‹ Grammaire des langues romanesChapitre 63 sur 141 · infinitif accompagné d'un sujet · texte numérisé non relu

infinitif accompagné d'un sujet

1 . Le sujet à l'accusatif. — En latin l'infinitif dépendant de certains verbes ou de certaines phrases peut être accompagné de son sujet à l'accusatif, de telle sorte que si l'on changeait l'infinitif en un mode personnel il faudrait changer l'accusatif en nominatif. Il n'est pas nécessaire que le verbe principal soit un verbe transitif qui régisse l'infinitif ou le sujet de ce mode : ce verbe peut aussi bien être intransitif, et alors l'idée exprimée par l'accusatif avec l'infinitif se comporte comme un attribut, comme dans in omnibus innatum est esse deum\ constat nivem esse aïbam. Cette importante construction {accusativus cum infinitivo) , qui n'est pas non plus étrangère au grec et au v. allemand, a-t-elle persisté dans les langues romanes ? Un accusatif et un infinitif

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peuvent à la vérité se présenter sous la dépendance des verbes faire, laisser, voir et entendre : faceva, lasciava, vedeva, udiva entrar l'amico. Mais ici l'accusatif, comme dans l'expression allemande correspondante, est le régime immédiat du verbe fini, et l'infinitif est rapporté à ce régime ; c'est ce que prouve, au moins pour l'espagnol, l'emploi dans cette circonstance de l'accusatif prépositionnel [veo entrar d mi amigo), qui est rigoureusement limité au verbe fini. Et ce qui montre bien aussi qu'il ne faut pas voir là l'ancienne construction, c'est réchange, indiqué plus haut, de l'accusatif contre le datif, lorsqu'au premier régime s'en ajoute un second (lo vedo fare a lui = video eum id f acéré). On ne peut rigoureusement prouver l'existence de la construction latine en roman que dans les cas où le nominatif se distingue par la forme de l'accusatif, c'est-à-dire pour quelques formes pronominales, et en provençal et en V. français aussi pour un grand nombre de substantifs ; or le cas appliqué dans cette construction est en fait l'accusatif, le sujet attribué à l'infinitif doit donc être regardé comme un accusatif alors même qu'il ne se ferait pas reconnaître comme tel par la forme. Le verbe qui domine la formule est encore ici un verbum sentiendi ou significandiy et cette construction s'applique tout aussi bien avec des intransitifs. — Voici ce qu'il faut observer à propos de chaque langue. En italien les exemples de cette construction avec des pronoms personnels sont fort nombreux : poichè ME fuggito aver le sue mortali insidie il traditor s'accorse Ger. 4, 56 ; conohhero voi essere re e me figliuola Dec. 10, 7 ; risposero se essere apparecchiati ibid. proem.\ non avesse detto lui veramente esser perduto 2, 1 ; immaginava lei di bassa condizione dovere essere 2, 8 ; avvisando Torello loro essere stanchi 10, 9. Il en est de même avec des substantifs : quando leggemmo il disiato riso esser baciato Inf. 5. 133, disse niuna casa quant o questa piacergli Dec. 5, 6; ira gli lazzi sorbi si disconvien fruttare il dolce fico Inf. 10, 65; mestier non era partorir Maria Pg. 3, 39. Cette construction persiste encore de nos jours, seulement les accusatifs me et te ne s'emploient plus ici et sont remplacés par des nominatifs ^ — Elle est beaucoup moins employée en

