‹ Grammaire des grammairesChapitre 68 sur 203 · TOI · texte numérisé non relu

TOI

7M, pronom singulier de la seconde personne , est des deux genres, et ne se dit que des personnes et des choses personnifiées : On aura sotn de toi, on pensera à toi, on fera cela pour TOI.

Quelquefois on l'emploie par opposition avec iu et te^ pour donner plus d'énergie à l'expression : « TWqui fais tant le brave, tu oserais; « on t'a chassé, to%; on t'a traité ainsi, toi qui étais l'âme de ses « conseils. »

Enfin, toi indique la seconde personne du verbe; ainsi, que Ce pronom soit exprimé ou sous-entendu, il faut écrire : O toi qui vois la honte où Je suis desceDdne^ Implacable YénuB, sols-je assez confondae !

(Racine, Phèdre, act. \\\, se. 2.) Approche, heureux appui du trône de ton maître, Ame de mes conseils, et qui seul tant de fois Du sceptre dans ma main at soulagé le poids.

(Kacine, Ettker, act. H, se. 6.;

Si le pronom Un est joint à un autre pronom personnel de la troisième personne, ou à un substantif, pour former le sujet d'un verbe, on les fait suivre du pronom personnel vow», qui devient le sujet de la proposition : Toi et lui vous ÊTES de mes amis; ton frère et toi vous IREZ à la campagne.

Dans les phrases impératives, toi est régime direct ou régime indirect : REGARDi>-TOi dans ce miroir y régime direct; donne-toi la peine de m' écouter^ régime indirect.

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants, Entrant à la lueur de nos palais brûlants.

(Racine, Andromaque, act. III, se. 8.) A ta faible raison garde-toi de te rendre ; Dieu t'a fait pour raimer, et non pour le comprendre. ,

(Voltaire, la Henriade, ch. VII.)

Aide-toi, le ciel t'aidera,

(La Fontaine, le Charretier embourbé.)

(EesUut, page 94.— >Vailly, page 182. — Lévizac, page 311, .t. Il, ei M. Laveaux.)

312 DB8 PBOHOHS PERSONNBLS.

§ Vffl.

rous.

f^aus f pronom de la seconde personne et des deux genres , f^ dit des personnes et des choses personnifiées; il peut être , comme le pronom naus^ ou sujet, ou régime direct, ou régime indirect; exemples : Vous êies riche f je vous en félicite; cherchez présefUementk vous faire des amis. Le premier vous est sujet; le second, régime direct, et le troisième, régime indirect.

Si le pronom vous n'est pas seul employé comme sujet ou comme régime du verbe, et qu'il soit uni à un autre pronom personnel, ou à un substantif , on répète le pronom personnel t?ous, qui alors, comme sujet de la phrase, veut que le verbe soit à la seconde personne :

« Je vous récompenserai vous et votre frère. » — « Fous et celui « qui vous mène, vous périrez. » (Teum^ umi.)

Le roi, vous et les dieux, vous êtes Uns complices.

(Tb. Corneille, Ariane^ act. V^ se 4.> (V^ailly, page 182. — Lévlzac, page 810, 1. 1.)

Fotis suit, pour la place qu'il doit occuper dans la phrase, les mêmes rtgles que le pronom me; et, quand il est accompagne d'une préposition, il suit celles qui sont indiquées pour le pronom mot.

Fous est singulier , quand on n'adresse la parole qu'à une seul»* personne, et il est pluriel, quand on adresse la parole à plusieurs; mais remarquez que quand, par politesse, on emploie le pronom pluriel vous au lieu du pronom tu, le participe prend bien la terminaison féminine lorsqu'il est question d'une femme, mais il ne prend pas le s qui est la marque du pluriel, et l'on dit : Madame^ vous êtts ESTIMÉE, et non ^ba' estimées, parce qu'alors on emploie le participe par rapport à la personne à laquelle on parle, et non par rapport au pronom vous^ ni au verbe auxiliaire pluriel dont on se sert.

(Dingeau, page 184. — Girard, page 55, tome H^ et les GrammairieDS moderoes.}

;^' « De quoi vous ètes-yous avisé, de charger les enfers d'une si

« dangereuse créature? » (SoUean, les aeros de roman.)

« Le dieu n'est entouré que des monuments de nos fureurs; el t vous êtes éionni que ses prêtres aient accepté l'hommage d'une

9 courtisane. » {voyage (fAnacharsie, cbap. XXIL}

Ijat syntaxe est la même pour les adjectifs et pour les pronoms, el l'on dit, quand on n'adresse la parole qu'à une seule personne:

DES PRONOMS PERSOmtELS. S23

« VoQs pourrez peut-être eacher aux autres des actions répréhen- < sibles, mais jamais à yous-mème. » (Pêruee ttisocnue, 1 1, page «$.) « Vous en aUez juger vatês-mime tout à l'heure. »

, (Boilora, Ui BéfOê de nman,)

avocat,

De TOtre (on vaui-mètM adoucissez Téclat.

(Racine, lei Plaideurs ^ act. lll, se. 8.) (Restaut, page 205, et Girard.)

