemment parce qu'il avait besoin d'un s pour la rime.

Yolb-au-vbiit, plur. des vole-au-vent : des pâtisseries si légères qu'elles voleraient au moindre vent.

L* Académie écrit vol-^th-vent, et n'admet pas le signe du pluriel. A. L.

Ùbservation. --^ 11 nous semble que cet article serait incomplet si nous négligions de le faire suivre de la liste des substantiHi eemp»-

BBS SUBSTANTIFS OMfPMtS. 187

ses dmt le second mot doit praidre la marque da pluriel, quoique le substantif composé soit employé au singulier.

On écrira, au singulier, comme au pluriel, avec la lettre s au second mot :

Un BRÈCHB-nENTS, psToe qtt*un hrèclie-dents est un homme qui a une brèche ou un vide aux dents antérieures; soit que Ton parle d'une seule personne ou de plusieurs, ce n'est toujours que Tidée d'un Yide qu'on veut faire entendre, et ce vide est aux dents.

L'Académie écrll ^éeAe-cl«nl ta slngalier ; il fkat donc expliquer : homme à qui une dent fait h'èehû dana la bouche. Mais l'Académie ne donne paa le pluriel. Il nous semble qu'on peut suivre id la règle dea deux sabstanUfs (TOjes garéfi-wrtê, p. 180} , et écrire des brèches^diHUs. A. L.

Un GASSE-NOiSETTES, uu cosse^moUeM ; parce que, comme le dit l'Académie, l'un et l'autre sont des instruments avec lesquels on casse des noisettes, des mottes.

L'Académie écrit tin easse-'noiêetle, (voyez ce que nous avons dite l'art, porte* aiguille, p. 184] au pluriel, des caese^noisettee. l\ semblerait que par suite on dût écrire des casse-tétes; toutefois l'Académie retranche le «. Unous est difleile de saisir la raison de celte eicepUon, quand II s'agit des sauvages qui portent ces Instmments propres à casser les tètes; mais noua comprenons bien cette orthographe ponr dé^goer des travaux fatigants et qui eassent la tête. Dans ee dernier cas, il ne faudrait pas de s (voyez casse^ou) , et c'est sans doute ponr eda que le mot n'en prend dans aucun cas.Notre avis est d'admettre les deuz OMnières, selon le sens. A. L.

Chasse-chiens, parce que ce substantif composé se dit de celui qui chasse les chiens d'un lieu quelconque.

L'Académie ne reconnaît pas ce mot : mab nous metirons au singulier «Aossachien, comme un chasse-mouche. A. L.

Un GHASSE-MOUCHES, parce que (d'après l'Académie elle-même) c'est un petit balai avec lequel on chasse les mouches. — Voyez jo6emauchei, p. 189.

Un GENT-suissES, parcc que ce substantif composé se dit (suivant la définition de l'Académie) d'un des cent-suisses de lagarde du roi.

L'Académie écrit un cent-suisse, c'est-à-dire, un suisse des cent qui gardent le roi ; ou plutôt cent-suisse est une sorte de substantif simple, qui fait une locuUon moins étrange encore que tin garde^française, où nous voyons un adjectif féminin fotrer dans la composition d'un nom masculin. Ici l'usage a plein pouvoir. A. L.

 l'égard du mot chevau-léger^ M. Lemare voudrait qu'on écrivit au singulier co^me au pluriel, chevaux-légers avec nn xkohevatix; parce que, selon lui, on dit : mille chevaux, pour mille cavaliers^ et que d'après la même analogie, on dit être dans les chevaux-légers , et, par une abréviation plus grande, un chevaux-légers.

] 88 ÏHBB SUBSTANTIFS COMPOSÉS.

Quoi qu'il en soit, Tasage est d'écrire chevau-léger aa singalier, et ehevan^égers au pluriel; c'est , comme le fait observer M. Bonî&ce, une expression consacrée, de même q}ie franc-maçonnerie^ substantif féminin formé sur franc-maçon; et haute-liceur^ substantif ma^ culin formé sur haute-lice^ où les deux dérivés, franc et kauUj sont invariables.

Un CHÈVRE-PIEDS, parcc que ce substantif signifie (d'après le Die- Honnaire de r Académie) un satyre qui a des pieds de chèvre.

L'Académie ne met un â qu'an pluriel : un cMvre-piedf des ehèvrs-piôds.