1. Il est encore à remarquer que la formule entière est quelquefois considérée comme un substantif et employée concurremment avec de véritables substantifs : ici l'infinitif pourrait être accompagné de l'article et son sujet échangé contre un génitif. Pétrarque par ex. a dit: e cantar augelleiti (il cantar degli augelletU) e atti soavi sono un deserto

espagnol, après des transitifs, en tant que l'infinitif se comporte comme un régime. Voici des exemples empruntés à la langue archaïque : non tengas por maravilla el diahlo querer enganar d los santos padres Cast. de D. Sancho 88^; Bocacio afirma el rey Juan averse dado d los estudios Sanch. Colecc. I, p. lui; quieren algunos haver ellos sido los primeros ibid. Liv. Elle est plus usitée lorsque l'infinitif ser accompagné d'un nom forme le membre de phrase dépendant, p. ex. respondiô no ser posihle\ veo ser verdad\ conoci ser muger. Mais quand l'infinitif, avec le membre de phrase qui en dépend, est pris comme sujet, la langue n'hésite pas à se servir de cette construction : mas fdcil cosa es entrar un cable etc. (facilius est transire rudentem); gran piadad es dar omne consejo d los menores FJ. 73^ ; buena cosa es aver el hombre vergûenza CLuc. 84°" ; ligera cosa es meterse home a las aventuras Cal. é B. p. 45^ ; las quales {gracias) son : conocerse el home etc. Cast. de B. Sancho 88^ ; mayor sabor es, vender home el castillo ibid. 98^; sorbernos una nave una tormenla es decirnos que etc. Cald. I, 264^; verter purpura el cielo es gala ibid.; novedad tan grande es mudarse un hombre ? 360^ ; si no sucediera venir el duque Nov. 10. De même après des substantifs : el pensamiento no ser verdadera la nue va. Ces exemples prouvent que l'espagnol ramène aussi facilement que l'italien la proposition composée (avec que) à la proposition simple. Mais le sentiment de l'accusatif du sujet semble s'être perdu ici, du moins les formes mi et ti ne sont-elles employées nulle part : on les remplace toujours par yo et tû (voy. § 2). — Le portugais se comporte comme l'espagnol, ainsi nâo soffre muito a gente generosa andarlh'os câes os dentés œmostrando Lus. 1, 87. Mais il faut rappeler qu'ici on applique en ce cas l'infinitif fléchi, ce qui dispense de l'emploi du pronom personnel ^ par ex. vos dévia de agradecer quererdes (vos) saber R. Men. c. 2 ; parece escandalo eurardes mais de vossa dor c. 6 ; nâo parece rezâo (razâo) est ar des sem companhia G Vie. II, 39 ; vimos as ursas banharem-se Lus. 5, 15. — Quant au provençal il présente

Son. 269 ; ne per sereno cielo ir vaghe stelle ne altro sarà mai ch'al cor m'aggiunga 271; Zefiro torna e'I bel tempo rimena e garrir Prague {il g. di P.) e pianger Filoména 269. Le principe de la construction est encore reconnaissable dans des locutions de ce genre, mais il est tout à fait détruit quand l'infinitif reçoit l'article, comme dans l'usare la dimestichezza d'un uomo una donna è peccaio naturale Dec. 3, 7.

