‹ Grammaire des grammairesChapitre 93 sur 203 · TEL · texte numérisé non relu

TEL

Tel, qui fait au féminin Ulhy est pronom indéfini dans les plirases suivantes et autres semblables :

Tel donne à pleines mains qai n'oblige personne t La façon de donner vaut mienx que ce qn'on donne.

(P. Corneille, le Menteur, acie I, se. *.) .... Tel dans la favenr vous vienl Importuner, Qui n*aUend qu'un revers pour vous abandonner.

(Lagrange, tragédie d'Alhindis.) T'a/ repousse aujourd'hui la misère Importune, Qui tombera demain dans la même infortune.

(La Harpe, PhUoetète, acte I, se. 4.) Tel qui rit vendredi dimanche pleurera. (Racine, les Pteiteirs.)

En ce sens, ^l tient la place du substantif homme ou du pronom eelui^ il ne se dit que des personnes, et, ainsi employé, il ne se met jamais au pluriel.

(Regnier-Desmaraîs, page 381. ~- ResUut, pige I74. — Lévizac, page 893^ I. L) — On trouve cependant cet exemple de Boursaolt :

TeU que l'on croit d'ioutiies amis,

Daoi le besoin readenl de bons aerTîccs. Et nous avouons que cette pbraie ne nous parait pas inoorrecte, car enfin tel est , dans toutes ces locutions, moins un pronom qu'un adjectif avec lequel on sous-entend le mot homme; quelquefois même on l'exprime: c Tel homme recherche ce que tel autre méprise. » (Académie.) La Grammaire naiioneUe cite aussi poor le féminin ce passage de M assillon : « Telle sans aucun attrait poar la retraite se consacre au seignenr par pure fierté. » A. L.

Tel est également substantif dans cette phrase , où pour ne pas dOmmer la personne dont on parle on dit : jévez-vatts vu un tel?

Hais il devient adjecUf dans les locutions suivantes : J'arriverai à telle époque ; Urne doit telle somme; ee tableau est de tel veintre,- par telle et telle raison •

(Académie.)

Tel doit être considéré comme adjectif, lorsqu'il sert à marquer la comparaison d'une personne ou d'une chose à une autre, sans exprimer par lui-même sous quel rapport cette personne ou cette chose est comparée; comme quand on dit : c L'homme craint de ae c ?oir iel qu'il est, parce qu'il n'est pas tel qu'il devrait être. »

(Fiéehier, Oraison funèbre de M, de U ommidar.)

Iltsn est de même lorsqu'il est joint à on nom : Jl n'y a pas de tels

animauœ. (L'Académie.)

Tel s'emploie en poésie , tant au commencement du premier membre qui établit une comparaison, qu'au commencement de celui où elle est appliquée : c Tel qu'un lion rugissant met en fuite les « bergers épouvantés, kl Achille, etc. » (u met. de fàcadémie.^ THh qu'une bergère, ao plus beau Jour de lète, De superbes rabis ne charge point sa tète.

Telle, aimable en son air, mais hamble dans son style, Doit éclater sans pompe une élégante Idylle.

(Bolleaa, Artpoétiqw, chant II.) Ce qne nous disons, page 433, sur l'emploi du pronom quel que, est d'autant plus Dèeessaire à lire après cet article, que souvent on confond ces deui pronomt.

ARTiaE VUl.

Les adjectifs pronominaux indéfinis sont chaqtie, quelconque^ nué^ . ^-^ aueunlpas unrmêmej plursieursj (oui, quel et quelque. f ' I f

CffAQUE,

Chaque n'est proprement qu'un adjectif qui sert à marquer distribution ou partition entre plusieurs personnes ou plusieurs choses. 11 est des deux genres, mais il n'est d'usage qu'au singulier, et il précède toujours le substantif, dont il ne peut être séparé par aucun adjectif ni préposition, comme on le pourra voir dans quelques-uns des exemples suivants :

Chaque ftge a sa façons et change de nature.

(Régnier, satire y.) Chaque Age a ses plaisirs, chaque état a ses charmes ; Le bien succède au mal, les ris suivent les larmes.

(Demie, trad. de l'Essai sur V Homme.) Chaque passion parle un différent langage.

(Boileau, Art poétique, chant ril.) (Regnier-Desmarais, page 322. — Restant, page 163. — Wallly, page 207.) — Quelquefois cependant le mot chaque noua semble poufoir, cooune te mot quelque, être séparé da son substantif par un adjectif quand la qualiflcaUon deTienl en

quelque coite une partie intégrante da nom, et qu'elle est nécessaire pour te sens. On dira, par exemple, chaque souverain pontife ; chaque grand hommes ekaqae nouvel objet, etc. Mais ce n'est là qn'une exception à la règle ^éraie. A. L.

Chaque ne doit pas être confondu avec chacun; et, en général, chaque se met toujours avant et avec le substantif, c'est-^-dire, avee le nom de la chose dont on parle, et il n'a point de pluriel : « A cha- « gue jour suffit sa peine. » (L'Académie. ) -- < Chaque &ge a ses de- « voirs. » (Rousseau, Émile^ liv. V.)

Chacun, au contraire, s'emploie absolument et sans substantif.

Chacun a son déraat où toujours il revient.

(U Fontaine, liv. III, fab. 7.)

« Ch€u:un en parle, chacun en raisonne. » (L'Académie.)

Chacun de l'équité be fait pas son flambeau.

(Boîleau, satire XI.;

Ënfln plusieurs disent : Le prix de ces objets est de sûr /hruiet CHAQUE; c'est une faute, puisque, comme on vient de le voir, chaque doit toujours se mettre avant et avec son substantif.

Ainsi Tabbé Guénée s'est exprimé incorrectement lorsqu'il a dit, en parlant de Salomon, qu'il avait douze mille écuries^ de due chevaux chaque; il devait dire: de dix chevaux chacu«e.

(Le iHct. cru. de Fé^,aud.) L'Académie semble confirmer cette opinion, poisqu'aucun des exemples qo^Ik dte ne vient la contredire. Elle reconnaît aassi avec tons les Grammairiens qae ekaqw n'a pas de plariel. Ainsi donc on ne peut l'employer avec aocan des mots qui n'cat point desingalier, comme funérailies, entrailles, etc.; et alors la locution chacwi de devra seule être mise en usage. Par la même raison, quoiqu'on dise chaque jotir, on ne pourra se servir de ce mot avec un pluriel quand il s'agira d'indiquer an retour périodique de deux en deux, de trois en trois, etc. On devra dire alors : tout les deux jours ; tous les dix ans ; toutes les trois semaines, A . L.

On trouvera, page 400 et suiv., tout ce qu'il est nécessaire de savoir sur le pronom chacun.

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