‹ Grammaire des grammairesChapitre 70 sur 203 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Lui est un pronom de la troisième personne, et du nombre singulier.

Sa fonction ordinaire est de servir de complémeut i\ une préposition exprimée ou sous-entendue * f allai à lui. Je tombai sûr lui. filous irez avec lui.

Une grenoaiUe vil un bœof Qui lui sembla de belle taille

Dans ce dernier exemple, la préposition est sous-entendue; c'es» comme si Ton disait, qui sembla d elle de belle taille.

(Féraud eiT Académie.;

Ce n'est que dans ce dernier cas que le pronom lui est commun aux deux genres.

Hors de là, il n'appartient qu'au genre masculin : Cesi lui qui me l'a donné ^ c'est de lui que je le tiens ; vous pensez ainsiy mais lui pense autrement, (L'Académio

Lui s'emploie quelquefois comme mot explétif, et quand on veut donner plus de force au discours : « Il est impossible qu'un bomme « de mauvais naturel aime le bien public; car comment pourrait-il « aimer un million d'hommes, lui qui n'a jamais aimé personne.* (Fréron.) — « Je le verrai lui-^même. » Il s'emploie encore quand on veut marquer la part que différentes personnes ont eue ou auront à un fait ou à une action : « Mes frères et mon cousin m'ont secouru; « eux m'ont relevé, et lui m'a pansé. »

(Waiily, page i8i. — Lévîzac, page 3io, tome L)

Lui se place après le verbe, 1^ quand ce pronom est précédé d'une préposition : « Comme on conseillait à Philippe, père d'Alexandre, « de chasser de ses états un homme qui avait mal parlé de lui, je « m'en garderais bien, dit-il, il irait partout médire de moi. »

(Wailly, page 31S.)

2* I-orsque le verbe est à l'impératif: « Dites-Iuî ce qui en est. •

(Le même.) Dans ce cas, il faut que le verbe ne soit pas accompagné d'une négaUon ; aotreineiit le pronom reprend sa place ordinaire, avant le verbe, comme complément Id- .'Ireci : JVe lui faites poiwt cet affront, ne lui donnez rien. Quelquefois même, sans

DES PRONOMS PERSONNELS. jft9

la négation, qoaod il se rapporte i un second yerbe qal se J<4ot par nnefcq^oiiction A

on premier impératif, il garde encore sa place ordinaire :

Vous altenciei te roi. Parlez et lui monires

Contre le fils d'Hector tous les Grecs coDjnrés. (lUcineO

Noos avons déjà signalé ces Tariations du pronom régime^ page 316. A. L.

Nota. Ce que nous avons dit au pronom me, sur la place des pronoms en régime, est ai^ilcable an pronom lui.

Et l'observation que nous faisons au pronom m, page 335, sur l'inconvénient qu'il peut 7 avoir à placer ce pronom près du premier verbe, dans les phrases où il y a deux Terbes, s'applique également au pronom lui.

Zuf Jointà un nom ou à un pronom, soit par la con1onction6<, soit par la conjonction m\ veut toujours que le verbe qui est auparavant soit précédé d'un pronom de môme nature que le pronom ou les pronoms qui suivent. Exemples : « Je Ten félicite, lui et ses « amis. » — « Je ne Testime ni lui ni son frère. » — « Onne nous ac- « cueillit ni lui ni moi. »

Bossuet n'a donc pu dire correctement : « Il semble que Yaldo ait « eu un bon dessein, et que la gloire de la pauvreté (évangélique) ait c séduit lui et ses partisans. » — Il fallait Tait séduit^ lui et ses partîsaiw. — Fénelon n'a pu dire non plus : « Pénélope, ne voyant « revenir ni lui ni mot, n'aura pu résister à tant de prétendants; » il fallait ne nous voyant revenir ni lui ni moi.