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incontestablement la construction en question dans des phrases traduites du latin. Ex. esperi mi istar (spero me manere) GO. 251^ ; plus leugier^a cauza es passar lo camel per lo caus delV agulha quel rie intrar el règne de dieu {facilius est camelum transire etc.) ibid. 58^ ; eu volh vos esser savis e he {volo vos sapientes esse in bono) ibid. 135* ; cove lo bishe senes crim esser (oportet episcopum sine crimine esse) 43*. Les noms camel, rie, savis, bishe se font reconnaître par leur forme comme accusatifs. Comp. ensuite no deven etc. ibid. 5*; causa etc. 46^; plus leu etc. 843*. Mais cette construction est rare dans les textes originaux. — Le v. français aussi imite la ratio obliqua dans les traductions : il sofferat MOI estre occis {me occidi ipse permiserit) Gré g. Roq. I, 325*; dissent soi avoir ferme sperance {spetn habere se dicerent) 330*; queile chose disons nous estre 48*; certe chose est nos nient devoir etc. {nos certum est non debere) Grég. dans les Mèm. de VAcad. des Inscr. XVII, 721 ; il avint gentz montez estre veuz {contigit videri équités) Bible Rq. I, 741 ; est bonne chose habiteir les frères en un SB. 562^". Mais lorsque la langue est abandonnée à eUe-même elle montre peu de goût pour cette tournure. La plus ancienne poésie la connaît à peine, ce qui est d'autant plus Jfrappant que la littérature française de la période de transition en présente de nombreux exemples. Christ, de Pisan : il juge l'amer estre doux ; Comines : disant les causes estre justes p. 339 ; estimant la gloire estre sienne 372 ; il luy sembloit le roy estre affoibli 428 ; fai connu beaucoup de gens s'y trouver bien empeschez 431. Marot : je la soutiendrai estre telle II, 334; ce vous sera trop plus d'honneur et gloire qu'avoir chascun quelque grosse victoire 304. Rabelais : ils demandoient les cloches leur être rendues 1, 18; disant misère être compagne de procez 1, 20 ; cuides-tu ces outrages être recelez es esprits éternels? 1,31; qui endurent cette inhumanité être exercée 1, 37. Montaigne : les actions que nostre coustume ordonne estre couvertes 1, 3; les loix que nous disons naistre de nature 1 , 22. Avec le relatif, comme dans les derniers passages, l'accusatif est encore usité de nos jours : Charles était un prince qu'on savait n'avoir jamais manqué à sa parole ; les mêmes effets que nous avons dit appartenir à cette maladie etc. — Enfin en valaque cette construction ne saurait se présenter dans toute sa pureté, car l'infinitif ne peut pas se passer de la préposition : on ramène

le sujet de l'infinitif sous la dépendance immédiate du verbe fini et l'on fait suivre l'infinitif prépositionnel : eu am vezut pre frate teu a fi scris carte (vidi fratrem tuum — scripsisse epistolam); se vorbeste de fratele a fi cepetat mare dregetorie {dicitur de f votre — accepisse magnum munus). — Les langues nouvelles ne craignent pas la prolixité, aussi cette construction concise a-t-elle été sinon tout-à-fait abandonnée, du moins très -restreinte ; eUe se résout volontiers en une proposition composée dont le second membre débute par la conjonction que (ital. che) qui répond au latin quod. Le lat. quid vultis me facere vobis ? le gr. t( ÔéActs xoif^cai [).z b\)X^ ? est maintenant rendu par ital. che voleté ch'io vi faccia ? aU. was wollt ihr, dass ich euch thue'l (mais le gothique dit comme le latin : hva vileits taujan mik igqvis?); au lat. non vult te scire se rediisse répond l'ital. non vuole che tu sappi ch' egli è ritornato ; et l'on dirait de même en espagnol no quiere que tu sepas que él es llegado, sans craindre la répétition de la particule que, car Cervantes lui-même a dit la arrogancia que dicen que suelen tener los Espanoles etc. Ces langues trouvent, il est vrai, une certaine compensation dans l'emploi de l'infinitif subjectif ou objectif dépendant de verba sentiendi ou significandi, dont il a été question plus haut.

2. Le sujet au nominatif. — Il s'agit ici d'une construction étrangère au latin, en vertu de laquelle on unit à l'infinitif un pronom ou un substantif au nominatif, en qualité de mot complémentaire, sans que ce mot se trouve dans un rapport organique avec un membre quelconque de la phrase. On ne pourrait pas dire en allemand : das ich dies sagen beleidige dich nicht ; ich that es ohne jemand es zu wissen, comme en espagnol : el decirlo yo no os ofenda ; lo hice sin saberlo ninguno. Peutêtre cette transformation de la proposition composée en proposition simple, tout en laissant le nominatif intact, est-elle une sorte de violence faite à la langue, et les phrases citées seraient-eUes des contractions pour que lo digo yo no os ofenda ; lo hice sin que lo supo ni?iguno. On pourrait aussi expliquer de la même manière à peu près l'infinitif fléchi du portugais, auquel on a en effet transporté, en l'empruntant précisément à la proposition composée, la flexion personnelle du mode fini, en sorte que de basta que somos dominantes par exemple, se serait peu à peu développé l'expression basta seriAO^ dominantes. Ce sont les langues du sud-ouest qui favorisent le plus cette intercalation,

