VU£§ ET VAUTRE
(>ee mots expriment l'assemblage de .plusieurs personnes ou de plusieurs choses : ils ont les deux genres et les deux nombres ^ et prennent Farticle.
On les met au rang des pronoms, quanu ils ne sont pas joints à un substantif; comme quand on dit, en parlant de deux auteurs : « run et Vautre rapportent les mêmes circonstances ; b et en parlant des dîfiërents partis qui divisaient Rome : a Ils se réunissaient le^ « uns et les autres contre l'ennemi commun. »
Us sont adjectifs, quand ils sont joints à un substantif singulier : c J'ai satisfait à Vune et à Vautre objection. » — « Il n'y a guère « d'homme qui se serve également de Vune et de Vautre main. »
(Regnier-Oesnunif, page 309. — RestauU page it3.)
Observez que ce serait mal s'exprimer que de dire à Vune et Vautre objecUon^ — de Vune et Vautre main^ ou comme Molière {MéKcerte, act. 1, se. 2) :
Et qui parlt le mieax de Vun et Vautre oovrage;
parce que (commcJ on le verra au chapitre des Prépositions) la préposition doit être répétée avant les mots qui ne sont ni synonymes ni équipollents, et certainement il n'y a rien de plus différent que Vun et Vautre,
(Vaugelas, Remarque &34«. — L'Académie, page 55T de let Oùterv., et M. Auger^ dans son Comment, sur la MéUcerie de Molière, acte I, >c 90
Malgré la Justesse de cette observation. Il arrive pourtant que l'esprit considère quelquefois l'expression Vun et l'autre comme synonyme de les deux, et alors une seule préposition semble nécessaire. La Bruyère a dit : let abbayes de l'un et Vautre sexei Corneille et Voltaire : dans Vune et Vautre armée ; Barthélémy : soia Vune et Vautre époque, etc . L'expression,, en effet, loin de marquer la différence dei objets, tend ici à les rapprocher et à les confondre, et dans ce cas, la phrase ainsi disposée ne nous parait point incorrecte. Faudrait-Il donc aussi répéter la préposition, au lieu de dire : diaprés Vun et Vautre ; suivant Vun et Vautre^ malgré, etcP Cn sent combien le style alors deviendrait lourd et insoutenable. A. L.
Si les substantifs sont de différents genres, le masculin l'emporte, d'autant plus que Vautre, ayant la même terminaison pour les deux genres, peut être attribué au féminin : « Que ce soit penchant ou « raison, ou peut-être Vun et Vautre. » (Féraud, au mot amre.)
Quand Vun et Vautre est employé comme régime, il suit la règle des pronoms personnels , c'est-à-dire qu'il doit être précédé de les, qu'on piace avant le verbe. Ainsi,, on ne doit pas dire, comme un
4 Y ^ DES PRONOMS IICDÉPINIS.
des éditeurs des Œuvres de Bossuet : « Calvin fit différentes pto- < fessions de foi pour satisfaire Cun ei Vautre (Zuingle et Luther);! mais on dira : ptmr les satisfaire l'un et l'autre.
L*un et Vautre ne doit pas être confondu avec Vun Vautre. Quand je dis : Tai lu V Iliade et V Enéide, l'une et l'autre nCmt enchanté, ou f admire l'une et l'autre ; il n'y a pas là d'idée de rédprociié : Vun et Vautre exprime seulement le nombre deux^ il est sujet de la première proposition et complément de la seconde.
Mais si je dis : « Virgile et Horace s'aimèrent Vun Vautre, • outre l'idée de nombre, Vun Vautre marque ici une réciprocité d'amitié: Virgile aimait Horace, et Horace aimait Virgile.
(Domergue, SoUuions gramm-^ page 246.)
Phrases qui expriment le nombre deux^ sans rècipro^U :
Et Vun et Vautre camp, les voyant retirés, ODt quitté le combat^ et se sont séparés.
(Racine, les Frères ennemis, acte 111, se. S.) Le destin qui Cait tout nous tronope Vun et Vautre.