(Le DIct. crit. de Féraud, an mot eux,) Les auteurs de la Grammaire nationale défendent ces deux phrases, qu'ils trouvent très correctes. La répétiUon du pronom n'a lieu, selon eni , que pour donner plus d'énergie & la phrase et à la pensée; mais ce n'est point une régie rigoureuse. Il nous semble qu'il faudrait ici faire une diflérence. Dans la phrase de Bossuet , ait séduit lui est un assemblage de mots qui choque notre oreille ; il faut donc suivre nécessairement pour cette première expression la règle ordinaire du pronom : l'ait séduit; et alors pour marquer le rapprochement, lui, répété par apposition, devient nécessaire. Mais si l'auteur eût exprimé tout d'abord son second régime, ii eût pu dire très correctement ail séduit ses partisans et lui. Dans la plirase de Fénelon , au contraire^ la disjonctive ni, isolant tout de suite le verbe pour faire attendre les deux régimes, sauve la dissonnance et fait une construction de phrase qui nous parait fort régulière. Observez encore que nous, ajouté à celte phrase, ne rendrait pas exactement la pensée de l'écrivain ; ce mot réunirait en quelque sorte les deux personnages , comme s'ils revenaient ensemble, et raltemative serait moins vivement marquée. Il faut donc, dans ces locutions aussi^ consulter l'oreille et le goût. A. L.

Une grande différence, et la plus remarquable qu'il y ait, entre le pronoms de la troisième personne et ceux des deux premières, c*est que ceux-ci (;e, moi, nous, tu, toi, vous) ne peuvent jamais <lésigner que des personnes ou des choses personnifiées; et que

ceax*là {U, tb, elle, ellei) servent à désigner les personnes aoflBi bien que les choses.

Mais il faut observer que lui f ) ne se dit point des dioees, quand il est régime indirect, c'est-à-dire quand il est précédé d'une préposition; alors on le supplée par les pronoms le, la, les, ou par les pronoms ^ ety; ainsi, au lieu de dire en parlant d'une maison : Je lui ajouterai un pavillon^ vous direz : fy ajouterai un pavillon; d*une affaire ou de plusieurs, je lui ou je leur donnerai mes soins, vous direz : fy donnerai mes soins.

Vous pourrez dire d'un poète: Que pense-t-on de lui? Mais de ses ouvrages, il faudra dire : qu'E^pense-t-onP

On ne dira pas non plus d'un arbre - JS'e montez pas sur lui pour ën cueillir LE$ fruits, vous tomberiez; mais on dira: n*\ montez pas pour EN cueillir les firuits, vous tomberiez.

(Le P. BufBer, no 699. — Th. Corneille, iur la 104« Remarque de Vaugeia*. — MM. de Port-Royal, page iio. — CondtUac, eh. Vlll, page toi. — D'Olnei, page 16^. — Restant, page M. — UX Waiily, page i&4.)

Enfin à ces questions :

ISst*ce-)À votre demeure? \ | ce ne Test pas.

Sonl-ce-Ià vos apparte-i l ^ ^^, 5^„l

menls? I ^ . /

Sont-ce-là vos robes ? / ^^"' rém^t^ '- \ ce ne /« sont pas.

Que peut-on faire de cet! f . . ^ # -

^ . „ 1 Ion n'en peut rien faire,

enclos? I V

(Le P. Buflfier, no 68. —D'Olivel, p. 165.— Waîlly, pagel84.) (Repentant l'usage autorise à se servir des pronoms lui, eux, elleSy en régime direct ou, en régime indirect, quand on parle de choses personnifiées, ou auxquelles on attribue ce qu'on a coutume d'attribuer aux personnes : faime la vérité au point que je sacrifierais tout pour ELLE.

Vinnocence vaut bien que l'on parle pour elle.

^Racine, les Frères ennemis ^ act. HI, se. 6.) Fromant, page 1 35 de son Supplém. à la Gramm. de Port-Royal. ^he P. Birffier, n<' 790. — Wailly, page 185.)

(*) Remarquez que celte régie, ainsi qu'on va le voir» B'appUqae aux ] elle et etix. —L'Académie n'indique pas d'exception ; cependant on ne peut guère regarder cocame fautive cette phrase de Voltaire : » Un homme qui veut faire passer son avis ne lui donne pas de si abominables couleurs. > Encore moins ce!le-ei : • Aujourd'hui la critique est moins nécessaire, et l'esprit philosophique /iii a suecédé.» Une faut donc pas perdre de vue la restriction qui termine ce paragraphe. A. l».

DES PRONOMS PBRSOlf NCLS. SSl

Condillac (pag. Î02 de sa Gramin.) pense que si dans ces sortes de phrases les pronoms lui et elle se disent des choses aussi bien que des personnes, c*est seulement parce qu'il n'y a pas d'autres 1 manières de s'exprimer, et qu'il importe peu que la vérité soit per- 1 sonnifiée ou ne le soit pas.

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