‹ Grammaire des grammairesChapitre 66 sur 203 · MOI · texte numérisé non relu

MOI

Moi^ pronom de la première personne, dont nous est le pluriel, est des deux genres; il ne se dit que des personnes ou des choses personnifiées. On voit, par cette dernière définition, que mot est un synonyme réel de me et de je; mais ce n'est pas un synonyme grammatical, puisqu'il s'emploie diflPéremment, et que dans aucun cas il ne peut être remplacé ni par je ni par me. C'est ce qui sera éclairci par ce qui suit.

M)» se joint à je, par apposition et réduplication, pour donner plus d'énergie à la phrase, soit qu'il vienne après le vtrbe, comme dans ces phrases : Je dis moi, je prétends moi; soit qu'il précède j> et le verbe : moi, je dis ; moi, je prétends; moi, dont il déchire la réputation^ JE ne lui ai jamais rendu que de bons offices; moi, à qui

DES PRONOMS PERSONmLS. 315

il fait tant de mal, je cherche toutes les occasùms de le servir; moi,

ne songeant àrien^ J'allai bonnement lui dire

Moi, qae j*ose opprimer et noircir rioDooence !

(Racine, Phèdr$, «et. III, se. 3.) —La plupart des Grammalrieni Toient dans ceUe location on pléonasme; Beaoïée et quelques autres y trouvent une ellipse et Feipllquent par pour moi, quant à moi, etc. Il nous parait difficile de décider celte question d'une manière générale, tant cette tournure admet de nuances variées. Ainsi, dans ce vers de Racine :

Moi, des btenfails de Dieu, jû perdrais U mémoire !

le mol moi n'est pas surabondant ; il ijoute & la pensée, il signifie étant moi, étant ce quejesuis; il porte en lui seul la raison de toute la phrase. Au conlralr#dans ce vers du même écrivain :

Et moi qui Pameoal, triomphante, adorée, Je m'en retournerai seule et désespérée.

le motmot , nécessaire grammaticalement, est inutile pour la pensée. Dans le premier cas, il nous semble impossible qu'on voie un pléonasme ; dans le second, il est bien dilBclle d'admettre une ellipse, car les mots qu'on voudrait suppléer seront de plus en plus inutiles pour le sens. Dans notre langue, amie delà clarté, legut relatif doit toujours être précédé de son sujet ; d'un autre Mé, le verbe i la première i/ersonne ne peut avoir pour sujet que le pronom je dont H est Inséparable ; ce sont là des règles absolues. Le génie de notre langue exige ainsi nécessairement les mots mot et je dans le second exemple. C'est donc là un idiotisme clairement raisonné : n'y chercbons point autre chose. A. L.

Quelquefois je ne parait point, mais il est sous-entendu : moi^ trahir le meilleur de mes amisl faire une lâcheté , moi! phrase elliptique, où il est aisé de suppléer, je votulrais! je pourrais l

Moi se met de même par apposition avant ou après me : voudriex-vous me perdre^ moi votre allié ! moi, vous me soupçonneriez de

Il se met aussi par apposition avec nous et vous, lorsqu'il est accompagné d'un autre nom ou pronom. Vous et moi nous sommes contents de notre sort. Nous irons à la campagne lui et moi. Il est venu mous voir, mon frère et moi. Dans ces phrases, mos et le nom ou pronom qui lui est joint sont tous ensemble l'apposition et l'explication de nous^ et il faut observer que moi, étant joint à un autre nom ou pronom, ne doit paraître qu'en second : vous et moi; un tel et moi ; à moins que le nom auquel il est joint ne soit celui d'une personne très inférieure. Ainsi ^ un père dira: moi et mon fils; un maître : moi et mon laquais.

Moi est encore une sorte d'apposition qui détermine les pronoms indéfinis ce et il : C'est moi qui vous réponds. Qui fut bien aise ? ce

fut MOI. Il n'y eui que lui et moi éFun tel aùs. Que v^m$ refle4il? MOI.

Après nne préposition, il n'y a que lé pronom moi qui puisse exprimer la première personne. F^ous servirez-vous de moi? Pense- Iron à MOI ? Ih auront affaire de moi. lU auront affaire d moi. Cela vient de moi. Cela est d moi. Cela est pour moi. Je prends celapour moi. Selon moi^ vous avez raison. Fous serez remboursé par moi. Cela roulera sur moi. T\mt est contre moi.

Il en est de même après une conjonction : Mon frète et moi. Mon frère ou moi. Mon frère aussi bien que moi. Ni mon f^e ni moi. Personm que moi. Nul autre que moi.