(Voltaire, V Orphelin delà Chine, acte III, se. 2.) « L'un et Vautre manifestèrent leurs vues dans le premier conseii « qu'ils tinrent avant de commencer la campagne. »
(Inlrod. au Voy, iTAnachartis, U* partie, 3« sect) L'un et Vautre, à mon sens, ont le cerveau troublé.
(Botleau, Sat. IV.}
Phrases qui, outre Vidée de nombre^ marquent une idée de réciprocité :
« Les hommes ne sont que des victimes de la mort, qui doivent au ï moins se consoler les uns les autres. »
(Voltaire, SiêcU de Louis XIV, page 338, cb. 2LXX1.) En ce monde il se faut Vun Vautre secourir.
(La Fontaine, liv. VI, fab. 16.) Tous deux s'aidaient Vun Vautre à porter leurs douleurs ; N'ayant plus d'autres biens, ils se donnaient des pleurs.
(Demie, poème de la Pitié, ch. III, parlant de l'infortuné Louia XVI et de son auguste épouse.)
U y a donc une faute dans ces vers de Piron : La Bretonne adorable a pris goût à mes vers. Douze fois l'an sa plume en instruit l'univers : Elle a douze fois Tan réponse de la nôtre ; Et nous nous encensons tous les mois Vun it Vautre.
{La Métromanie, acte 11, se 8.)
DES PRONOMS INDEFINIS. 413
car le sens indique une réciprocité de louanges; et alors il &liait dire : « Et nous nous encensons tous les mois l'un Vautre, »
Au contraire, Vun et Vautre était nécessaire dans ces vers de Gombaud:
Une fols l'an, il me vient voir ;
Je lai rends le même devoir.
Noos sommes Vun et Vautre à plaindre :
U se eontraint pour me contraindre.
parce qu'ici il n'y a pas d'idée de réciprocité.
(M. Lemare, page 33f , no 233. — Domergue, page 247 de tes Solut. groom, — M. Auger, daos soa Cowm, sw Molière, te Festin de Pierre, acte V, «c. 6.)
L'un ei Vautre^ joint à un substantif, n'est plus pronom indéfini, mais adjectif ; alors on écrit : « l'un et l'autre cheval. » (Domergue.) — « L'un et l'autre climat^ l'une et l'autre saison. » (L'Académie au mot un,) Le seul substantif reste au singulier, parce que la phrase est elliptique, c'est-à-dire que les substantifs cheval, climat^ saison sont sous-entendus après Vùn.
Nos meilleurs écrivains observent cette règle : Ji'tm et Vautre bital, s'arrétant an passage. Se mesure des yeux, s'observe, s'envisage. ;
fBoilcaa, le Lutrin, ch. V.) £)éj*d par ane porte au public moins connue ]Lun et' Vautre cohsvl vous avaient prévenue.
(Racine, Sritannieus, acte J, se. 2.) Et Vun et Vautre camp, les voyant retirés.
(Le même, les Frères ennemis, acte III, se. 3.) De pareilles frayeurs mon âme est alarmée : Comme elle Je perdrai daos Vune et Vautre arm^b (*) .
(Corneille, les Horaces, acte I, se. 3.) « Le peuple, devenu plus hardi, renversa Vune et Vautre monarciiii. »
(Montesquieu, Grand, etdécad, des Romains, chap. 1.) « S'étant ensuite informé plus en détail de ce qui s'était passé dans
« l'une et l'autre armée C), » (voltaire, te Monde comme ilva,) '
Non, mais il faut savoir que tout cet artifice Ne va directement qu'à vous rendre service ; Que ce conseil adroit, qui semble être sans fard, Jette dans le panneau Vun et Vautre vieillard,
(Molière, V Étourdi, actel, se. 10.) ^)ur la question de savoir si après Vun et Vautre^ Vun on Vautre, ni Vun ni
(*) Dans Vune et Vautre armée, au lieu de dans Vune et dam Vauire armée, est contralve à ce que nous avons dit page 411.
414 DES PRONOMS INDEFINIS.
Vmare^ le ? «rlM qol aceompagne diiacoDe de ces eipreisioiii doil ètn mlf m lier ou aa pluriel; noas nmettooi à eo doimer la aolutiOD lorsque noos de l'accord da verbe avec son sujet.