cependant elle ne semble pas se présenter dans le Cid, et encore

dans les textes les plus voisins de celui-là elle n'apparaît que

très-rarement. On l'emploie : 1) Dans la construction ordinaire

de l'accusatif avec l'infinitif : elle n'est reconnaissable ici qu'au

pronom personnel. It. (chez d'anciens auteurs) perché io dissi

10 aver trovato iscritto Malisp. cap. 42 ; comprese la reina

ELLA essere la sua figliuola ibid. c. 18. Esp. los quales

creerian yo no haber leido las reglas S. Prov. p. xxiii;

es mas milagro darme d mi un poeta un escudo que yo

recibirle Nov. 1 ; es gran hienaventuranza tener td tal

eredad JEnz. 14^ ; port, sem razào séria eu querer que o

lessem ellas R. Men. c. 1 ; todo pastor confessava seres

TU 0 mais ufano R. Egl. 1 ; hom siso fora contar eu donde

vinha S. de Mir. II, 111. — 2) Avec l'infinitif muni de l'article.

Ital. il voler lo le mie poche forze sottoporre è stata

cagione Bocc. Esp. haceme créer esto el saluer yo que etc.

Nov. 2 ; el decirlo tu y entenderlo yo me causa admiracion

Nov. 10; aqui fuè el desmayarse.Predosa (il arriva alors

que P. s'évanouit) ibid.; al salir la luynhre pura del sol Cald.

I, 274''. — 3) Avec l'infinitif prépositionnel. Ital. prima di

narrarci il poeta la favola ; senza sapere alcv.no. Esp. sin

lo EL saher Cal. é D. 68 ; la ora de la aima essir, c.-à-d.

de essir la aima Bc. Mill. 299 ; en semejar fijo al padre

Rz. 705 ; en vivir tu é haber yo tu amor haheré solaz CaL

é D. 42''; despidieronse con prometerles el negro (le nègre

leur promettant) Nov. 7 ; sin quedar herido el caballero

Nov. 10 ; llegado el punto de partirse el amigo Nov. 9 ;

port, se vos grav' é de vos eu ben querer D. Din. p. 23 ; non

m'é mester d'EJj viver inais Trov. p. 40 ; non 7ni a prol de

vo-la EU dizer (il n'y a pas d'avantage pour moi à vous le dire)

p. 58 ; sois contento de eu ser namorado vosso ? GVic. III,

265 ; por eu nâo ser dina II, 294 ; nâo me admira de ter des

vos sido ; sem Ihe valer defeza (sans que sa défense lui servît

à qqch.); et en laissant le pronom de côté : muito folgaria de

me contar des {vos) vos sa tristeza R. Men. c. 3 ; sem a vista

alevantarmos {nos) Lus. 4, 93. — Le grec unit à l'infinitif

muni de l'article le sujet à l'accusatif : t6 ôv/jay.siv Tivà uiusp t^ç

-TïaxpiSoç 7.a7^Y] tiç t6)(^y3 ; oùSàv è'^pa^^ÔY] Bià xb èxsTvov [j.y] Tuapetvai {per

non esservi egli présente) . En outre l'attribut au nominatif,

lorsque le sujet est sous-entendu, peut être rattaché à l'infinitif,

et le roman peut reproduire littéralement cette construction :

6 'AXéÇavâpoç £<pa(7/.£v elvai Aibç uîcç serait en provençal : Ali-

œandres dis esser fîlhs Jupiter ; mais elle repose sur le principe de l'attraction, lequel est inconnu aux langues nouvelles, au moins dans cette circonstance.

