ELLE
Elle, pronom de la troisième personne du féminin singulier, fait elles au pluriel. Il est tantôt le féminin de i/, et tantôt le féminin de lui; dans le premier cas, il est toujours le sujet du verbe, le précède toujours, excepté dans les interrogations, et ne peut en être séparé que par un autre pronom personnel ou une négative.* — Elle iante^ ELLE lui a donné sa grâce. — Fient-ELhEJ Danse-t-ELVE't
Elle, sujet d'une proposition, se dit également des personnes et des choses.
Quand elle est le féminin de lui y il ne se dit pas toujours des choses. — On ne dit pas d'une science ou d'une profession, il s'est adonnéà elle, il faut dire, il s'y est adonné i ni d'une jument, j>ne me suis pas encore servi cI'elle, mais ;> ne m'en suis pas encore servi.
11 semble qu'avec les prépositions deei ày les fTonoms- elle, lui, eux, ne se disent pas indifféremment des choses et des personnes. ' — Cependant, lorsqu'ils sont précédés des prépositions avec ou après, ils peuvent se dire des choses. « Cette rivière, dans ses déborde- « ments, entraîne avec elle tout ce qiïelle rencontre, elle ne laisse « rien après elle. »
Elle ne peut pas servir de régime indirect à un verbe actif; ou y substitue lui, qui alors est féminin. < — En parlant d'une femme, on dit : « Donnez-/uf ce qu'elle demande; elle demande ses gages, don- « nez-les-/wt. » — Cependant, s'il était question de savoir à qui, de plusieurs femmes, on doit donner quelque chose^ on dirait fort bien, ces femmes ne méritent pas ce présent, faites-le à elle, en désignant celle que l'on entend indiquer par le pronom. C'est par la même raison qu'on lit dans Télémaque : « Il croyait ne pas parle3>'â^eWc, ne « sadiant plus où il était. » Dans cette phrase^^-^ftîr^est considéré, non comme une personne à qui l'on dit quetofle chose, mais comme UDe personne à qui l'on adresse la parole, il-, h veut lui farler si-
382 DES PRmOHS PBRSONinStS.
gnifle : i7 Vfui lui dire quelque chose, lui commiuiiquer qudquediM
par le moyen de la parole.
// veut parler à elle signifie if est à elle qu'il veut aàresux ta parole y et dans ce tour il y a toujours une sorte d'opposition; ee n'est pas à lui que je veux parier ^ c'est à elle.
Après les verbes neutres et pronominaux qui régissent la préposition à y on dit elle et elles. — // faut s'adresser à elle ou o elles, t7 faut revenir à elle ou à elles. — Quand on y ajoute mème^ on peut dire à elle avec les verbes actift , en faisant précéder lui : donnez-les-hm d ELLE-m^me.
Quand le pronom la est le régime direct d'un verbe, et qu'il y a après ce verbe un nom qui concourt avec le pronom à former ce régime direct, on le répète après le verbe, par le moyen d'eite : Le lùm la dévora, elle et ses enfants^ de même au pluriel : On les condamna, ELLES et leurs complices-
Lorsque le pronom elle est le sujet d'une proposition, et qu'on veut le joindre à un nom qui concourt avec lui à former ce sujet, on laisse le verbe après le pronom , parce qu'il ne peut en être séparé; mais après le verbe, on répète elle, pour le joindre au nom qui concourt avec ce pronom à former le sujet : elle mourut, elle et les siens.
Le pronom elle, comme plusieurs autres pronoms, s'emploie aussi pour rappeler des phrases entières. — Qui a commis ce crime abominable? Elle; c'est-à*-dire elle a commis ce crime abomincAle.—
\oyez lui, p. 329.
Voltaire a dit dans Oreste (act. V, se. 7) :
Fers, tombez de ses mains ; le sceptre est fait pour elles.
Observez, dit à ce sujet La Harpe ( Cours de littér. ), qu'il n'est ni dans le génie de notre langue^ ni dans l'usage des bons écrivains, do placer le pronom elle autrement que comme sujet, quand il se rapporte aux choses; on ne l'emploie comme régime quç quand il se rapporte aux personnes ou aux choses personnifiées : la violation de cette règle jette de la langueur dans le style ; c'est une sorte d'inélégance. I^ même faute est dans ces vers de Tancrède (act. J, se. 4) :
Mais qui peut altérer vos bontés patemelies ? Vous seule, vous, ma fille, en abusant trop & elles,
II n'y a personne qui ne sente combien ce pronom elles qui finit la phrase et le vers produit un mauvais eflfet; et cet effet se trouvera dans toutes les phrases du même genre, en prose comme en ven. — // se souvient de vos bontés , il en est pénétré. Si Ton disait il est
DBS PRONOVa PERSONNELS. ^^3
pénétré d'BLLBS, cela paraîtrait ridicule. C'est que notre langue va pourvu moyennant le pronom «n, qui, se plaçant avant le verœ, réunit la précision et la rapidité. Il est vrai qu'il y a des occasions où Ton ne saurait se servir du mot en; mais alors il faut éviter ce pronom et chercher une autre tournure. (m. LaTeauz.)
TouteB ces réfleiioni sont fort justes ; mais doqs croyons qae poar le vers d'Oreste on peut le défendre ; car II n'y a qae celte manière d'eiprimer la pensée. A. L.
§ XIll.