‹ Grammaire des grammairesChapitre 69 sur 203 · IL · texte numérisé non relu

IL

11, pronom singulier masculin de la troisième personne, se dit des personnes et des choses, et est toujours sujet de la proposition :

Un déyot aux yeux creux, el d'absUncnce blême, ^

S'il n'a poinlle cœar joste, est affreux devant Dieo; L'Évangile au chrétien ne dit en aucun lieu : « Sois dévot. » // nous dit : « Sois doux» simple, équitable. >

(Boileaa, sai, XI.)

Le premier il se rapporte à dévot^ et le second à évangile.

Il y dans les verbes unipersonnels ou pris unipersonnellement, s emploie sans rapport à un nom déjà exprimé; il se rapporte à ce qui suit, et sert à Tlndiquer. Quand je dis : Il s'est passé bien des choses depuis que nous ne nous sommes vus ; IL est mis pour bien des choses^ et ces mots sont le sujet, et non pas le régime du verbe s'est passé. C'est comme s'il y avait, bien des choses se sont passées.

(Restaat^ page 308. — Wailly, page 2i9.)

CeUe explication nous paraît peu salisralsante, car 11 n'est pas justede direque il soit mis pour bien des ehoses, puisque ces mots eux-mêmes sont exprimés; le pronom il ne peut donc pas les remplacer. Dans il faut se hâter, dira-t-on que le pronom se rapporte à ce qui suit, c'est-à-dire, à se hâter. Ce serait une erreur, selon Doos. lid verbe comprend deux choses^ l'idée et la forme : falloir me présente l'Idée de nécessité ; mais si je veux indiquer par ce verbe que la nécessité existe maintenant, ou qu'elle a existé, je meta en usage la forme et je dis il faut, U a fallu. Or^ cet il, mot vague signifiant ceci, cette chose f {voyez p. 277), indique nécessairement le nom de l'idée contenue dans le verbe, et appelle notre attention sur la chose même qae ce verbe exprime ; il faut équivaut à le falloir existe. Dans ces mots il s'est passé bien des choses, nous voyons un IdioUsme qui tend i séparer d'abord, i distinguer do sujet de la phrase l'action même du verbe. En effet, l'esprit saisit une dirférence entre ces deux locutions, bien des choses se sont passées, et il s'estpcusé bien des choses. Dans le premier cas^ on semble remarquer davantage la quantité dechoaei arrivées ; dans le second, c'est l'événement surtout qui frappe, c'est l'acte eiprimé parle verbe. Voilà pourquoi le verbe s'isole d'abord, et reste, dans la forme grammaticale, indépendant du véritable sqjet de la phrase auquel il se rattache en réalité. Voyez ce qui est dit plus loin, art. V, § 5, au verbe impersonnel. A. L.

Le pronom t2, et en général les pronoms doivent rappeler l'idée de la personne ou de la chose, ou du nom de la personne ou de la chose

316 DES PBOKOWS PERSONHELS.

dont ils tiennent la place , et être au même nombre et au même

genre :

Voilà rbomme en eflét; il va da blaac au no!r : // condamne au matin ses sentiments da soir. Importun à tout autre, à soi-même incommode, // change à tous moments d'esprit comme de mode : H tourne au moindre vent, il tombe au moindre choc : Aigourd'hui dans un casque^ et demain dans un froc.

(Bolleau, Sat. rill.)

Dans cet exemple, i7, qui se rapporte à homme, en réveille l'idée, Cl est le seul pronom qui convienne; aussi prend-il la forme masculine et singulière, parce que homme est de ce genre et de ce nombre.

(Le DicL erïu de Féraud, au mot U. — Lévizac, page S06, tome I.)

lx)rsque le sujet du verbe vient d'être énoncé, le pronom il ne doit pas précéder ce verbe; ainsi cette phrase de Fontenelle n'est pas correcte : « Licinius étant venu à Antioche, et se doutant de Tini- « posture, il fit mettre à la torture le prophète de ce nouveau Ju- « piter; » on doit supprimer le pronom i7, puisque Licinius est le

« sujet du verbe. (Le DtcLcrU. de Féraud, au root IL)

Cette phrase a été défendue par les auteurs de la Grammaire nationale, qui y trouvent une ellipse. Selon eui, c'est comme s'il y avait : « Pour ce qui est de Licinius, je dis de lui qa'étant venu à jintioche, il fit^ etc. » Et cela pomr prouver qu'il n'y a point de pléonasme ! autant vaut cependant admettre un pléonasme que dese fa- Uguer à inventer de pareilles ellipses. N'oublions pas que la langue française Tient da latin : or^cette tournure est imitée de V ablatif absolu des Latins; /!>ie<nittad<anl venu, c'est-à-dire quand Licinius fut venu. Et remarquez que celte locution exige néces* sairement un participe présent, ou bien les auxiliaires étant, ayant avec on participe passé ; de sorte que c'est là une phrase absolue qu'il faut expliquer par un autre mode précédé d'une conjonction, lorsque, comme, etc., ei alors le sujet est pour ainsi dire absorbé par cette tournure , qui permet encore devant le verbe principal l'emploi da pronom. Ainsi Montesquieu a pu réguliërement écrire : • Les Romains se destinani à la guerre et la regardant comme le seul art, t7f avaient mis tout leur esprit et toutes leurs pensées à la perfectionner. »— c Le peuplevoyant sans peine dépouiller toutes les glandes familles, il jouissait des fruits de la tyrannie. » Raebie a dit de même:

Que dis-Je? Le êuccét animant leur fureur.