Remarques sur l'infinitif. — 1) La souplesse de ce mode et la docilité avec laquelle il se prête aux constructions les plus diverses est particulièrement sensible dans le roman, qui rappelle souvent ici le grec. Comme un participe, il se rattache immédiatement au verbe fini (fr. je viens apprendre, yjy.w iJ.avOav£iv); comme un substantif, il sert à déterminer un adjectif (esp. fdcil de entender, paBio; vof^cai), et peut prendre une préposition là même où il occupe la place du nominatif [il suffit de vous dire); nous passons des combinaisons plus hardies encore. Grâce à cette souplesse il remplace d'une façon concise et simple les constructions latines les plus diverses, qui sans lui auraient dû être rendues par de lourdes périphrases. Mais il faut reconnaître que la langue moderne en prodiguant ainsi son infinitif se montre fort à son désavantage vis-à-vis de la belle variété des tournures antiques. — 2) Il vaut la peine de présenter encore une fois par des exemples un aperçu de la refonte des constructions latines opérée par le roman au moyen de l'infinitif, a) Infinitif pur : statuit ulcisciy ital. dispose di vendicare ; incipit loqui, comincia aparlare. h) Accusatif avec l'infinitif: se vidisse dicit, dice di aver veduto. c) Participe futur passif : canendum est nohis, ahhiamo da cantare ; laudandus sum, sono da lodare. d) Gérondif ou participe futur passif au génitif: libido augendi, cupidità d'ampliare. e) Au datif: studet linguae discendae, studia imparare la lingua. f) A l'accusatif : invitât ad audiendum, invita a udire\ venio ad videnduY/i, vengo per vedere. g) Premier supin : cubitum ire, andare a dormir e, aller coucher, h) Deuxième supin : facile dictu, facile a dire, i) Participe présent : video te venientem, ti vedo venir e. k) Participe futur actif : venio visurus, vengo a {per) visitare. l) Proposition composée avec quod : gaudeo quod video, godo di vedere. m) Avec ut : oro ut venias, ti prego di venire ; restât ut dicam, resta a dire, n) Avec ne : timeo ne moriar, temo di morire. o) Avec quin : non dubito quin fugere possim, non dubito di poter fuggire. p) Avec quid : nescio quid agam, non so che fare. q) Enfin l'infinitif pour l'impératif : ne crede, ital. non credere. — 3) Il faut remarquer la faculté que possèdent les langues nouvelles d'exprimer certaines idées adverbiales au moyen de verbes accompagnés d'un infinitif. Les idées accès-

soires de temps, et aussi de mode, sont présentées par là d'une manière plus vivante, et même l'échange entre la forme verbale et adverbiale procure certains avantages. Le grec se sert parfois en ce cas du participe. Les tournures de ce genre les plus importantes sont à peu près les suivantes : a) it. sta et è a dormir e, esp. esta à dormir (il est en train de dormir), h) it. sta et è per uscire, esp. estd por salir (il est sur le point de sortir). c) it. pensa di morire, esp. piensa de morir, fr. il pense mourir, d) fr. je vais dire, esp. voy d decir, gr. ep^o^xai Xé?o)v. e) fr. je viens de dîner, f) it. questa cosa a finito di perderlo, esp. ha acabado de perderle, fr. a achevé de le perdre, g) it. torno a vedere, esp. vuelvo d ver (je vois de nouveau). K) acertô d estar présente, gr. IxuxsTcapwv (il lui arriva d'être présent), i) fr. j'ai failli tomber, il a manqué d'être tué. k) it. amo di leggere, fr. j'aime à lire. — 4) La construction avec l'infinitif pur s'est restreinte de plus en plus, à mesure que la langue se développait. Ce fait a été parfaitement constaté pour l'allemand : les verbes wissen, pflegen, geruhen, meinen, denken, wàhneUy fûrchten, begehren, suchen, gebieten, bitten, rathen, schworen, erlauben, beginnen, schicken, geben etc. ne se faisaient jadis accompagner d'aucune préposition. Le même sort est échu aux nombreux verbes latins tels que cupere, studere, curare, statuere, destinare, permittere, imperare, invitare, adjuvare, niti, conari, docere, discere, per gère, incipere, desinere, cessare, qui aujourd'hui demandent d'ordinaire de ou ad. Le plus ancien b. latin disait encore, en se conformant en partie à l'usage ancien : licentia habeat supplicare Bréq. 453*^ ; licentiam habeat fodere Mur. III, 761 (ann. 761); consuetudo habuisti exiger e ibid. 1023 (ann. 827) ; cum inclinasset se, attollere eam Gest. reg. Fr. c. 10 ; paratus, ad pugnam procedere c. 40; erubesco scribere Bréq. 108* (ann. 615). D'autres tournures du même genre sont extrêmement fréquentes. Aussi dans la période romane primitive l'infinitif prépositionnel est-il employé avec une certaine retenue. On trouve par ex. dans des traductions du latin : autorgui senhoriar GO. 31^, encombret obezir iii^, permes escrieure 286'', non tdinar redre 299*. Des exemples v. français ont été cités à l'occasion : la phrase rovéret tolir, du plus ancien poème de ce dialecte, doit être rendue maintenant par commanda d'enlever. Aujourd'hui c'est l'espagnol qui favorise le plus l'infinitif pur, l'italien manifeste déjà plus de goût pour la préposition, ou bien

