‹ Grammaire des grammairesChapitre 4 sur 203 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

travail d'hommes aussi reoommandables par leur savoir que par leurs talents; mais beaucoup renferment des systèmes qui, en se rattachant par quelques points aux anciens principes^ portent l'empreinte de la nouveauté. Ce qui est encore plus déplorable, c'est que ces grammaires sont souvent opposées les unes aux autres ; c'est qu'elles n'abordent qu'en tremblant ou ne font qu'effleurer les difficultés, de sorte qu'après les avoir consultées on s'aperçoit qu'au lieu de la lumière et de la vérité qu'on espérait y rencontrer, on ne recueille d'autre fruit de ses recherches que de l'incertitude et des doutes.

Mais dans l'ouvrage que j'offre au public, Vaugelas, Th. Corneille, Amauld, Lancelot, d'Olivet, Dumarais, Beauzée, Girard, plusieurs Grammairiens modernes, l'Académie française elle-même vous dicteront leurs arrêts. A leur voix, les doutes disparaissent et cèdent la place à la conviction.

Cette Grammaire offre d'ailleurs un nouveau degré d'utilité. Bien convaincu que la religion et la morale sont les bases les plus essentielles de l'éducation; que les règles les plus abstraites sont mieux entendues lorsqu'elles sont développées par des exemples, et qu'à leur tour les exemples se gravent mieux dans la mémoire lorsqu'ils présentent une pensée saillante, un trait d'esprit ou de sentiment, un axiome de morale ou une sentence de religion, je me suis attaché à choisir de préférence ceux qui offrent cet avantage. J'ai en outre multiplié ces exemples autant que je l'ai pu, et je les ai puisés dans les auteurs les plus purs, les plus corrects, de sorte que, si dans certains cas nos maîtres en grammaire sont partagés d'opinion, si certaines difficultés se trouvent résolues par quelques uns d'eux d'une façon différente et qu'on soit embarrassé sur le choix que l'on doit faire, sur l'avis que l'on doit suivre, on éprouvera du moins une satisfaction, c'est qu'on aura pour se déterminer l'autorité d'un grand nom, car, comme l'a dit un auteur , // n'y a de Grammairiens par excellence que les grands écrivains.

Tels sont les motifs qui m'ont fait entreprendre cet ouvrage. Je vais maintenant rendre compte en peu de mots du plan que je me suis tracé :

J'ai cru devoir adopter la marche suivie par les anciens Grammairiens, soit pour les grandes divisions de la grammaire et de la syntaxe, soit pour les dénominations données aux différentes parties du discours, aux différents temps des verbes. Je n'ai point voulu créer, je n'ai point eu l'intention d'être auteur^ j'ai donc dû me servir des

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termes les plus généralement employés et les plus usités. J'ai laissé aux idéologues et aux métaphysiciens le soin de démontrer ce qu'ils trouvent de vicieux ou de Daux dans les anciens termes et la gloire d*en proposer de nouveaux; j'ai suivi les sentiers battus par les anciens maîtres» bien sûr de ne pas m'égarer et de n'égarer personne avec moi sur leurs traces.

La partie didactique de Touvrage est donc distribuée à pen près comme le sont toutes les grammaires ; mais cette partie formant un corps de doctrine peut être lue de suite et elle a dû être divisée méthodiquement.

Lorsque j'ai traité individuellement des mots qui, dans certaines circonstances, offrent des difficultés relatives, soit à leur emploi, soit à la place qu'ils doivent occuper dans les phrases, soit enfin à Tinflttence qu*ils exercent sur les autres mots qui les suivent et qui en dépendent, j'ai cru devoir les ranger par ordre alphabétique, mais tOQjours dans la classe dont ils font partie.

Ainsi donc, aux articles des Prépositions y des Adverbes j des CofijùneiûmSy on trouvera, suivant leur ordre alphabétique, ceux de ces mots qui suivent des règles particulières ou qui donnent lieu à des remarques et à des explications.

Pour la partie de l'ouvrage que j'ai désignée sous le nom de Remarques déktchéeSy j'ai adopté le même ordre comme le seul qui pût, en facilitant les recherches, rendre plus utOe cette partie de mon travail dans laquelle on trouvera la solution d'un grand nombre de difficultés et surtout Tindication de ces locutions vicieuses qui n'appartiennent qu'à la classe du peuple et dont quelques unes, moins grossières en apparence, mais tout aussi contraires au bon goût, à la pureté et à l'él^nce, se sont introduites parmi les personnes que leur éducation et leurs habitudes auraient dû garantir de cette con-< tagion.

J'ai fait, au surplus, tous mes effi)rts pour remplir la tâche que je m'étais imposée; mais peut-être n*ai-je pas encore atteint le degré de perfection auquel j'aspirais. C'est surtout au moment où je vais paraître devant des juges éclairés que le sentiment de ma faiblesse me fait redouter leur arrêt.

S'il m'est contraire, loin de me décourager, loin de repousser avec dépit les critiques et les observations^ je les recevrai toujours avec une satisfaction d'autant plus grande que je tâcherai de les flaire tourner à mon avantage.

S'il m'est favorable^ je me féliciterai de ne m^étre trompé» ni sur

Voftilité de mom travail, ni sur les moyens que {"U emi^loyés pour k terminer, et je me trouverai heuteiix d'obtenir une ptaèe à la suite de ces écriyains laborioux <^ei lesquels la patienoe et le zète ont tenu lieu des tatents qui eréent, et dont les utiles ouvrages leur ont acquis FesUme des hommes instruits et la r^eonnaissanee de leurs concitoyens.

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