Ouand le verbe est à l'impératif, et que le pronom qu*il régit n'est pas suivi du pronom relatif en, c'est mot qu'il faut employer après le verbe, soit comme régime simple : Zoucjs-moi, rêcom" pensez-uoï ; soit comme régime composé : Rendez-^oi compte , dites- MOI la vérité; et alors moi se joint au verbe par un tiret; mais on dirait : Donnez-u'en, à cause du pronom en.

n faut remarqaer «lorsque me, régime indirect, le place après le verbe, contrairement à la règle générale que nous verrons établie tout à l'heure. Cest que me est id par euphonie sobsUtuée à tnoi, dont il garde la place. Si même Ton voulait attirer davantage l'attention sur la personne, on pourrait dire donnes-end moi , ce qui est la forme explicite de ce régime indirect ; comme on le voit dans les vers suivants :

àT6i-Toas oublié que tous parlez à moi ! (ComeiUe.)

Mestila, soDgez-TOus que vous parles à mol ! (Voltaire.)

Ainsi ce oomplément indirect peut, selon les cas, prendre les trois formes : me , moi, émoi. Nous ferons encore observer que si le verbe à l'impératif est acconpagné d'une négative, le pronom régime n'est plus mot, mais bien me, qu'on place avant le verbe : ne me fatigue pas, ne me parle jamais. Quelquefois aussi quand deux impéraUfs sont Joints par une conjonction, le pronom peut indistincteoneot suivre on précéder le second; et l'on emploie, selon l'occurrence, mot on me .-

Soldats, suif es leurs pas et me répondez d'eux. (Voltaire.) Cette manière de s'exprimer est peut-être un peu moins commune que l'antre ; aossi les poètes semblent-ils la préférer. A. L.

Quelquefois, mais dans le discours familier seulement, moi se met par redondance, et pour donner plus de force à ce que Ton dit - FaiteS'UOi taire ces gens-ld; donnez-^leur-uoi sur les oreilles. . Dans le même cas, le pronom moi se met après Tadverbe de lien y, soit comme régime simple du verbe, soit comme régime composé : Tu vas d VVpéray mène-s-y-uoi; tu vas en voiture, dornie-s-y-MOi une place. Au contraire, Tadverbe y, dans le même cas, se met après le pronom nous : menez-jiOXjS-y ; donnez-fiovs-y une place.

Lorsque le verbe est au singulier, et que la' seconde personne de Timpératif finit par un e muet, on ajoute, ainsi qu'on a pu le \oir dans les deux exemples qui précèdent, un s au ireri)e (272) : ffi^e-9y-moi; (lofifi«-f-«y-moî une place.

Voyez plos bu (aa pronom qui, $ 1), et i Taccord da rerbe avec son sujet (âe remarque), commeni on doit s'exprimer : 1 o lorsque moi est employé comme sujet, et si l'on doit dire moi qui ai parlé, ou moi qui a parlé; si c'était moi qui noposAssB» ou si c'était moi qui proposât ; c'est moi qui vCintéressCt ou c'est moi qui s'intéresse; 2* lorsque tnoi est Joint à un autre pronom personnel ou à un substantif poor former le sujet d'un verbe, si l'on doit dire : Cest mon père ou mbi qui ATONs dit cela, oa &est mon père ou moi qui a dit cela .

Mey pronom personnel qui signifie la même chose que /e et que moi, n'est jamais employé comme sujet; il est des deux genres, et est tantôt régime direct et tantôt régime indirect : il me chirU, pour il chérU nuri ; il me plaity pour il plaît d moi. Me s'allie à je et à moi,

Moi,jem'urtitTà\s k de vaines menaces!

(Racine, Iphigéniey act. I, se. %.) Me, régime direct ou indirect, se place toujours avant le verbe. Bajaset aujourd'hui m'honore et me caresse.

(Racine, Bajazet, act. I, se. t .) Venec ; les malheureai me sont toujours sacrés.

(VolUIre, Greffe, act. n,se. 2.) (V^ailly, page 318.— Ze Diet, de r Académie, an mot me.) —Voyez cependant nne exception dans le paragraphe précédent. A. L. Qaand plusieurs pronoms régimes accompagnent un verbe, me ( ainsi que (e, se, nous, vous ) doit être placé le premier :

(Wailly, page 3i9. — LéTistc^ tome I, psge 32$0

(372) Cette lettre, qu'on appelle euphonique, est mise poor éviter la rencontre de deux voyelles qui se choqueraient désagréablement pour Toreille; quelques personnes la placent entre deux traiu d'onion; d'antres, et cette orthographe est celle que l'on doit préférer, la placent à la suite du verbe, pour annoncer qu'elle doit être nnle d'une manière intime k la syllabe qui précède et à celle qui suit. U y en a aussi qui mettent entre la lettre euphonique un trait d'union et une apostrophe, mène^s'y; mais c'est une faute, puisque l'apostrophe ne s'emploie Jamais qu'à la place d'une voyelle que Ton supprime.