Un CLAQUE-OREILLES, parce que c'est un chapeau dont les bords sont pendants et se soutiennent peu ; ainsi daque-oreilles est on chapeau dont les bords pendants claquent les oreilles. — L'Académie ne donne pas ce mot.

Un COUVRE-PIEDS, parce que (d'après la définition de TÀcadémie) c'est une sorte de petite couverture d'étoffe qui sert à couvrir les

C'est id surtout que se montre dans le Dictionnaire de r Académie rapplication du principe que nous avons indiqué pour maintenir la disiinclfon entre le singulier et le pluriel (voy. p. 174). Ce mot et les suivants ne prennent un i qa*au plariél. Nous ne nous arrêterons pas sur les eiplicatlons, mais nous écrirons au singulier, avec l'Académie : un couvre-pied, un cure^dent, un cure^oreille, un entr'acte, un enire-côte, un estuie-main, un garde-fou, une garde-robe. Il en sera de même de un enlre^ligne, un ewlre-WBud, un entresourcil , etc. Toutefois» nous n'admettrons pas la marque du pluriel pour le mot entre-sol , parce que oe mot, sdon nous, signifie un logement entre le sol et le premier étage, et par extension toot logement pris dans la hauteur d'un étage^ c'est-à-dire^ entre le sol d'un étage et sa partie aupérieure. Nous n'admettons donc pas, comme M. N. Landais, entresols, jou logements pratiqués entre deux sols. L'Académie se tait sur ce pluriel. A. L.

Un CURE-DENTS, parce que (d'après la définition de l'Académie) c'est un petit instrument dont on se cure les dents; (^uncure-deni,)

Un CURE-OREILLES, parce quc (d'après la définition de l'Académie) c'est un petitinstrument propre à curer les oreilles; ( — uncure-^»reiUe.)

Un entr'agtes, parce que (selon la définition de l'Académie) c'est un espace, un intervalle qui est entre deux actes, entre deux nœuds d'une pièce de théâtre; ( — un entr'acte.)

Un entre-côtes, parce que (d'après la définition de l'Académie) c'est un morceau de viande coupé entre deux côtes de bœuf; par la même raison, on écrira un entre-lignes y un entre-^œuds^ un «ilresourcils. (Voyez couvre-pieds.)

Un essuie-mains, parce que (d'après la définition de l'Académie) c'est un linge qui sert à essuyer les mains ; ( — un essuie-main.)

râS SUBSTANTIFS COMPOSÉS. 189

Un LAVK-MÀiNSy parce que ce mot signifie un ustensile de cuisine, de salle à manger où on se lave les mains; ( — mot rejeté par VAcadém.)

Un GARDE-FOUSy parce que, dit M. Lemare, un garde-fous est une barrière que Ton met au bord des quais, des terrasses, pour^emp^ cher que les fous ou les étourdis ne tombent; ( — un garde-fou,)

UneGARDE-ROBES, parcc que (selon TÂcadémie) c'est une chambre destinée à renfermer les robes, les habits ; ( — une garde^obe,)

Un GOBE-MOUGHES, parce que ce mot signifie une espèce de petit lézard fort adroit à gober les mouches. Figurément on a donné ce nom à l'homme qui n'a pas d'avis à lui^

On reproche à l'Académie une contradicUon poar avoir donné an chaste^numehe et an gobe-mouches. Noas pensons, noos, que ceUe diflérence a été admise à dessein. En effet, une mouche suffit pour qu'on en soit importuné et qu'on ait t>esoin de la chasser, témohi la fable, le Lion et le Moucheron. Un gobe-mouches, au contraire, ne prendrait pas ce nom s'il n'en avalait qu'une ; c'est ici une habitude, une numiëre d'être continaelie. La disUnction est donc Juste. A. L.

Un HAUT-DE-<!HAUSSES, parcc que cette expression s'entend de la partie du vêtement de l'homme qui le couvre jusqu'au haut des chausses, actuellement appelé bas, culotte^ pantalon. --- Chautser vient du latin cakeare (de calceus, talon). Au pluriel on écrit hautsde-chausses.

Coofonne à la décUton de l'Académie, qid admet aossl au singulier AntiMeekausse. A. L.