concède au même verbe les deux constructions, le français a porté encore plus de préjudice à l'infinitif pur, enfin le valaque l'a presque abandonné. En général cette dernière langue, pour remplacer l'infinitif, se sert plus souvent que les autres du mode fini, c'est-à-dire du subjonctif avec se ou ce ; voy. quelques exemples de ce procédé plus haut p. 207. — 5) La préposition dont le sens est le plus effacé est de ; elle n'a pas d'analogue en allemand. Tant qu'elle indique les rapports de l'infinitif comme ceux d'un substantif propre, la construction est claire et naturelle. En général de remplit le rôle du génitif; après les verbes « venir, cesser, empêcher » elle répond à la question « d'où? de quoi ? » ; après « douter, s'accorder » et la plupart des verbes réfléchis, à la question « pourquoi? ». Mais même lorsque l'infinitif prend le sens du nominatif ou de l'accusatif, cette particule, ainsi que nous l'avons observé surtout pour le français, peut le précéder sans exprimer aucun sens, et c'est ce qui fait que dans ce dialecte, et dans d'autres, elle peut souvent tout aussi bien être omise. Quelle est l'origine de cette façon de parler? Peut-être a-t-on éprouvé le désir de changer dans ces cas la proposition simple en une proposition composée qui paraissait mieux répondre à l'idée : on a obtenu ce résultat, au moins approximativement, en faisant précéder l'infinitif d'une préposition qui l'empêche d'être régime ou sujet. Les phrases italiennes mi piace di raccontarvi una cosa ; ti permetto di leggere questo lïbro séparent plus clairement les deux idées de plaire et de raconter, de permettre et de hre, et se rapprochent plus des phrases doubles mi piace ch'io vi racconti, ti permet fo che legga que les expressions plus concises, mais aussi plus dures mi piace raccontarvi, ti permette leggere. — 6) Ad, qui répond à l'ail, zu, a une signification plus marquée que de et ne se laisse pas facilement supprimer. Cette particule désigne le but, comme devant le nom, et s'emploie souvent dans les circonstances où le latin se contente de l'infinitif pur. Avec quelques verbes elle possède un sens tout différent, ainsi que nous l'avons déjà observé plus haut. — 7) Il va de soi qu'un seul et même verbe peut, dans des sens différents, choisir des prépositions différentes. La grammaire française donne des règles précises pour l'emploi de de et à avec le même verbe. Tâcher de par ex. signifie « s'efforcer » (je tâcherai de vous satisfaire)^ tâcher à « se proposer » {il tâche à me nuire). S'efforcer de signifie « s'évertuer » (il s'efforce de gagner les bonnes grâces de qqun), s'efforcer à «faire tout son pos-

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