— Nous ivéférons les deux traits d'union ; sans cela il faudrait, par analogie^ éerfre donnet'ilf taissat-it, au lieu de donne- t-il, laissa-t-il. A. T.

€ Acoordez-moi votre amitié; si vous me la reftisa, ]'€D serai

€ vivement affecté. »

Dans les phrases où il y a deux verbes, on place ordinairemeat le pronom me près du verbe qui le régit : On ne sauraii me rq^rodier d^aimer la table.

Cependant ce ne serait pas une faute de dire : Onne me saurait reprocher. C'est l'oreille que Ton doit consulter alors.

Mais on remarquera que ce dérangement n'est pas autorisé, quand le premier verbe est à un temps composé; et, en effet , il serait déplacé de dire : Je u* aurais voulu procurer ce plaisir^ au lieu de f aurais voulu ME procurer ce plaisir.

(L'Académie, sur la 357* Rem. de Vaugelas, page 373 de sei Oft«err. —

Wailly, page 320.

•—Cette inversion n'est noilement défend ae^ en ihèse générale; mais il faut con&aller le goût et l'oreille. Nous croyons que l'on peut dire, même en prose, il tn'a sn tromper, il m'a voulu séduire. Racine a dit :

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriter.

Apprenne de quel nom il osait abuser : {iphigénie^ acte III, se. 6.)

Mais souvent ceUe tournure peut devenir dure et incorrecte; le tact de l'écriTain lai servira de règle. Cette remarque s'applique également aux autres pronoms : il Va regardé battre, il les a vu enlever , ils se sont laissé prendre. On voit par ces derniers exemples qu'il est des cas où le pconom doit nécessairement précéder le premier verbe, même quand il serait i un temps composé. A. L.

Le pronom me doit toujours se répéter avant chaque verbe en>ployé à un temps simple : Il me flatte et me loue. Lorsque les verbes sont à des temps composés, il est permis de sous-entendre le second pronom mc-avec l'auxiliaire du verbe qu'il précède, pourvu que les deux verbes demandent le même régime; on dira donc également bien : Il M'a loué et récompensé généreusement, et il M'a hué et M'a récompensé généreusement; mais il faudrait dire : Il M'a plu et u'a enchanté y attendu qu'on dit vlaire a quelqu'un et enchanter quelqu'un.

Cette règle sur l'emploi de me s'applique aux pronoms nousy vous, IB et se.

(L'Aeadémie, sur la S27« et la 467e Rem. de Vaugelds^psgcs 53o et 490 de m Observ. * U P. Buffier, no ton. — Harmontel, page 202.)

§ IV

lYOUS.

iVbtts, pronom pluriel de la première personne, est de? deux genres, et se dit des personnes et des choses personnifiées ; il peut

être ou sujet, ou régime direct, ou régime indirect : € Nous avons « dît, et nous allons prouver qu'il n'y a pas de bonheur sans la Ci vertu. » (Beauzée. ) — < Les grandes prospérités nous aveuglent, • nous transportent, nous -égarent. »

(Bouoet, OraUon funèbre de la reine (tAngleterre,) Toat ce qai nous reuemble eit parfait A nos yeax.

(L'abbé Anbert, fable 6, Hv. IV.)

Inuis \a première phrase,' nout est sujet; dans la seconde, il est régime direct ; et dans la troisième, il est régime indirect.

(Wailly, page 182. — Lériiac, tome I, page si 0.)

Lorsque nous , employé comme sujet ou comme régime , est joint à un autre nom ou pronom qui concourt, avec nous^ à former le sujet ou le régime, il faut d'abord mettre nous avant le verbe, puis le répéter après ce verbe sans préposition, s'il est sujet ou régime direct : NODS partirons demain^ eux et nous; i7 nous a bien accueillis^ NOUS et nos amis. Et avec une préposition, s'il est régime indirect, afin de le lier avec le nom qui concourt à former le sujet ou le régime : Il nous doit cette somme d nous et d nos associés.

(Mêmes auiorijés.)

Quant à la place que ce pronom doit occuper dans le discours, ce que nous venons de dire pour le pronom me et pour le pronom moi lui est applicable.

Voyez, au pronom yods, ce qae nous disons sur l'emploi du pronom nous, dont on fait qoelqaefoii osage ta lieu de je,

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