Quelquefois aussi on fait usage du pronom nous au lieu du pronom ;e^ et dans ce cas le principe invoqué pour le pronom vous^ au Heu du pronom ^^ est également applicable; c'est-à-dire que Ton doit écrire avec le nombre singulier le participe mis en rapport avec le pronom notu , et alors dire : Persuadé comme nous le sommes^ parce que cette phrase n'est qu'une syllepse, c'est-à-dire une figure par laquelle le discours répond plutôt à la pensée qu'aux règles de la grammaire.

Quelle pensée réveille en moi cette phrase ^ persuadé comme nous le sommes? aucune autre que celle-ci : persuadé comme je le suis. Le f'a a paru trop tranchant, et par modestie on s'est servi de nous au lieu diQje: si donc on considère qu'en effet nous n'exprime qu'un seul individu, on doit laisser au singulier l'adjectif qui suit, puisque dans notre esprit nous n'avons d'autre intention que de modifier le pronom ;e.

Ce vers de Molière {S^anarelle ou le Mari trompe, se. 16) :

Sans respect ni demi nous a déshonoré,

dans lequel déshonoré est mis au singulier, quoique précédé d'un régime direct au pluriel , qui est nous employé pour moi, vient fortifier ce principe ; et l'opinion de son judicieux commentateur ( M. Auger), qui approuve ce singulier, achèvera sûrement de convaincre nos lecteurs.

On verra, lorsque nous parlerons de l'emploi du mot appelé impéraUf (art. XVII, S 3. ToL 2), que très souvent une personne, se parlant à elle-même, fait usage de Is première personne dnpluriel de l'impéraUf ; et qu*en pareil cas on ne met pas Tadjeclif aa pluriel : aoYotis digne de noire naissance ; soroifs' sage : certainement si l'on emploiait le pluriel dans ce cas, ce serait ôter toat le charme, tout le piquant de cette façon de parler, ce serait faire même un contre-sens. (M. Vaaier, l'on des rédact. du Manuel des amat de la langue française.) Nous avons fait observer (page 319) que le pronom tu peut exprimer dans le discours deux sentiments de l'âme absolument op* posés, famitié ou la haine. En effet, lorsque nous parlons ou écri-

3S4 DBS PRONOMS PERSONNELS.

VODS i des personnes que nous aimons, ou contre lesqueUes nous sommes fort en colère, nous nous servons du pronom iu ; de même le pronom vous , qui fût de tout temps employé , en parlant à une seule personne, comme une marque d'égard, de respect ou- d'indifférence , n'est plus dans quelques circonstances que l'expression de la douleur. Nous n'en citerons qu'un exemple, mais il suf&ra pour faire sentir combien le pronom n^ous mis à la place du pronom iu change le sens d'une phrase.

Un père est prévenu que son fils, abandonné à la débauche, se propose de forcer son secrétaire pour y prendre de l'argent : il ouvre lui-môme son secrétaire, et y met en évidence une somme d'argent, avec ce billet foudroyant adressé à son ûls :

Pursqu'an lien faUl a pour vouê tant d'appas Qu'il vous fait renoncer à votre propre estime, Je veai du moins vous épargner un crime -.

ikcceplea ne dérobez pas.

(M. Pieyre, l'École des Père*, act. IV, se. 14.) Tous nos lecteurs sentiront que ce fils, accoutumé à entendre de la bouche de son père le mot tUy expression de sa tendresse, aura été abîmé à la lecture de ces voué , qui sont le langage d'un père péniblement affecté; ils sentiront aussi que ce reproche paternel n'aurait pas été si touchant, et n'aurait pas produit l'effet que ce père sepnn posait , s'il avait parlé ainsi : « Puisqu'un lien fatal a pour toi tant « d'appas, qu'il te fait renoncer à ta propre estime, je veux du moins « «'épargner un crime : accepte... ne dérobe pas. »

Fous, tu , toi, peuvent se dire des animaux, et même des choses inanimées, mais uniquement en apostrophe; un berger dirait trè« bien : « Mes chères brebis , vous êtes l'unique objet de mes soins; • et un Israélite indigné pourrait tenir ce langage : « Et toi, sainte « montagne de Sion, tu t'es vue profanée par des impies. »

(Girard, page 32&, tome I.)

Il est quelquefois permis de mettre à la seconde personne ce qu'on exprime ordinairement par la troisième : « Il y a des gens si com- « plaisants que vous ne sauriez vous empêcher de rechercher leur « société^ » -^ pour qu'on ne saurait s* empêcher y etc.

< C'est quelque chose de bien terrible qu'une tempête; il est bien € difficile de ne pas craindre, lorsque vous voyez les flots soulevés < qui viennent fondre sur vous, votre pilote qui se trouble» etc. »

Ce tour de phrase éveille l'attention de ceux à qui l'on parle; ii les intéresse, ils croient voir ce qu'on leur dit.

DES PRONOHS PS11601INELS. 3X5

Mais ce serait m abuser que de dire à quelqu'un : « Quand vous < volez sur les grands chemins, et que vous éks pris, on vous juge, « et Ton vous pend en vingt-quatre heures. » (waiiiy, page n».)

§IX

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