Jusque sur notre autel votre injuste marâtre

Veut offrir à Baal un encens idolâtre. {Athalief I, 2.)

Nous Yoyons également là deux sujets, dont le premier est absolu avec le participe présent. Mais c'est le seul cas où cette tournure soit autorisée; U serait incorrect d'écrire, les Romains destinés à la guerre^ ils avaient, etc. A. L.

Abordons une autre question. Dans les phrases intenrogatives , le pronom est presque toi^ours exprimé en même temps que le substantif, et il peut l'être dans certaines autres tournures de phrase. (Voyez, sur le pronom placé après le verbe^p. 312.) Dieu laiBsa-t-i/ jamais tes enfants au besoin ? (RAcioe.)

DBS M(ON0lia FIRSOimEliS M?

a GomUcn an otwcol bien payé pv avance^ UoaYe-u^/ plus juste U canedoul

• il est chargé!» (PMÇtl'l

La plupart des Grammairiens Toient an double sujet du verbe dans ees locutions, où le pronom forme, selon eux, un pléonasme, nécessaire dans le premier cas , utile dans le second. Mais les auteurs de la Grammaire nationale affirment qu'avec une pareille réponse l'ignorance est fort A l'aise ; et À leur tour ils veulent trouver là une ellipse. Ils citent cette phrase de Bernardin de Saint-Pierre: « Oh! pourquoi ia fortune voua a-t-«2fo refusé un peu de terre ! • et ils pensent que l'écrivain , préoccupé de son Idée, allait supprimer le mot /brrune, mais que» pour être compris du lecteur, il le jette en avant ; de sorte que le mot fortune n'est là que l'expUcateur du pronom elle, si^el du verbe. Mais cela prouve-t-il le moins du monde la nécessité du pronom ? Et si l'on admet pour celte phrase l'analyse proposée , powquoi voue a-t-eile (je veux dire) la fortune, refuséy etc. on pourra de la même manière justifier ce solécisme : La fortune elle vous refuse. Autre exemple : • A peine une ■ résolution était-e//e prise dans le conseil, que les Dauniens faisaient ce qui était « nécessaire pour en empêcher le succès. > (Fénelon) . Ecoutons les auteurs de la Grani' maire nationale : « Fénelon, en exprimant le mot résolution^ ne le fait qi/e par « apposition. C'est encore comme s'il y avait à l'égard d'une résolution, à peine « était-elle prise dans le conseil. Voila Tordre logique ; voilà l'analyse d'après la-

• quelle il n'y a qu'un sujet, qui est elle. • Nous demanderons alors comment on pourrait avec ce principe condamner la phrase ainsi construite : A peine une ri" solution elle était prise. Concluons. Nous n'avons guère dans notre langue qu'une seule forme pour indiquer l'interrogalion et souvent l'exclamation ; c'est de placer le pronom après le verbe : Paient- il ? Se peut-il ! Mais en même temps on peut avoir besoia d'énoncer l'objet de la pensée : F'otre père vient-il? Ce crime se peut»il! Alors évidemment le substantif est le sujet du verbe, et le pronom perd sa valeur propre ponr devenir seulement signe de l'interrogation ou de l'exclamation ; ce n'es', plus qu'une particule, une sorte d'enclitique nécessaire au mouvement de la phrase. Dans l'autre cas exceptionnel, l'emploi du pronom devient à peu près facultatif : A peine le jour noiu éclaire; à peine le jour luit-il. Alors ce n'est plus qu'une élégance euphonique ou une nuance du goût laissén au choix de l'écrivain. Or^ si lo pronom dans ce cas était le véritable sujet, si c'était un mot principal, pourrait-oii l'admettre ou le retrancher à volonté ? A. L.

Dans remploi du pronom t7, ce qu'il faut surtout éviter, ce sont les équivoques ; par exemple, quand on dit : Molière a surpassé Plante dans tout ce qu*ih a fait de meilleur; on ne sait d'abord si Molière j dans tout ce qu'il a fait de meilleur, a surpassé Plaute, ou si, PlautCy dans tout ce qu'il a fait de meilleur, a été surpassé par Molière, Voilà ce qui ne doit pas rester en doute.

(Wailiy, page 2i9. « Le Dici. de Féraud. ^ Lévizac^ page 317, lome L)

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