‹ Grammaire des langues romanesChapitre 68 sur 141 · TEMPS. PRÉSENT · texte numérisé non relu

TEMPS. PRÉSENT

les temps simples ou périphrastiques de ce mode afin de faire ressortir les formes absolues en face des formes relatives. On peut observer en général que l'emploi des temps de l'indicatif diffère peu de ce qu'il était en latin ; mais il existe maintenant de nouveaux prétérits qui revendiquent leurs droits particuliers.

1. Le présent y en dehors de son emploi ordinaire, peut être appliqué dans les circonstances suivantes. 1) Dans le style narratif il présente le passé comme présent et joue ainsi le rôle du parfait avec lequel il alterne sans difficulté (présent historique). Ce procédé, très-employé surtout par les poètes et que repousse l'allemand, au moins l'ancienne langue dans tous les dialectes (Grimm lY, 140 ss.), est tout-à-fait familier au roman dès sa première apparition : il ne faut donc pas y voir une copie de l'expression latine introduite par des écrivains savants. On en trouve partout des exemples. Eulalie présente déjà l'alternance entre le présent et le parfait : voldrent la faire diaule servir y elle non eskoltet les mais consel tiers. Dans le Boèce 52 : fez u breu faire per gran decepcio e de Boeci escyHure fez lo nom e sil tramet é Grecia la regio, de part Boeci lor manda tal raizo, Comp. aussi les vers du Cid au début : alli piensan de aguijar, alli sueltan las riendas\ à la exida de Vivar ovieron la corneja diestra é entrando d Burgos ovieron la siniestra ; meziô mio Cid los omhros etc. Les romances et les pastourelles du v. français, récemment mises en nombre considérable à notre portée, dont le style délicat tient le milieu entre le genre lyrique et épique, se comportent sur ce point avec la plus grande liberté. — 2) On peut de même employer le présent pour le futur, lorsque l'idée du futur est assurée par le contexte ou de toute autre manière. Ital. io vengo questa sera da voi\ quando arriva vostro fratello? Esp. mi amigo llega manana. Franc, mon frère part aprèsdemain ; je vous suis tout-à-V heure. Val. noi celetorim mune (nous partirons demain). Certains patois prodiguent le présent; le vaudois d'aujourd'hui possède à la vérité le futur commun du roman, mais il se sert plus volontiers du présent accompagné de la particule j9ewz (fr. puis), par ex. i soun peui sent (ils seront sains, littér. ils sont ensuite saints); goden peui (ils jouiront).

2. Imparfait, nommé aussi en italien pendente et en français relatif. 1) Comme temps absolu il est usité, de même qu'en latin, en parlant de la durée dans le passé, et par là il exprime surtout l'habitude et la qualité. On dit par ex. ital. i Pazzi in

Firenze erano ricchissimi ; Socrate soleva dire etc.; franc. Henri IV était un grand prince, il aimait son peuple ; val. Romanii premiau faptele celé frumoase prin corone (les Romains récompensaient les belles actions par des couronnes). Aussi le style narratif passe-t-il du temps historique, du parfait, à l'imparfait, lorsqu'on oppose une action durable à une action passagère, ou lorsqu'on veut donner une explication de l'événement qu'on raconte : on l'emploie dans un récit détaillé, descriptif, et l'ancienne règle perfecto procedit, imperfecto insistit oratio n'est pas tombée en désuétude. Yoici quelques exemples empruntés à des prosateurs. Machiavel : Il primo che mosse alcun ragionamento contro ai Medici fu Francesco. Era costui piû animoso e più sensitivo che alcuno degli altri, tanto che delïbero d' acquistare quello che gli mancava o diperdere cià ch'egli aveva... E perché egli era al conte Girolamo amicissimo, si dolevano costoro spesso l'uno colV altro de' Medici, tantoché dopo moite doglianze e' vennero a ragionamento. Cervantes : Tuvieron lue go muchos amigos... Mostrahanse con todos libérales y como cran mozos y alegres, no se disgustaban de tener noticia de las hermosas de la ciudad. Fénelon : Les nymphes servirent d'abord un repas simple... On n'y voyait aucune autre viande que celle des oiseaux qu'elles avoient pris dans les filets... Un vin plus doux que le nectar couloit des grands vases d'argent. . . On apporta dans des corbeilles tous les fruits que le printemps promet. — 2) Comme temps relatif il désigne un passé qui, par rapport à un autre événement passé, n'est pas encore accompli. Ce rapport qui est parfaitement approprié au sens de l'imparfait sera étudié à la section de la proposition composée. — 3) L'emploi de l'imparfait pour le présent (et par suite le mélange de ces deux temps dans la même phrase), bien que tout-à-fait anomal, se présente dans d'anciennes poésies espagnoles, surtout populaires, et non pas toujours à la rime. Ex. caçador me pareceys en los sabuessos que trayas (au lieu de traes) S Rom. 238 ; si hallo el agua clara, turbia la bevia yo 310; la culebra me comia, come me y a etc. (le même verbe répété au présent) 298. Dans Gil Vicente : digas tu el mariner o que en las naves vicias 65^ ; quierome ir alla por mirar el ruisenor como cantaba QQ^. Chez un poète moins connu : de una parte tiene una asna, de la otra un buey yacia Flor. I, 30"^. Ce procédé ne se rencontre pas dans le Cid, mais il se trouve déjà dans une

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