‹ Grammaire des grammairesChapitre 3 sur 203 · DE M. CH.-P. GIRAULT-DUVIVIER · texte numérisé non relu

DE M. CH.-P. GIRAULT-DUVIVIER

En composant cet ouvrage, je n'ai pas eu la présomption d'établir des principes nouveaux, ni de vouloir confirmer de mon autorité ceux qui ont été posés, soit par les anciens Grammairiens, soit par les nombreux philologues modernes qui ont enfanté et enfantent tous les jours de nouvelles méthodes, de nouveaux systèmes ; je me suis renfermé dans un rôle plus modeste : j'ai cherché à réunir en un seul corps d'ouvrage tout ce qui a été dit par les meilleurs Gram mairiens et par l'Académie sur les questions les plus délicates de la langue française.

Je me suis rarement permis d'émettre mon avis; j'ai dû me contenter de rapporter, ou textuellement, ou par extrait, celui des grands maîtres, et j'ai pris dans les meilleurs écrivains des deux derniers siècles et de nos jours les exemples qui consacrent leurs opinions.

rai indiqué avec une scrupuleuse exactitude les sources où j'ai puisé; j'ai mis en parallèle les opinions des différents auteurs, mais j'ai laissé aux lecteurs le droit de se ranger à tel ou tel avis, lorsque la question restait indécise, ou que la solution n'en était ni indiquée par l'analogie, ni donnée par l'usage le plus généralement adopté *.

L'écrivain embarrassé sur l'emploi de certaines locutions, sur certaines règles qu'il n'a pas présentes à la mémoire ou qu'il n'a pas approfondies, cherche souvent un guide qui l'éclairé; il ignore quel est le Grammairien qu'il pourra consulter avec confiance; souvent même, dans son incertitude, et craignant de tomber dans une faute, il adopte une tournure qui ne rend pas complètement son idée ou qui la dénature.

Je lui offre le fil d^Àriane, je lui indique la sortie du labyrinthe ; et

* Voyez nos réflexions sur ce sajet« plos haut , page u. A. L

c'est éclairé par les lumières des plus célèbres Grammairiens e( des plus grands écrivains qu'il reconnaîtra la route à suivre ainsi que les mauvais pas à éviter.

Le professeur trouvera sans peine et sans recherches les autorités dont il aura besoin pour appuyer ses préceptes ; il pourra consulter les originaux, les comparer, les indiquer à ses élèves, et, en remontant à la source des principes, donner à ses leçons le caractère d'au* thenticité qui seul peut les rendre solides et ineffaçables.

Depuis longtemps les Grammairiens et tous ceux qui s occupent particulièrement de la langue ont dû désirer qu'il existât un ouvrage dans lequel fût réuni tout ce qu'ont écrit les anciens et les modernes sur les difficultés qu'elle présente , un ouvrage où Ton rencontrât en corps de doctrine les décisions éparses de TAcadémie.

Les obstacles sans nombre qui m'ont arrêté moi-même, lorsque j'ai voulu m'éclairer sur quelques doutes ou approfondir quelques questions épineuses de la grammaire, m'ont fait sentir l'avantage qui résulterait d'un livre où seraient classées toutes les règles qui se trouvent dans nos plus habiles Grammairiens, où Ton réunirait ces remarques sur notre langue, ces observations fines et délicates qui sont disséminées dans Vaugelas, Bouhours, Voltaire, La Harpe, Marmontel, etc. -, et où l'on s'abstiendrait de décider ce qui est encore indécis, et de mettre des règles positives là où il ne reste que de l'incertitude'.

Le but principal que je me suis proposé est de déterminer d'iitie manière fixe le point auquel est parvenue de nos jours la langue française; et c'est pour y arriver que j'ai ftiit, si j'ose le dire, sous la dictée des Grammairiens et des écrivains, le proeès-verbal détonâtes les discussions dont notre langue a été l'objet.

Une langue vivante est sans cesse cntrainée vers des accroissements, des changements, des modifications qui deviennent , par la suite, la source de sa perfection ou de sa décadrée. Les grands écrivains la fixent, il est vrai, pour longtemps ; leurs écrits servent longtemps de modèle et de règle, mais insensiblement la pureté ées principes s'altère; l'emploi ou l'abus de certains mots s'introduit, la langue se dénature; les Grammairiens modernes, séduits quelquefois

1 MfliiitelMBt q(ier^eAdénie!B>8t|n'<Mi<Mn»^ sar m gi^dDoftibfe de i^esb'ons, il en res'e pea de douteuses, et dans ce cas même nous avons toujours indinué la solaUon qai nous a paru ta meiileufe. A. L.

PRtPACK. tl

eix-mte6ft |»r i'«ieMple, ^ttageol et 8aticU6imetit des etteurs dangereuses; ils coniribuieiif pcut-^tre, sans le tottloîr, à reïrdre phis n^ide un torrent dotit ils étaient appelés & restreindre ou à arrêter >e cotirs.

On se plaint de la pauvreté de notre langue, et c'est soiîvent parce qu'oHen i^ore les ressources, ou parce qu'on n*a pas le génie qttî sait la rendre docile : de là ces mots nouveaux que l'on s'empresse d'adopter avant qu'une longue réflexi<Mi, un usage constant et TapprobatîQii des bons écrivains les aient consacrés; de là cette extension, si fautive et si dangereuse, donnée au sens de quelques termes^ exlennon plus contraire encore à 'la pureté du langage que l'iûtto* duciion de mots nouveaux.

Peut^m accuser de faiblesse ou de paruvreté la langue datis laquelle ont écrit Bossuet, Fénelon, Pascal, Boileaù, Racine, les deux Co/irneille. Voltaire, Rousseau, Buffon, Deiille, etc.?

Une langue qui, sous leur plume, a su prendre tous les tiofis, se plier à toutes tes formes, peindre toutes les affections, rmèt^ toutes les pensées, animer tous les tableaux, toutes les descriptions ; une langue enfin qui a prêté son harmonie à Fénelon, son élégance, sa pureté à Racine, et ses foudres à Bossuet, est assez riche de son pro^ pre fonds; ^e n'a pas besoin d'acquisitions nouvelles ; il ne 'fiiut plus que la fixer, au moins pour nous, au point auquel ces grands écrivains l'ont élevée.

(Consultons sur le néologisme Voltaire, dans ses Questions nur FEncyclopédiey au mot Langue françaiêe, nous verrons avec quelle vigueur il s'oppose à cette manie d'innover sans cesse ; et certes. Voltaire n'était l'esclave ni de la ro itine ni des vieux usages; mais il a senti qu'une langue illustrée par les precNictions des écrivaiiïs du siècle de Louis XIV devait s'arrêter, dans la crainte^ comme il le dit loi-môme, que lalangue française, si poixe^ ne redettit barbforey et que fon n'entendît plus les immortels -ombrages de ces grands écrivams.

Cette opinion remarquable d'un des plus beaux génies du dernier siècte m'a donc fait penser que le moyen le plus sûr de fixer le Ismgage était d'offrir, si j'ose m'exprimer ainsi, lacolleotion de tentes les lois gui ont été portées par les Grammairiens et les auteurs ditfSiqiieB sur oette importante matière; ce code, dont je n'ai prétendu <eire que l'éditeur, est la seule digue qui puisse arrêter les efforts toujours renouvelés et les ^vahissements successifs de Tesprit d'innotatiMi.

Depuis quelques années, les grammaires françaises se sent extrêmement multipliées; plusieurs sont le fruit des méditations et du

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