Un PÈSE-LIQUEURS, parce que (d'après la définition de l'Académie) c'est im instrument par le moyen duquel on découvre la pesanteur des liqueurs. — L'Académie : un pêse-liqueur.

Un POKG-ÉPIGS, parce que (d'après la définition de TAcadémie) un porc-épicB est un animal dont le corps est couvert de beaucoup d'épics ou de piquants. — Le mot épics^ dit M. Boniface, n'est j^int une altératicm, c'est l'ancienne orthographe; on disait épie pour^n, piquant Ce mot vient du latin spica^

On peut (fire aussi que c'est un pore qui se distingue par Vépte; il y a là deux iabslantlfs réunis sans préposition ; ils doivent s'accorder. Voyez le mot garde^note p. 180. Peut-être même est-ce un adljectif, porcta spicatus. Aussi l'Académie écrit un pore'4pic. Noos avons déjA parlé de ce mot, p. 88. Voyez aussi p. 190. A. L.

Un PORTE-MOUGHETTES, parcc que ce mot signifie un plateau de métal où l'on met des mouchettes. — Par analogie on écrira un porteleUres, ei \m porte-manteaux (autrement dit ;K>r^Aafrtl!9) etc., etc.

L'Académie écrit un poriemanteau. Voyez plus haut porte-^iguille.

Un QUINZE-VINGTS, parcc qu'un quinxe-vingts est un des aveugles

placés dans I*hôpital des Quinze-Vingts ou trois cents aveugles. *- L'Académie écrit l'hOpital des Quinze-Vingts avec un s^ et un quiMevingi sans s; mais M. Lemare et M. Boniface font observer avec raison que quinxe-^ngts désigne dans les deux cas, au singulier et ao pluriel, quinze-vingtaines, ou trois cents. Voyes plus baat eent^suisH,

Un SERRE-PAPIERS, parce qu'un serre^piers est une sorte de tablette où l'on serre des papiers.

Un sous-ORDRES, parcc que (dit l'Académie) ce substantif signifie celui qui est soumis aux ordres d'un autre.

Od dit .* être en som-ordre. Or, un âotu-ordre peut aossi bien indiqner on homme qui est dans an ordre, an rang Infériear. C'est pour cela qoe nous éerirOBS avec l'Académie un sous-ordre et des sous-ordres» A. L.

Un TiRE-BOTTESy porce que c'est un instrument propre à tirer les bottes.

Gomme on peat trts bien ne tirer qn*une boite avec cet fantrvoMBt» Ifàoidéinle ne met point de s au singulier. Vojes tire-bcUle, p. 186. A. L.

Un viDE-BOUTEiLLfiSy parce qu'il n'est pas probable que cette dénomination familière ait été ailectée au lieu où l'on ne boit qu'une bouteille, mais à celui où l'on en vide plusieurs.

Oependant oonmeon peat aossl n'en vider qa'ane, II est rilsmiMibto Merlre, avec i' Académie, on vide-bouteille, Noos conciaons donc d'après tous ces eiemples: qw les substantifs composés doivent garder, le plaa possible, la physlonottie rt tel règles des noms primitifs. A. L.

liCS détails dans lesquels nous venons d'entrer lèv«at toutes Ifê difficultés sur la manière d'écrire au singulier et au pluriel tous les substantif composés; cependant, pour ne rien laisser à déeiiar, nous allons donner la liste des substantifs le plus en usage, rangés par ordre alphabétique, et tels qu'il faut les écrire au pluriel. Quant à leur orthographe au singulier, nous ne la donnerons point, afin d'abréger, et parce qu'elle ne peut pas présenter d'incertitude, puisque tous les mots qui ont dans cette liste la marque du pluriel ne la prennent (sauf les cafl indiqués par l'expression au singulier un ou une) que quand on les emploie au pluriel.

Observation. » Noos avons déjà remarqué, p. 39, que l'Académie, écrivant ao plarlel ares-en-eiel, prononce néanmoins arkeneiel. Ce doU être la règle générale de ce genre de mots composés. Prononçons : îles ero^ken-jamlbes, des porhéj^cs^ des fU-rà4>ras, des gui-iapens. De li quelques personnes concluent, asseï logiquement, que tous ces mots devraient être invariables, comme le sont vol-em' vent, pot-au-feu, pet-en-Vair, cog-d-^dne, piad-d-terre, etc. A. L.

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